[COMPO PERSO] Un marin

février 25, 2012 dans Culture, En vrac

Après avoir parodié Lara Fabian avec « Je DM » et Patrick Bruel avec « T’as pas le droit« , je me suis souvenu que j’avais aussi des chansons rien qu’à moi.

Mais voilà : c’est une chose de les enregistrer pour ses parents et ses grands-parents, c’en est une autre que de les partager sur un blog ouvert à tous. Surtout quand lesdits enregistrements datent d’une époque où Twitter n’existait pas (pensez donc !) et où je n’avais jamais approché un professeur de chant à moins de 20 kilomètres.

Mais je me suis lancée il y a quinze jours en partageant « Crépuscule » avec vous. Je souhaite renouveler l’expérience aujourd’hui avec « Un marin », qui date de la même époque.

Bonne écoute…

 

UN MARIN

Un marin qui prend la mer
Et sa femme qui l’espère

De vagues d’amertume
A un flot salé de larmes
Récif d’espoirs mais rien n’y fait
Il préfère l’écume
L’appel passionné du large
Le bruyant silence du mystère

Le marin qui prend la mer
Et sa femme qui l’espère

Une tempête s’est levée
La belle se met en colère
Les rouleaux jusqu’au septième ciel
La couleur a changé
Mais à force de caresses
Il vit de sa piquante maîtresse

Le marin qui prend la mer
Et sa femme qui l’espère

C’est un monde parallèle
Où tous les jours sont différents
Elle peut rire mais jamais ne dort
Elle aime sentir en elle
De nombreux être vivants
Passera jamais l’arme à bâbord

Mais le marin qui prend la mer
Et sa femme qui l’espère

Sur sa falaise
Dans son malaise
Elle voit la mer
En adultère

Dans son chagrin
Elle sent le grain
Le grain de folie
Sur son mari

Un marin qui meurt en mer
Et sa femme qui l’espère

[COMPO PERSO] Crépuscule

février 8, 2012 dans Culture, En vrac

J’ai écrit et composé cette chanson le samedi 21 septembre 2002 (oui, c’est précis, mais je note tout). Je venais de regarder l’émission « Thé ou café ? » dont l’invité était Jeremy Irons, comédien anglais qui me fascine depuis mon adolescence. La dernière question qui lui avait été posée était : « Quel est votre mot préféré en français ? » « Crépuscule », avait-il répondu en prenant bien soin de le prononcer correctement.

Je me vois encore me lever, comme un robot, traverser l’appartement, m’asseoir au piano, et poser mes mains sur le clavier. Vingt minutes après, la chanson était là.

Il y a des instants de grâce dans la vie qui ne s’expliquent pas. Cette chanson est comme… descendue de très très haut pour arriver jusqu’au bout de mes doigts. J’étais presque à l’extérieur de moi-même lorsque les accords sont venus et que le texte s’est écrit sur ma feuille.

Bien sûr, c’est une modeste chanson sans prétention. Mais ça a été l’un des moments les plus étranges de ma vie…

Anecdote

Un an plus tard, j’ai présenté cette chanson lors d’une audition pour entrer dans l’école d’auteurs-compositeurs d’Alice Dona. Lorsque j’ai eu fini, elle m’a regardé longuement et m’a demandé : « Vous vous sentez bien dans votre époque ? » J’ai été complètement interloquée par une question aussi bizarre. « Non, parce que… vous parlez comme dans les Liaisons Dangereuses« , m’a-t-elle expliqué. Je n’ai pas été retenue.

Cinq ans plus tard, quasiment jour pour jour, je gagnais un concours littéraire avec un texte en alexandrins sur… le Vicomte de Valmont. Et toc !

(Bon, soyez indulgents, cet enregistrement date de 2003 et je n’avais encore jamais pris de cours de chant…)

 

CREPUSCULE

 

Au crépuscule d’un amour
Au gré du vent sur un chemin
Un clair de Lune avant le jour
Ce crépuscule comme un destin

Nos âmes unies sous les couleurs
D’un ciel hésitant à grandir
Notre si pudique impudeur
Que nous sentions nous envahir

Vingt-cinq printemps, soixante automnes
Sous un crépuscule naissant
Où tout est rien ; nos cœurs s’étonnent
De lire nos regards étincelants

La légère brise du crépuscule
Se heurte à nos peaux réchauffées
L’extase de l’abandon embrume
Nos corps nos mains entremêlés

Quand devant le flou horizon
La mer déborde de nos yeux
De nous savoir à l’unisson
Sous ce crépuscule des dieux

Alors nos sourires enivrants
Et soulagés de blanches peurs
Se livrent au crépuscule vibrant
De l’euphorie de nos ardeurs

Et donc le crépuscule témoin
De notre langueur foudroyante
Grave dans la mémoire de chacun
Des souvenirs dignes de Dante

Dès lors ce feu qui nous consume
Sans en rien nous diminuer
Attisé par les crépuscules
Tous différents sans rien changer

Quand notre soleil se couchera
Dans nos regards purs comme ce ciel
Ce crépuscule reviendra
Veiller nos amours éternelles

 

Photo de gelinh en Licence CC

[PARODIE] T’as pas le droit (ACTA, SOPA)

février 4, 2012 dans Culture, En vrac

Toujours en hommage à l’ami Jcfrog, voici une nouvelle parodie de mon humble cru.

Etant donné le sujet choisi, je précise que je tiens à ne parodier que des artistes dont j’ai acquis les albums et les partitions de piano de manière tout à fait légale (achat ou cadeau), et ce non par peur du grand méchant FBI/Hadopi/loup (rayez la mention inutile) mais pour une question d’éthique personnelle.

Bonne écoute ! :-)

 

T’AS PAS LE DROIT (ACTA, SOPA)

(Chanson originale : « Qui a le droit ? » – Gérard Presgurvic/Patrick Bruel)

 

On leur a dit vous êtes tous des vieux cons

Vous n’avez rien compris au web que nous voulons

Vous, vous voulez tout voir et tout savoir

Nous surveiller, sans droits que des devoirs

 

Ils nous ont dit on va tout arrêter

Le tout gratuit, les ayant-droits pillés

Nous on veut bien payer pour du contenu

Chères industries sortez-vous les doigts du cul

 

T’as pas le droit, t’as pas le droit

ACTA, SOPA de faire ça

De nous priver de nos libertés

Dans le monde entier

 

On n’a pas envie d’être à la merci

De législateurs qui

Ne connaissent pas mais mettent à la casse

Ce polymédia qui les dépasse…

 

Ils nous ont dit le partage c’est pas bien

On perd du fric et on contrôle plus rien

Y a que la censure pour nettoyer tout ça

Toutes ces ordures et tous ces hors-la-loi

 

Ils légifèrent sans rien dire à personne

Car ils espèrent vraiment changer la donne

Logiciels libres, culture, médicaments

Ils interdisent – ça doit stopper maintenant

 

Refrain

[CINEMA] Millenium : la désinvolture insultante de Fincher

janvier 27, 2012 dans Culture

David Fincher m’a mise très en colère. Son adaptation de Millenium est à la fois indigeste, indécente tellement elle est aux antipodes du livre et de son personnage principal (Lisbeth Salander) et complètement survolée – j’en suis venue à me demander s’il avait lu autre chose que le scénario qu’on lui a mis entre les mains tellement l’esprit n’y est pas. Mais commençons d’abord par les qualités de ce film (il y en a quelques-unes).

- Le générique du début est un chef d’oeuvre. J’ai rarement vu un objet graphique aussi beau. Un mélange des meilleurs génériques de James Bond, de l’esprit de celui du Millenium suédois, et de fluides. Un bijou.

- Le chat. Il est parfait. Mignon comme tout, poilu, grands yeux verts, oreilles pointues, miauleur, hautain, carpette, radiateur. Un vrai chat, quoi.

- La photographie. Rien à dire. Impeccable.

- La scène dans le métro. Sans rien dévoiler de l’intrigue, la scène où Lisbeth se fait voler son sac dans le métro est une merveille du genre. Avec une chorégraphie très fluide (mais qui enlève toute sensation de réalité à l’ensemble), elle se termine pas un plan séquence calculé à la milliseconde et au millimètre près. Une merveille.

- La bande-son et la BO, au plus proche de l’univers du roman.

Voilà pour ce qui va. Tout le reste est soit passable, soit bancal, soit franchement mauvais.

[Attention spoiler : exemples précis à suivre.]

- Le scénario a pris beaucoup de libertés par rapport au livre – et c’est le genre de chose que je pardonne difficilement. Une rencontre entre Mikael et Lisbeth réécrite, des personnages disparus ou transformés, des enjeux changés, des actions importantes atténuées, une fin modifiée à la fois pour le méchant et pour la gentille… Bout à bout, on arrive à une histoire qui peine à retrouver l’esprit d’origine. C’est un peu dommage. Un des personnages principaux étant l’atmosphère si particulière qui a fait le succès des livres, c’est un outrage au regretté Stieg Larsson.

- L’américanisation du tout. C’est usant. Et bien américain, ça. Ils peuvent pas être un peu humbles et nous foutre la paix avec leurs fichus codes culturels qui n’ont rien à faire dans une adaptation d’un livre suédois ?? Je suis la première à apprécier l’humour qui tache des grosses productions hollywoodiennes, mais il y a des films où il faut se savoir se tenir, nom de nom. Les blagounettes potaches en clin d’oeil à leurs films d’action n’ont rien à faire dans Millenium où elles deviennent irrespectueuses du propos, indécentes pour le spectateur et insultantes pour l’auteur et les millions de personnes qui ont aimé le livre.

(Ouais, je suis un peu énervée, le scénariste Steven Zaillian est désormais classé comme « gros Américain de base hautain, imbu de lui-même, méprisant, imbuvable, persuadé que le monde tourne autour du nombril des USA qui est la seule culture qui existe – ah bon comment ça y en a d’autres ? c’est pas possible voyons.)

- Lisbeth Salander. La pauvre. Elle n’est déjà pas un personnage facile, mais elle n’est vraiment pas aidée par son interprète, Rooney Mara, qui est à peu près aussi crédible que Glenn Close en Justin Bieber (j’exagère certes un peu, mais franchement, c’est pas réussi). Et ce n’est pas de sa faute, d’ailleurs !

Choisie par facilité et feignasserie (elle était au casting de The Social Network, le précédent film de Fincher), elle était mal dirigée par un réalisateur pas emballé par l’histoire et par un scénariste/dialoguiste qui a fait n’importe quoi. Cerise sur le gâteau (et sacrilège), elle a dû composer son personnage en s’accommodant de costumes destinés à devenir… une collection H&M. On rêve, bordel !!

On parle de Lisbeth Salander, une hacker brillante, asociale, handicapée sentimentale, avec un passé affreux et un présent pire encore, terriblement attachante, pupille de l’Etat, considéré comme violente, débile et dangereuse par toutes les autorités de son pays… pas d’une Victoria Beckham gentiment trashisée, merde !!!

Mais alors pire que tout : elle est partout à poil sur les photos de promo. Euh… comment dire. D’ailleurs en fait je vais me taire parce que je vais être très vulgaire.

Et que je te la filme sexy en petite culotte, et que je lui mets du blush sur les joues dans les scènes de lit, et que je te la fais acheter un cadeau pour Mikael… MAIS WHAT THE FUCK ??? Lisbeth n’est pas sexy : elle est sèche, musclée, sans formes, on la confond avec un jeune garçon. Elle ne met pas de rose sur les joues – mais il s’est cru où, Fincher, sans déconner ?? La seule couleur que Lisbeth connaît, c’est le noir. Et elle est incapable d’un quelconque geste de générosité : elle ne dit pas bonjour s’il te plaît merci au revoir, elle ne regarde jamais dans les yeux à moins de défier,  elle sourit quand elle se pince, c’est un coffre-fort à triple blindage, et elle n’offre pas de cadeau – mais d’où ils sortent ??

Et bien entendu, comme la jeune comédienne était mal dirigée avec des répliques débiles (« Je suis folle »… non mais on rêve putain, JAMAIS elle ne dit ça, c’est être complètement à côté de la plaque dans la compréhension du personnage), il n’y a pas une seule ligne de texte qu’elle dise de manière juste (et une fois n’est pas coutume, je l’ai vu en VO, hein). Et elle est nominée aux Oscars… Je vais me pendre avec une bobine et je reviens.

Si vous voulez voir une performance vraiment impressionnante, voyez Noomi Rapace dans la série suédoise en 6 fois 90 minutes. Voilà, ça c’est du putain de bon boulot. Et c’est elle qui mériterait un Oscar.

- Le réalisateur, David Fincher pour ne pas le nommer. Bon, je l’ai déjà un peu rhabillé pour l’hiver. Mais y a erreur de casting, hein. Je suis très admirative de son travail en général et The Game fait partie de mon Top 3 des meilleurs films de l’histoire. Mais là c’est juste pas possible. Il faut qu’il arrête de réaliser des films qu’il n’a pas envie de faire.

« Tu plaisantes ? Une lesbienne asociale, un viol, une condamnation de la misogynie ? », aurait-il dit à sa productrice quand elle lui a proposé le projet.

No comment.

« Les hommes qui n’aimaient pas les femmes », sous-titre du roman. Eh mec, c’était pas censé correspondre au réalisateur, hein. Nan parce que si c’était le but, bravo, CLAP CLAP CLAP, c’est réussi, impec, brillant ! Les rôles féminins réduits à des portions congrues ou ridicules (Robin Wright inexistante avec un accent WTF, un personnage important supprimé par rapport au bouquin, les scènes de cul dont le viol qui ressemblent plus à un mauvais porno qu’à un thriller glaçant où t’as envie d’étriper le mec et où t’as mal pour elle, un violeur volontairement victimisé…)

Non seulement David Fincher n’a pas saisi l’esprit du livre – si tant est qu’il l’ait lu – mais en plus sa misogynie transpire. Pour une adaptation d’une histoire dont le personnage principal n’a pour but dans la vie que de faire la guerre aux hommes qui n’aiment pas les femmes, ça se pose là.

Je m’arrête là. Je suis en colère. Stieg Larsson doit se retourner dans sa tombe. Ce film donne la migraine et pour les mauvaises raisons. Si vous voulez voir une bonne adaptation, je vous conseille vivement la série suédoise sortie en DVD. Brillantissime. Mais pas cette honte.

[PARODIE] Je DM

janvier 14, 2012 dans Culture, En vrac

Jcfrog est une de mes idoles des Internets mondiaux et j’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises grâce au Grand Webze.

Dieu est grand, je suis toute petite !

J’ai eu envie, il n’y a pas longtemps, de lui rendre hommage en parodiant ses parodies (hein ? oui, c’est tiré par les cheveux).

J’ai enregistré la chanson, inventé un personnage, commencé à coucher trois ou quatre vannes sur le papier… Et au moment de me retrouver devant la webcam, je ne l’ai pas senti. Au mieux ça n’aurait pas été drôle, au pire… pathétique.

Je m’abstiens donc… mais voici tout de même, rien que pour vous embêter, la fameuse chanson… Et du coup, ça m’a donné envie d’en faire plein d’autres.

(Enregistrée le 31 décembre chez mes parents sur le dictaphone d’Ernest, sous l’oeil torve du chat. Mixée sur Audacity. Ah ouais : attention, y a du moyen technique.)

Je DM by FlorencePorcel

(Eh, oh, ça va, hein. La dernière fois que j’ai pris un cours de chant, Twitter n’était pas né, alors…)

 

JE DM

(Chanson originale : « Je t’aime » – Lara Fabian/Rick Allison)

 

D’accord il existait d’autres façons de se draguer

Un coup de fil ou un verre mais ça fait pas très connecté

Pis comme je suis un trouillard, ça m’arrange bien de me cacher

Derrière un avatar photoshopé

 

D’abord je trolle un peu, ça m’amuse de te voir t’énerver

Ensuite, dès que je peux, je te #FF, je te RT

Tu abaisses ton pare-feu, ah enfin tu m’as followé

Maintenant faut jouer franc-jeu, je vais te plugger

 

Je DM, je DM

Une dose de geek, une dose de LOL

Pour t’encapsuler le protocole

Je DM, je DM

Un mot fripon, un mot sympa

140 caractères pour toi

Tu vois je DM comme ça

 

D’accord je t’ai confié tous mes ID, toutes mes IP

Même celles dont seul Zuckie est le gardien inavoué

Sur ces réseaux du web, l’ACTA nous regardait surfer

J’ai tant voulu tes boobs en webcam mais t’as refusé

 

Je DM, je DM

Une dose de geek, une dose de LOL

Pour t’encapsuler le protocole

Je DM, je DM

Un mot fripon, un mot sympa

140 caractères pour toi

Tu vois je DM comme ça

[LIVRE/WEB] Les miscellanées d’Internet (A. Dubuquoy, N. Prat)

janvier 11, 2012 dans Culture, En vrac

En voilà un livre frais, sympathique, drôle et instructif sur les internets ! Antoine Dubuquoy, blogueur, et Nico Prat, journaliste, sortent demain chez les bons libraires leurs Miscellanées d’Internet aux Editions Fetjaine.

 

 

Je l’ai lu (parce que j’en ai un exemplaire dédicacé alors c’était la moindre des choses, hein) et j’ai bien rigolé. Mais j’ai appris des tas de choses, aussi : de l’origine du #vraimentPD à l’histoire du web, en passant par des personnalités que je ne connaissais pas et des chiffres en tout genre.

Les Miscellanées, ce sont 244 pages de tout et de n’importe quoi sous la forme de paragraphes de deux ou trois lignes à une ou deux pages. L’alternance d’informations sérieuses et de phénomènes LOL rendent le livre très agréable à lire et jamais ennuyeux. On passe du grave au WTF, de YouPorn à l’évolution du prix du gigaoctet et des mèmes à un quizz. En somme, une parfaite adéquation entre l’objet étudié (Internet) et la forme utilisée (un livre en bois d’arbre).

On sent que les deux compères se sont bien amusés à composer ce foutraque d’informations en tout genre. Le vécu crève les pages, à la plus grande joie du lecteur qui se transformera en xD pendant quelques lignes, lors de la description d’une tentative de prise de contact avec une FAI ou à la simple évocation de la zone blanche. Extrait :

« Pour l’internaute ou le simple geek en vacances, la zone blanche déclenche des suées, provoque une torsion des entrailles, la chute des cheveux, voire des dents, et déclenche un état de nervosité intense se manifestant par une propension à tourner en rond, à escalader les toits, les arbres, les collines, montagnes, poteaux télégraphiques, le bras tendu vers le ciel, le smartphone pointé vers l’immensité céleste dans l’espoir de capter ne serait-ce qu’une demi-barre. » (p.43)

Les deux auteurs savent de quoi ils parlent et beaucoup de web-addicts s’y retrouveront dans des descriptions ou des références parfois invisibles pour le grand public. Mais ils réalisent quand même l’exploit d’expliquer clairement les bases de l’histoire de ce (multi)média qui a bouleversé l’Humanité et de transmettre avec succès les éléments de cette culture particulière et émergente.

C’est un livre que j’aimerais offrir à ma grand-mère qui ne comprend rien à ce que je fais de mes journées (et c’est bien normal) ainsi qu’à mes coupines qui me reprochent (et c’est normal aussi) de leur parler avec un vocabulaire imbitable.

Ces Miscellanées couplées avec l’excellente Encyclopédie de la Web Culture de Titiou Lecoq et Diane Lisarelli sont le meilleur moyen, à mon sens, de comprendre les enjeux (géo-politique, politique tout court, économique, sociologique, culturel, etc), les nouvelles professions et les bases de la culture que représente Internet aujourd’hui. Et en se marrant, par-dessus le marché !

Parce que, et Antoine Dubuquoy et Nico Prat l’ont parfaitement bien transmis, Internet est historiquement et (donc) intrinsèquement construit par des gens qui ne se prennent pas au sérieux. « Il n’y a plus de questions, que des réponses » (p.28), affirment-ils non sans humour à propos des moteurs de recherche. « Les internautes sont de sacrés taquins… » (p.181), se réjouissent-ils au sujet des pionniers du web, champions toutes catégories de l’auto-dérision et des taquineries bon enfant.

Leur style parfois « bloguesque » aidant, ces deux passionnés d’Internet se font les passeurs d’une composante essentielle : les internautes sont des sales mômes, bourrés d’imagination, d’une créativité sans borne et flanqués d’une bonne dose d’insolence. (A nous de faire en sorte de ne pas perdre cet esprit que les grands de ce monde ne comprennent pas.) Fuck yeah !  

Interview d’Antoine Dubuquoy, blogueur, homme de médias et co-auteur des Miscellanées d’Internet

Quelle est l’histoire de ce livre ?

Blogueur depuis 2005, et amoureux du livre depuis toujours. J’ai eu envie de passer du digital au papier, par amour de l’objet. Un iPad ne sent rien. Un livre neuf sent la colle et le papier. Gamin, je rêvais de passer un jour chez Bernard Pivot… Bon, il a arrêté Apostrophes avant que je sorte mon livre… Internet est ma grande passion. Internet a bouleversé ma vie. J’ai eu envie d’écrire un livre à ce sujet… Un ami, David Brunat, qui a écrit Les Miscellanées du Tennis, m’a présenté à Gilles Verlant, le directeur de la collection. Gilles a aimé l’idée d’un livre de miscellanées consacrées à Internet.

Nico et moi avions travaillé sur un projet commun, le blog du patron d’une grosse agence de com. On a sympathisé. Je lui ai proposé de participer aux Miscellanées. On a signé le contrat. Et on a commencé à bosser…

Comment s’est fait le choix des rubriques, leur ordre et leur distribution ? 

Nous avons présenté à Jean-Louis Festjens, notre éditeur, un pitch très détaillé du livre, avec un plan, et une liste de tous les sujets dont nous souhaitions parler. Les Miscellanées étant un genre littéraire basé sur l’accumulation d’histoires, d’anecdotes, de listes, sans hiérarchisation, sans chronologie, le travail à deux sur le projet était assez simple. Lister tous les sujets, les répartir en fonction de nos centres d’intérêt, de ce que nous maîtrisions le mieux, etc… A partir de cette liste, nous avons chacun commencé à écrire de notre côté, en stockant tout sur Google Docs.

Vous n’êtes pas de la même génération. Qu’est-ce que Nico t’a apporté, et au contraire, que penses-tu lui avoir transmis ?  

J’ai traité les sujets historiques et Nico s’est concentré sur les lolcats… Normal, j’ai 47 ans, lui 26. La preuve que la Génération X peut travailler avec la Génération Y…

Je ne sais pas ce qu’on s’est transmis, mais on s’est bien marrés en écrivant le livre. On aime le rock, on aime l’humour trash. On boit des bières entre potes. A peine le manuscrit remis à l’éditeur, on a lui a soumis deux nouveaux projets… On va voir si Dubuquoy & Prat, vont être comme Leiber & Stoller, Pomus & Schuman, Gallagher & Gallagher, Lennon & McCartney, Mario & Sonic, Tintin & Milou, Boileau & Narcejac…

Un livre papier sur Internet… avec des liens non-cliquables par définition… N’est-ce pas paradoxal ? 

Internet évolue à une vitesse vertigineuse. Et son histoire même récente s’efface de la mémoire collective extrêmement rapidement. Le paradoxe du livre est d’avoir voulu compiler ces moments pour montrer qu’il y a une continuité historique. Et des constantes dans la nature même d’Internet.

Les liens non cliquables sont là pour que les curieux aillent vérifier ce que nous avons écrit… Mais nous avons écrit chaque miscellanée de façon à ce qu’elle soit totalement autonome. Ce qui dans certains cas est un vrai challenge, quand il s’agit de décrire une image publiée sur 4chan, ou de raconter Two Girls One Cup…

Y aura-t-il une version e-book ? 

Yeah ! Elle sortira peu de temps après la version papier. Et les liens seront cliquables…

Concernant le piratage, vous dites : « Il y aura toujours quelqu’un pour vous taper sur les doigts, comme si vous aviez 12 ans » (p. 29). Diriez-vous toujours la même chose si votre livre était piraté ? 

A moins de s’appeler Marc Musso ou Guillaume Levy (il y a un gag caché dans la phrase) il semble difficile d’envisager faire fortune en sortant un livre. Le livre est un vecteur de notoriété, de visibilité. Pour ce qui est du piratage, si quelqu’un a suffisamment de temps à perdre pour scanner les 250 pages des Miscellanées, notre éditeur ne sera pas ravi. Si quelqu’un fait des emprunts et tant qu’il cite ses sources, pas de souci.

En sortant un livre papier, j’accomplis un vieux rêve, tout en étant conscient du changement d’époque dans lequel nous sommes. Nous n’avons pas encore atteint le « tipping point », le point de basculement vers le 100% numérique, mais nous nous en rapprochons.

Dans la rubrique « Bonjour ! », vous avez réussi à placer « Hitler » et « sodomie » dans la même phrase. C’était un défi que vous vous étiez lancé ? :p

Aucun défi, sinon une totale liberté de ton pour parler aussi bien de sexe, de politique, que de religion, de chats, ou de technologie…

Quand vous parlez de la bulle des années 2000, du tout-facile côté entrepreunariat et des vieux modems, on sent une solide nostalgie. Est-ce le cas ?

Aucune nostalgie, plutôt un regard amusé. En 1997, quand j’ai eu ma première adresse mail, je n’avais que très peu de gens dans mon entourage familial à qui envoyer des messages par ce canal… Alors quand on en trouvait un, on lui envoyait un mail. Et on passait un coup de fil pour être sûr qu’il l’avait reçu… En plus, dès qu’il y avait deux images sur une page web, le truc ramait et on attendait des heures… L’horreur ! Donc, pas de nostalgie du tout !!!

Votre livre est très documenté. Avez-vous réellement regardé tous les documents que vous nous proposez, comme les différentes sextapes, l’intégralité de YouPorn, 2 Girls 1 Cup, Amandine du 38, Jean-Pierre du 59, etc ? 

OUI, on a fait un facts checking de folie. Nico et moi avons le sens inné de l’investigation et du travail bien fait.

Page 50, un mot so XXème siècle fait son apparition : « vidéoclub ». WTF ??

OMFG ! On a été trollés !!!

Vous qualifiez les « Kikoo Lol » de « gamines peu sûres d’elles ». Euh… comment dire. JE M’INSURGE. Un Kikoo Lol est autant un garçon qu’une fille ; qu’est-ce que c’est que cette misogynie primaire, dites donc ?? 

Ma fille n°3, qui a 12 ans, m’a fait la même remarque hier… On va avoir des ennuis, je le sens. Déjà que Nico est fâché avec toutes les blogueuses mode….

Pour expliquer ce que veut dire « IRL », vous donnez un exemple : « J’ai rencontré @machin IRL. Il est plus drôle sur Twitter. » (p. 93) JE VEUX DES NOMS.

Nico Prat par exemple. Et je pense qu’il dira la même chose de moi. IRL, je suis hyper chiant, du moins c’est ce que me disent mes enfants…

Avez-vous été censuré sur des sujets, ou au contraire vous en a-t-on imposé d’autres ? 

Aucune censure, sinon le souhait de l’éditeur que le logo Youporn ne soit pas sur la couverture… Juste quelques adoucissements ça et là, dans le choix des mots… Jean-Louis, l’éditeur, et Gilles, le directeur de collection nous ont laissé carte blanche. Bonheur, quoi.

Antoine Dubuquoy ne peut pas être foncièrement mauvais puisqu’il est amateur de madeleines longues aux oeufs frais, qu’il a un blog et même un compte Twitter.

[MUSIQUE] Les zizis en chansons

décembre 14, 2011 dans Culture, En vrac

N’allez pas croire du tout que je fais dans le racoleur. Je me suis toujours refusée d’écrire le mot « sexe » dans les trois premières lignes d’un article pour un meilleur référencement, je m’y tiendrais encore cette fois-ci.

Je me suis juste fait la réflexion il y a quelques jours, quand j’ai écrit mon billet sur Barcella, que le sexe masculin avait eu droit à de nombreuses chansons, toutes plus différentes les unes que les autres.

Comme pour le Mur de Berlin ou pour les chiens, je me lance donc dans un billet musical thématique sur nos amies les bêtes la Bête.

Alors… bon… qu’on se mette d’accord tout de suite… LOIN-DE-MOI-L’IDEE de prendre à la légère un attribut aussi sérieux. Aucune blague n’aura sa place ici : elles en sont l’exact inverse si l’on en croit l’adage « les blagues les plus courtes sont les meilleures ». C’est cul Eve-Day, hein.

Ceci étant  dit, voici ma sélection des chansons les plus représentatives de l’engin de ces messieurs – en laissant volontairement de côté toutes les chansons paillardes existantes qui mériteraient non un post mais carrément un blog à elles toutes seules.

Quelques chansons un peu coquines

Où les messieurs nus comme ces vers

Se font déshabiller la pine

Et les dessous de leurs affaires.

Ne croyez pas ce qu’on y dit :

La verge en serait fort marrie…

(Comment ? Ah, non, c’était pas une chanson, ça. C’était juste une transition. Ouais, cherchez pas.)

Le zizi drôle de Lynda Lemay

Honneur aux dames !

(Attendez. Finalement, je ne suis pas sûre de l’emploi de l’expression « honneur aux dames » dans un billet traitant de pénis. Bien. Je sens que ça va être plus dur que prévu…)

(Attendez encore. Je ne suis pas sûre de l’emploi de la phrase « je sens que ça va être plus dur que prévu » dans un billet traitant de pénis. Bien. ON VA Y ARRIVER olé olé.)

On ne peut pas retirer à Lynda Lemay, qu’on l’apprécie ou non, sa plume incroyable qui chatouille souvent là où ça fait mal. Les hommes en prennent souvent pour leur grade et c’est sur leur intimité qu’elle se penche (dans tous les sens du terme, oui oui…) ici.

C’est à pleurer de rire et, parité oblige, elle rend la pareille à ces dames par la suite…

 

Le zizi choupinou de Barcella

Eh oui, je reviens dessus (…) (GNNN…) mais Barcella sait comment attendrir les filles avec son « moineau ». D’abord petit garçon angoissé puis adolescent complexé, il prend une revanche éclatante auprès de beautés décérébrées avec une verve verbiale dont lui seul a le secret.

Et d’ailleurs… en parlant de secret… Il a beau se défendre de tout texte autobiographique dans son album et accuser son pianiste en concert, le mystère rôde toujours : cette chanson sent-elle le vit-cul vécu ? Voilà qui mériterait une enquête journalistique approfondie… (PREM’S !!! Eh, oh.)

 

Le zizi crâneur de Jacques Dutronc

Alors ça, c’est typiquement le genre de mec qui me hérisse le poil (que je… non, rien). Désolée, mais ce genre de mec à gros cigare, très peu pour moi. C’est du genre à fumer après l’amour, en plus. Berk. Os-kour, quoi.

(Ouais je sais, ça fait beaucoup de « genre », mais c’est dans le genre « mauvais genre », tavu.)

 

Le zizi docte de Pierre Perret

Voilà un trublion chantant qui nous promet de « tout » nous apprendre sur le zizi. Mouais. Je suis pas convaincue, personnellement. J’ai pas eu l’air con, quand j’ai demandé où était « le grand cou » du premier zizi tout mou que j’ai vu, moi, tiens… (Enfin bon. Ca a eu le mérite de le faire rire, hein. Et homme qui rit… homme qu’on pécho, eh ouais.)

 

Le zizi python des Monty Python

Et enfin, last but not least, la Chanson du Pénis tirée (non… ne dites rien) du film « Le sens de la vie » (ça tombe d’ailleurs sous le sens si je puis me permettre).

Trêve de commentaires débiles, place aux maîtres.

 

Si vous voyez d’autres chansons à ajouter, n’hésitez pas. En attendant, soyez fripons… mais sortez couverts !

[MUSIQUE] Barcella : drôle de poète chantant

décembre 11, 2011 dans Culture, En vrac

J’ai découvert Barcella complètement par hasard, à l’été 2009 à la Foire de Châlons : il faisait la première partie de La Chanson du Dimanche (que j’étais venue voir) qui faisaient eux-mêmes la première partie de Grégoire.

Etant en avance pour La Chanson du Dimanche, je suis donc arrivée au beau milieu du spectacle d’un drôle d’énergumène au pantalon large, aux bretelles et à la queue de pie, qui chantait des chansons tour à tour tendres, drôles et grinçantes avec un accent indéfini délicieusement désuet accompagné d’un pianiste, d’un accordéoniste et lui-même à la guitare.

Au début, il m’a fait penser à Thomas Fersen : un décor constitué de détails dans les tons sombres avec des parapluies ouverts et de vieilles liseuses, un costume hors du temps et un vocabulaire fouillé. Mais très vite, je suis rendu compte que Barcella n’était personne d’autre que lui-même.

Après une ou deux chansons prises en cours de route et le temps qu’il m’a fallu pour entrer dans son univers, il a entamé « Mademoiselle ». Un piano, une voix, un artiste pétri d’une généreuse émotion, un texte qui remue les tripes de ma génération et les plus jolis vers que j’ai jamais entendus : « Mais pour celles qui y croient, tout comme pour ceux qui osent, la vie ouvre des portes avec ou sans cadenas qui pouvaient sembler closes… »

 

Sans nous laisser le temps de s’apesantir sur une grosse boule dans la gorge, Barcella enchaîne avec « Les monstres ». Une sombre histoire de petit garçon qui va faire pipi la nuit et qui réveille des terreurs nocturnes universelles… Le gars se révèle showman et on se prend à sautiller sur place pour finir les bras en l’air à frapper frénétiquement (mais en rythme !) dans ses mains pour accompagner son incroyable énergie et un humour à toute épreuve.

 

Après cette franche rigolade, il nous présente une performance de impressionnante : Barcella n’est pas seulement un saltimbanque musical, il est également champion de France de Slam Poésie. Après avoir fait rougir tous les profs de diction du monde avec « Babar » (lui, pour les intimes), il enchaîne sur un texte où la métaphore file la faune océane (de 1’58 à 3’05 dans la vidéo ci-dessous).

 

Mais le Rémois désormais illustré nationalement ne renie pas ses origines champenoises : on sent le vécu de l’enfant qu’il a été et qu’on a emmené en sortie dominicale au Lac du Der dans cette chanson sur « Les sornettes » proférées par les adultes…

 

La référence réjouira au plus haut point les autochtones (dont je suis) et permettra sans doute aux autres, et notamment aux Parisiens, de savoir que le Der est le plus grand lac artificiel d’Europe et qu’il a été construit pour désengorger la Seine et protéger Paris des inondations (ceci n’est pas un billet sponsorisé par l’office du tourisme de Champagne-Ardenne).

Alors bien sûr, autant de légèreté ne saurait aller sans une autre claque. Après « Mademoiselle » et son interprétation d’une génération désabusée, il analyse avec « Mémé » un sujet de société difficile. Et quand on a vécu la situation à plusieurs reprises, il est bien difficile de retenir ses larmes.

 

Et puisque le yoyo semble être son jouet préféré (est-ce une espièglerie de mon inconscient ou bien en ai-je vu un accroché à sa ceinture ?…), il choisit de nous achever à coup de fou rire avec une chanson traitant de son… sexe. Je ne vous en dis pas plus, mais elle est – naturellement – jouissive. (Eh, Babar, si tu me lis, mon numéro commence par 06 et finit par 69 – par le plus grand des hasards, hein, entendons-nous bien.)

 

Je l’ai revu en concert à la bibliothèque de Châlons un an après. Mais cet artiste, sacré « Album de l’année 2010″ par les Francofans avec « La boîte à musiques », mérite les plus belles salles parisiennes. Des mélodies entraînantes, une plume incroyable et un sens de la scène que j’ai rarement vu ailleurs : Barcella, 30 ans tout rond, mériterait de pétiller hors des frontières de la Champagne.

[CINEMA] La guerre des boutons : mon comparatif

septembre 26, 2011 dans Culture, En vrac

J’ai vu les deux récentes adaptations de La guerre des boutons, sorties à une semaine d’intervalle au cinéma. Il n’y a donc pas de raison que je ne me fende pas d’un petit comparatif, moi aussi…

La nouvelle guerre des boutons

Christope Barratier

(avec Laëtitia Casta, Guillaume Canet, Kad Merad, et Gérard Jugnot)

Le pitch

Nous sommes en 1944. Les enfants de deux villages auvergnats, Longeverne et Velrans, s’affrontent dans une guerre dont le but est de dépouiller de ses boutons les vêtements de la bande ennemie. En arrière-fond de ce conflit finalement tendre, une jeune femme du village revient de Paris avec Violette, qui s’avère être une petite fille juive…

L’adaptation

Le roman est donc transposé pendant la Seconde Guerre Mondiale. J’avais vraiment peur au début d’un effet pathos ou leçon de morale, mais le contexte historique sert l’histoire et l’enrichit, et non l’inverse. Le scénario, en ce sens, est parfaitement équilibré.

La guerre des boutons en elle-même semble fidèle à l’originale (de ce dont je me souviens…) et malgré quelques longueurs dans l’évolution des batailles, cela reste très plaisant.

Les comédiens

Bon. J’ai du mal avec Guillaume Canet. Je le trouve mauvais comédien (même si je l’apprécie en tant que réalisateur). Il a la diction d’un poulpe mort et l’expressivité d’une loutre. Je lui accorde une chose : il est fidèle à lui-même, on n’est pas surpris.

Laëtitia Casta se défend plutôt bien. Je n’ai pas été bluffée, loin de là, mais je m’attendais à bien pire. (En même temps, difficile d’être plus mauvais que Guillaume Canet.)

Les enfants sont globalement très bons. On sent le travail d’un metteur en scène derrière et ils sont bien dirigés. (Je… non rien. J’allais encore… Guillaume Canet, toussa… Je me tais.)

Quant aux seconds rôles, ils sont tout simplement excellents. On retrouve d’ailleurs toute l’équipe des Choristes (c’est le même réalisateur) : Gérard Jugnot, Kad Merad, Marie Bunel et Grégory Gatignol.

Le petit Gibus

On atteint ce que je décide d’appeler « le point Pépinot ». Vous savez, ce petit garçon mignon des Choristes ? Ben là, Barratier a voulu faire la même chose avec le Petit Gibus (déjà emblématique, c’était donc pas la peine d’en rajouter).

Sauf que dans les Choristes, Pépinot était mignon parce qu’il était naturellement mignon. Là, le Petit Gibus est mignon parce qu’on lui a dit : « Tu seras le petit garçon mignon. » Alors c’est mignon les dix premières minutes, mais après t’as juste envie de lui dire ta gueule ou de le voir muer.

La réplique qui m’a fait rire

[Les parents Lebrac (Marie Bunel et Kad Merad) à propos de leur fils]

- Y aurait une petite là-dessous que ça m’étonnerait pas…

- Lui ?? Il ferait peur à la volaille !

Verdict

C’est une très bonne adaptation, parfaitement bien équilibrée au niveau du scénario, avec des enfants très bien dirigés et des seconds rôles savoureux. Il y a des paysages magnifiques et la reconstitution des batailles est très tendre. Même avant 30 ans, on se prend à être nostalgique d’une époque qu’on n’a jamais connue, où l’on pouvait courir dans les champs, faire des cabanes dans la forêt, être totalement insouciant et s’érafler les genoux sans porter plainte contre le propriétaire des barbelés qui n’auraient jamais dû être là. (Je caricature.)

C’est vraiment un film anglé sur ces enfants qui s’amusent, qui vivent leur enfance à fond, qui se construisent des souvenirs émerveillés qu’ils garderont comme un trésor jusqu’à la fin de leurs jours, malgré un quotidien de guerre pas toujours facile à vivre.

La guerre des boutons

Yann Samuell

(avec Mathilde Seigner, Eric Elmosnino, Alain Chabat, Fred Testot)

Le pitch

C’est l’histoire d’un soi-disant cancre qui devient premier de la classe. Ou plutôt non. C’est l’histoire d’une petite fille garçon manqué féministe avant l’heure. Ou… non, c’est pas encore ça. C’est l’histoire d’une bande de gamins sadiques qui arrachent des boutons avec un regard de psychopathe. Non. Pas encore. C’est l’histoire de quelques adultes qui ont toujours douze ans et demi mais on n’y croit pas vraiment. Non. C’est… En fait on sait pas trop ce que c’est. Ce film ressemble autant à La guerre des boutons que moi à Paris Hilton.

L’adaptation

Je me demande si on peut parler d’adaptation tellement peu d’éléments de la version originale s’y retrouvent. On a gardé les noms (villages et personnages) mais la structure globale a disparu. Quand ça parle d’une guerre des boutons, on se demande ce que ça vient foutre dans le scénario. C’était un prétexte pour faire du fric sur un titre connu, je pense. (Au moins, l’autre a eu la décence de rajouter « nouvelle ».)

On a voulu ajouter des touches modernes à l’ensemble, mais ça fait des gros flop. Par exemple quand un des gamins orthographie mal un mot en disant : « Avec un A majuscule ! » En fait, ça fait référence au « Je t’emmerde avec un grand A » du loft, mais qu’il aurait fallu reprendre tel quel pour que ce soit drôle. Raté, les gars. Ou alors amener cette histoire de fille-qui-est-égale-à-un-garçon. Ok mecs, mais en 1956-1957, je ne suis pas tellement sûre que ce soit cohérent. Mais bon.

Le réalisateur, qui avait certainement conscience de la pauvreté de son scénario s’est dit que ce serait peut-être une bonne idée d’appeler des comédiens estampillés Canal pour sauver le bousin. Alors du coup on a Alain Chabat et Fred Testot qui viennent faire leur sketch pendant 5 minutes à intervalles réguliers, mais comme des cheveux sur la soupe rédactionnelle.

La vulgarité

C’est censé être un film aussi pour les enfants – d’ailleurs il y en avait plein dans la salle. Sauf que dans le premier quart d’heure, il y a un enchaînement de répliques toutes plus vulgaires les unes que les autres. A la Canal, finalement, quand j’y pense. Sauf que dans la bouche d’enfants de 10 ans et dans les oreilles des gamins dans la salle, ça m’a mise très mal à l’aise. J’ai même trouvé ça honteux, en fait. Parce que finalement, ça ne sert même pas l’histoire.

Le malaise

Contrairement au film ci-dessus, il n’y a rien de tendre ni de bon enfant dans le peu de guerre des boutons qu’on peut voir dans celui-ci. Et le peu représenté donne un peu envie de ne pas savoir où se foutre. Il y a une vraie volonté d’humilier dans celui-ci, et je ne suis pas sûre que ça fasse partie de l’histoire d’origine. La bande à L’Aztec, dirigée de cette manière, passe vraiment pour des psychopathes sadiques. Pas sûre que ce soit utile, en fait.

Les incohérences

La mère de Lebrac vit seule avec son fils et ses deux filles. C’est Lebrac qui est donc obligé, avant et après l’école, de s’occuper des bêtes, de la ferme, et du marché. Sa mère (Mathilde Seigner) se plaint sans arrêt de ne pas avoir assez d’argent pour survivre.

Mais elle te dit ça parfaitement maquillée, blushée, mascaratée, ombre à paupiérée, et brushinguée, tsé. Genre limite elle est très jolie (on parle bien de Mathilde Seigner, que j’aime bien par ailleurs, qui peut être belle mais pas spécialement « jolie »).

Et puis la petite fille qui a 3/20 en couture et qui 5 minutes après te pond un drapeau en vêtements grand comme un département parfaitement rectangulaire avec un bouton parfaitement centré et circulaire, tsé.

Et puis un des derniers plans… Ma sœur et moi, en cœur, nous sommes exclamé : « Mais LOL ! »

Voilà. Je ne spoilerai pas plus. C’est déjà amplement suffisant.

Les comédiens

Ils sont tous bons, mais c’est dommage qu’on ne comprenne rien à ce que disent la plupart des enfants. Déjà que c’est pauvre, on perd encore un peu plus de substance.

Mention spéciale pour Eric Elmosnino, que je ne connaissais pas.

Le Petit Gibus

Là encore le point Pépinot est atteint, mais dans une moindre mesure. Quoique…

Verdict

On a regardé l’heure plusieurs fois. On s’est demandé où ils voulaient en venir. On a attendu longtemps que ça commence jusqu’au moment où on a compris que la guerre des boutons était juste un prétexte.

Bref, on a trouvé ça mauvais et… décousu (seule cohérence du tout, finalement). Dommage pour les comédiens, qui méritaient mieux que ça.

[LIVRE] Mes lectures d’août

septembre 6, 2011 dans Culture, En vrac

L’étranger, d’Albert Camus

Folio (première édition : Gallimard, 1957), 186 pages.
Littérature XXème siècle

Pourquoi ce livre
J’ai passé quelques jours chez un ami, et il travaillait ce soir-là. C’est le premier livre que j’ai vu dans sa bilbiothèque. Je suis d’origine pied-noir, ma grand-mère déteste Camus, mais je me suis dit qu’il serait peut-être temps, à mon âge, de m’émanciper… (N’allez surtout pas cafter, hein !!)
Résumé
Un mec tue un autre mec et il est condamné pour ça.
Mon avis
Ok. Euh… Pas compris l’intérêt littéraire/philosophique/historique/autre. Vide de sens. Ou s’il en a eu un, alors il a très mal vieilli. Mais bon pour la culture générale, alors… Me voilà instruite de ce-qu’il-faut-absolument-avoir-lu et de ce-qu’il-faut-absolument-avoir-âââdôré. Super.
Personnellement, ça m’a choquée plus qu’autre chose : tout part du fait (un détail dans ce roman !!) qu’un mec (pas l’assassin ni l’assassiné d’ailleurs…) maltraite et bat sa maîtresse. Et tout le monde trouve ça normal. Et c’est au programme dans les écoles. Euh… O_o
Anecdote
Après un débat sur Twitter, il s’est avéré que soit ce livre était encensé, soit il avait rendu complètement indifférent. Personne entre les deux. Personnellement, une heure après, je l’avais déjà oublié. Mais intriguée par ces personnes pour qui il compte et par le fait qu’il tienne une si grande place dans la littérature du 20ème siècle, j’ai demandé à ma grand-mère (l’autre, malheureux !!) de le lire pour avoir l’avis de quelqu’un de sa génération. (Je pense sincèrement qu’il s’inscrit dans une époque et un contexte géo-politique bien trop ciblé et trop spécial – j’en sais quelque chose – pour avoir d’écho aujourd’hui et ici.) À suivre…
Pirates, de Michael Crichton
Pocket (première édition en France : Robert Laffont, 2010), 348 pages.
Aventure

Pourquoi ce livre
Je suis une fan inconditionnelle de Michael Crichton, et je ne connaissais pas celui-là. Les histoires de pirates ne me passionnent pas en général, mais j’avais envie de légèreté et de quelque chose qui me sorte de mon quotidien.
(Hein ? Ouais, chui trop trop fière de la photo, ouais. Prise avec le livre posé sur une double page d’Horizons lointains, de Patrick Poivre d’Arvor.)
Résumé
17ème siècle, Caraïbes. Un corsaire anglais et son équipage partent récupérer un trésor dans une île espagnole ennemie.
Mon avis
Aventure, suspense, action, un peu de sexe. Je l’ai dévoré. D’autant plus intéressant que très documenté : le vocabulaire est très riche, et on apprend à la dernière page, sur une note, que les personnages ont réellement existé. C’est passionnant, distrayant, et bien écrit (par contre, certains dialogues auraient pu être retravaillés…)
Y a des auteurs comme Michael Crichton qui devraient éviter de mourir.
À lire avec la BO de Pirates des Caraïbes en boucle !
Titan, de Stephen Baxter
J’ai lu, 2001 (pour la première édition en France), 695 pages.
Hard SF

Pourquoi ce livre
J’ai découvert Stephen Baxter avec sa trilogie des Univers Multiples, devenant mon auteur de hard SF favori. Titan ne m’a pas déçu : c’est fascinant et il est impossible de le lâcher avant la dernière ligne.
Résumé
2008. Cinq êtres humains décident de s’envoler vers Titan, une des lunes de Saturne, où la sonde Cassini-Huyghens a découvert des traces de vies en 2004.
(La sonde est réellement allée là-bas en 2004, mais le roman a été publié en 1997.)
Mon avis
Basé sur des faits scientifiques réels, très technique (trop concernant les détails des navettes et la biochimie, peut-être ?) Fait réfléchir sur la NASA et sur la politique américaine, sur la conquête spatiale, sur la science, sur la place et la responsabilité de l’être humain dans l’univers en général.
Alternance mission Titan / partie d’anticipation sur le futur très proche (2015/2016) sur Terre qui fait froid dans le dos car presque bien vue pour le moment… Ecrit en 1997, il se trompe par contre parfois sur la place d’Internet – amusant à lire en 2011, du coup.
La citation qui m’a fait rire
(… et qui ne reflète pas vraiment l’ensemble du roman) : « Je sens mes couilles, donc je suis. » (p. 644)
Evolution, de Stephen Baxter
Presses de la Cité, 2005. 727 pages.
SF/Histoire

Pourquoi ce livre
C’était l’autre seul livre de Stephen Baxter à côté de Titan sur le rayon de la bibliothèque. Je n’allais quand même pas l’y laisser tout seul !!
Résumé
65 millions d’années avant notre ère. Purga, un petit primate, lutte pour trouver à manger et à boire, pour protéger ses petits, et pour échapper aux prédateurs. C’est notre ancêtre commun. Pourtant, au-dessus d’elle, une comète approche…
Mon avis
Stephen Baxter raconte magistralement l’histoire de l’évolution, de la disparition des dinosaures à l’an 2031, en passant par toutes les étapes qui transformeront Purga, petit mammifère ressemblant à un écureuil, à… nous. Basé sur des faits scientifiques, cela reste un roman et non une thèse, comme l’auteur le signale à la fin. D’autant plus qu’il poursuit l’histoire de l’évolution jusqu’à 30, puis 500 millions d’années après notre ère et au-delà…
D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? S’il ne faut pas oublier que c’est un roman, la rigueur de Baxter concernant la science permet de s’approcher de ce qui a pu réellement se passer. Je conseille vivement : c’est notre histoire à tous. Fascinant de toucher un peu mieux du doigt nos origines communes. Permet aussi de réfléchir à l’inné et à l’acquis, à ce qui nous reste de Purga et de ses descendants, à la nature de l’être humain, etc…
La citation qui m’a fait rire
« Une sorte de gros rhinocéros, l’elasmotherium, parcourait le nord de l’Eurasie. Il était équipé de grandes pattes et d’une corne de deux mètres de long : une licorne bodybuildée. » (p. 294)
(Le mec qui réussit à placer « licorne bodybuildée » dans un roman sur l’évolution, je veux bien l’épouser, ouais.)
Le fauteuil hanté, de Gaston Leroux
E-book, 324 pages
Fantastique

Pourquoi ce livre
Il fait partie des nombreux e-books gratuits que j’ai téléchargés dans la bibliothèque de mon iPad (merveilleuse petite machine, gnnn ♥). C’est le titre qui m’a donné envie de commencer par celui-ci plutôt que par un autre.
Résumé
A l’Académie française, les prétendants à un fauteuil laissé vaquant meurent les uns après les autres…
Mon avis
Style de l’époque, ton enjoué, suspense… Ça se lit tout seul, c’est à la fois drôle et prenant. Dommage qu’il soit si peu connu, j’aurais adoré le découvrir avant !
La citation qui m’a fait rire
« A quoi M. le secrétaire perpétuel répliqua qu’il était trop tard pour revenir en arrière et que lorsqu’on était Immortel, c’était jusqu’à la mort. » (p. 274)
La princesse de Clèves, de Madame de la Fayette
Folio, 160 pages
Roman XVIIème siècle

Pourquoi ce livre
Je ne l’avais encore jamais lu, j’avais réussi à passer à travers tous les spoils, et je me souvenais vaguement de cette polémique qu’avait lancée Nicolas Sarkozy. Je me suis dit qu’il fallait peut-être faire quelque chose pour ma culture générale…
(Je ne me rappelle plus l’objet de la polémique, et je m’en fous ! Si elle revient un jour, je pourrai au moins me faire ma propre opinion.)
Résumé
XVIème siècle, sous Henri II. Une jouvencelle est présentée à la Cour par sa mère, qui lui a enseigné les vertus de l’honnêteté et de la fidélité, pour la marier. C’est le prince de Clèves, tombé amoureux de la jeune fille, qui aura sa main. Mais celle-ci, peu après leur mariage, se prend de passion pour le duc de Nemours, et réciproquement…
Mon avis
J’adore le langage de cette époque. Mais j’avoue que, écriture délicieuse ou pas, j’ai été ennuyée par la première partie du roman. J’ironisais intérieurement sur le fait que c’était les Feux de l’Amour (ou les dessous de Twitter…) version cour royale à la Renaissance : les babillages et les histoires de qui-couche-avec-qui me gonflent. Même bien écrites, ça m’emmerde prodigieusement… J’ai failli lâcher.
Et puis on en arrive au noeud de l’intrigue qui m’a retourné les tripes. Être passionnément amoureux, ne pas pouvoir le (et se) montrer, ni le dire, et encore moins le vivre (?) est une des pires choses qui puisse arriver dans une vie. Dans un style dépourvu d’envolée lyrique (et donc presque clinique…), les bonheurs purs, les merveilles absolues, et les souffrances ineffables sont décrits avec une justesse rarement égalée. Et ça fait mal…
La passion amoureuse est à la fois la chose la plus intensément merveilleuse et la plus grande putain de saloperie qui puisse exister. Et 350 ans après, Madame de La Fayette nous en livre un exemple qui fera douloureusement écho à tous ceux qui l’ont connue, dans un style tellement détaché que l’horreur en est décuplée. Et c’est encore en-deçà de la réalité…
Intemporel et universel, ce chef d’oeuvre est plus que jamais d’actualité et ne prendra jamais une ride. (Contrairement à L’Etranger, donc, qui a dû n’avoir de sens que les quelques années suivant sa publication.)
Il permet de réfléchir sur le sens de la vertu et de la fidélité, sur quoi dire ou taire au sein d’un couple, et comment se comporter lorsque la passion survient… On se rend compte que, finalement, même si les moeurs ont changé et que le divorce est affaire courante, les problématiques sont exactement les mêmes aujourd’hui qu’au temps d’Henri II.
Personne ne sait comment réagir face à la passion amoureuse. La réaction de la princesse de Clèves en est une parmi d’autres. Mais finalement, on en vient à conclure que quoi qu’on fasse, personne ne sort jamais indemne de ce sentiment.
Je vais passer ma nuit à pleurer, hein, et je reviens avec le prochain ouvrage juste après.
Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates,
de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
Editions du Nil, 2009, 395 pages
Roman épistolaire

Pourquoi ce livre
J’avais envie de lire quelque chose d’un peu nouveau, mais je ne savais pas quoi. J’ai demandé conseil auprès de ma Môman qui m’a mis ce volume entre les mains avec ordre de le lire !!
Résumé
Londres, 1946. Juliet, écrivain fantasque, se remet doucement de la guerre et cherche un sujet pour son nouveau roman. Une lettre d’un habitant de l’île de Guernesey et membre du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates (club littéraire créé pour tromper les Allemands qui occupaient l’île) va bouleverser sa vie.
Mon avis
Enorme coup de coeur pour ce roman. Pourtant, j’ai eu du mal à rentrer dedans : j’ai failli lâcher après 40 pages, pour finalement tenter d’insister quelques semaines après. Ensuite, impossible de le lâcher.
Le personnage principal a un style et un humour à pouffer de rire régulièrement sans crier gare, et l’histoire nous fait passer d’une joyeuse légèreté à des larmes poignantes. On se prend d’affection pour les habitants de cette île comme si c’était nous, lecteurs, qui correspondions avec eux. Leurs peines sont les nôtres, leurs joies aussi, et si les faits ne sont pas réels, on imagine que les deux auteures ont dû fournir un gros travail de recherches pour flirter au plus près de l’Occupation nazie sur cette petite île. Il est difficile, après la dernière page, de s’extraire de cette ville, de ces vies, de cette Histoire…
L’exploit de ce roman réside dans le fait de rendre absolument lumineuse la reconstruction d’une communauté meurtrie par la Seconde Guerre Mondiale, sans jugement manichéen ni pathos. Bien au contraire.
Si vous ne deviez lire qu’un livre sur tous ceux présentés dans ce billet, ce serait celui-là.
Citations…
… qui m’ont fait rire
« Cher Mr. Reynolds, J’ai surpris votre coursier en flagrant délit de dépôt d’oeillets roses sur mon palier. Je l’ai attrapé au col et je l’ai menacé jusqu’à ce qu’il me révèle votre adresse. Vous voyez, Mr. Reynolds, vous n’êtes pas le seul à user de la tactique de l’intimidation sur d’innocents employés. J’espère que vous ne le renverrez pas, il avait l’air d’un gentil garçon, et il n’a guère eu le choix : je l’ai menacé deLa Recherche du temps perdu. » (p. 52) 

… qui font réfléchir sur les relations virtuelles que nous entretenons avec des inconnus. Les thématiques des réseaux sociaux ne sont pas différentes de celles des anciennes correspondances épistolaires…   
« La navette s’est approchée du port poussivement, et j’ai vu St. Peter Port s’élever de la mer, en une suc­cession de terrasses dominées par une église posée au sommet, telle une décoration de sucre sur un gâteau. Mon coeur tambourinait dans ma poitrine. J’ai essayé de me persuader que c’était à cause de la splendeur de la scène, en vain. Toutes ces personnes que j’en étais venue à connaître, et même à aimer, étaient là. Elles m’attendaient. Je ne pouvais plus me retrancher der­rière une feuille de papier. Tu sais, Sidney, au cours de ces deux ou trois dernières années, je suis devenue plus douée pour écrire que pour vivre (pense à ce que tu fais de ce que j’écris). Sur le papier, je suis absolument charmante, mais c’est juste une astuce que j’ai trouvée pour me protéger. Ce n’est pas moi. Ça n’a rien à voir avec moi. Du moins, c’est ce que je pensais au moment où la navette postale est arrivée à quai. Dans un accès de lâcheté, j’ai failli jeter ma cape rouge par-dessus bord pour passer inaperçue. » (pp. 240-241)
L’Ange de Florence, de Patrick Weber
Labyrinthes, 2000, 181 pages
Policier/Historique

Pourquoi ce livre
J’ai trouvé le titre bon pour mon ego. Et surtout, quand je l’ai ouvert au pif pour en lire deux-trois lignes, le premier mot sur lequel je suis tombée était « sodomie ».
Résumé
Florence, XVème siècle. Leonard de Vinci n’est encore qu’un jeune homme. Et voilà qu’il est accusé des meurtres mystérieux de jeunes éphèbes.
Mon avis
Passez votre chemin ! C’est écrit en Oui-Oui (ce n’est d’ailleurs pas un critère de mauvaise qualité en soi), c’est surtout mal écrit, les personnages et les situations ne sont pas crédibles, et ce serait à peine adaptable en mauvaise série B historique.
Heureusement, le mot « sodomie » apparaît deux fois. (Hein ? Ouais, il me faut pas grand-chose.)
Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, de Stefan Zweig
Livre de Poche (première publication en 1927), 127 pages
Littérature autrichienne

Pourquoi ce livre
Alors que je passais la nuit chez une amie dont je gardais le chat pendant ses vacances, je me suis dit qu’il serait bien de lire enfin ce classique que je ne connaissais pas…
Résumé
Côte d’Azur, début du XXème siècle. Dans une pension pour la haute société, une des clientes, mariée, s’enfuit avec un jeune homme dont elle n’avait fait la connaissance que quelques heures auparavant. Scandale. Sauf pour une vieille femme, qui accepte de raconter son histoire – similaire – au narrateur, seul défenseur de la désertrice, lui expliquant ainsi comment une vie peut basculer en l’espace d’une journée.
Mon avis
Mouais. Je n’ai pas été très convaincue, ni très emballée, par cette histoire, qui m’a plus ennuyée qu’autre chose. Il s’agit encore de tenter d’expliquer la passion amoureuse, mais c’est moins convaincant que laPrincesse de Clèves, par exemple. Ca ne m’a pas du tout touchée.
Pourtant, j’aime beaucoup Stefan Zweig. Je reste une inconditionnelle du Joueur d’échecs, et si vous deviez ne lire qu’un seul livre de lui, ce serait son témoignage intitulé Le Monde d’hier, que j’ai lu et relu, et que je relirai encore. Dans ce livre, il raconte l’Europe d’avant la Première Guerre Mondiale, et les transformations que les deux guerres ont engendrées, dans son style si agréable à lire.
C »est à la fois un document historique et une réflexion presque philosophique sur la société et la psychologie humaine. C’est passionnant et ça permet de comprendre qui nous sommes, et d’où nous venons. Et ça éclaire pas mal de choses sur le monde (l’Europe !) d’aujourd’hui, du coup…
Le vaisseau des Voyageurs, de Robert Charles Wilson
Folio SF (première publication en 1992), 561 pages
Science-Fiction

Pourquoi ce livre
J’ai lu un roman de Wilson il y a quelques mois, intitulé Spin, que j’avais adoré et prêté à Pôpa. Il s’est souvenu avoir déjà lu un roman de cet auteur, et me l’a donc offert… ♥♥♥
Résumé
Un vaisseau extraterrestre est arrivé un jour et a stationné au-dessus de la Terre pendant un an, sans bouger, sans communiquer. Et un jour – ou plutôt une nuit – toute l’humanité s’endort et fait le même rêve, où les Voyageurs leur expliquent qui ils sont. Ils leur posent également la même question : souhaitez-vous devenir des entités immortelles ? Un être humain sur dix-mille refusera la transformation. Dont Matt Wheeler, médecin généraliste, (anti-)héros du roman…
Mon avis
C’est une histoire très prenante, et très troublante, du genre à faire rater sa station de métro ou à faire des rêves vraiment déstabilisants, voire désagréables. Ce n’est pas assez étrange pour qu’on s’imagine que ça ne sera jamais que de la science-fiction, mais ça l’est assez pour être presque mal à l’aise face à des questions comme : finalement, ça veut dire quoi, être « humain » ? et si cela arrivait vraiment, quelle serait ma réponse ?
Ces Voyageurs arrivent parce qu’ils ont vu que les Humains détruisaient leur planète, et qu’ils seraient notre seul salut. Entités dénués d’enveloppes physiques, ils sont des individualités, mais les connaissances et les souvenirs de chacun sont accessibles à tous. Ecrit au début des années 90, ça fait droit dans le dos : Wilson anticipait déjà les problèmes environnementaux auxquels nous faisons face, et le fonctionnement de ces Voyageurs décrit exactement le concept du web…
Lire ce roman, c’est être pris de vertiges. Mais paradoxalement assez grisants…
Extrait (pris au hasard)
« - Les choses continueront comme maintenant, dit-elle enfin. Du moins pour un temps. Peut-être jusqu’à l’hiver. Après… les gens commenceront à disparaître.
- A disparaître ?
- A abandonner leur corps physique. Oh, je sais que ça doit te sembler épouvantable… Mais ça ne l’est pas. Je t’assure que ça ne l’est pas.
- Si tu le dis, Rachel… Et qu’est-ce qui arrivera à ces gens ?
- Dans un premier temps, ils iront dans le vaisseau.
- Pourquoi « dans un premier temps » ? Ils n’y resteront pas ?
- Nous aurons un endroit à nous avant longtemps.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Un vaisseau pour humains ?
- En quelque sorte.
- Mais… dans quel but ? Pour quitter la Terre ?
- Peut-être. Papa, ces décisions n’ont pas encore été arrêtées. Mais la Terre fait l’objet de sérieuses études. On l’a vraiment martyrisée. Les Voyageurs ont déjà commencé à la nettoyer. A refermer certaines blessures que nous lui avons infligées. Ils purifient l’air de son excès de gaz carbonique…
- Parce qu’ils peuvent faire une chose pareille ?
- Oui.
- Admettons.
Il soupira.
- Donc les gens disparaissent. Donc Buchanan est vide.
- Nous ne disparaîtrons pas tous. Du moins pas tous en même temps… Comment appelle-t-on un jour comme aujourd’hui ? L’été indien ? Le dernier beau jour de l’année. La dernière occasion d’aller se baigner, peut-être, ou de se promener. Eh bien, je crois que les quatre ou cinq mois à venir seront comme un été indien pour beaucoup d’entre nous. Notre dernière chance de porter un corps humain et de profiter de la Terre.
- Une dernière chance avant l’hiver.
- Une dernière chance avant quelque chose de mieux. Mais même si tu quittais une vieille cabane pour un palais des Mille et Une Nuits, tu aurais tout de même envie de jeter un dernier coup d’oeil sur ta cabane avant d’en fermer définitivement la porte.
Son regard était devenu vague, sa voix toute faible.
- C’est le berceau du genre humain. Et il n’est pas toujours facile de quitter le berceau.
Etrange, songea Matt, comme un jour si ensoleillé pouvait être aussi froid. »
(pp. 236-237)
L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón
Livre de Poche (première édition en 2001), 637 pages
Littérature espagnole


Pourquoi ce livre
C’est mon amie Virginie qui m’a prêté ce livre en m’en disant le plus grand bien. Des mois qu’il traîne sur mon lit dans l’attente que je l’ouvre…
Résumé
Barcelone, 1945. Daniel, un petit garçon de 10 ans, suit son père qui l’emmène vers un endroit secret : le Cimetière des Livres Oubliés. Il doit y choisir un livre – à moins que ce ne soit le livre qui choisisse l’enfant : l’heureux élu est un roman d’un certain Julian Carax. Chose étrange, un homme au visage brûlé détruit systématiquement depuis des années tous les livres de cet auteur méconnu. Cela intrigue Daniel, qui va vouloir en savoir plus sur ce mystérieux écrivain…
Mon avis
Ce livre qui commence comme un roman pour enfant se transforme rapidement, et sans que l’on ne se rende compte de rien, en un roman policier aussi rythmé qu’enjoué, puis en un récit finalement assez sombre, qui mêle drames familiaux sur décor de guerre.
C’est rondement mené, le choix de Daniel comme narrateur donne une dimension très intéressante à l’histoire, puisqu’elle s’étale sur plusieurs années, suivant donc la fin de l’enfance, l’adolescence, puis le début de la vie d’adulte du garçon.
Ses tracas quotidiens, ses expériences et son apprentissage de la vie se déroulent en parallèle avec les histoires qu’il retrace avec son fantasque ami et collègue. Histoires qui se transforment d’ailleurs en une unique histoire dans l’Histoire…
Même si les lecteurs les plus perspicaces (dont moi, j’avoue) devineront les coups de théâtre à l’avance, on est littéralement happé par ce récit et il est très, très difficile de s’arrêter en cours de route. D’ailleurs, sur la couverture, est recopiée cette critique de Lire : « Si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n’avez plus aucune chance de lui échapper ».
Mon conseil : commencez par la quatrième. Déconnez pas putain, j’y ai passé une nuit blanche, moi.
Citations
« Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu, et rêvé avec lui. Chaque fois qu’un livre change de main, que quelqu’un promène son regard sur ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. » (pp. 12-13)
« Je ne connaissais pas encore le plaisir de lire, d’ouvrir des portes et d’explorer son âme, de s’abandonner à l’imagination, à la beauté et au mystère de la fiction et du langage. (…) Mais c’est la même sensation, cette étincelle de l’inoubliable première fois. Ce monde est un monde de ténèbres, Daniel, et la magie est une chose rare. Ce livre m’a appris que lire pouvait me faire vivre plus intensément » (p. 39)
Pour ne pas disparaître, de Wade Davis
Albin Michel, 230 pages
Essai


Pourquoi ce livre
Il semblait intéressant de lire cet essai anthropologique, qu’on nous avait présenté comme positif et optimiste, pour NewZitiv. Je l’ai donc lu…
Résumé
« Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale » : c’est le sous-titre, dès la couverture. Wade Davis nous raconte ce qu’il connaît de tribus et de peuples en voie de disparition (voire disparus !) à cause de la mainmise de la culture occidentale et capitaliste sur l’ensemble de planète et de ses ressources. Puis il réfléchit sur les conséquences de la non-préservation de ces peuples et de leurs cultures.
Mon avis
L’ouvrage souffre d’un manque de rigueur dans la construction. Il est certes divisé en chapitres, mais à l’intérieur desquels les descriptions et les avis s’enchaînent sans logique ni cohérence.
Au-delà de la pauvreté formelle, le fond est passionnant. J’ai découvert des tas de choses fascinantes sur des tribus de tous les continents, et plus excitant encore, je me suis rendue compte que ce que j’avais lu dans Evolution y ressemblait vraiment de très, très près. J’ai eu l’impression, finalement, que la description de ces tribus aujourd’hui était la suite, ou plutôt la continuation, du roman de Stephen Baxter – et là, je me suis rendue compte que malgré sa mise en garde, son texte se rapprochait peut-être plus de l’essai scientifique que du roman…
Wade Davis m’a rappelé également quelque chose que j’avais entendue à la fac pendant un cours d’anthropologie : certaines langues n’ont pas de mot pour désigner le temps. Ceux qui me connaissent savent ma passion pour la physique, et en ce moment plus particulièrement pour la question du temps, et je me suis souvenue que cette notion qui semble si humainement universelle à nos yeux d’occidentaux ne l’est vraiment pas.
Ce livre m’a également renforcé dans la conviction que cette volonté malsaine de vouloir nous faire croire que notre modèle occidental/blanc/capitaliste est le meilleur nous appauvrit et nous lobotomise, et que ce qu’on nous fait croire à renforts de livres et d’articles est une propagande monstrueuse. Non, toutes les sociétés humaines n’ont pas de hiérarchie, et non, toutes les sociétés humaines ne sont pas belliqueuses. Non, tout le monde n’a pas besoin de croire en un dieu unique et omniscient, et des milliers de tribus ne croient qu’en Mère Nature – peu importe les noms qu’ils lui donnent – ce qui fait d’eux des sociétés bien plus civilisées que nous (monothéistes pratiquantes ou de tradition) ne le serons sûrement jamais.
Non, ce que nous pensons être universel ne l’est pas : le temps n’existe pas dans certaines tribus, les enfants sont élevés uniquement par des hommes dans d’autres, ou bien encore la notion de remerciement n’a aucun sens dans une troisième parce que tout ce qui est chassé et cueilli appartient à toute la communauté et que le partage est obligatoire. D’ailleurs, non, la notion de partage n’a pas de sens non plus, puisque qui dit partage implique d’abord une individualité qui voudrait tout garder pour elle, et que cette notion d’individualité n’existe même pas. (Exemple qui prouve que notre langue échoue à rendre compte de ces sociétés si différentes que la nôtre.)
A partir de là, qui sont les plus humains ? Il serait bien évidemment dangereux de faire un classement selon le degré d’humanité de chaque peuple, mais ce livre concourt à faire détester notre société, celle-là même qui s’est mis martel en tête d’aller « civiliser ces sauvages » au cours des siècles derniers sous des absurdes et débiles prétextes religieux et/ou géopolitiques, à force de massacres, de négations des cultures, et de maladies bien occidentales. Qui sont les sauvages, exactement ?
Cet ouvrage, qui nous avait été présenté comme positif, termine sur des chiffres qui font froid dans le dos. Des milliers de cultures, de tribus, et de langues disparues, d’autres en voie de disparition à cause de nos conneries (déforestation, réchauffement climatique, plantation de drogues, etc…). Wade Davis a beau essayer de nous expliquer qu’on commence à prendre conscience que ces peuples doivent être préservés, les faits scientifiques qu’il étale sur plusieurs pages et qu’on l’on voit passer tous les jours dans l’actualité ne permettent aucun optimisme. On va perdre toutes ces richesses, et ne restera que les livres pour nous souvenir que tous ces autres êtres humains ont existé.
Oui, je suis sortie de la lecture de ce libre déprimée et en colère. Je me suis souvenue d’Evolution. Et je me suis dit… Tous ces efforts pour survivre… Tous ces coups de chance… Tout ça pour… ça ??…
Citations
« L’être humain n’avait pas pour obligation d’améliorer la nature, mais d’entretenir le monde. (…) A l’évidence, si l’humanité tout entière avait suivi intellectuellement la voie tracée par ces descendants des premiers humains à avoir quitté l’Afrique, l’homme ne serait pas allé sur la Lune. Mais d’un autre côté, si nous avions agi dans le respect du Rêve, nous ne serions pas en train d’observer les conséquences de processus industriels qui, en tout état de cause, menacent les supports de vie mêmes sur notre planète. »(p. 147)
« Avant de mourir, l’anthropologue Margaret Mead a exprimé la crainte qu’en glissant vers un monde plus homogène, nous ne soyons en train de jeter les bases d’une culture moderne générique et informe, qui n’aurait pas de concurrente. Elle redoutait que toute l’imagination humaine ne soit contenue à l’intérieur des limites d’une modalité intellectuelle et spirituelle unique. Son pire cauchemar, c’était que nous nous réveillions un jour sans même nous souvenir de ce que nous avions perdu. » (p. 175)
« Si je devais faire passer un seul message, ce serait que la culture n’a rien d’insignifiant. Il ne s’agit pas de décoration ou d’artifice, des chansons que nous chantons, des prières que nous psalmodions. C’est un élément de réconfort qui nous enveloppe et donne sens à la vie, un ensemble de connaissances permettant de tirer une logique des infinies sensations de la conscience et de mettre de l’ordre dans un univers qui, finalement, en manque. La culture, ce sont des lois et des traditions, un code éthique et moral qui isole un peuple du coeur barbare dont l’histoire nous enseigne qu’il bat sous la surface de toutes les sociétés humaines et de tous les êtres humains. (p. 180)
« Faire d’une croissance infinie sur une planète finie l’unique mesure de la santé économique revient à se lancer dans une forme de lent suicide collectif. Refuser d’inclure dans les calculs de la gouvernance et de l’économie le prix des violations des systèmes biologiques supports de vie, c’est être dans la logique du délire.
(…) Il ne s’agit pas de suggérer naïvement que nous devons tout laisser tomber pour essayer d’imiter les moeurs des sociétés non industrielles, ou qu’une culture renonce à son droit à bénéficier du génie technologique. Il s’agit de trouver une inspiration et un confort dans l’idée qu’il existe des chemins différents du nôtre et que notre destinée n’est donc pas écrite à l’encre indélébile sur un ensemble de choix dont il est prouvé scientifiquement et de manière démontrable qu’ils ne sont pas les bons. » (p. 197)
(Ce passage m’a particulièrement touchée puisqu’il résume en gros les craintes que j’ai expliquées dans ce billet, écrit quelques jours avant…)
Indignez-vous !, de Stéphane Hessel
Indigène Editions, 28 pages
Manifeste


Pourquoi ce livre ?
On en a parlé partout. Et ce mouvement des Indignés non violent et non politisé me plaît assez. Avant de savoir si j’aimerais vraiment m’y impliquer, je voulais savoir de quoi ça parlait exactement.
Résumé
Stéphane Hessel, 93 ans, ancien résistant, ancien déporté, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, demande aux jeunes d’aujourd’hui de s’indigner de toutes les injustices de notre époque.
Mon avis
Mais M. Hessel… Nous sommes indignés !!… Que croyez-vous ? Un exemple parmi tant d’autres, le mien, avec ce billet sur la situation des jeunes sur le marché de l’emploi aujourd’hui.
Ce manifeste n’est pas un appel : il ne fait que mettre en mots ce que beaucoup ressentent déjà depuis des années. Il prône l’insurrection pacifique – certes, mais comment ? Comme dirait Renaud, « si les élections changeait vraiment la vie, y a un bout de temps mon colon, que voter serait interdit » ; s’engager dans des associations (tout le monde ne le peut pas) ; donner de l’argent à des causes (tout le monde ne le peut pas non plus), etc… Donc : comment ?
Il le dit d’ailleurs clairement à un moment (je paraphrase) : pendant la guerre, ils avaient un ennemi concret contre lequel se battre (les Nazis), aujourd’hui, l’ennemi est invisible et immatériel (l’injustice). Certes. Et on se bat (pacifiquement) comment, contre ça ? Faire une Déclaration des Droits de l’Homme ? Déjà fait. Vivre en démocratie ? Déjà fait. S’engager, aider, dénoncer les problèmes ? Déjà fait. Créer des organisations non-gouvernementales ? Déjà fait.
Alors quoi ?
Citation
« C’est vrai, les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. Qui commande, qui décide ? (…) C’est un vaste monde, dont nous sentons bien qu’il est interdépendant. Nous vivons dans une interconnectivité comme jamais encore il n’en a existé. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire « je n’y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence. » (p. 14)
Monsieur Hessel,  malgré tout le respect que je vous dois, je trouve que vous méconnaissez les conditions d’existence desdits « jeunes » (ou alors, vous êtes très optimiste – ce qui n’est pas un défaut). Ces jeunes ne sont plus les jeunes de votre jeunesse : il sont surdiplômés, ils ne trouvent pas de boulot, ou bien au Smic, et survivent dans des logements minuscules qu’ils arrivent à peine à payer – quand ils ne sont pas obligés de rester chez leurs parents jusqu’à des âges avancés parce qu’ils cumulent stages, interim, et jobs à temps partiel.
Alors oui, bien sûr qu’on est indigné de voir la multiplication des gens qui sont dans le besoin dans le métro ! Ainsi que de tous ceux qui sont victimes des marchands de sommeil ! Et de tous ces sans-papiers victimes de nos lourdeurs administratives et de la frilosité de nos gouvernements ! Mais que voulez-vous qu’on fasse ? La plupart des jeunes ne peuvent pas donner, ne peuvent pas aider, parce qu’ils doivent eux-mêmes se « débrouiller » comme ils le peuvent pour se loger et manger à leur faim.
Monsieur Hessel, je pense que vous vous trompez de cible. Les jeunes sont indignés. C’est un fait. Mais je ne pense pas que ce soit eux qui puissent faire quoi que ce soit pour changer les choses. Les décisions se prennent bien plus haut, et c’est dans les sphères politiques et dans les organisations non-gouvernementales que tout peut se jouer. Les jeunes, eux, s’en sortent comme ils peuvent – et parfois ils agissent. Mais je pense malheureusement que tout ceci est dérisoire. Même si nous faisions pression avec des initiatives comme les « Indignés », on ne nous écoute pas. Regardez donc ce qui s’est passé à la Bastille il y a quelques semaines…
Le meilleur des mondes, de Aldous Huxley
Pocket (première édition en 1932), 285 pages
Roman d’anticipation


Pourquoi ce livre
Un classique que je n’avais pas encore lu. Et beaucoup de gens m’en ont dit grand bien.
Résumé
Les êtres humains sont désormais conçus dans des matrices artificielles, et faits pour être parfaits, avec une caste supérieure et une caste inférieure. Ils sont programmés via des exercices psychologiques et inconscients. Mais il existe encore des « vrais » humains dans une réserve, que l’on appelle « sauvages ». L’un d’eux peut rejoindre le monde aseptisé.
Mon avis
Je n’ai pas du tout aimé. Stylistiquement parlant, déjà, ce n’est pas très accessible. On ne rentre jamais vraiment dedans – j’ai eu une impression de brouillon.Vraiment pas facile à lire, donc. Presque ennuyeux.
Je n’ai pas été emballée par le fond non plus. Alors bien sûr, en 1932, il avait certainement du sens – ainsi qu’après la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, je pense qu’on sait tous que l’eugénisme poussé à son extrême, saylemal, hein.
J’ai été particulièrement mal à l’aise par le fait que le Sauvage (donc le « vrai » humain) était encore moins sympathique que les humains modernes. Une espèce d’illuminé qui passe son temps à se flageller (ce n’est pas une métaphore) pour d’obscures raisons pseudo-religieuses. Euh… Ouais. Si c’est ça un véritable humain, alors je préfère être une loutre.
Bon, et je ne vous cache pas que l’image de la femme dans ce roman n’a pas été tout à fait à mon goût non plus…
Et puis finalement, le but de cette société est certes d’être parfaite biologiquement parlant (mais en gardant les différences ethniques il me semble, donc bien loin de l’eugénisme nazi), mais surtout de ne plus souffrir et d’être heureux. Où est le problème, euh ?… Je situe pas trop bien, en fait.
Evidemment, les méthodes pour y arriver sont fascistes. Mais au fond, le soma ressemble fort à nos anti-dépresseurs (et ce serait vachement mieux si on pouvait s’en passer, hein !!), mais je défie quiconque de me dire qu’il n’a pas envie d’être heureux dans la vie et d’avoir un minimum de confort.
Alors certes, un être humain ne doit jamais être programmé comme un ordinateur. Il ne doit pas être dénué de sentiments indivuels et ne doit pas être destitué de son sens critique. Encore moins de ses libertés. Mais j’ai l’impression que ce « meilleur des mondes » décrit avant tout une humanité qui cherche la paix, l’absence de maladie, et le bonheur.
Je ne vois pas trop en quoi c’est choquant (je répète, donc, si l’on fait abstraction des méthodes pour y arriver, qui sont évidemment plus que condamnables et à combattre absolument)… Je ne comprends pas vraiment pourquoi ce livre est autant cité en exemple. Peut-être parce que mon interprétation n’est pas la même, certainement…
Je pensais qu’il allait me marquer – finalement, je vais l’oublier très vite en me demandant pourquoi on en fait tout un plat.
Oh, et un exemple, puisque l’auteur construit toute son argumentation en citant Shakespeare (un petit peu aurait été bien, mais ça revient vraiment trop souvent pour ne pas être lourd).
Son roman implique des matrices artificielles, ce qui nous laisse sous-entendre que les gens nés dedans ne sont pas tout à fait humains quand même – disons des humains améliorés, donc saylemal. Bon. Mais sait-il qu’à l’époque de Shakespeare justement, on ne considérait pas comme « humaine » une personne née par césarienne ? C’est dans Macbeth.
La notion n’humanité diffère selon les époques. Aldoux Huxley ne considérerait pas comme « humaines » les personnes conçues par FIV aujourd’hui, j’imagine ? Aujourd’hui, on ne meurt plus de tas de maladies, on peut prendre des anti-dépresseurs, et on est dans une société de loisirs et non plus de survie. Sommes-nous moins ou plus « humains » que nos ancêtres du Moyen-Âge, ou ceux d’avant ?… On est différent. Point barre.
Non, vraiment. Je ne vois pas bien ce qu’on trouve à ce livre… L’humanité ainsi que sa nature intrinsèque évoluent. Le tout est de faire attention aux dérives liées aux privations de libertés. Le reste, ma foi… Cela s’appelle le progrès, voire l’évolution.
Le facteur temps ne sonne jamais deux fois, d’Etienne Klein
Champs Sciences (Flammarion), 257 pages
Essai

Pourquoi ce livre
Je suis passionnée de physique, et en ce moment je m’intéresse plus particulièrement à la question du temps. Ce livre est le deuxième sur le sujet écrit par Etienne Klein – qui est un peu mon idole de toute ma vie.
Résumé
Difficile de résumer un essai scientifico-philosophique… Etienne Klein, docteur en philosophie des sciences et directeur de recherches au CEA, tente de donner une définition scientifique, physique – sinon philosophique – de ce qu’est le temps.
Mon avis
(J’ai triché. Je l’ai commencé en août, mais je l’ai fini début septembre, J’AVOUE.)
C’est évidemment fascinant. Mais il est sans doute moins accessible que le premier (Les tactiques de Chronos), parce que plus pointu et balayant moins largement la question en se concentrant surtout sur les questions du changement et du devenir.
Mais ça reste passionnant et assez facile à lire, malgré une absence d’humour par rapport à l’autre. De quoi réfléchir et se poser des milliards de question existentielles… J’adore !!
Pour résumer, je dirais que ce mois d’août a été particulièrement agréable ! Et c’est amusant de voir que la question de la définition de l’humanité est revenue régulièrement… Je recommande vraiment à chacun de lire Evolution : c’est notre histoire (romancée), c’est à la fois troublant et merveilleux.