[HUMEUR] À celles… qui m’accusent de misogynie complaisante (LOL)

avril 3, 2013 dans En vrac, Personnel, Société

[Les commentaires sont fermés jusqu'à lundi matin. Merci à tous et bon week-end :-) ]

Ces derniers jours, un petit groupe de féministes n’a pas tellement aimé le Vinvinteur que nous avons fait sur le sexisme dans la communauté geek. Bon. Pour être féministe moi-même, je sais à quel point le sujet peut être délicat quand ce combat touche autant à coeur. Je comprends donc que l’émission ne leur ait pas plu.


Le Vinvinteur n°22 – Le sexisme sur Internet par levinvinteur

Par contre, je n’admets pas les insultes et autres accusations effarantes qu’elles nous servent depuis des jours entiers. On a le droit de ne pas être d’accord – pas d’agresser ni d’injurier. Je pensais donc faire un billet pour défoncer point par point leurs arguments bidons – ou d’un autre monde.

Et puis en me renseignant sur les personnes à qui j’avais eu affaire, je me suis rendu compte que…

- La jeune femme (@Dame_Moustache) qui me donne des leçons sur la misogynie en entreprise (« Tu ne connais pas cette réalité », m’a-t-elle dit) a 23 ans. J’ai donc travaillé plus d’années que la moitié de sa vie entière.
Elle m’a dit aussi qu’il-ne-faut-pas-rire-des-grands-brûlés-parce-que-les-grands-brûlés-c’est-PAS-drôle. Désolée cocotte, mais j’étais encore la mauvaise cible : j’ai eu une tumeur au cerveau et je suis toujours la première à en rire.
Et de s’enfoncer encore un peu plus : « Ah ouais ?? Et quand tu perdras un proche, tu riras aussi, peut-être !! » Ben ouais. J’ai perdu plus d’arrières-grands-parents que tu n’as (eu) de grands-parents. Et le jour de l’enterrement de ma copine Juliette, suicidée à 25 ans, j’ai dit à mon père en croisant un miroir : « Oh putain, je suis sûre que Juju, dans son cercueil, elle a plus de couleurs que moi. »

Elle a le droit de ne pas rire de ce qui peut (lui) faire mal. Mais qu’elle ne me dise pas de ne pas le faire, moi, si ça me chante. Et je rappelle à cette jeune femme que les grands blessés (au propre comme au figuré) sont souvent les premiers à rire de leurs malheurs.
Je la renvoie pour exemple à l’interview de Jérémy Ferrari que nous avions reçu au Vinvinteur, sur le fait que les handicapés en ont ras-le-bol du misérabilisme et que rire de leur situation est salvateur et rend la vie plus douce.

Pour finir sur l’exemple de cette jeune femme, je me permettrai un conseil (qu’elle sera libre ou non de suivre) : par pitié, ne t’embarque pas dans un débat si tu n’as pas d’arguments plus solides que ça. Ça va que là, en face, c’était moi. Mais si un jour tu fais la même erreur face à un misogyne, tout ce que tu gagneras, c’est de le conforter dans son idée que les femmes sont des idiotes. Alors… pour toi, et pour la cause que nous défendons, abstiens-toi de tenir ce genre de discours bancal. Muscle.

- La jeune femme suivante les cumule : agressive, paranoïaque, insultante envers Jean-Marc, Cyrille et Henri dans un billet qui prouve toute l’étendue de sa bêtise (« La télé, c’est le Mal » – mais oui, meuf, c’est vrai que les féministes comme toi qui partent en guerre à renforts de textes vulgaires et de doigts d’honneurs photographiés et fièrement exhibés devant une poignée de lecteurs, c’est vachement mieux pour la cause féministe que nos interviews de Mar_lard et de Nathalie Magnan sur une chaîne publique…)

Elle va jusqu’à qualifier toute l’équipe du Vinvinteur d’islamophobe… AH AH AH AH AH AH :D Entre autres « sexistes, complaisants, inconscients, nases, cyniques », j’en passe et des plus colorés, elle part du principe bien misogyne qu’il ne peut y avoir qu’un mec derrière le compte d’une émission (alors que… COUCOU, je suis la CM n°1, le jeune homme qui travaille avec moi étant surnommé CM2) et elle part du principe qu’on serait assez pourris et malhonnêtes pour « faire disparaître » l’intégralité de l’interview de Mar_lard de notre chaîne Youtube. Ben voyons. J’appelle ça de la paranoïa pure et dure, moi, hein, quand on accuse d’emblée quelqu’un d’une malhonnêteté qui ne s’est pas produite. Mais allez. Mettons tout cela sur le compte d’une ignorance crasse.

- Et enfin, Mar_Lard. Après m’être « clashée » avec elle sur Twitter – un dimanche matin, je m’en serais bien passé, voyez, mais à un moment quand on m’attaque, j’essaye de comprendre.
Il y a deux solutions : soit Mar_Lard est masochiste. Soit c’est une génie du marketing. Je penche évidemment pour la deuxième solution, et ce sans hésitation.
Je parle en connaissance de cause : je me suis, moi aussi, retrouvée ultra-médiatisée du jour au lendemain sans m’y attendre (CF mon CV-vidéo). Moi aussi, je m’en suis pris plein la gueule : des trolls, des mecs qui s’acharnent, des insultes, des « sale pute, cé de la prostitusion, jvé te violé salope cé tou ce ke tu merite », etc etc, pendant des semaines.
Moi aussi, à chaque fois que je répondais à un journaliste ou que j’acceptais qu’on vienne me filmer, je craignais très fort que mes propos soient déformés, sortis de leur contexte, ou qu’on me fasse passer pour celle que je ne suis pas. J’ai eu de la chance : ça ne m’est jamais arrivé. Jamais. Mais si ça avait été le cas…
Comme j’aurais pris soin de ne pas partager le reportage/l’article/l’émission en question !! Comme j’aurais pris soin de ne pas en parler, d’ignorer ceux qui m’en auraient parlé, de n’en faire aucune mention !!…
Or, Mar_lard n’a pas aimé le montage qui a été fait dans le Vinvinteur n°22. C’est son droit le plus total. Mais si elle voulait vraiment que ce discours qu’elle qualifie de biaisé ou de transformé reste inaperçu, je pense qu’il aurait été plus intelligent de nous envoyer un petit mail pour nous faire part de son mécontentement. Et ç’aurait été tout.
Au lieu de quoi elle s’est épanchée, telle un Caliméro 2.0, sur le méchant journaliste machiste (LOL) et le méchant réalisateur islamophobe (re-LOL) du Vinvinteur, sur un réseau social à forte caisse de résonnance. Résultat : des gens qui n’avaient jamais entendu parler du Vinvinteur l’ont découverte… dans le montage que l’on a fait. Malin, Mar_lard. Très malin.

Comme je suis persuadée que cette jeune femme est très loin d’être stupide, comme je reste persuadée que son article sur le sexisme chez les geeks est d’utilité publique, je pense sincèrement que le fait de chi(al)er sur le Vinvinteur n°22 est parfaitement calculé pour faire parler d’elle/de son combat. Par contre, je suis pas sûre que la méthode soit la bonne, non.

Ces 3 exemples de féministes qui 1) pêche par son ignorance et son inexpérience ; 2) pêche par sa bêtise et son agressivité ; 3) pêche par ses méthodes douteuses pour faire parler d’une cause honorable, m’ont convaincue de ne pas justifier point par point ce Vinvinteur n°22. On ne va pas s’énerver pour une poignée d’extrêmistes (oui, ben oui, je persiste et signe, oui) alors que l’émission a été soit très bien reçue (je passe sur les tweets/DM, mails/commentaires de félicitations et de remerciements), soit moins bien reçue mais par des personnes avec des arguments construits et constructifs, qui ne nous accusent pas de tout (et surtout de n’importe quoi).

Je vous laisse donc faire votre propre opinion, mais avant, je voudrais proposer un petit jeu très amusant à ces trois-là qui manquent cruellement d’humour/de recul/d’auto-critique/de détente du string. Aucune chance que ça vous déride, mesdames, mais bon. Je suis une féministe optimiste, que voulez-vous…

Regardez bien les deux images ci-dessous. Les deux sont tirées de deux émissions différentes, de deux chaînes différentes, de deux programmes de natures différentes.
L’une présente des jeunes femmes filmées par un réalisateur et un producteur sans scrupules dans une reproduction de la réalité : premier degré.
L’autre présente des jeunes femmes jouant des personnages dans une fiction où leurs tronches indiquent clairement qu’elles ne cautionnent pas ce qu’on leur propose de faire : second degré.
Saurez-vous les distinguer ?…

La prochaine fois qu’une émission de télévision met en avant votre combat avec des intervenantes qui sont, soit vous, soit des personnes que vous avez appréciées, revoyez vos priorités : demandez-vous s’il n’y a pas d’autres priorités dans votre lutte contre le sexisme à la télévision-diabolique que de pourrir cette émission-là qui vous a donné la parole.

Les femmes et le féminisme s’en porteront bien mieux.

L’intégralité de l’interview de Mar_lard

Le Gros t’Chat avec Nathalie Magnan (qui a été ma prof et co-directrice de mémoire)

[MUSIQUE/ITW] Arnaud Léonard : pas people mais très vocal

décembre 21, 2012 dans Culture, En vrac, Interviews

J’ai toujours été très, très sensibles aux voix. Quand j’étais petite, je voulais toujours épouser les méchants des dessins animés parce que c’était eux qui avaient les voix les plus graves ou les plus typées. Un peu plus tard, je me suis fait des compilations sur K7 audio de bouts de dialogues de Jeremy Irons, d’André Dussollier, de Richard Berry et de Gérard Darmon.

Et puis j’étais musicienne, aussi : le chant, le piano, les instruments médiévaux pendant 20 ans… Alors forcément, quand les Internets sont arrivés avec leur lot de talents, je me suis souvent émerveillée. Une des toutes premières notes de ce blog concernait un jeune prodige, Fredrik Larsson, qui non seulement est un excellent chanteur et musicien, mais en plus réalisait des performances qu’il mettait en scène de façon amusante.

Autre performance vocale mise en scène en vidéo, le stupéfiant Nick Pitera qui interprète à lui tout seul tous – absolument tous – les personnages Disney en tout genre et de tout poil.

Et puis un peu plus tard, après deux Fredrik Larsson en un et un Nick Pitera pour neuf, je tombe sur huit énergumènes habillés et peinturlurés en blanc des pieds à la tête qui livrent une vidéo venue d’ailleurs.

Et quand j’ai un coup de coeur, j’ai tendance à surconsommer. Je dois être responsable de 20% des vues de chacune des vidéos et j’ai vu 5 fois (bientôt 6 !) le spectacle des VocaPeople à Bobino.

Et dernièrement, au hasard des lectures de ma TL, je tombe sur un lien tweeté par Alexandre Astier… Je fais confiance et je clique. V’là t-y pas que je tombe sur une orgasmique voix de basse multipliée par neuf qui chante… Kaamelott !!

Kaamelott, donc, que j’ai très oh TRÈS LÉGÈREMENT tendance à surconsommer aussi, gnnnnnn… <3

Nous avons donc : une voix grave, un musicien, une vidéo rigolote, Kaamelott. Ça ne fait ni une ni deux, je me penche sur ce mystérieux chanteur… pour découvrir qu’il fait partie des VocaPeople, ces êtres venus de la planète Voca échoués sur la Terre pour une raison obscure (y aurait une histoire de fin du monde là-dessous que ça ne m’étonnerait pas). La boucle était bouclée. Je me suis dit que du coup, ça méritait bien une interview.

Qui es-tu Arnaud Léonard ? 
Je suis né en Belgique en l’an de (dis)grâce 1975. C’est là qu’il a fallu faire des trucs. Donc violon depuis l’âge de 5 ans, piano encore un peu plus tôt (mais tout seul, parce que j’aimais pas qu’on me montre), guitare, basse, sax alto, percus, voilà pour la musique.

Arnaud Léonard

A 12 ans, une rencontre, un homme de théâtre (le comédien et metteur en scène Jean-Marie Pétiniot, gloire nationale chez moi) et une décision absolue : je serais acteur. Ça tombait bien, étant donné qu’avant, j’avais voulu successivement être policier à moto, mécanicien, super-héros (Ayato dans San Ku Kaï), clown, cascadeur, plombier-zingueur (ben quoi?), re-policier à moto et pilote d’avion. Le seul métier qui pouvait éventuellement permettre de cumuler le tout est donc celui que j’ai choisi.

Le chant est arrivé à la fois plus tôt et plus tard ; en réalité, je n’y ai jamais vraiment prêté attention… J’ai toujours chanté, c’était normal à la maison. Sauf que je suis passé de soprano colorature dans la chorale des enfants à Basse profonde en deux jours! Je jure que c’est vrai. A 15 ans. Pas de mue, juste une aphonie (la seule de ma vie) et 2 octaves et quelque sur lesquelles j’ai pu m’asseoir… Bim.

Accessoirement, j’ai décroché un master en Communication Appliquée (en Education permanente) et un double Premier Prix (Théâtre et Interprétation poétique) au Conservatoire Royal de Bruxelles.

J’ai essayé à peu près tout ce qui était possible dans ce métier en Belgique (théâtre, comédie musicale, télé, radio, synchro, pub, j’ai même donné des cours); je m’amusais bien mais me dispersais énormément.

En 2005, j’ai découvert une annonce de casting pour Le Roi Lion au Théâtre Mogador ; j’avais vu le spectacle quelques mois plus tôt à Londres, ri et pleuré pendant trois heures… et considéré immédiatement que c’était la plus belle chose que j’avais vue de toute ma vie. Bref, au bout d’un an d’auditions, j’ai été choisi avec 70 autres camarades pour constituer le cast français du Roi Lion.
Je me suis donc installé à Paris à l’été 2007, et ne l’ai pas quittée depuis. Une impression très nette d’être enfin rentré à la maison y est pour beaucoup.

Trois ans de Roi Lion donc, puis « Il était une fois Joe Dassin » (mis en scène par Christophe Barratier) en 2010-2011 et Voca People depuis cette saison.

Pourquoi avoir choisi d’interpréter Kaamelott a capella en vidéo ?
J’ai découvert Kaamelott assez vite, dès sa sortie télé ; je jouais sur un spectacle et une de mes potes comédiennes m’a dit que, dans mon jeu, je lui faisais beaucoup penser à Alexandre Astier… que je n’avais jamais vu à l’époque ! J’ai donc regardé un ou deux épisodes, par curiosité. Après un court séjour en réanimation pour étouffement par fou-rire, j’ai pris le risque de continuer à suivre la série…

Non, sérieux, je suis (comme beaucoup) un fan absolu… J’étais même à la Nuit Kaamelott au Grand Rex pour la présentation de la saison VI (la séance du soir, celle où on a eu droit à 7 épisodes, et toc!) Et comme Astier est également un musicien et un compositeur de grand talent, j’éprouve énormément de plaisir à revisiter ses musiques. Ça me le fait avec John Williams, Hans Zimmer et Danny Elfman aussi. Ouais, absolument, je compare. Je piédestalise, même.

As-tu eu un retour d’Alexandre Astier ?
Yes ! Sur les trois vidéos, il a eu l’extrême gentillesse de me retweeter et de les commenter. Comment dire que j’ai une fois de plus failli mourir de décès…

Comment se passe la préparation des vidéos ? 
Je ne possède aucune partition : je suis frappé de l’oreille absolue, à l’instar d’Alexandre Astier. Donc les relevés sont beaucoup plus rapides à la « feuille » qu’à l’écrit, en ce qui me concerne. L’arrangement n’a que très peu besoin d’être modifié (et uniquement en fonction du fait qu’il faut que ça sonne avec juste ma voix) ; au- delà de ça, je considérerais comme une trahison de transposer ou, pire, de changer une ligne de sa musique. Elle n’en a pas besoin. En revanche, pour la troisième vidéo et le passage au violon, là, oui, je me suis permis quelques libertés… mais au lu de ses derniers commentaires, ça n’a pas l’air de lui avoir déplu. Ouf.

Comment enregistres-tu ?
Je possède un petit matériel bien suffisant pour l’usage que j’en ai ; je branche ma carte son sur mon MacBook Pro et je bosse sur Logic. Pour le montage vidéo, j’utilise FinalCutProX.

Combien de temps tu mets pour préparer une seule vidéo ?
En moyenne, chaque capsule me prend une vingtaine d’heures en tout.

Quelle sera la suivante ?
Ahaaaaa… Vous aimeriez bien le savoir, hein ? (NDLR : OUI.) Franchement, j’hésite.

Tu es Tubas, l’un des huit Voca People échoués sur Terre actuellement à Bobino. Comment devient-on Voca People ?
Eh ben on passe une audition, puis une autre, puis une finale, et on est choisi. Ou pas. Mais pour devenir un VocaPeople, il vaut mieux être choisi. Ça aide.

Les VocaPeople, actuellement à Bobino. Arnaud Léonard est le 4ème en partant de la gauche !

Quel est le morceau que tu prends le plus de plaisir à chanter dans ce spectacle ? Et le plus  galère ?
Mon vrai kif, c’est le medley Queen (« Bohemian Rhapsody » parsemée d’autres thèmes bien magnifiques aussi). (NDLR – Côté public, je confirme, c’est un TRUC DE MALADE.) Le plus galère, y en a pas. Shai Fishman (le génialissime directeur musical du spectacle) a vraiment fait un travail monstrueux sur les arrangements. C’est trop bon à chanter.

Vous jouez beaucoup avec le public. As-tu déjà vécu un moment de solitude ?

Etonnamment, pas tant que ça ! Les gens sont bienveillants pour la plupart ; ça tient sans doute au fait qu’on les rappelle à l’enfance en incarnant des extraterrestres qui sont, eux-mêmes, des mômes.

Combien de temps de préparation avez-vous avant d’entrer sur scène ?
Une heure environ.

Quel effet ça fait de jouer un extraterrestre chanteur quand on est musicien passionné d’astrophysique ?
Voilà, tu as posé la meilleure question qui soit. Ça fait de l’effet. Si on m’avait dit qu’un jour ces deux passions-là se rejoindraient… Mais bon, Hubert Reeves et Stephen Hawking comptent parmi les grands poètes contemporains, je trouve, alors…

Le spectacle se poursuivra-t-il en 2013 ?
On est à Bobino jusqu’au 20 janvier et on part en tournée tout de suite derrière jusque… wow… Pas de fin prévue, là ! On joue tous les jours et c’est un kif énorme ! Et sinon, je fais quelques synchros (notamment dans le dernier Disney, « Les mondes de Ralph »).

[HUMEUR] Ma réponse à David Abiker

décembre 18, 2012 dans En vrac, Personnel, Société

Monsieur Abiker,

Votre billet sur la « France détestable » m’a fait sourire. Voyez-vous, je me suis exclamé il y a encore quelques jours : « Mais quelle chance on a de vivre en France ! », et je le pense sincèrement. J’avalai alors gloutonnement quelques tranches d’un excellent saucisson dans l’attente d’une tartine copieuse d’une bonne baguette et d’un fromage bien fait.

J’aime mon pays et là où je vous rejoins, c’est que ça n’a rien à voir avec le football (dont je me contre-carre) ni avec sa défense au prix de ma vie (je l’aime plus qu’une patrie). J’aime la France parce qu’elle est riche de montagnes, de côtes océaniques ou d’une mer qu’on nous envie, de forêts girondines et d’étendues labourées, de villages classés et de monuments historiques d’autres âges, d’hectares de vignes dont vous appréciez sans doute le vin chaque jour.

J’aime la France parce qu’elle est riche de festivals, de patrimoine, d’universités, de musées, de bibliothèques, d’associations ; de toutes ces choses qui lient ses habitants, qui les rassemblent autour de rires, d’émotions, de connaissances, de savoir, de divertissement.

J’aime la France parce qu’elle m’a offert les plus belles conditions dans lesquelles une petite fille peut être élevée ; j’aime la France parce qu’elle m’a offert une éducation à l’école publique, un diplôme d’université, des emplois pour subvenir à mes besoins d’étudiantes venant d’une ville non-universitaire ; j’aime la France parce qu’elle m’offre la chance inouïe de m’exprimer sans avoir peur pour ma vie, de choisir ou non d’aller voter, de circuler librement, et de me laisser le temps d’être créative.

Je suis loin d’être riche, monsieur Abiker, je viens de passer dix années parisiennes sous le seuil de pauvreté, et je doute que vous ayez cette expérience, parce qu’avoir eu 20 ans en 2003 était une toute autre paire de manche qu’avoir eu 20 ans en 1989. Je ne paye pas encore d’impôts mais malgré le fait qu’une fois toutes mes factures réglées, mon ventre rassasié et mes économies mises de côté pour en payer l’année prochaine, il ne me reste que de quoi m’offrir Science&Vie et éventuellement une limonade ou deux avec mes amis, j’ai hâte de les payer, ces impôts.

Parce que c’est la France, cette France « détestable », qui m’a sauvé la vie grâce à cet hôpital public payé par l’argent des contribuables. J’aime la France pour ça, monsieur Abiker. Parce que c’est cette même France qui a formé, dans ses universités, le neuro-chirurgien qui m’a opérée.

J’estime être « en bonne santé mentale », monsieur Abiker, et je n’ai pourtant aucun rêve d’ailleurs. J’ai du sang espagnol et j’y vois des policiers violents contre des manifestants, un taux de chômage épouvantable et des côtes méditerranéennes défigurées par le béton touristique. Les nôtres sont (encore) protégées par des lois. J’ai du sang belge et je n’envie pas un pays où le vote est un devoir et non un droit, où le clivage entre Wallons et Flamands est un vrai problème et où le gouvernement a longtemps été fantôme. J’ai de la famille en Angleterre qui rapporte des réalités concernant le système de santé qui font froid dans le dos, où l’alcool est un épouvantable problème de santé publique, où les adolescentes deviennent maman à tour de bras et où la privatisation de beaucoup de services publics devient dramatique.

J’aime la France parce que la corruption n’y est pas (encore) proverbiale comme en Italie ; j’aime la France parce qu’on n’y massacre pas des enfants dans des écoles à coups d’armes à feu en libre circulation ; j’aime la France parce que notre justice n’exécute plus personne ; j’aime la France parce que je suis sûre qu’elle va enfin permettre à tous d’avoir des Powerpoint pourris à leur mariage.

Bien sûr que tout n’est pas rose, monsieur Abiker. Mais je ne suis pas certaine que vous soyez gagnant au Brésil. Iriez-vous en Russie, pays connu pour son fabuleux exemple démocratique ? En Chine ? Au Togo, alors ? Et pour avoir vécu trois mois au Canada, je n’irai m’y installer pour rien au monde. Ils n’ont plus droit d’y faire grève, ni de lire 1984 dans le métro, ils ont des problèmes écologiques terrifiants et ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Voyez-vous, à la lecture de votre billet, je n’y ai pas vu une détestation de la France mais un rejet de ce que vous, oui vous, monsieur Abiker, en avez fait. Tous les problèmes que vous soulevez existent, malheureusement, mais ils n’existent que parce que votre génération a fait les mauvais choix. Bien avant d’avoir l’âge de posséder une carte d’électeur, je pensais déjà que voter à gauche ou à droite (et assimilés) n’avait désormais plus aucun sens. Je l’ai répété le matin du dernier tour de l’élection présidentielle. Le présent me donne, hélas, raison.

Je pense aussi que vous êtes enfermé depuis trop longtemps dans le milieu politico-médiatique et que vous n’arrivez plus à sortir la tête de cet océan de cynisme que vous dénoncez. Pour vous, la France n’est que politique et économie. Bien sûr que vous la trouvez détestable. Mais ce sera la même chose dans un pays portant un autre nom.

Je ne suis ni « frappadingue » ni un « immense pervers ». Pourtant, je n’ai pas envie de partir, parce que malgré ses défauts, ses mauvais penchants et ses ratés, la France a bien plus de richesse, de luminosité et de vie que vous ne le décrivez. Ce n’est pas elle que vous souhaitez fuir. C’est ce que vous en avez fait. Ce n’est pas elle qui vous dégoûte. C’est votre culpabilité.

Permettez-moi d’y rester et de m’y sentir bien, monsieur Abiker, sans me sentir visée par vos accusations de folie ou de perversité. Permettez-moi de continuer à voter de manière à dégager tous ces cons que vous, oui vous, gardez au pouvoir depuis tant d’années. Permettez-moi d’y payer mes impôts avec plaisir, d’y fréquenter ses transports publics, de jouir de cette exception culturelle qu’on nous envie dans le monde entier, d’y travailler sereinement grâce aux lois sociales acquises grâce à des Français qui se sont battus, d’y savourer les trésors de notre terroir désormais inscrit au patrimoine de l’Humanité et d’y côtoyer des personnes issues de l’immigration qui ont conscience, eux, de la chance qu’ils ont d’y vivre.

Et d’ailleurs, monsieur Abiker, même si vous ne me permettez pas tout ça, nous vivons tous deux dans un pays qui m’autorise à le faire.

[TWITTER] Twitter vu par la Revue de Presse

septembre 20, 2012 dans Culture, En vrac, Interviews

Lundi soir, j’ai été conviée par mon camarade Pascal à la Revue de Presse en direct du théâtre du Ranelagh sur Paris Première. Mais au lieu de nous installer tranquillement dans un coin de la salle pour suivre l’émission, on est resté dans la loge avec tous les artistes et chroniqueurs présents.

Du coup, j’ai pas pu m’empêcher de live-tweeter, de prendre des photos et de faire des vidéos à l’arrache. Avec un angle : Twitter.

Un grand merci, d’abord, aux artistes qui ont bien voulu se faire photographier : vous trouverez dans l’album photo ci-dessous Bernard Mabille, Florence Brunold en Valérie Trierweiler, Tanguy Pastureau…

Et merci à ceux qui ont bien voulu m’accorder quelques minutes pour des interviews faites à l’arrache à la sortie des artistes (je me répète, mais si j’avais su, j’aurais préparé le truc, hein). Nous avons donc…

@DidierPorte, « humoriste maudit »

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est dans sa bio sur Twitter. En tout cas, il a découvert les gazouillis il n’y a pas longtemps, et ça a l’air de l’amuser beaucoup.

@TanguyPastureau, qu’on « amuse »

C’est assez formidable, je dois dire, d’amuser un amuseur. Vous pouvez être fiers, Twittos. Par contre, je ne sais pas si c’était la descente de stress après cette première en direct, mais Tanguy se compare à un putois et adore les tweetclash qu’il compare à des actes sexuels. (Note pour plus tard : me tweetclasher un jour pour voir l’effet que ça fait, tiens.)

Michel Guidoni, double président de la République

Je l’ai observé, les yeux ronds, répéter ses personnages dans les loges. C’est bluffant. Des petits détails, trois fois rien (position de la cravate, lunettes, cheveux qui changent de sens) et Michel Guidoni se métamorphose en quelques secondes de Nicolas Sarkozy à François Hollande.

C’est donc naturellement que j’ai demandé à notre actuel président de la République ce qu’est un tweet normal. La réponse en images…

J’ai posé la même question à Nicolas Sarkozy, mais pour le coup c’est vraiment inaudible, je garderai donc ça pour moi.

Michel Guidoni n’est malheureusement pas sur Twitter, mais il m’a glissé dans l’oreillette qu’il faudrait qu’il s’y mette quand même. Tout espoir reste permis.

Quant aux autres, ils y sont : Bernard Mabille, Régis Mailhot, Jérôme de Verdière, et bien sûr, Paris Première. Sauf Florence Brunold mais elle a un joli site.

Merci à ceux qui m’ont permis de passer une bonne soirée ! :-)

[CHRONIQUE] Le format des tweets

juin 29, 2012 dans En vrac

(Chronique présentée lors du casting « Nouveau visage 2012 – France Télévisions », le 29/06/2012, dans les conditions du direct.) 

Bonjour à tous !

Alors aujourd’hui, je voudrais prendre la défense de quelque chose de très décrié, à savoir le format des tweets.

On leur reproche deux choses, principalement, la première sur la forme et la deuxième sur le fond.

Alors la forme, d’abord. Un tweet, pour ceux qui ne sont pas inscrits sur le site Twitter, c’est un message court de 140 caractères maximum, donc ce qui comprend les lettres, les espaces, et la ponctuation.

Pour vous donner une idée, c’est le format moyen d’un texto. Et justement, ceux qui ne tweetent pas pensent souvent que comme c’est court, on ne peut écrire qu’en langage SMS !

C’est faux, hein, je peux vous garantir qu’on peut écrire très correctement – la preuve, c’est que Bernard Pivot, grand défenseur de la langue française, est un membre très actif de Twitter et compte quand même 57 000 abonnés.

Mais c’est vrai que les débutants, quand ils s’inscrivent, nous reprochent beaucoup notre vocabulaire un peu technique et nos abréviations. Alors, oui, on utilise des termes nouveaux mais c’est parce que le service est nouveau et qu’il a fallu inventer le vocabulaire qui allait avec.

Quant aux abréviations, eh ben… Oui, c’est vrai – l’être humain étant une feignasse, on a plus tendance à écrire DM plutôt que direct message en toutes lettres.

Et puis je vous ferai remarquer que dans la vraie vie, plus personne ne voyage en train à grande vitesse ou ne va au cinématographe en vélocipède, hein.

Bien ! Donc ce n’est pas parce que le format est court qu’on écrit n’importe comment.

Deuxième reproche qu’on leur fait, maintenant, au format des tweets, c’est sur le fond. On me dit souvent : « oui, mais 140 caractères, c’est super court, on ne peut rien dire d’intéressant, et souvent, ben ça vole pas bien haut. »

Alors certes, ça arrive, souvent, ça ne vole pas bien haut. Mais si je prends l’exemple de la réponse de Samir Nasri à un journaliste dans la zone mixte après un match de foot, ça tient largement en 140 caractères, c’est une réponse verbale dans la vraie vie, et pourtant… Ça ne vole pas bien haut non plus.

Donc un format court n’est pas forcément plus inintéressant qu’un format long ; je pense aux proverbes, par exemple. Ben un proverbe, c’est quelques mots seulement et ça contient souvent plus de sagesse et d’enseignement que beaucoup de livres de plus de 300 pages.

Et… Je vous parlais de Bernard Pivot, tout à l’heure – ben Bernard Pivot, il a écrit cette très jolie définition sur Twitter… Je vous la lis… « Les tweets sont des télégrammes décachetés ».

Et c’est vrai qu’un télégramme, ben c’est un format court aussi, hein, on n’y écrit pas des discours. Et pourtant, ça a précipité les Etats-Unis dans la guerre en 1917, par exemple.

Donc voilà ; tout ça pour conclure, et en 35 caractères seulement, qu’un tweet, ben c’est comme pour beaucoup de choses dans la vie, hein… « Ce n’est pas la taille qui compte ! »

[PERSO] Je suis née geek… et je m’en suis rendu compte hier

juin 23, 2012 dans Culture, En vrac, Personnel

On ne devient pas geek. On l’est, ou on ne l’est pas. Et c’est non sans émotion que je livre aujourd’hui mon coming-out sur la toile des Internets mondiaux en France : Papa, Maman, votre fille est geek (mais c’est pas grave).

Je soupçonnais bien quelques accointances avec la communauté, me sentant irrésistiblement attirée, mais me tenant toujours à l’écart, persuadée de ne pas y avoir ma place. Et ce n’est pas faux, dans un certain sens.

Mais c’est hier, à l’occasion d’une conversation avec ma coupine, à qui j’expliquais que je me refusais depuis des années de me mettre aux jeux vidéos parce que je savais que j’allais devenir accro et que je n’avais pas de temps pour une énième drogue chronophage, que l’évidence m’a un petit peu sauté à la gueule quand même.

Récapitulons… (Attention, risque de chute de gros clichés, on pourra pas dire que vous n’avez pas été prévenus – ce n’est pas une thèse mais un article de blog pour se divertir – merci, bisous.) (Attention, c’est aussi du 3615MyLife  !)

Si l’on part du principe qu’un geek est une personne qui se divertit par son imaginaire en se passionnant pour des domaines précis (source : Wikipédia, hein) et que ces domaines sont (en vrac) : le jeu vidéo, l’informatique, les sciences, la SF ou le fantastique en littérature ou au cinéma, les séries télévisées, les jeux de rôle, la BD, les mangas, etc…, alors :

- Depuis que j’ai réussi toute seule à déplacer ma petite chaise en bois à l’assise en osier devant la fenêtre de ma chambre, que j’ai grimpé dessus sans l’aide d’une grande personne et que, mes menottes plaquées contre les carreaux, j’ai pu regarder la Lune de tous mes yeux et la bouche ouverte de fascination, je m’intéresse aux sciences de l’Univers.

Mais alors attention, hein : pas juste comme ça en passant, non. Il faut que je sache tout, que je comprenne tout, que j’assimile tout, des notions les plus courantes et les plus intuitives à celles qui dépassent l’entendement humain. Je ne sais pas si on peut appeler ça « se passionner pour un domaine précis (…) dont les sciences (…) » – à ce stade j’appellerais plutôt ça une monomanie ou une obsession, mais, bon, passons.

Et puis ça fera sans doute l’objet d’un autre coming-out (ouais, j’aime bien coming-outer, c’est amusant, tiens.)

- Evidemment, du coup, mon domaine de prédilection au cinéma comme en littérature est la science-fiction (j’y reviendrai). Et le fantastique, aussi, même si c’est dans une moindre mesure.

- J’étais une petite fille très sage. Trop sage, même, puisque je n’ai aucun souvenir de connerie que j’ai pu faire. Sauf… une. J’ai menti une seule fois à mes parents, une seule, et c’était parce que j’avais séché le cathéchisme pour aller jouer à un jeu vidéo sur l’ordinateur de ma copine. (Je vous parle de ça, j’étais en CM1, donc ça devait être en 1991, hein.) Fascinée et attirée de manière irrationnelle par l’informatique et le jeu vidéo, déjà. A un point tel que j’avais osé désobéir et mentir…

- Par la suite, grâce à mes tous jeunes oncles et à mon papa (que je soupçonne d’être un peu geek aussi), j’ai pu manipuler les premiers ordinateurs mainstream (je me comprends). Entourée d’Atari, j’étais irrémédiablement attirée par cet écran bombé, cet univers gris et vert, les touches du clavier que j’adorais enfoncer, le joystick qui me fascinait, et tous les jeux que ça permettait…

(Pour l’anecdote, avant les Atari, je passais déjà pas mal de temps à jouer sur le Minitel. J’adorais le bruit et la sensation du clavier – et que je retrouve un peu sur mon MacBook Air, d’ailleurs… – et j’adorais écrire des lignes et des lignes de lettres ou de mots et de les voir défiler. Et cet underscore qui clignotait… Aaaaaah !! Hum. Bref.)

Modèle sur lequel j'ai fait mes armes. (Trouvé sur Google Images.)

- Mais les jeux d’ordinateur et les consoles (comme la télé, d’ailleurs) étaient interdits à la maison (à part quelques rares jeux éducatifs). Du coup, quand j’allais jouer chez mes copines, je restais rivée sur leur Tetris et leur Game Boy sans réussir à m’en défaire. Et le manque, déjà, quand il fallait rentrer. (Pour l’anecdote, le tout premier jeu payant que je me suis offert sur mon iPad a été un Tetris.)

Du coup, une année, j’ai demandé un jeu vidéo à Noël – sans trop d’espoir. Et je l’ai eu ! (J’ai cru au Père Noël, ce jour-là, j’avoue.)

Pas réussi à trouver de visuel plus net, mais larmichette quand même. (Si vous avez ça dans votre grenier et que vous ne savez pas quoi en faire, hein...)

Forcément, j’étais toujours dessus. Et quand il a fallu le partager avec PtiteSoeur et PtiFrère, ce fut le drame. J’étais tellement accro, déjà… Et surtout, ce n’était pas juste : c’était MON jeu et je n’y avais droit qu’un tiers du temps ! Qu’on me le laisse au moins la moitié, et que l’autre moitié soit partagée entre eux… Mais non. Folle de rage et pour le garder pour moi toute seule, j’ai décidé de le cacher là où PtiteSoeur et PtiFrère ne le trouveraient jamais. Ce fut réussi.

Tellement réussi que je n’ai jamais réussi à le retrouver non plus… Appartement retourné de fond en comble, déménagement des années plus tard… Vingt ans après, Donkey Kong II reste disparu corps et biens.

Et croyez bien que le manque a été long à se dissiper…

- Quelques années plus tard, adolescente, j’ai découvert Tomb Raider lors d’un court séjour chez ma tante. Impossible de m’en défaire. J’étais fascinée. Mais du côté de mes parents, c’était toujours un « non » massif : pas de jeu vidéo à la maison. Ils avaient sûrement raison, vu l’état dans lequel ça me mettait…

Du coup, quand j’ai été assez grande pour prendre mon envol et être raisonnable, je me suis toujours tenue prudemment éloignée de toute sorte de jeux vidéo. Mais ça devient de plus en plus difficile à tenir… Surtout depuis que j’ai découvert ça dans la boîte de la Freebox TV.

AAAAAAAAAAAH !!!!! Vade retro !!!

- Si j’ai toujours dû refouler mon goût pour les jeux vidéo, on m’a en revanche toujours laissée libre de rester collée à un ordinateur. Pour mes 16 ans, j’ai demandé un modem pour qu’on puisse avoir Internet. Je me rappellerai toujours du chèque de 1000 francs que m’avait envoyé mon parrain, avec la carte de visite qui indiquait « Bon pour un modem ». J’étais comme une ouf. (Mon papa aussi, je crois, hihihi.) On allait avoir Internet avec ça…

Mon premier modem <3

Et je peux vous dire que j’utilisais chaque seconde de chaque minute qui m’était allouée. Je ne pouvais déjà plus m’en passer…

Plus tard (beaucoup plus tard), j’ai découvert le code et j’ai adoré apprendre les notions de base. Un jour, quand j’aurai le temps, je me formerai vraiment. En attendant, j’adore « bidouiller » et trouver des trucs toute seule. Ca a quelque chose de magique…

Les sciences, l’informatique et les jeux vidéo… C’est fait. Passons au reste…

- Je ne suis pas spécialement fan de bandes-dessinées, à part les Astérix, Lucky Luke, Ducobu, Boule et Bill, Cédric, et autres Tintin sur la Lune (même s’il y a des chefs d’oeuvre du genre et que j’ai dû lire 12 000 fois la série des Charly quand j’étais jeune).

- Je ne connais pas l’univers des jeux de rôle (mais je sens que si on m’y avait initiée, j’aurais adoré). Cela dit, j’ai ça dans ma dévédéthèque et j’assume, SI SI. (Comment ça, c’est parce que y a Jeremy Irons dedans ??)

- L’accès à la télévision m’ayant toujours été refusé, je n’ai donc pas pu m’habituer à la regarder – et encore moins concernant des programmes réguliers et qui s’étirent dans le temps comme des séries. Cela dit, mon père acceptait souvent de m’enregistrer « Au-delà du réel, l’aventure continue » que nous regardions ensuite ensemble et qui reste pour moi une série culte, et la meilleure (de loin) (comment ça je peux pas savoir puisque je n’en connais pas beaucoup ??) Rien que le générique est un concentré de pur bonheur…

Il y a 3-4 ans, je me suis mise à « X-files » et j’ai tout vu d’un coup. En même temps, je devenais accro à « Lost », que j’ai depuis acquis en DVD. Terrifiant, ça, « Lost ». Le manque était horrible quand je devais attendre plus de 8 jours l’épisode suivant. Flippant… « Kaamelott », aussi, mais je ne sais pas si ça fait vraiment partie de l’univers geek. Quant au reste, jamais vraiment accroché à celles que j’ai tenté de suivre…

(Faudrait que je me mette à « Star Trek », quand même. Jamais vu. Ouais, je sais. Je sais.) (Et à « Docteur Who ». Et à… Ouais, bon. Ok.)

- Côté de films, j’étais tellement fan de « Retour vers le futur » que c’est le tout premier coffret DVD que je me suis offert (avant même n’importe quel film avec Jeremy Irons, c’est dire !!) Ce truc est cultissime. Je connais les trois par coeur depuis ma plus tendre enfance.

Je n’ai jamais réussi à lire « Le Seigneur des Anneaux » malgré les encouragements de mon père qui a tenté de m’y coller plusieurs fois. (Le style de Tolkien que je trouve imbitable, sans doute…) Mais c’était une de mes plus grandes claques de cinéma.

Et surtout, last but not least« Star Wars ». Je suis de la génération dont les parents ont fait découvrir la trilogie en VHS avant de la redécouvrir au cinéma. J’étais dingue. J’en avais des posters partout dans ma chambre. Je me prenais pour la Princesse Leia, je me coiffais comme elle. Je voulais épouser Dark Vador. (Je veux toujours épouser les méchants, cherchez pas, c’est comme ça.)

Lors d’un séjour en Angleterre en classe de 4ème, je me suis acheté un t-shirt Star Wars à Londres. La crétine de vendeuse avait oublié de retirer l’anti-vol plein d’une encre bleue indélébile. Ca l’a donc taché d’abord, puis troué ensuite quand il a fallu découper autour pour l’enlever. Je ne le quittais pas. Et un jour, il n’y a pas si longtemps, j’ai dû me résoudre à le jeter. Il était tellement usé jusqu’à la corde que même en chiffons il n’aurait servi à rien.

Je fais partie de la team déçu-par-la-trilogie-des-I-II-III et je suis comme une ouf à l’idée que les vrais de vrais vont ressortir en 3D au cinéma. CAN’T WAIT.

- En parlant de t-shirt… J’adore les t-shirts à l’effigie de trucs et de machins qui me bottent ou qui me font marrer. Le problème, c’est qu’il n’y a rien de moins glamour qu’un t-shirt, pour une fille. Et comme j’aime bien montrer mes nichons mon décolleté, j’achèterai des hauts de geek quand ils feront vraiment des trucs féminins. A bon entendeur…

(Bon, ok, j'ai récemment fait une exception pour celui-là...)

Et les gadgets… J’adore les gadgets de trucs de geeks. Mais ça, c’est comme les jeux vidéo : je refuse de tomber dedans. Sinon, on me perd ! Et je n’irai pas à Disneyland au Comic’Con de juillet prochain même si j’en ai l’occasion rêvée, NON NON NON. Bref…

Voilà. Je crois que le doute n’est plus permis. Avec le recul, je crois que c’est clair. A l’aube de mon trentième anniversaire (29 ans, les gars, je vais passer à 29 années à arpenter notre jolie planète), je le dis, l’assume, et le revendique : je suis une bonne grosse geek qui tache. Eh ben ça va mieux en le disant !

[MUSIQUE] Barcella : abracadabresque Charabia

juin 9, 2012 dans Culture, En vrac

Barcella est sûrement le seul garçon au monde à pouvoir caser dans ses disques « salope », « biffle », « mettre une cartouche » en face A et « billevesée », « mistinguette », « bande de jeunes freluquets » en face B – et, par-dessus le marché, de nous faire trouver ça tout à fait charmant pour la première et tout de même un peu osé pour la deuxième.

Parce qu’il est comme ça, Barcella. Il réconcilie un Français tendrement désuet et un verlan du meilleur effet d’une chanson à l’autre (quand ce n’est pas au sein du même texte) de son nouvel album, le bien nommé Charabia.

Il a le verbe nostalgique dans l’émouvant « L’âge d’or » qui noie mes yeux à chaque écoute : « Pourtant, pourtant / Les tranches de pain d’épices / Me manquent maintenant que / Les années me trahissent… » ;

 

et la verve coquine quand il s’agit de narrer la rencontre entre une feuille et un stylo : « Emarge-moi Rocco, effeuille-moi à en prendre haleine / J’ai connu des pinceaux, ne me raconte pas tes poèmes / Tu m’as prise pour une vierge ou quoi ? Je veux que tu m’éclabousses / Qu’attends-tu donc pour me mettre une cartouche ? »

 

(Ce genre de chanson-métaphore aux images bien tournées est une merveille littéraire… Cependant, cela représente un léger désavantage : je comptais offrir l’album à ma grand-mère…)

Mais Barcella ne s’amuse pas qu’avec ces mots-là sur des accompagnements tour à tour mélodieux et entraînants : champion de France de slam de son état (excusez du peu), il nous offre avec « Mixtape » une performance du genre impressionnante de célérité et de poésie. Et pour l’avoir vu une bonne dizaine de fois en concert, croyez-moi, il ne s’agit pas d’un tour de passe-passe comme on peut le faire en studio : ce gars-là enverrait Chuck Norris chez un orthophoniste jusqu’à la fin de ses jours. Et musicalement, c’est à croquer.

 

Avec ce deuxième album, l’auteur-compositeur-interprète champenois (COCORICO !!! 51 représente…) réussit l’exploit de ne pas décevoir après l’excellente « Boîte à musique ».  Babar (pour les intimes) nous raconte encore ses histoires et celle des autres. Celle de Cerise, par exemple (oui oui, la fameuse jeune fille de la publicité pour une assurance dont je ne citerai pas le nom), qui clame à qui veut l’entendre : « Je suis blonde et je vous emmerde » sur un air tellement sautillant et souriant qu’on en oublie qu’elle nous envoie paître. (D’ailleurs, ladite jeune fille a apprécié l’album, nous a glissé Barcella l’autre jour au Café de la Danse sur le ton de la confidence.)

 

Il traite encore de ses sujets de prédilection en les réinventant : l’enfance, tour à tour amèrement nostalgique (L’âge d’or, L’insouciance) et joyeusement sucrée (Les monstres, Le cahier de vacances), et les rapports hommes/femmes (Abracadabra, Salope, Ma douce, Claire fontaine) avec cette vision si moderne et désabusée des comportements des deux sexes.

Mais si, dans ses textes, l’homme semble être un petit garçon apeuré face à des femmes volontaires et rentre-dedans, Barcella a quand même eu le culot et les coucougnettes de faire chanter à l’unisson tout le Café de la Danse un jour de Journée de la Femme son fameux refrain : « SALOOOOPE-EUH !! », et rien que pour ça, on dit respect, monsieur, respect. (En vrai, ça soulage, je vous le conseille.)

 

Bref, tout ça pour vous dire : va chercher bonheur dans l’AilleTounz des Internets ou (pour faire adorablement galvaudé) chez un disquaire en dur. Cet album est aussi magique qu’éclectique. Et je laisse le mot de la fin à l’artiste : « Les vrais font la diff’ entre la daube et le bon onss ! »

(Oh, et une astuce : ce mec est une bête de scène. S’il passe près de chez toi, fais pas le con, ne loupe pas ça !)

[CINEMA] Prometheus : mauvais ou affligeant ?

mai 31, 2012 dans Culture, En vrac

Je suis donc allée voir Prometheus hier soir, surexcitée depuis des mois par le barouf qu’on en a fait, le présentant comme le film de science-fiction du siècle.
J’ai été terriblement déçue au sortir de la salle, pour me rendre compte ce matin au réveil qu’il n’y avait décidément rien de bon à garder.
Attention : je vais spoiler.

Le tout premier plan est d’une beauté à couper le souffle. Vous pouvez circuler ensuite, y a rien à voir ! Il s’agit « juste » de notre planète suspendue dans l’espace, image que l’on a désormais l’habitude de voir – mais pas en 3D. Et ça change tout.

On y descend ensuite pour un voyage dans nos paysages, digne d’un Arthus-Bertrand du meilleur effet. Et puis on ralentit et on s’arrête près de chutes avec verdure, eau bouillonnante, mec en toge-capuche qui crapahute sur les rochers et vaisseau extraterrestre dans le ciel. Bon. Au moins, ça plante le décor, on se dit que ça va être rigolo.

Le mec enlève sa capuche et – ça alors ! – v’là-t-y pas qu’il n’est pas tout à fait humain même s’il y ressemble : il a juste le teint très très blanc, les yeux très très bleus, la peau très très imberbe, les muscles très très saillants et le profil très très grec. Bon. Mais déjà, choisir le symbole de la Grèce comme (on s’en doute vu ce qu’on nous a spoilé dans les bandes-annonces et sur les affiches) origine de l’Humanité, je suis pas sûre que ce soit l’idée du siècle étant données les circonstances, mais enfin, bon, passons.
Notre dieu grec (utilisons ce terme puisqu’il nous a créés) ouvre un genre de boîte de Tic Tac extraterrestres et en avale son contenu, ce qui a pour effet de le désintégrer de l’intérieur. Il se tord, il râle, il convulse, il crie, toussa, et à un moment, il finit par tomber dans la chute bouillonnante. Là, il continue de se désintégrer dans l’eau jusqu’aux brins d’ADN. Et pouf ! Voilà la Terre semée, y a plus qu’à laisser mijoter quelques millions d’années. (Ou quelques secondes vu les images qui nous montrent déjà la division des cellules.)

Bon alors déjà, descendre d’un gars qui s’est désintégré dans l’eau d’une Terre déjà formée comme aujourd’hui, ça se pose là comme exactitude scientifique. La tectonique des plaques, la dérive des continents qu’ont connues nos lointains ancêtres, ça… non ? Ça ne dit rien aux Américains bien entendu. Et le fait que les fouilles aient trouvé les premiers hominidés en Afrique… Non ? Toujours pas. Bien entendu, l’Humanité blanche et consensuelle descend de cet extraterrestre glabre, imberbe, et de la couleur d’un iceberg. Darwin et Luther King se retournent dans leurs tombes respectives. Mais passons.

On fait un bond pour arriver en 2089 où on entend des gratouillis dans une grotte, et pouf ! une scientifique (Noomi Rapace, extraordinaire Lisbeth Salander du Millenium suédois) découvre une jolie peinture rupestre représentant des gars qui pointent le doigt vers cinq billes dans le ciel. Etant donné que le même schéma a été découvert partout dans le monde venant de civilisations spatio-temporellement éloignées, on en conclut donc que ce n’est pas une carte cosmique, mais carrément une « invitation ».
Bon. Admettons.

Là, le titre du film apparaît, les choses sérieuses peuvent commencer.

Nous sommes cinq ans plus tard et le vaisseau Prometheus se trouve très très loin de la Terre. Tout le monde roupille là-dedans, sauf un robot qui ressemble à s’y méprendre à un humain, magnifique spécimen aryen blond aux yeux bleus, qui répond au doux nom de David.
David joue au basket en faisant du vélo, mange (les robots sont friands de plateau-repas c’est bien connu), apprend des langues rares en e-learning et regarde des vieux films de guerre. Bon admettons, on s’occupe comme on peut. Mais je suis désolée de le dire : on ne croit pas une seule seconde à sa condition de robot.

Et puis quand il en a marre de mettre des paniers en tournant en rond sur sa bicyclette, il va lire les rêves d’Elizabeth (Noomi Rapace, donc) où l’on apprend que la petite a perdu sa maman très jeune et qu’après une conversion sur la mort avec son papa qui lui apprend qu’il n’y a pas d’autre hypothèse possible que le paradis, pouf ! elle devient croyante avec une foi d’enfer (si j’ose dire).
Ces histoires de dieux, de religions, de Création commence déjà à bien me gonfler : « Bonjour, je suis Ridley Scott, gros beauf américain, et sous-couvert de science-fiction je fais de la propagande en faveur du Créationnisme, pour que des gens intelligents et cultivés puissent dire plus tard que ben non, Lucy c’est des conneries, c’est Adam et Eve la vérité ! » (C’est du vécu, ça fait plus de dix ans maintenant mais je m’en remets pas.)

Et puis à un moment, le vaisseau vacille, puis une secousse. On se dit tiens, peut-être un astéroïde farceur qu’on s’est pris dans la tronche. Mais non non, c’est juste qu’on est arrivé. (C’est bien connu, quand on arrive à destination la voiture tangue et fait des bong.) Passons.

Nous avons donc une aryenne blonde aux bleus qui fait frénétiquement des pompes avec les cheveux mouillés et à moitié nue. L’utilité de cette scène ? Je cherche toujours. Elle se lève, le temps de filmer son cul, et elle enfile un peignoir avant d’ordonner à David de réveiller tout le monde. L’utilité de voir son cul ? Je cherche toujours. Mais nous avons fait connaissance avec la chef du vaisseau, une dénommée Vickers (Charlize Theron).

Tout le monde se réveille, prend un petit-dej, on a une séquence sur le rebelle de la bande qui « n’est pas là pour se faire des potes mais pour se faire du fric » et qui envoie chier son voisin de cantine (je cherche toujours l’intérêt de la scène) et tout le monde se retrouve dans le gymnase pour une réunion improvisée.

Vickers présente David, toujours droit comme un i et sourire niais, et envoie un film sous forme d’hologramme : un vieux schnock apparaît et ce qu’il avait à dire devait être tellement important que je l’ai oublié, dis donc. En plus, pardon mais… euh, c’est une blague, le vieux, là ? Ils n’avaient pas d’enveloppe maquillage, dans leur budget, sans déconner ? Même moi avec du papier mâché je peux faire mieux si je veux prendre 95 ans. On n’en est pas à dix minutes de film que je me fais déjà chier et qu’en plus j’ai l’impression qu’on se fout de ma gueule.

Bref. Il donne la parole à nos deux scientifiques (Elizabeth et son mec) qui sont censés être les chefs de la mission mais dont on a l’impression qu’ils viennent de l’apprendre. Ils expliquent en deux mots aux autres qu’ils sont venus rencontrer les « Ingénieurs » et puis… c’est tout. Ok. Bon. Je cherche toujours l’intérêt de cette séquence (à part peut-être celui d’expédier d’un revers de caméra celui qui ricane quand il ose dire que mais euh et le darwinisme, tout ça ?…)

Vient ensuite la phase de descente sur la planète. Trop fastoche. Et puis alors ils tombent direct sur une piste d’atterrissage au bout de laquelle il y a LE truc à trouver (une caverne). C’est quand même formidable, un bol pareil. Pouf ! pouf ! les voilà posés, et la première expédition commence.

A partir de là, je vais vous la faire courte. On a en vrac :

Deux décors vieillots et déjà vus
L’intégralité de l’histoire se déroule en alternance dans deux décors : le vaisseau et la caverne. C’est un peu facile en 2012, alors qu’on aurait les moyens techniques de faire des putains de balades sur une autre planète.
Au lieu de ça, on a un vaisseau dont l’intérieur est digne des films des années 90 et une caverne banale avec des installations extraterrestres au design signé H.R. Giger qui est peut-être très doué, mais dont on connaît tellement le travail qu’il n’apporte aucune dimension exotique ni même esthétique. Et je le soupçonne d’avoir fait sa feignasse en copiant-collant les décors qu’il a pu faire auparavant. Bref. Grande déception visuelle. Même les hologrammes ne sortent pas du lot.

Les costumes ne créent pas non plus la surprise avec des combinaisons et des casques que n’aurait pas reniés Jules Verne.
Vraiment : décors, costumes, design, graphisme… Zéro pointé. Déjà vus cent fois chacun, aucune recherche, pas d’originalité, on régresse.
J’attendais pourtant beaucoup d’un élément impressionnant : la sculpture de la tête présente sur l’affiche et mise en avant dans les bandes-annonces. Ne vous attendez à rien d’extraordinaire : dans le film, ils ne la calculent même pas.

Des personnages creux
Difficile de parler des personnages tant ils sont vides. Vickers, grande blonde glaciale et désagréable, ne sert à rien. David pourrait être un personnage intéressant mais on ne croit pas deux secondes à sa condition de robot. Elizabeth sort peut-être du lot, peut-être parce que les autres ont trois lignes de textes (pour les chanceux) ou meurent dès le début.
Voilà, j’ai fait le tour.

Un scénario vide mais plein d’incohérences
Le scénario, en plus de faire de la propagande pro-Créationnisme, multiplie les clichés insupportables (« Oh ! Une plante bizarre extraterrestre qui paraît agressive… Approchons notre tête pour mieux la voir et faisons gouzi-gouzi. Oh ! Ben ça alors, je me suis fait bouffer, quelle surprise…) et ne tient pas la route deux secondes.
Ils atterrissent du premier coup pile en face de la caverne ; y en a deux qui restent dedans et évidemment ils y meurent dans d’atroces souffrances moins de dix minutes après ; elle est pleine de cadavres d’extraterrestres morts pour une raison inconnue qu’on ne connaîtra jamais ; David y récupère des amphores (qui la remplissent pas millions ! et ça n’a pas l’air d’intéresser qui que ce soit) et la dissèque pour y trouver un truc bizarre dont on ne saura jamais ce que c’est ; il en profite pour en glisser un morceau dans le verre d’un scientifique pour l’assassiner mais on ne saura jamais pourquoi ; finalement le vieux n’est pas mort et il est à l’intérieur du vaisseau pour une raison qui m’échappe toujours ; on nous dit que finalement Vickers est sa fille et il l’avait caché à tous, on se demande encore à quoi ça sert ; la caverne est respirable pour les humains mais elle est ouverte sur l’extérieur toxique et tout le monde trouve ça normal ; Prometheus explose en vol, et la seconde d’après il est intact sur le sol avec pressurisation impeccable et pièces à l’intérieur nickel et sans égratignures…
Bref. Rien ne tient debout dans ce film. Rien.
Et on continue dans la bien-pensance américaine à vomir : Elizabeth (stérile, mais bref) se retrouve enceinte (de quelques heures) d’un extraterrestre et veut se le faire enlever. Elle demande une césarienne. Chez moi ça s’appelle un avortement, mais faudrait voir à ne pas dire de gros mots, hein.
Et la bestiole en question est un petit calamar qui se transforme en poulpe obèse, puis en créature alien sur deux jambes comme dans les films Alien (admettons puisque c’est censé être le prequel, mais comment cette transformation est possible en cinq minutes, je me demande.)
Et surtout… Quel est le putain de rapport avec les dieux grecs extraterrestres ???

Bref. Non seulement c’est visuellement pauvre et scénaristiquement déplorable, mais en plus on nous ressert une vieille recette qu’on connaît par coeur et qui ne crée rien d’autre que de l’ennui profond. En 2012, c’est possible de trouver autre chose que de la SF sans monstre vert gluant, ou comment ça se passe ? Non parce que, dans le genre, je pense qu’on a tout fait et tout vu, hein. Prometheus, tu ne sers à rien, si je peux me permettre.

Quitte à aller voir de la science-fiction, fuyez ce film et allez voir Men In Black 3. Ce n’était pas très réussi non plus mais au moins il ne se prend pas au sérieux et il traite de vraies idées intéressantes de science-fiction.

[HUMEUR] 10 voeux pieux pour la Journée de la Femme

mars 7, 2012 dans En vrac, Société

1. Je voudrais que ce genre de Journée n’existe plus parce que les mentalités auront changé, parce que la misogynie de nos sociétés aura disparu, parce que les écarts de salaire entre les hommes et les femmes ne seront plus qu’un mauvais souvenir, parce qu’on pourra s’habiller comme on voudra et avorter quand on le voudra sans nous culpabiliser, parce que toutes les femmes du monde pourront voter, circuler, s’exprimer et être libres, etc etc.

(Et je voudrais également que les guerres cessent TOUSSUITE et adopter un petit chaton extraterrestre, aussi, oui oui.)

Attention, ce chat est bien Terrien.

2. Je voudrais que ELLE cesse de se revendiquer comme magazine féministe ou bien change radicalement de ligne éditoriale. Parce que dans le genre clichés et stéréotypes, ça se pose là : des polémiques à répétition concernant le poids et les courbes de ces dames (dernier bad buzz en date : Kate Winslet), de la mode à toutes les pages (sans déconner, à part les professionnels qui gravitent autour de ce milieu, ça intéresse qui ?), des horoscopes à n’en plus finir, des « Spécial régime » en veux-tu en voilà, des conseils pour être belle pour séduire Jules (et Juliette, elle peut crever ?) et les dernières techniques pour faire son brushing en 5 minutes top chrono le matin.

Voyez ? Je n'invente rien. Anorexique à moitié à poil en couv, mode, leçon de brushing, mode, t'es une meuf donc t'es FORCEMENT en (it-)couple, mode, etc...

Résumons donc : ce magazine féministe revendique donc le « Sois belle et ta gueule, et pis achète-moi pour que je puisse vendre des pages de pub où une fille anorexique à poil vante une marque de montre de luxe derrière un encart sur les femmes sénégalaises qui luttent pour avoir de l’eau potable et ne pas finir comme esclaves sexuelles ».

3. Je voudrais que certains mouvements et associations de féministes se détendent un peu du string, réhabilitent le sens de l’humour et l’auto-dérision. Parce que je veux pas cafter, mais elles desservent souvent leurs causes (et ça me fait chier). Alors voilà, amies Chiennes de Garde, OUI il est possible d’écrire ce genre de pamphlet contre les dérives de notre société actuelle tout en se pavanant en mini-short en cuir comme offrande sexuelle pour de rire.


Le Grand Webze piège le Palmashow par LeGrandWebze

4. Je voudrais que l’égalité en matière de vie sexuelle soit enfin respectée. Qu’on arrête de traiter une femme d’un méprisant « salope » et  qualifier un mec d’un affectueux « coureur de jupons » à comportement égal. Merci. Bisou.

5. Je voudrais imposer aux mecs un toucher rectal annuel pour qu’ils sachent bien quel effet ça fait d’être à la merci d’autrui en ce qui concerne son intégrité physique.

Oh, et tant qu’on y est, une épilation intégrale (et je ne parle pas que du maillot, hein) une fois par an aussi pour qu’ils sentent bien passer dans tout leur corps ce qu’on subit plus souvent qu’à notre tour.

6. Je voudrais que le mot « célibataire » arrête d’être connoté pour les femmes de « cherche Prince Charmant viiiiite ». Parce qu’on peut être célibataire, ne vouloir personne dans sa vie, être très heureuse comme ça et s’y épanouir. Donc, monsieur (forcément) des agences de voyage, de com’, ou de je ne sais quoi encore, arrête de proposer des trucs « pour célibataires » et de me faire des fausses joies à chaque fois parce que tu impliques systématiquement dans ce mot « donc on va t’aider, pauvre petite, à trouver un mec et être enfin complète et comblée ».

ON T’EMMERDE, en fait.

Si tu fais un truc pour célibataires, ben organise quelque chose qui ait de la gueule. Genre on nous laisse tranquille, chiards interdits, et si j’ai envie de m’envoyer mon voisin de transat, ben j’ai pas besoin que tu m’organises des ateliers à la con pour qu’on puisse conclure. Je suis une grande fille, merci bien, et je veux surtout pas me le coltiner jusqu’à la fin de mes jours.

Pour résumer : femme célibataire N’EST PAS SYNONYME DE femme romantique désespérée qui cherche quelqu’un.

Ouais, non mais… laissez tomber. Je crois qu’on va pas y arriver. Faut trouver un autre mot.

7. Je voudrais qu’on arrête de nous prendre pour des gamines de 8 ans quand on dit que tomber amoureuse ne nous intéresse pas et/ou que vivre en couple n’est pas fait pour nous et/ou qu’avoir des enfants n’est pas envisageable (du tout, genre jamais). On prend au sérieux et on respecte un mec qui tient ce discours, alors en quoi serait-ce différent si c’est une femme ?

Surtout quand la femme en question n’a plus 8 ans depuis une bonne vingtaine d’années, qu’elle se connaît, qu’elle est parfaitement à même de faire des choix qui la concernent, qu’elle est libre de faire ce qu’elle veut de sa vie et que, stop, oubliez tout ça, elle n’a pas besoin de se justifier, en fait. Tu respectes et c’est marre. Et tu gardes ton ton paternaliste (vaut aussi pour les meufs) pour toi, ça lui fera des vacances.

Et le premier (ou la première) qui lui parle de son horloge biologique (qui existe autant que l’instinct maternel, la preuve), je viens cordialement lui défoncer ses outils de mastication avec de vieilles tatanes qui puent.

Illustration de Clio de Frégon.

(Oh, et pendant qu’on y est, j’aimerais que les jeunes mères arrêtent de nous parler du dernier popo de leur chiard sur Facebook : ON S’EN FOUT et ça ne nous aide pas à faire avancer notre cause, hein, merci bien.)

8. J’aimerais que les livres pour enfants, les dessins animés, les publicités, les jouets et le marketing en général arrêtent de véhiculer sans cesse des stéréotypes et clichés grotesques et d’une autre époque. Qu’ils arrêtent de tout sexualiser et genrer. Cela vaut évidemment pour les petites filles comme pour les petits garçons.

9. Je voudrais un monde plus juste et plus équilibré sur cette question du genre. Il y a toutes sortes de femmes, et chacune d’entre elle mérite d’être appelée une femme, à part entière, quand bien même elle serait née homme, elle ne serait pas mère, elle serait chauffeur routier, ou amputée de ses attributs féminins après un cancer.

10. La première exoplanète qui passe (et y en aura pour tout le monde, n’allez pas me faire chier), j’y fonde une société où les hommes auront juste le droit de fermer leur gueule le temps de rééquilibrer le karma de tous ces millénaires passés à considérer les femmes comme inférieures. Une société où on n’aura plus peur de prendre un RER après la tombée de la nuit, aussi. Une société où, si un viol était commis, on ne penserait même pas à se taire. Etc etc etc.

Ouais mais non, en fait. Au fond, je n’ai pas du tout envie de traiter les hommes comme les femmes ont été – et sont toujours selon les causes et les pays – traitées. Et je l’aime bien, la Terre, et si je ne suis pas sûre qu’Elle soit récupérable avec nos conneries, je garde encore l’espoir que notre société française s’améliore.

Mais c’est pas gagné, la preuve en est de cette illustration où la femme… est à poil. Hey, pourton.info, tu te fous de la gueule de qui exactement  ?

Pourquoi est-elle à poil ? EST-CE QUE QUELQU'UN PEUT M'EXPLIQUER POURQUOI ELLE EST DESSINEE A POIL ??

Alors pour la Journée de la Femme, messieurs, c’est à vous de jouer. Ce sont vos mentalités qu’il faut changer, pour qu’enfin ce genre d’opération de matraquage qui soûle tout le monde (moi la première) n’ait plus lieu d’être.

[LIVRE/ITW] « La vie imaginaire de Lautréamont », de Camille Brunel

mars 6, 2012 dans Culture, En vrac

Camille est un pote de lycée – comme ça, c’est clair. Mon avis n’est donc pas totalement objectif, mais ce n’est pas grave puisqu’il s’agit d’un billet sur mon blog personnel et non d’un article de presse.

Pour tout vous dire, et il s’en souvient bien, j’ai été sa première fan. Il me faisait lire des pages et des pages entièrement noircies de mots, de phrases, d’intrigues qui partaient dans tous les sens – et ce n’était pas grave. Ce que j’aimais déjà, c’était son style.

Camille Brunel. Photo sombre et mystérieuse, mais il l'aime bien, alors... Savez, je suis pas contrariante, moi.

Voyez-vous, rien n’a changé, au fond. Alors bien sûr, ce style a mûri, il s’est affermi, il s’est confirmé, il s’est recentré. Mais quel talent ! Ce garçon a un truc. Ce petit quelque chose ineffable qui fait pourtant toute la saveur d’une oeuvre.

Raconter la vie, certes imaginaire, de Lautréamont n’était pas une mince affaire et en plus, pour tout vous dire, je m’en fous pas mal. Je n’ai pas lu les Chants de Maldoror et ce que j’en ai entendu ne m’a pas donné envie.

Et pourtant… Pourtant, Camille réussit à m’intéresser à un auteur obscur et à une période de l’Histoire qui m’indiffère pas mal. Mais voilà tout l’extraordinaire de ce jeune écrivain : il pourrait raconter le périple d’un pot de fleur coincé sur un balcon que ça en deviendrait du génie. Parce que son style en a déjà.

« La vie imaginaire de Lautréamont » est donc, comme son titre l’indique, une biographie fantasmée d’Isidore Ducasse. La plume de Camille fait revivre une époque, des lieux et des personnages avec une modernité déconcertante. Tour à tour conteur ou simple spectateur, il épuise sans lasser différents modes narratifs qui bousculent le lecteur sans lui faire de mal. Au-delà du roman, il se fait également scénariste et réalisateur et les pages se transforment en pellicule. Son oeil aiguisé s’attarde sur des détails ou nous livre une description en plan-séquence qui contribuent au décalage charmant qui se dégage de cette lecture. Cinéma et littérature se mêlent à l’existence somme toute banale du futur Lautréamont que Camille sublime d’un oeil aux différentes focales et de l’autre profondément humaniste.

Ce premier roman grouille de fulgurances et il ne serait pas étonnant que Camille Brunel, loin des facilités des écrivains-stars de notre société peoplisée, commence très vite à peser lourd dans le cercle restreint des grands littérateurs.

En attendant, voici son interview. Attention mesdames : en plus, il est drôle.

Camille Brunel : « C’est un livre sur le film qu’on pourrait faire à partir de Lautréamont »

Qui es-tu, Camille Brunel ?
Je suis celui qui n’est pas mort à 24 ans et doit, du coup, réessayer d’écrire. C’est assez déplaisant. J’ai encore la possibilité de tout gâcher.

Comment t’es venue l’idée de ce livre ?
Je me demandais quels livres seraient inadaptables au cinéma. J’ai pensé écrire un scénario aux Chants de Maldoror. Et puis comme je ne sais pas écrire de scénario, je me suis dit que j’allais écrire un roman. Je ne savais pas non plus comment faire, en fait. Mais au moins, j’avais un modèle : les Chants.

Quel effet ça fait d’être publié chez Gallimard pour un premier roman ?
Une fois qu’on a fait le deuil de sa grosse tête, c’est assez horrible. La marge de progrès est extrêmement restreinte, mais la marge de déchéance, elle, est immense.

Pourquoi cette photo de couverture ?
Pour beaucoup de raisons… Dont la moitié ont été trouvées a posteriori… Je voulais d’abord quelque chose d’aquatique. C’est ainsi. Mon éditeur m’a proposé un poulpe et deux méduses. J’ai eu le coup de foudre pour elles. Le fond noir connote l’écran de cinéma. L’ombre derrière elles, le relief, la perfection numérique des images. Elles ont la forme de deux cerveaux, le mien, le sien. Elles ressemblent à des soucoupes volantes : annonce des passages de science-fiction et en même temps, de mon invasion dans le champ de la critique lautréamontienne – vue par les grands fossoyeurs comme une invasion de profanateurs, crois-moi. Et puis les méduses jouent un rôle très particulier dans les Chants. Je laisse au lecteur le soin de le découvrir.

Comment s’est passé le processus d’écriture ?
J’ai écrit un chapitre au hasard, comme on écrirait une nouvelle. Il a donné le la. Puis j’ai écrit un chapitre par-ci par-là, pendant bien un an. Toujours comme on écrirait des nouvelles, sans rechercher la cohérence. Puis je me suis mis à dérusher sérieusement le bouquin de JJ Lefrère, qui m’a servi de base, de scénario au film que je me suis fait. A dérusher tout ce que je trouvais sur les années qui m’intéressaient (68, 69). Il y a bien eu un mois ou deux pendant lesquels je travaillais absolument tous les jours, tous les matins. Je terminais mes études, j’étais en année sabbatique (majoritairement aux frais de ma mère). Quand l’année s’est terminée et que je suis entré, bien malgré moi, dans le monde du travail, j’ai mis le turbo. Je me suis mis une deadline, quoi. Le 24 novembre. Et je m’y suis tenu.

Quelle a été ta méthode de travail ?
J’avais un calepin dans lequel je notais les données de base, ce que Ducasse devait avoir en tête en permanence : dates de naissance, fiche d’identité des amis, adresses, et aussi le plan des rues qu’il fréquentait, la liste des aliments qu’il mangeait, les horaires de ses cours… Tout ça. J’avais aussi une feuille de papier avec la liste des chapitres, résumés par une idée, quelques mots. Et j’avais mon fichier word, chapitré également, dans lequel je déposais régulièrement mes idées, avant de me jeter dessus comme un sauvage et d’en faire des paragraphes écrits – d’abord sporadiquement, puis plus régulièrement.

Quelle est la part de réalité biographique de Lautréamont et la partie fictionnelle qui est la tienne ?
La liste est longue de ce que j’ai emprunté aux recherches. Il suffit de lire l’excellente hagiographie de JJ Lefrère pour le savoir. Mais je n’ai inventé aucun personnage. Tous les noms sont ceux de personnes réelles. Les deux personnages que j’ai inventés, Louis Durcour et Joseph Durand, sont les deux dédicataires des Poésies dont on ne sait rien. Sinon j’ai inventé toutes les histoires de filles et le parcours au lycée (en réalité on ne sait pas du tout ce qu’il a fait pendant 1862 et 1863, c’est pourquoi j’ai pu bidouiller mon histoire d’élève qui saute la seconde avant de redoubler la Terminale). Toute la partie sur la rédaction du texte est absolument fictive. On ne sait pas avec précision quand Ducasse est arrivé à Paris. Sinon, le retour en Uruguay est réel… l’autodafé aussi… la présence de Théophile Gautier à Tarbes deux semaines avant sa rentrée des classes… Tout ce que je dis sur la vie de sa mère aussi, pures déductions, probabilités psychologiques. Le chapitre en 2008, journée vécue. Allez voir si vous ne me croyez pas, quoi.

Quelle part de toi y a-t-il dans Lautréamont ?
Je me suis énormément ennuyé en cours. Je faisais des pompes pendant la rédaction du bouquin. Je peux respirer sous l’eau. Ce genre de trucs. J’ai écrit le chapitre sur le concert de Liszt après un concert de Keith Jarrett ; celui sur la mort de Baudelaire le jour de la mort de Michael Jackson…

Quelle a été l’influence de ton ancien professeur de rhétorique (référence à nos années lycée, NDLR) sur ton envie d’être publié ?
Influence négative : il n’y croyait pas. Il me faisait des remarques sur mes textes depuis quelques années mais il ne lui serait jamais venu à l’idée une seule seconde que ceux-ci puissent être mûrs pour l’édition. Je ne pense pas qu’il en soit convaincu aujourd’hui encore. J’ai donc écrit en réaction à lui. Il a lu un ou deux chapitres, puis j’ai laissé tomber : ses critiques m’agaçaient. Son intérêt distrait pour ce que je faisais a nourri ma colère, qui est un bon carburant, même si ce n’est pas le meilleur. Du coup, je ne sais pas vraiment si je dois lui en vouloir ou non.

Pourquoi avoir choisi plusieurs modes de narration ?
Parce que Lautréamont fait pareil dans les Chants. Voir la scène du jeune homme qui se déshabille avant de se faire mordre par l’araignée, chant V. Aussi parce que je ne veux pas donner l’impression de la cohérence. La cohérence me donne des boutons. Je ne la trouve nulle part dans la vie. Je ne vois pas pourquoi je l’aurais mise dans mon bouquin.

Pourquoi avoir amené à ce point les techniques du cinéma dans le roman ?
J’aime le cinéma. Plus que tout. J’ai dû regarder cinquante fois plus de films que j’ai lu de livres. Et puis ce n’est pas un livre sur Lautréamont : c’est un livre sur le film qu’on pourrait faire à partir de Lautréamont. Je veux qu’on ait l’impression de regarder un écran. Pas des pages.

Est-ce que tu fantasmes une adaptation filmée avec des codes littéraires ?
Non ! Je fantasme une adaptation absolument fidèle de ce que j’ai écrit ! J’ai même passé commande auprès d’ILM : je veux John Knoll aux effets spéciaux !

Pourquoi avoir choisi de distiller des détails anachroniques ?
Pour ne pas que le lecteur s’imagine que je lui raconte la vérité sur Lautréamont. Mais souvent, l’anachronisme n’est pas là où on le croit. Ce qui est amusant, c’est quand je peux mettre des détails de notre époque à celle de Lautréamont, et que ceux-ci soient invisibles. Je ne suis pas le premier à trouver que notre époque déborde de points communs avec le Second Empire.

Pourquoi toutes ces ruptures ? (de point de vue, de narration, d’époque…)
Même chose qu’avec la cohérence. Et puis, si je veux que le lecteur retrouve le confort du spectateur de cinéma, je veux le choquer, le secouer. Dans l’ensemble, je trouve que les gens sont de moins en moins souvent choqués. Sincèrement choqués. Il suffit de quelques heures sur internet pour nous faire oublier qu’on souffre. C’est dire. Je veux rappeler ce qu’est l’inquiétude, la vraie inquiétude, pas celle que l’on a pour soi, même pas celle que l’on a pour les gens qu’on aime. Une inquiétude plus fondamentale, que l’on est en train de perdre parce que la technologie, les supermarchés, tout ça nous donne l’illusion qu’on va plutôt bien. Je veux choquer, secouer, décontenancer le lecteur, le sortir de ses habitudes tranquilles, l’inquiéter et, en même temps, le rassurer : s’il recommence à s’inquiéter, c’est qu’il y a de l’espoir.
Sinon, comme dit l’autre (Beckett) : c’est pour rompre la monotonie, j’imagine.

Que raconterait un roman qui s’appellerait « Vie imaginaire de Camille Brunel » ?
Sérieusement, je suis en train de l’écrire. C’est pour l’instant un cauchemar sans intérêt. J’essaie de remédier à ce dernier point.

« La vie imaginaire de Lautréamont » (Gallimard) est disponible chez tous les bons libraires et même en version numérique. Vous m’en direz des nouvelles.