« MARS », sur NatGeo : une série, un docu, et c’est trop bien

novembre 20, 2016 dans Culture, En vrac, Vers Mars

À partir de ce soir, une nouvelle série sera diffusée sur la chaîne National Geographic : la simplement nommée « MARS ».

Avant toute chose, que ce soit bien clair entre nous : j’ai été invitée au voyage de presse à Londres le mois dernier pour la présentation de la série – comme j’avais été invitée il y a quelques années pour la série COSMOS.
Mais ceci n’est pas un billet sponsorisé – je n’ai pas touché d’argent pour l’écrire.

On ne va pas se mentir : vous imaginez bien que je suis convaincue – de base – par le sujet. Et que donc, je suis forcément très critique si ce sujet de prédilection, qui me tient autant à coeur, est mal traité… Et après avoir vu le premier épisode, j’ai non seulement été rassurée, mais en plus très emballée. Je n’ai pas encore vu les suivants, mais je sens que cette série va devenir une référence inamovible dans mon Panthéon personnel…

Et parce que j’ai du travail très en retard, je vous explique en quoi « MARS » est un projet dingue, fou, génial, sous forme de « Top-7-des-bonnes-raisons-de-regarder-cette-série ». (Si si, en général c’est plus rapide qu’un billet de forme classique, je vous jure.)

1. Plus qu’une série, plus qu’un docu
« MARS » est le projet audiovisuel que j’attendais depuis longtemps. Ce n’est pas juste une série, ce n’est pas juste un documentaire, c’est l’intelligente addition des deux en un seul programme. Le risque était grand de rater l’un et l’autre, mais force est de constater que non seulement les deux aspects sont de très très bonne qualité (sérieux, la partie fiction est visuellement DINGUE) mais en plus la production a réalisé le tour de force que l’un enrichisse l’autre – et vice-versa. Il y a un boulot d’écriture ÉNORME derrière pour arriver à un résultat pareil, et la meilleure manière de s’en rendre compte, c’est justement… qu’on dirait que tout va de soi.
Je leur tire mon chapeau.

2. Des légendes vivantes dès le premier épisode
Dans la partie docu du premier épisode (un peu beaucoup trop centré sur SpaceX… mais on m’a assuré que ce ne serait pas le cas de tous les épisodes…), on nous offre Elon Musk et Neil deGrasse Tyson dans le plus grand des calmes.

Neil DeGrasse Tyson, Director of the Hayden Planetarium at the Rose Center for Earth and Space. (Credit : National Geographic Channels/Erin Patrice O'Brien)

3. Des histoires mêlées
On n’imagine pas une série de science-fiction sans scénario. Et ça fait le job particulièrement bien. Mais même dans la partie docu, on nous raconte une histoire ! Et ça, c’est vraiment chouette, parce qu’on a plusieurs histoires en un seul programme. Encore une fois, celle du premier épisode est très centrée sur SpaceX, mais c’est cool de voir que ce qu’on nous sert n’est pas uniquement « SpaceX est le plus fort, le plus beau, le meilleur ». Non : SpaceX aussi a des déboires – images à l’appui. C’est bien qu’un programme comme ça ne s’arrête pas aux seules victoires et aux seuls exploits, et que ça rappelle que le spatial… c’est compliqué, dangereux, hostile, âpre, et pas arrangeant.
Avec, toujours, un écho avec ce qui se passe dans la partie fiction… Formidablement bien écrit, vous dis-je.

4. Deux Français au casting
Cocorico ! Et même qu’ils gardent leur nationalité pour leur personnage.
Olivier Martinez interprète celui qui est à l’origine du projet MARS

Capture d'écran du dossier de presse

et Clémentine Poidatz est le médecin et biochimiste de l’équipage. (Je me demande s’il n’y a pas eu une erreur de traduction dans le dossier de presse… Médecin se dit « physician » en anglais, et au vu du premier épisode, il me semble qu’elle est bien plus « physician » que « physicist »…)

Capture d'écran du dossier de presse

5. La planète Mars est belle
Ça, vous le savez déjà. Mais je parle évidemment de la manière dont elle est représentée dans le film. Les extérieurs ont été tournés au Maroc, et c’est toujours touchy de représenter Mars correctement – dans « Seul sur Mars », c’était bien, mais pas dingue non plus… Ici, à part quelques petits détails pas très réalistes, on s’y croit quand même pas mal… Mais je n’ai vu que le premier épisode. J’espère que la suite ne me décevra pas !

Extrait de la série. (Crédit : National Geographic Channels/Robert Viglasky)

6. Une fiction réaliste
Il y a eu un gros gros gros boulot dans tous les corps de métier pour rendre la série réaliste : décors, costumes, protocoles, constitution de l’équipage, personnages… La production s’est entourée de professionnels, de consultants experts de leurs domaines, et ça se voit. Les comédiens, par exemple, ont passé 15 jours avec Mae Jemison (astronaute de la NASA, première Afro-Américaine dans l’espace) qui les a coachés – ils en gardent d’ailleurs tous un souvenir impressionné et ému. (TU M’ÉTONNES.)

7. La constitution de l’équipage
L’équipage – et le casting plus globalement – est constitué d’hommes et de femmes qui ne sont pas tou.te.s blanc.he.s. Et ça, EH BEN ÇA FAIT PLÈZ. Mention spéciale à la musicienne JiHAE qui joue le rôle de soeurs jumelles dont l’une est sur Mars et l’autre sur Terre.

Jihae as Hana Seung, Mission pilot, systems engineer (Crédit : National Geographic Channels/Robert Viglasky)

Voilà.
Vous savez ce que je ferai tous les dimanches soirs à 20h40 sur NatGeo à partir de ce soir.

Oh, et sinon… J’ai eu un peu peur parce que le pitch de la série, ça ressemble quand même vachement au scénario de ma bande-dessinée… « C’est l’histoire de la première mission habitée sur Mars, et il leur arrive 2-3 bricoles… » Mais en fait, ça sera quand même très différent (ouf).
Comme je travaille dessus depuis plus d’un an et que je crève d’envie de vous la faire découvrir, mais qu’elle ne sortira qu’en… mars (ça fait beaucoup rire Guy Delcourt, paraît-il), je ne peux pas vous en dire plus (AAAAAAAAAAAH).
Je ne vous donne même pas le titre (je ne sais pas si j’ai le droit, encore…) mais voici un détail de la couverture. C’est un zoom dégueulasse d’un iPhone vieux de 5 ans à partir d’une photo d’une page imprimée sur du papier ordinaire. (Pardon. Mais j’ai trop envie de vous montrer un truc et le talent d’Erwann Surcouf n’a d’égal que ma fascination pour Mars.) Alors voilà.

[CINÉMA] 5 bonnes raisons d’aller voir « Le Grand Tout »

octobre 8, 2015 dans Culture, En vrac

« Le Grand Tout », c’est un film de hard SF français fait par des passionnés. C’est surtout une oeuvre qui mérite d’être diffusée dans un maximum de salles en France et c’est malheureusement loin d’être le cas. Voici donc 5 bonnes raisons d’en parler au gérant ou à la gérante de votre salle de cinéma préférée, si vous avez la chance de le/la connaître – et je ne plaisante pas, si vous en avez la possibilité, faites-le !

1. De la hard SF française, on n’en voit pas beaucoup
Certes, on a « Le 5ème élément » (qui est un putain de bon film, allez cracher votre venin anti-Besson ailleurs, merci) mais c’est plus de la space fantasy que de la SF (tout comme « Star Wars », d’ailleurs). On a aussi « Un ticket pour l’espace » dans le 43ème degré, les cultissimes « La Soupe au choux » et « Les Gendarmes et les Extraterrestres » et quelques autres également qui montrent que la France ne traite de la SF qu’avec humour et légèreté. S’il y a quelques exceptions à cette règle, aucun en tout cas ne prend pour base scénaristique des théories physiques.
C’est le cas du « Grand Tout » qui confronte un groupe d’humains à la réalité de la relativité générale d’Einstein.

2. Le site
Malgré un budget très serré, l’équipe fait les choses bien jusqu’au bout : le site est une mine d’informations sur le film, tout ce qu’il y a autour, et tout ce qu’il y a dedans. Excellent boulot sur la page Facebook également.

3. Les personnages
C’est un huis clos à 5 personnages et les co-scénaristes, les frères Nicolas et Yann Bazz, ont donné deux rôles de scientifiques à des femmes pour un équipage mixte et équilibré. Eh ben ça fait plaisir.
En plus, le casting est réussi et l’alchimie entre les comédiens fonctionne, ce qui ne gâche rien.

4. Le voyage
Jamais de la hard SF au cinéma ne nous avait fait voyager aussi loin (cela dit je n’ai pas tout vu, donc si vous avez des références à me proposer, je prends !!)
Fort de 4 ans de post-prod, on est complètement embarqué dans le voyage avec les personnages et un soin tout particulier a été pris pour que les images soient les plus proches de la réalité possible. C’est grandiose, et la bande-son est à la hauteur des images.

5. Le voir pour ne pas mourir dans d’atroces souffrances
Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Muradin.

Il est diffusé en ce moment au Saint-André des Arts à Paris, avec une rencontre avec le réalisateur après chaque séance. Si ça, c’est pas la classe (et une chance !!) je ne vois pas ce que c’est.
Dans tous les cas, j’ai pu l’interviewer – avec Pierre-Alain de Garrigues qui joue Harry – et j’y reviendrai longuement dans « La folle histoire de l’Univers » 52 qui est en cours d’écriture.

Bon film, et parlez-en autour de vous ! :-)

[ITW] Virginie Spies : « Chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse »

juillet 25, 2014 dans Culture, En vrac, Interviews

Salut Terrien(ne)s ! C’est la planète Mars. Récemment, l’une d’entre vous a publié un roman en ligne chapitre par chapitre qui s’appelle « Mars Océan« . On me l’a raconté, j’ai kiffé, j’ai voulu en savoir plus.

Qui es-tu, Virginie ?
Je suis une terrienne, Maître de conférences à l’Université d’Avignon et sémiologue, spécialiste de la télévision et je travaille aussi sur les liens entre télévision et réseaux sociaux. J’ai écrit deux livres scientifiques sur la télévision. Ce qui m’intéresse, dans mon métier, c’est d’analyser pourquoi les programmes populaires plaisent. J’essaye de comprendre et décoder les pratiques et le succès des émissions. Je suis aussi auteur et metteur en scène de théâtre, j’ai écrit une trilogie sur la télévision et la célébrité, et mes pièces ont été jouées à Avignon entre 2011 et 2013.

Peux-tu nous présenter le projet de Mars Ocean ?
Avec plaisir ! Quand j’ai entendu parler du projet Mars One, au printemps 2013, j’ai trouvé ce projet fou pour deux raisons : d’abord on allait pouvoir partir sur Mars mais sans possibilité de retour sur Terre et ensuite, l’expérience serait filmée « à la manière » d’une émission de télé-réalité. Ce sont ces deux choses qui m’ont vraiment interpellée. La télé-réalité parce que c’est l’un de mes objets de recherche, et le non-retour parce que la question de la disparition me taraude depuis longtemps.
D’ailleurs, ma dernière pièce « L’île aux célébrités » est l’histoire de célébrités qui se retrouvent sur une île après avoir fait croire au monde entier qu’elles étaient mortes. Cette histoire se base sur la « rumeur de survie » qui raconte qu’Elvis ou encore Marylin ne seraient pas morts mais qu’ils couleraient des jours heureux sur une île.

Ce qui m’intéresse, avec le projet Mars One, c’est que des personnes vont accepter en quelque sorte de disparaître, tout en devenant des célébrités mondiales. Pour moi, c’est le degré ultime de notre société du spectacle. Enfin, je travaille depuis quelques années sur la question du bonheur. J’imagine que les personnes qui veulent partir sur Mars partiront certes à la conquête d’une nouvelle planète, mais ce sera d’abord une quête d’eux-mêmes : ils cherchent quelque chose de l’ordre du bonheur ultime, ce serait la réalisation d’une vie.

Avec le projet Mars One, j’avais donc tous les ingrédients pour un roman qui toucherait à tout ce qui m’intéresse. Le sujet est devenu comme une évidence.

Pourquoi n’avoir pas utilisé le vrai projet Mars One, alors ?
Parce que je préfère utiliser un bout du réel que le réel dans sa totalité pour partir dans la fiction. Ce qui m’intéresse dans Mars One, c’est son projet de départ et comment, à partir de cela, je peux emmener le lecteur quelque part. En tant qu’auteur, le projet Mars One est un point de départ, c’est lui qui m’a donné l’idée du roman.

Par ailleurs, je n’avais pas envie d’être « attaquable » par les concepteurs du projet lui-même, je ne voulais pas leur faire du tort, ni peiner ceux qui ne veulent pas que l’histoire de Mars One se déroule comme je l’ai imaginé, en tant qu’auteur de fiction ;-)

Le spatial utilise beaucoup Internet pour être relayé : les comptes Twitter des sondes et robots qui partagent des infos et des photos venues de loin (de chez moi particulièrement :p), la vie des astronautes 24h/24 dans l’iSS, la Terre filmée en direct et en HD, la retransmission des lancements de fusée, les astronautes qui tweetent et qui bloguent, des Hangout avec l’ISS… Es-tu sûre que l’avenir de la communication de l’exploration spatiale, dont la mienne, soit à la télévision ?
Oui et non. Je m’explique : D’une part, ce que je constate dans mes recherches, c’est que l’univers médiatique n’est plus cloisonné. Nous sommes dans un univers transmédia : il n’y a plus la télé d’un côté, la radio de l’autre, puis Internet quelque part, la presse écrite ailleurs, etc. Les médias sont connectés les uns aux autres, le téléspectateur regarde la télé partout, tout comme le lecteur utilise plusieurs supports.

D’autre part, si en effet le spatial utilise beaucoup Internet, ce qui compte encore et qui comptera pendant de nombreuses années, c’est la télévision car elle génère de forts revenus et qu’elle est capable de rassembler un large public au même moment. Elle s’appuie beaucoup sur le web mais, à l’inverse de certains analystes, je pense que la télévision n’est pas morte. Elle se sert du web pour étendre son pouvoir et les réseaux sociaux lui ont même donné une nouvelle jeunesse. Et puis, aucun média n’a jamais tué l’autre. Par exemple, quand la télé est arrivée, le cinéma a cru qu’il allait en mourir. Aujourd’hui, c’est la télé qui finance en grande partie le cinéma !

Donc je suis désolée, chère Mars, mais ton avenir passe en partie par la télévision ;-)

Dans quelle mesure t’es-tu inspirée (ou pas !) des émissions de télé-réalité existantes dans Mars Ocean, notamment pour traiter l’enfermement et le côté psychologique d’une telle aventure ?
Je me suis vraiment inspirée des émissions de télé-réalité existantes. Je suis allée puiser dans mes connaissances et mes analyses de ce genre télévisuel. D’ailleurs, l’un des héros de Mars Ocean dit que cette forme de télé-réalité est une expérience ultime, qui rassemble à peu près tous les traits de cette télévision si populaire.

As-tu entendu parler de l’expérience Mars500 ?
Oui, mais je ne m’en suis pas inspiré pour écrire. Une fois que les personnages et la situation étaient posés, l’histoire s’est déroulée presque d’elle-même. C’est ce que j’aime dans l’écriture de la fiction !

Pourquoi une séparation physique entre les scientifiques et les autres, alors qu’ici, les Humains auront sans doute besoin d’être tous en relation les uns avec les autres ?
J’ai voulu qu’ils soient dans deux lieux différents pour l’intrigue, et aussi parce que, même si ce n’est pas comme cela que c’est envisagé pour l’instant par Mars One, il est possible que cela se passe comme ça si on veut créer du buzz avec des personnages « intéressants » en terme de télé-réalité. Après, cela pose en effet des problèmes, je les développe d’ailleurs dans le roman mais je n’ose pas en dire plus ici pour les personnes qui n’auraient pas encore découvert l’histoire ;-)

En tant que sémiologue, que penses-tu de la recrudescence de la présence d’astronautes en ce moment, notamment dans les publicités et au cinéma, alors qu’aucun être humain n’a posé le pied sur la Lune depuis 1972 ? Tu crois que c’est grâce à moi, ou en tout cas à l’espoir de venir m’explorer dans pas longtemps ? :p
Je crois que ce succès est dû en partie à l’espoir d’un monde meilleur, d’un ailleurs ou d’autres choses seraient possible. Depuis que je suis née, je n’ai entendu parler que de la crise. Or nous avons tous besoin de rêver, d’imaginer qu’ailleurs, il existe quelque chose de mieux. Et puis bien sûr, c’est certainement un peu grâce à toi chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse. Tu as vu toute la littérature sur toi ? L’imaginaire du « martien », c’est pas rien tout de même !

Oui mais c’est aussi beaucoup de n’importe quoi… Est-ce que tu aimerais venir me voir, d’ailleurs ?
Je n’imagine pas aller sur Mars un jour, je vais déjà essayer de bien voyager sur Terre. Pour l’instant, je préfère imaginer ce qui pourrait se passer sur Mars et j’espère regarder l’émission lorsqu’elle se réalisera « en vrai ». A ce moment, crois-moi, je serai ta plus fidèle téléspectatrice !

Mars One vient d’annoncer qu’ils ont signé un contrat d’exclusivité avec Darlow Smithson Production pour la retransmission télévisée de la sélection des futurs marsonautes (dans un premier temps). Etant donné leurs productions, ils ont l’air très sérieux et spécialisés dans les sciences, l’environnement et les technologies. Mais c’est aussi une filiale du groupe Endemol dont j’ai de mauvais écho. Ton avis sur ce partenariat ?…
Pour tout te dire, cela ne m’étonne pas. Que faut-il pour que Mars One se réalise ? De l’argent. Donc des futurs annonceurs. Pour avoir des annonceurs, il faut une émission qui cartonne, et qui a été le précurseur de la télé-réalité ? Endemol bien sûr. Il va donc falloir inventer un programme qui fonctionne en terme d’audience, et pour une saison qui ne se terminera jamais. C’est complètement fou, c’est ça, dans le fond, le sujet de mon roman. Je pense que tout cela peut arriver car l’imagination des êtres humains n’a pas de limites, et franchement, cela peut être dangereux car le projet Mars One, c’est tout de même autre chose que de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola.

Y a-t-il une actualité pour le projet Mars Ocean ?
Le roman a démarré sur un blog, que je continue d’animer, et maintenant il est disponible sur Amazon en téléchargement. Et pour tout te dire, je suis à la recherche d’un éditeur, car je n’ai pas envie d’arrêter là. Si ça marche, je t’en envoie un exemplaire ?

Oh oui ! Ça me fera de la (re)lecture en attendant les premiers êtres humains, merci Virginie ! :D

[DOCU] Lettre à Anaïs

mai 22, 2014 dans En vrac

Chère Anaïs,

Je dirais bien que cette lettre sur mon modeste blog écrite depuis Paris est une bouteille à la mer, mais je la vois plutôt dans un champ. Et pas une vilaine bouteille en plastique qui salit nos paysages, non, plutôt une jolie bouteille en verre travaillé, de celles que ma mère trouve dans des brocantes et qui nous servent de cruches de table parce qu’elle trouve ça plus beau. Moins pratique, mais plus beau, plus vrai. Comme votre chemin, Anaïs.

J’ai vu vos bottes fendre votre bout de terre pour aller prendre soin de vos plantes. Ce pas ferme, déterminé, sûr de la voie à prendre et de l’objectif à atteindre. Vous étiez au bout de ces bottes, bien sûr. Bien dans vos baskets, paradoxalement. Droite.

Vous m’avez émue. Je le suis à nouveau en écrivant ces mots. Vous êtes un héros. Je n’aime pas le mot « héroïne ». Et en fait, non, à tout bien réfléchir, je crois que si vous m’avez tant émue, c’est justement parce que vous êtes profondément humaine et bouillonnante de vie, d’envie et de passion. Les héros de fiction ont des super-pouvoirs et des heures sombres qui les poussent à la justice, à la vengeance. Vous êtes simplement, magnifiquement, une être humaine dans tout ce qu’elle a de noble. 

Je vous admire, Anaïs. Merci d’être devenue si vite qui vous êtes. Merci de faire ce que vous avez envie de faire. Vous êtes l’humanité dont je rêve. Merci d’avoir prouvé qu’elle peut encore exister.

J’aimerais tellement consommer vos plantes comme vous aimez les faire pousser…

Et merci d’avoir bien voulu laisser une caméra capter toute cette lumière dans votre regard. Merci de l’avoir offert à la réalisatrice de ce documentaire qui a su vous voir.

Restez droite dans vos bottes, Anaïs. Le monde a besoin de vous.

[ACTUALISATION]
On peut aider Anaïs à acheter sa propre terre grâce à un projet de crowdfunding sur Ulule :-)

[SÉRIE TV] Mon casting français de Game of Thrones

mai 19, 2014 dans En vrac

Golden Moustache a eu l’idée brillante d’imaginer ce que serait Game of Thrones avec des comédien(ne)s français(e)s. Le résultat m’a fait beaucoup rire (je ne me remets pas du « Comment dit-on anti-dépresseurs en haut-valyrien ? ») mais il est incomplet et il y a des choix avec lesquels je ne suis pas d’accord.

Du coup, je me suis amusée à faire le mien. Voilà. De rien.

[HUMEUR] Lettre ouverte à Serge Brunier de Science & Vie

mars 13, 2014 dans En vrac, Mars One, Vers Mars

Cher Serge Brunier,

Alors que je m’apprêtais à me sustenter d’une pomme d’un joli rouge sans doute rendu brillant par une quantité non négligeable de pesticides (mais peu importe), que vois-je passer dans ma TL ? Ce tweet.

 

Chouette !, me dis-je, voici une auto-excuse pour perdre 5 minutes de plus avant de me remettre au travail. Je clique, je scrontche-scrontche une première fois dans le premier quartier de ma pomme (Ariane, mes préférées, et en plus elles sont françaises donc à peu près écolo-économico-friendly et elles portent le nom d’une célèbre fusée que vous connaissez bien) et j’entame la lecture de votre article billet.

Dès le titre, le ton étant donné, j’avais bien compris que vous ne seriez pas tendre, et j’aime plutôt ça – non par pur masochisme, mais parce que voyez-vous, quand je m’intéresse à quelque chose (là en plus je suis personnellement impliquée, mais j’y reviendrai), j’aime bien prendre tous les avis, mêmes les plus extrêmes, mêmes les plus désagréables, parce que je trouve ça enrichissant et instructif d’écouter tout le monde.

Avant même de commencer ma lecture, il faut bien vous avouer que mon coléromètre a grimpé subitement de 2-3 crans en voyant ça :

Décidément, c’est une obsession, chez vous. Mon obsession à moi, voyez-vous, c’est de rayer cette expression du vocabulaire (hors contexte historique, vous avez 39 ans de retard, nom de nom !!) parce qu’elle n’a plus aucun sens aujourd’hui. Il me semblait pourtant avoir été claire dans mon billet défendant l’utilisation de « exploration spatiale », écrit d’ailleurs suite à la lecture de votre hors-série sur Mars.

Car même si l’on met de côté les considérations éthiques et philosophiques, ainsi que ma faiblesse de croire que le choix des mots utilisés a son importance (« vile gredine », c’est quand même pas la même chose que « sale pute », j’imagine que vous serez d’accord avec moi sur ce coup-là), l’expression « conquête spatiale » n’est plus utilisée nulle part, jamais, par personne (hors contexte historique) depuis 1975, les agences spatiales les premières (vous pourrez vous référer à mon billet sus-cité, il y a les preuves et les sources). J’estime donc que c’est un devoir en tant que journaliste scientifique de privilégier l’expression « exploration spatiale ». Même quand on parle de Mars One, eh oui, croyez bien que j’ai corrigé un par un les douze millions de journalistes qui m’ont interviewée sur ce sujet.

Mais vous n’êtes sans doute pas responsable du titrage du site de Science & Vie. Passons donc.

Après un scrontch-scrontch n’annonçant rien de bon pour la détente de ma mâchoire et mon coléromètre vaguement redescendu, j’attaque donc la lecture de votre texte. Pfou… Moi personnellement, quand un mot sur deux est un adjectif qualificatif, je me dis que l’auteur a besoin de méchamment trouver une combine pour grappiller sur le nombre de signes qu’on lui a demandé parce qu’il n’a pas forcément de fond à fournir – du coup, rattrapons-nous sur la forme.

Mais bon. Je suis sans doute mauvaise langue, donc j’évacue cette vilaine mauvaise foi et continue à vous donner votre chance.

Ah !! Nous y voilà !! Vous atteignez le point « MER IL ET FOU » à la septième ligne avec un tendre « gogos« . Décevant tellement c’était attendu – mais c’était peut-être votre premier papier sur le sujet, alors bon, admettons, je laisse passer dans un sourire – d’autant plus que ma précieuse Ariane s’avère juteuse à souhait.

Oui, sauf que 5 lignes plus tard, c’est bien à cause de ce jus avalé de travers que je manque de m’étouffer.

« (…) l’idée de projeter dans l’espace les pires miasmes de la société humaine contemporaine (…)« 

Pardon mais… vous êtes sérieux ?

Ah oui, nous y voilà. Je SUIS un de ces « pires miasmes ». Et manque de bol, je suis aussi une fidèle lectrice de Science & Vie depuis fort, fort longtemps (et bizarrement, je suis pas sûre que ça dure encore, du coup).

Que vous critiquiez, cher Serge Brunier, l’association Mars One/Uwingu (qui m’attriste et que je déplore aussi), c’est une chose et c’est très bien. Que vous insultiez vos lecteurs en passant (qui ne sont d’ailleurs pour rien dans l’opération), là ça m’embête un peu plus.

Je continue ma lecture.

Ah, un point « conquête spatiale ». Là, plus d’excuses, c’est bien vous qui l’avez écrit. Soupir. Je passe. Mais plus loin, vous insistez sur ces crétins de candidats qui, décidément, sont des gens forcément complètement débiles et écervelés : « (…) probablement peu au fait de l’état de l’art en matière spatiale (…)« .

Dommage pour vous, il y a parmi les candidats des personnes qui travaillent à la NASA (dont un qui y a passé une grande partie de sa carrière), des ingénieurs au CNRS, des médecins responsables des vols paraboliques et des chroniqueuses scientifiques à France Inter spécialisées dans le spatial et les sciences de l’Univers.

Survolez mon blog. Ecoutez mes podcasts et mes chroniques. Et venez me dire en face que je suis « peu au fait de l’état de l’art en matière spatiale ».

Oui, en face, j’y tiens. Wikipédia m’indique que vous chroniquez sur France Info. Mais alors nous sommes confrères ! Pardon, hein, de vous mettre dans la même catégorie qu’une « gogo », mais si vous passez par la Maison de la Radio ces prochains jours, n’hésitez pas à me faire signe (enfin, avant quand même, parce que j’y suis pas tout le temps).

Le projet Mars One est critiquable. On peut se poser des questions sur la santé mentale des candidats. Mais qu’on méprise aussi ouvertement des personnes dont le seul crime est de rêver, je ne suis pas sûre que ce soit constructif, non.

J’ai eu de longues discussions avec Romain Charles, avec Francis Rocard, avec Philippe Henarejos, avec Michel Tognini, avec Neil deGrasse Tyson (j’en passe et des meilleurs). Je ne vous fais pas l’affront de vous rappeler qui sont ces messieurs (et puisque vous faites de l’adjectif-dropping, je n’ai aucun scrupule à faire du name-dropping, na).
Et chacun d’entre eux, du plus sceptique et réfractaire au plus ouvert, a eu au moins la décence et le respect d’écouter ce que j’avais à dire de mon côté.

Alors la prochaine fois que vous souhaitez insulter les candidats à Mars One – très bien ! vous en avez le droit. Mais ce serait pas mal de le faire en toute connaissance de cause et de vous renseigner avant sur ces personnes et leurs motivations.

Je me tiens à votre disposition si vous souhaitez corriger le tir. Ça me ferait vraiment plaisir de vous rencontrer, je suis sûre que vu votre parcours, j’aurai beaucoup à apprendre de vous. Il y a mon mail dans la rubrique « Contact » de ce blog, n’hésitez pas.

Oh, et en tant que candidate à Mars One, j’ai dû faire un check-up médical complet pour pouvoir poursuivre les étapes de sélection. Si je reste toujours un « miasme », je peux vous garantir, preuves à l’appui, que je n’en aurai aucun à vous refiler.
Et bien que je sois particulièrement raide en ce moment (aaaah, ces vils intermittents qui s’enrichissent en n’en foutant pas une…), je tiens à vous l’offrir, ce café.

Spatialement vôtre,

Florence Porcel 

[PERSO] Le grand escalier

mars 10, 2014 dans En vrac

Montalivet.

J’y ai fêté la moitié de mes anniversaires. C’était la définition du paradis sur Terre, là où nous allions en vacances en famille tous les ans, où nous passions nos journées dehors, nous qui vivions le reste de l’année en appartement.

C’était la plage, les rouleaux qui arrachaient les maillots (non, il n’y a pas que des naturistes à Montalivet), les châteaux de sable, les jeux, les lectures, les rêveries face à la mer, les journées infinies dans l’espace et dans le temps… C’est sur cette plage, à cet endroit précis, que j’ai pris conscience pour la première fois de la rotondité de la Terre. L’horizon n’était pas exactement plat.

Et puis, les couchers de soleil. J’aimais bien les couchers de soleil. Ils ne me transcendaient pas comme un ciel noir d’une nuit étoilée, mais j’aimais beaucoup, parce qu’on y allait ensemble, parce qu’on passait à la librairie, avant, où je dénichais des vieux Fantômette que je ne connaissais pas (j’étais alors la plus exaltée du monde), ces vieux bouquins sentaient le bonheur, nos parents nous offraient une glace ensuite et on se dirigeait vers le grand escalier pour aller assister au dernier spectacle du jour.

Quand le soleil était haut dans le ciel, ce grand escalier reliait la ville et la nature, il reliait le construit et le sauvage, c’était le passage où on pouvait se déshabiller en maillot de bain, ou se rhabiller en être social décent, tout dépendait dans quel sens on le prenait. D’un côté, la France, des terres s’étalant jusqu’aux côtes chinoises ou russes de l’autre côté du globe ; de l’autre, la mer, l’Atlantique, puis l’Amérique. Elle me faisait rêver, l’Amérique.

Quand le soleil descendait, alors avec nos glaces et nos pulls légers, on gardait nos baskets ou on goûtait au froid de la pierre, selon l’humeur, sur ce grand escalier. Et inexorablement, la Terre tournait. On pouvait s’en rendre compte à l’oeil nu, à la couleur qui changeait, à l’astre qui tombait. On le regardait disparaître. Moi, je sentais, je voyais ! la Terre faire son salto arrière avec nous sur son dos, le tourner au soleil que nous reverrions le lendemain matin.

Années après années, le même spectacle multi-millénaire, sur ce grand escalier.

Alors bien sûr, les changements étaient flagrants d’une année sur l’autre, surtout ces derniers temps. L’océan avançait, c’était assez impressionnant. La première année, il fallait marcher plusieurs minutes pour se rendre à marée basse. Aujourd’hui, trois enjambées et on y est. C’était surtout flagrant à Soulac. Flagrant… flippant. Une espèce d’ogre-océan, qui avance, avance, mord le rivage et l’engloutit sans pitié.

Réchauffement climatique, fonte des glaces, hausse du niveau de la mer… Même les températures, on les a vécu monter. Les premières années, quand l’eau était à 19°, c’était la fête du slip. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir 22° écrit sur le tableau des maîtres-nageurs-sauveteurs. Et tout ça, en même pas 15 ans de temps.

Est-ce bien normal, de tels changements en l’espace de 15 ans ?

Finalement peu importe. Le soleil se couche toujours au nord-ouest du grand escalier, même quand je ne suis pas là pour y assister.

Et puis ce soir, un mail,

« Salut les gamins,
Voici ce qu’il reste de l’escalier sur lequel nous nous asseyions le soir pour voir le coucher de soleil.
Bisous. Papa« 

accompagné de photos.

Il n’y a pas que l’océan qui grignote le rivage, il y a aussi les phénomènes climatiques violents de plus en plus fréquents qui sculptent des paysages…

Il y a des soirs, comme ça, où des morceaux d’enfance se noient.

[PARODIE] Les loups sont entrés dans Sotchi

février 21, 2014 dans En vrac

Tout a commencé avec cette vidéo d’une athlète américaine, Kate Hansen, qui a filmé un loup se promener tranquillou dans les couloirs de son hôtel.

Depuis, on sait que c’était une blagounette du comique Jimmy Kimmel. Mais le mal était fait : j’ai eu la chanson « Les loups sont entrés dans Paris » de Serge Reggiani dans la tête toute la journée. Et comme il paraît que la meilleure manière de se débarrasser d’une chanson, c’est encore de la chanter, je me suis dit que j’allais en faire ma version parodique et que j’allais vous en faire profiter – ne me remerciez pas, non, vraiment, de rien, c’est quand même vachement plus sympa que « Le poussin piou » ou « Le petit bonhomme en mousse ».

LES LOUPS SONT ENTRÉS DANS SOTCHI
(Paroles : Albert Vidalie / Florence Porcel. Musique : Louis Bessières.)

Les hommes ont perdu le bon sens
Il veulent marquer par l’abondance
Sans vraiment se soucier de ceux
Déracinés rien que pour ces Jeux
La ville devint un vrai carnage,
Le béton bouffait l’paysage… alors

Les loups, ououh ! ououououh !
Les loups étaient loin de Sotchi
Sans compromis, sans alibi
Les loups étaient loin de Sotchi
Tu baratines, charmant Poutine
Les loups étaient loin de Sotchi.

Et lors d’une contre-propagande
Ben te voilà qui recommande
Aux gays et lesbiennes incivils
De laisser les enfants tranquilles
Dès que la peur hante les rues
Les loups s´en viennent la nuit venue… alors

Les loups, ououh ! ououououh !
Les loups ont regardé vers Sotchi
Sans compromis, sans alibi
Les loups ont regardé vers Sotchi
Tu m’abomines, charmant Poutine
Les loups regardent vers Sotchi.

Et quand le hashtag #SotchiFail
Nous fait découvrir les hôtels
Et leurs multiples dysfonctionnements
Les internautes rigolent tellement
Qu’avant même que ces Jeux commencent
C’était déjà la décadence… alors

Des loups ououh ! ououououh !
Des loups sont entrés dans Sotchi
Sans compromis, sans alibi
Des loups sont entrés dans Sotchi
Mais tu t’obstines, charmant Poutine
Des loups sont entrés dans Sotchi.

Est-ce pour faire fuir les militants
Qui défendent juste l’environnement ?
Mais non j’suis bête il est trop tard
Ils sont en prison pour avoir
Voulu protéger la planète
Sur laquelle toi-même tu t’entêtes… alors

Cent loups, ououh ! ououououh !
Cent loups sont entrés dans Sotchi
Sans compromis, sans alibi
Cent loups sont entrés dans Sotchi
Tu m’horripiles, charmant Poutine
Cent loups sont entrés dans Sotchi.

Attirés par l’odeur du sang,
Il en vint des mille et des cents
Infliger torture et violence
Dans ces foutus Jeux d’indécence
Les Pussy Riot maîtrisées
Les épreuves ont pu recommencer… dès lors

Les loups ououh ! ououououh !
Les loups ont envahi Sotchi
Sans compromis, sans alibi
Les loups ont envahi Sotchi
Tu assassines, charmant Poutine
Les loups ont envahi Sotchi.

Assurément je suis pas d’accord
Avec ta belle vision du sport
L’astéroïde dans les médailles
Fièrement portées sur des poitrails
Laissera un goût bien plus qu’amer
À ces JO trop mortifères… Alors

Les loups ououh ! ououououh !
Les loups sont sortis de Sotchi
Sans compromis, sans alibi
Les loups sont sortis de Sotchi
Si tu patines, charmant Poutine
Les loups sont sortis de Sotchi
Alors termine, charmant Poutine
Les loups sont sortis de Sotchi…

Si vraiment vous voulez écouter d’autres parodies…

Je DM
T’as pas le droit (ACTA, SOPA)

[PERSO] Je tu(e) elle

février 6, 2014 dans En vrac

Il aimerait avoir le temps de se remettre au piano.
Il aimerait faire de la musique dans un groupe à nouveau.
Il adore sa vie professionnelle.
Il n’aime pas sortir.
Il n’est jamais allé en boîte de nuit.
Il ne boit pas.
Il adore les côtes de boeuf, les pizzas, les hamburgers, le couscous de son papa, la tarte aux noix de sa maman.
Il était surnommé « estomac sur pattes » par son grand-père lorsqu’il était enfant.
Il adore aller à la salle de sport.
Il aime faire des sudokus.
Il fait parfois les deux en même temps.
Il aime entretenir sa forme physique.
Il aime entretenir son corps pour être (et paraître) bien.
Il n’a pas pourtant de crème pour le corps ou le visage chez lui.
Il n’aime pas rester dans sa salle de bain.
Il adore passer du temps avec ses potes.
Il a d’ailleurs autant de potes « homme » que de potes « femme ».
Il ne cherche pas à tomber amoureux, il n’en éprouve pas le besoin.
Il aime les enfants mais ne tient pas à en avoir à lui.
Il adore lire.
Il passe parfois des nuits blanches pour terminer un bouquin.
Il ne le regrette jamais même s’il n’a plus 20 ans.
Il pleure devant « Love Actually » et « Le Roi Lion » mais son genre préféré reste la science-fiction.
Il adore les sciences, d’ailleurs.
Il se passionne pour ça.
Il n’aime pas la biologie et les sciences du vivant.
Il préfère la physique, la cosmologie, la physique des particules et la planétologie.
Il a sa carte d’abonné à la Cité des Sciences et au Palais de la Découverte.
Il y va plus pour rêver que pour apprendre.
Il apprend dans les livres et les conférences.
Il passe beaucoup de temps au cinéma, aussi.
Il adore les Lego.
Il adore les construire.
Il n’arrête pas de dire : « Chui un p’tit gars solide« .
Il aime être seul.
Il n’aime pas aller « en soirée » mais passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux.
Il a horreur du shopping.
Il préfère les grands magasins impersonnels et froids plutôt que les petites boutiques où il devra parler à quelqu’un quand il doit vraiment se racheter un jean ou une paire de chaussures.
Il recoud ses boutons et rapièce ce qui peut l’être pour éviter les magasins, même grands.
Il est avenant, pourtant. Souriant.
Il s’intéresse aux gens.
Il aime bien quand c’est rangé mais il n’aime pas ranger.
Il n’aime pas faire le ménage mais il aime bien quand c’est propre.
Il laisse traîner la vaisselle.
Il aime les bandes-dessinées mais s’interdit de jouer aux jeux vidéo.
Il a peur de l’addiction.
Il aime les chats, les éclairs au chocolat et regarder les Jeux Olympiques.
Il voudrait écrire des livres.
Il voulait être astronome, quand il était petit.
Il veut aller s’installer sur Mars, maintenant.
Il a survécu plusieurs fois.
Il est fort.
Il est fragile, parfois.
Il croque la vie à pleines dents.

***

En fait, « il », c’est moi.
Et je suis, me sens, une femme, pourtant.

 


L’anthropologue Françoise Héritier sur l… par Slate-Fr

[SCIENCE-FICTION] Les rôles féminins dans les films de SF

novembre 20, 2013 dans Culture, En vrac, Société

Depuis le mois dernier, la Suède donne un label aux films qui sortent pour indiquer leur degré de sexisme (ou non). Il est basé sur le test de Bechdel, créé en 1985 par Alison Bechdel, une dessinatrice féministe américaine, qui évalue la présence des femmes dans un film à base de 3 questions :
- Y a-t-il au moins 2 personnages féminins portant des noms ?
- Ces deux femmes se parlent-elles ?
- Leur conversation porte-t-elle sur un sujet autre qu’un personnage masculin ?
Si les réponses sont oui, alors le film se verra attribuer d’un « label A ».

Si la démarche est honorable, je ne suis pas convaincue que ce test soit le plus à même de juger du sexisme d’un film – soit parce que même si les réponses sont oui, ça n’empêche pas de véhiculer des clichés grotesques ou une vision patriarcale de la société, soit parce que si la réponse est non, ce film peut quand même contrer ces clichés et cette vision.

Preuve en est, par exemple, que Star Wars échoue au test alors que la Princesse Leia est pour moi l’exemple parfait du rôle féminin réussi – mais il n’y en a pas vraiment d’autre dans la trilogie historique (épisodes IV-V-VI) et la réponses aux 2 premières questions est non.
Alors que dans Love Actually (que j’aime beaucoup beaucoup) qui passe le test avec succès (enfin je crois…), les rôles féminins sont cantonnés à femme de, secrétaire de, femme de ménage de, etc. Ce qui, personnellement, m’agace parce qu’on reste dans la femme-définie-uniquement-par-rapport-à-un-homme.

Mais bien avant que je ne prenne conscience de tout ça et que j’analyse tout ce que je vois, j’ai toujours été frustrée, enfant et adolescente, mais sans forcément mettre de mot dessus, de me sentir un peu exclue des films que je voyais.
Particulièrement attirée par la science-fiction, je n’ai jamais vraiment pu m’identifier à des rôles féminins forts (à quelques exceptions près sur lesquelles je vais revenir) comme les petits garçons le faisaient pour à peu près tous ce qu’ils voyaient. Moi, j’en étais réduite à « vouloir » épouser les personnages… C’est un peu triste (et réducteur, donc).

La Princesse Leia, rare personnage féminin fort de la science-fiction

Mais j’ai grandi. Et à l’heure où la Suède instaure donc son label avec lequel je ne suis pas tout à fait d’accord, je me suis dit qu’une petite analyse des personnages féminins dans les films de science-fiction serait sans doute instructive…
Voici donc ma grille de lecture tout à fait personnelle (avec un choix de films tout à fait subjectif) : j’ai classé en 5 catégories les différents statuts des rôles féminins rencontrés dans la SF de ces dernières années.
(Attention, il se peut qu’il y ait parfois des spoilers pour ceux qui n’auraient pas vu les films mentionnés.)

[Ce n'est ni une étude sociologique, ni un jugement de qualité des films, ni un article journalistique, ni un pamphlet pour éliminer les êtres masculins ou assimilés de la surface de la planète, juste un billet personnel sur un blog personnel, merci de vous en souvenir avant de faire des commentaires hors-sujet.]

LES FEMMES QUI NE SERVENT À RIEN

Partie du visuel du DVD français

Irène, interprétée par Uma Thurman, est… Irène, une collègue du héros Jérôme Morrow (Ethan Hawke), astronaute de son état. On ne sait pas quel est son métier, son statut, sa mission. On ne connaît pas son nom de famille. On se demande à quoi sert son personnage à part d’être la caution sexy du film (ce qui n’est pas un vrai rôle, hein)… jusqu’à ce qu’elle ait enfin une utilité dans le scénario.
Et je vous le donne en mille : elle sert d’alibi au héros lors d’un contrôle de salive, qui le refuse en disant au policier « vous ne voudriez quand même pas que le résultat soit faussé, si vous voyez ce que je veux dire… » avec un gros clin d’oeil. No comment.
À la fin, elle deviendra sa petite amie, sans que son personnage n’ait rien apporté de plus à l’intrigue.
Par contre, pour une raison qui m’échappe – enfin non, ça confirme que c’est donc bien la caution sexy du film – elle est très présente sur toutes les versions de l’affiche du film.

Dans Planète Rouge, Carrie-Ann Moss interprète un rôle que l’on pense fort et qui en fait ne sert à rien. C’est elle la chef de la mission martienne, mais… elle a droit au tiercé gagnant : conflit avec l’équipage qui a bien du mal à obéir aux ordres d’une femme ; scène graveleuse où l’un des hommes la regarde en train de se changer ; et finalement, bisou à la fin au seul rescapé de la mission – dont elle devient alors la petite-amie.

C’est bien, parce qu’elle n’est pas du tout hyper-sexualisée, en plus.

Sans compter que finalement dans le film, son rôle s’arrête bien vite puisqu’après un problème technique, elle ne peut pas descendre sur Mars et reste en orbite. (On l’oublie jusqu’à la fin où elle récupère donc le héros pour lui faire un bisou.)

Perséphone dans Matrix, interprétée par Monica Bellucci, c’est une « femme de », et son rôle se résume à se faire embrasser par le héros. Super intéressant, dis donc. (Je parlerai de Trinity plus tard.)

Dans Matrix, Planète Rouge et Bienvenue à Gattaca, les femmes ne sont donc là que pour faire des bisous au héros et devenir leur petite amie. Jolie transition pour la prochaine catégorie…

LES MÈRES DE / ÉPOUSES DE / FILLES DE

Alors là prenez des RTT parce qu’on en a pour un moment. Je vais essayer de la faire courte et par ordre alphabétique de film.

Dans 2012 (que j’aime beaucoup beaucoup, comme quoi, hein), nous avons l’ex-femme du gentil héros américain, l’épouse bimbo du méchant russe, et la fille du Président qui deviendra par la suite la petite-amie du scientifique de l’histoire (passer du papa au mari, vous imaginez comme j’adore l’idée).

Double combo également dans Armageddon, où Grace (Liv Tyler) est à la fois la fille de Bruce Willis et la fiancée de Ben Affleck. Elle a quand même un métier, mais dans la boîte de papa (et c’est anecdotique dans l’histoire).
À la fin du film, Bruce Willis sauve le monde en se sacrifiant à la place de Ben Affleck juste pour que sa fifille ne soit pas trop perdue. Ben oui la pauvre chérie, si aucun homme n’est là pour veiller sur elle, que va-t-elle devenir, hein ?
Il y a quand même une femme pilote de navette dans la deuxième équipe qui part sur l’astéroïde. Mais c’est un rôle mineur (mais c’est déjà ça).

Pareil pour le personnage d’Amanda Seyfried dans Time Out qui est d’abord la fille de son papa milliardaire avant de se faire kidnapper (devenant une victime) puis de devenir la petite-amie du héros.

Double combo encore pour Avatar (décidément, la femme qui passe du papa au mari, on a du mal à s’en débarrasser, hein), le personnage principal féminin s’appelle Neytiri et elle est la fille du chef du village. Plus tard, elle deviendra la petite-amie du héros. Heureusement, d’autres personnages féminins viennent sauver l’affaire : celui de Sigourney Weaver qui est le médecin responsable de la mission et celui de Michelle Rodriguez qui joue une pilote d’hélicoptère (mais qui, si ma mémoire est bonne, se prend quelques réflexions sexistes au passage, c’est vrai que c’est vachement utile dans le scénario de ce genre de film.)

Sigourney Weaver, femme médecin

Dans Mission to Mars, il y a une femme astronaute dans l’équipage. Hourra !! En fait non. C’est la femme d’un autre astronaute. Ça n’est sûrement pas venu à l’esprit des scénaristes qu’une astronaute pouvait juste être astronaute, et pas en plus la femme de. Parce que si elle avait été « juste » astronaute, ça n’aurait strictement rien changé à l’histoire. Alors ? Une explication ?

Dans Inception, Marion Cotillard est la femme de Leonardo DiCaprio. Heureusement, l’autre rôle féminin du film est plus costaud, j’en parlerai plus tard.

Independence Day, c’est un peu comme 2012 : la petite-amie bimbo du héros, l’ex-femme du scientifique, la femme du Président… Par contre, je ne connais pas le genre des aliens. Quelqu’un pourrait-il m’éclairer là-dessus ?

Dans la trilogie Retour vers le futur, Lorraine est la mère de Marty et Jennifer est sa petite-amie. Un effort à noter du côté du troisième volet où Clara est une institutrice férue d’astronomie. Mais elle devient dès son apparition la petite-amie de Doc… Dommage. C’était bien tenté.

Dans Snowpiercer (toujours en salles, foncez le voir), les 2 personnages féminins du côté des révoltés sont une mère d’un petit garçon disparu et la fille d’un des personnages principaux. Les 3 autres femmes du film ont un rôle un peu moins réducteur… mais… J’y viens tout de suite.

(Mais avant de passer à la catégorie suivante, je viens de me rendre compte de quelque chose d’édifiant : pour chaque film traité jusqu’ici, je peux compter les personnages féminins. Essayez de faire la même chose avec les hommes, pour voir…
Comment ? Non, en effet. Ce n’est pas possible.
Voilà.)

LES RÔLES INTÉRESSANTS… OU PRESQUE 

Snowpiercer, donc, avec unE ministre du train mais qui est complètement sous l’influence du grand gourou Wilford – tout comme l’institutrice enceinte jusqu’aux yeux. Quant au cinquième personnage féminin, peu présent, elle est certes munie d’une arme mais il s’agit d’une sorte d’assistante. En fait, son statut n’est pas très bien défini.

Dans L’armée des 12 singes, Madeleine Stowe interprète Kathryn Railly, une psychiatre, auteure et conférencière, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Malheureusement, elle bascule au milieu du film de médecin à victime en se faisant enlever par Bruce Willis.
Elle n’en reste pas moins psychiatre, mais… mais à partir de là, elle est sans arrêt renvoyée à sa sexualité : d’abord victime d’une tentative de viol où elle se retrouve à quatre pattes devant un homme qui commence à se déshabiller en la traitant d’un délicieux « salope » ; ensuite, lorsqu’elle raccroche d’un coup de fil, son interlocuteur la gratifie d’un condescendant « une psychiatre en dentelles et talons aiguilles » ; enfin, quand elle se réfugie dans un hôtel avec Bruce Willis, le mec à l’accueil la prend pour une prostituée. Ça aurait pu s’arrêter là, sauf que dans la suite, un proxénète vient l’agresser dans sa chambre en lui reprochant d’être sur son territoire…
Rôle important dans l’intrigue, psychiatre reconnue… mais ça reste une p…, quand même.

Même combat dans Blade Runner. Il y a 2 personnages féminins. L’une, Pris, est un robot destiné au plaisir sexuel (des hommes évidemment) – et accessoirement petite-amie d’un autre personnage. Quant à Rachel, elle est l’assistante d’un des personnages.
Vous allez me dire : oui, mais dans Intelligence Artificielle, Jude Law joue un gigolo ! C’est exact. Mais il n’est pas tout le temps à poil, lui.

Pour l’instant, les femmes ont beau avoir des rôles importants, elles sont soit renvoyées (voire réduites) à leur sexualité, soit en position d’infériorité dans leur vie professionnelle.

Trinity, le personnage qu'on croyait indépendant et en fait non

On retrouve Carrie-Ann Moss et la fameuse Trinity. Quand, au début du film, on découvre que c’est une hackeuse, on se dit chouette ! un personnage féminin intéressant. Et puis en fait non.
Parce que Trinity malgré son statut de hackeuse, c’est une sorte d’assistante de Morpheus. Alors d’accord, elle court, elle se bat, elle fait de la moto… mais si ce personnage est une femme, c’est uniquement parce qu’il y a une prophétie qui dit qu’elle tombera amoureuse de l’Élu. Aaaah, ok… Moi qui croyais qu’elle pouvait être autre chose que la-petite-amie-du-héros…
Et il y a ce grand moment où elle sauve la vie de Neo… en l’embrassant. Tandis que plus tard, quand c’est Neo qui lui sauve la vie à son tour, il lui fait un message cardiaque. Elle, non. Une femme, ça ne fait pas de massage cardiaque, ça ressuscite d’un seul baiser, c’est bien connu.

Dans Matrix, il y a aussi l’Oracle, qui est une femme. Choix révolutionnaire dans le casting ? Mmmh… non. L’oracle est dans la droite lignée de la Pythie hystérique, de la sorcière maléfique et de la voyante complètement barrée. On reste quand même pas mal dans le cliché…

J’aurais sincèrement voulu mettre Ariane du fabuleux Inception dans la catégorie « rôle féminin réussi ». Elle est architecte, brillante, intelligente, dégourdie… Tout pour plaire. Vraiment. Mais… mais un détail dans le scénario la rétrograde, à mon plus grand regret.
À un moment, dans un rêve, un des personnages lui demande de l’embrasser pour essayer de détourner l’attention de gens qui semblent leur vouloir du mal. Elle n’a pas trop le choix, elle s’exécute. Voici la suite :
- Ça a fonctionné ?
- Non.
- …
- Ça valait la peine de tenter le coup, répond l’homme qui lui a volé un baiser d’un air taquin.
Ariane, comprenant qu’elle vient de se faire avoir, sourit du genre « ah ah ah, quelle bonne blague, on m’a forcée à embrasser quelqu’un, c’est tellement drôle d’être victime d’une agression sexuelle ! » (Oui, un baiser obtenu par contrainte est une agression sexuelle.)
Si le scénariste (Christopher Nolan en l’occurrence) avait été une femme, voici ce qu’elle aurait sans doute écrit :
(… bla bla bla…)
- Ça valait la peine de tenter le coup, répond l’homme qui lui a volé un baiser d’un air taquin.
Ariane le gifle, puis lui sourit d’un air taquin à son tour.
- C’est qu’un rêve, au fond !
L’homme sourit du genre « bien joué, je l’ai bien mérité ».

Voilà. Vous allez me dire – bien entendu… – que ce n’est qu’un détail, que ce n’est pas si grave, que c’est rien qu’un baiser, volé certes, mais qu’il ne l’a pas menacée, etc, etc, etc…
Alors… 1) SI, c’est grave, puisqu’il y a contrainte et que c’est donc puni par la loi. Point.
2) Ça l’est d’autant plus à mon sens que cette scène NE SERT À RIEN. Faites le test : imaginez qu’elle ait été coupée au montage, ça ne change strictement rien à l’intrigue (le personnage l’avoue lui-même) ni aux relations qu’il y a entre les personnages (Ariane n’est plus jamais renvoyée à son statut de femme en potentielle position de faiblesse parmi tous ces hommes). Cette scène est juste là parce que le scénariste n’a pas pu s’empêcher (et peut-être pas forcément de manière consciente, un comble pour un film sur les rêves) de rappeler à ce personnage sa condition de femme potentiellement violable.
Ce sont ces petites choses, ce genre de « détails » qui s’instillent dans nos cerveaux et qui font croire aux garçons que c’est amusant et aux filles que c’est normal. Alors que ce n’est ni l’un, ni l’autre, et que cette scène est strictement inutile.
Et ça m’embête beaucoup parce qu’à part ça, le film et ce personnage sont parfaits.

Dans Minority Report, il y a 2 rôles féminins notables : Lisa, la femme de Tom Cruise et mère de leur enfant disparu, et Agatha la precog. Oui, sauf que… sauf qu’Agatha est un personnage volontairement androgyne. Donc je ne suis pas sûre que ce soit un rôle féminin fort…

LES PREMIERS RÔLES QUI S’EXCUSENT D’ÊTRE FÉMININS

… ce qui nous amène à cette catégorie. Avant toute chose, que ce soit bien clair et qu’on ne m’accuse pas de tout et de n’importe quoi : une femme est une femme, quand bien même elle serait plus musclée qu’un Van Damme, avec les cheveux courts ou rasés (comme Agatha), amputée de son utérus ou de ses seins, née homme mais de genre féminin, ou je ne sais pas quoi encore. Ça, c’est pour la vraie vie, le quotidien, le monde dans lequel on vit. Bon.

Mais au cinéma, c’est différent : chaque détail est un symbole qui a une signification, c’est à dire qu’un personnage ressemble physiquement à tout ce qu’on veut faire passer comme symbolique (et/ou clichés) à travers lui.
Par exemple… Je ne retrouve pas le lien et c’est dommage, mais j’avais lu un article à propos de la préparation du tournage de Ghost. Quand les deux comédiens principaux étaient arrivés le premier jour sur le plateau, le réalisateur avait failli avoir une attaque parce que Demi Moore avait coupé ses cheveux tout court et que Patrick Swayze, en plus, les avait longs (mais ça a pu s’arranger) – ce qui inversait les rôles « sexués ». Vous allez me dire : on s’en fout. Oui, en effet, mais pas au cinéma, donc. Ce sont des détails qui comptent et ça a été une vraie problématique à gérer pour l’équipe du film. Finalement ils les ont gardés tels qu’ils sont et personne n’y a fait attention, parce que les gens ne sont pas débiles et qu’on allait pas confondre ou croire que les rôles étaient inversés.

Tout ça pour dire, donc, que ce qui paraît être un détail ne l’est pas : c’est soigneusement pensé et réfléchi. Un film dure environ 2 heures, il n’y a pas tellement de place pour les fioritures, tous les détails comptent et ont une signification.

Karen Nyberg, ingénieur et astronaute. COMME QUOI. HEIN.

Ce qui m’amène donc à Gravity où la beauté des images est inversement proportionnelle à la subtilité du personnage principal. Sandra Bullock joue Ryan Stone. Eh oui, Ryan, un prénom masculin. On aurait pu passer outre, mais non, c’est appuyé par un échange entre elle et son collègue : « C’est quoi ça Ryan comme prénom pour une femme ? » « Mon père voulait un garçon. » No comment.

Et je ne sais pas vous, mais moi j’ai été frappée quand elle retire son casque pour la première fois : je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle ait les cheveux courts. Ça m’a énervée, je crois, oui.
Comme chaque détail compte au cinéma, surtout dans ce film bourré de symboles, c’est comme si le scénariste s’excusait d’avoir choisi une femme en rôle principal. C’est agaçant. « Bon ok, c’est une femme, mais… elle s’appelle Ryan et elle a les cheveux courts, hein, ne vous inquiétez pas, c’est un peu un homme quand même ! » Ben oui, des fois qu’on ne la prenne pas au sérieux si elle s’était appelée Karen et qu’elle avait eu de longs cheveux blonds, doux et soyeux, hein.
Pourquoi ne pas avoir choisi un homme pour ce rôle, me direz-vous ? La réponse du réalisateur est très claire : il voulait du symbole, que tout soit attiré vers la « Mother Earth », la renaissance, toussa toussa. Donc d’un côté, Ryan Stone est un garçon manqué, mais de l’autre quand même, elle réunit tous les clichés de la maman, du foetus, de la naissance, etc. Parce que si elle se retrouve dans l’espace, c’est parce que Ryan est une « mère de » qui n’a pas fait le deuil de sa fille disparue – rien de plus. Vous avez dit réducteur ?

Vous avez dit symbole ?

Il y aurait encore tant de choses à dire si ce personnage féminin… Je ne le ferai pas ici, mais sachez que tout ce que j’en pense a été écrit dans ce billet. Le fait qu’il ait été écrit par un homme me rassure, oui, ça me permet d’avoir un argument de poids quand on me reproche (évidemment) d’être parano sur ces histoires de vision de la femme dans le cinéma : on peut être un homme et être gêné par tous les clichés archaïques ou grotesques que véhicule ce personnage, eh oui.

Suivante dans la catégorie des femmes qui s’excusent d’être des femmes parce qu’elles ont le premier rôle : Ripley, dans Alien. On est d’accord : dans une moindre mesure par rapport à Gravity. C’est à peine comparable. Mais…
Mais Sigourney Weaver a été choisie parce qu’elle est grande (1m82) et qu’elle a un physique qui se rapproche de l’androgynie. Hop ! on gomme tout ce qui peut se rapporter aux symboles d’une « vraie » femme de cinéma (longs cheveux, coquetterie, sexytude, etc…) Imaginez, par exemple, une Reese Witherspoon dans le rôle de Ripley. Alors ? Erreur de casting, ça ne fonctionnerait pas ? Voilà. CQFD.
Sans compter qu’elle devient « mère de » un alien, qu’elle a des sentiments pour « son bébé » et qu’il y en a pour l’appeler « Maman »… On ne s’en débarrasse pas, hein. Une femme est forcément une mère. Dommage, parce que Ripley a effectivement une fille, mais ça ne change absolument rien au rôle qu’elle a : si elle n’avait pas été mère, le personnage aurait été le même.

LES RÔLES FÉMININS RÉUSSIS

Mais oui ! Il y en a !! C’est possible !!! :D

Quels sont les critères qui me le font dire ? Eh ben il faut que le personnage ne soit pas affublé de tous les clichés ou symboles que j’ai dénoncés jusque-là. Il faut que ce soit une femme qui ne soit pas définie par rapport à un homme, que son personnage ne soit pas une victime, qu’elle ne soit pas renvoyée ou réduite à sa sexualité, qu’elle ne soit pas privée d’attributs physiques dits « de vraie femme de cinéma », qu’elle peut être mère mais sans que ça ne la définisse de A à Z…

Première à jamais gravée dans mon coeur de geek : la princesse Leia de la trilogie Star Wars. Leia est une femme politique, une meneuse, une résistante, un soldat, une femme qui ne s’en laisse pas compter, qui envoie bouler régulièrement ce relou d’Han Solo, qui sauve Luke qui était venu la sauver mais sans plan pour repartir, etc, etc… La princesse Leia ressemble à une femme sans être hyper-sexualisée (même les scènes en bikini sont soft parce que la caméra ne s’y attarde pas inutilement), elle est volontaire, drôle, avec un caractère fort… Elle est parfaite. PARFAITE.

Autre femme de science-fiction parfaite, et c’est d’ailleurs la principale caractéristique de son personnage, c’est Leeloo dans Le cinquième élément. Dotée d’une intelligence supérieure, imbattable au combat, être suprême… C’est elle qui sauve le monde, et ce n’est pas en faisant un bisou à Bruce Willis, mais l’inverse. Comme quoi, hein.

Un peu moins tape à l’oeil mais tout aussi juste : Jenny Lerner dans Deep Impact, interprétée par Tea Leoni. La personne qui a réalisé ce film est une femme, tiens donc, ça peut avoir joué. Jenny est journaliste, déterminée, pugnace, c’est le personnage principal du film à travers lequel on avance dans l’histoire.

Enfin, last but not least, Ellie Arroway (Jodie Foster) dans Contact. Inspirée de Jill Tarter, qui a été la directrice de l’Institut SETI pendant des années, c’est une scientifique qui se bat pour avoir des subventions pour son projet d’écoute de signaux radio venus de l’espace. Et quand elle capte un signal qui s’avère être extraterrestre, elle devient l’experte absolue dans ce domaine et finit même par être une toute nouvelle sorte d’astronaute.

(Et un petit bonus, même si je ne range pas Thor 2 dans la catégorie Science-Fiction, il est intéressant de voir le traitement des personnages féminins dans ce film encore à l’affiche. Natalie Portman y joue une astrophysicienne, elle a une assistante… qui a elle-même un assistant ! Et quand ces deux-là se découvrent des sentiments amoureux l’un pour l’autre, c’est elle qui prend l’initiative de l’embrasser dans une parodie de scène de baiser cinématographique où un homme embrasse une femme en la tordant vers l’arrière et vers le bas. C’est là qu’on se rend compte que cette chorégraphie est tout à fait ridicule (et qu’en plus, c’est inconfortable et ça doit faire mal.)

Par contre… il est intéressant de constater que pour ceux deux dernières catégories où une femme a le rôle principal ou un rôle fort, aucune des affiches de ces films ne la montrent. Sauf pour Contact, mais Jodie Foster, assise (passive, rêveuse), est accompagnée de Matthew McConaughey, debout (actif, dans l’action) – rappelez-vous, la symbolique… ; et pour Star Wars où tous les héros sont présentés.
Alors… une femme à l’affiche, d’accord – une femme sur l’affiche, c’est pas encore ça.

Et c’est bien joli de râler et de ne pas être d’accord avec le test de Bechdel, mais si on ne propose pas de solution pour améliorer les choses, ça sert à rien. Alors je propose un autre test, celui-ci composé de 5 questions. Et à la quantité prônée par Bechdel, puisqu’il faut encore choisir entre les deux, je préfère la qualité des personnages. Le voici :

1) Y a-t-il au moins un personnage féminin en premier ou second rôle ?
2) Ces femmes sont-elles définies autrement que par rapport à un homme ?
3) Ces femmes sont-elles exemptes de remarques concernant leur sexualité ?
4) Ces femmes sont-elles exemptes de caractéristiques physiques dites « masculines » ?
5) Pour les femmes qui sont mères, leur personnage existerait-il si elles ne l’étaient pas ?

Faites passer ce test à n’importe quel film. Vous verrez qu’on est très loin d’avoir une représentation saine des femmes dans le cinéma.