[MARS ONE] Ma réponse à l’article de medium.com

mars 18, 2015 dans Mars One, Vers Mars

Vous êtes nombreux à m’avoir demandé mon avis à propos de cet article, sur Twitter, en message privé sur Facebook, ou par mail. Voici donc ma réponse :

L’ARGENT
Se porter candidat était payant, d’une part pour éviter les trolls et d’autre part parce que c’est une organisation qui a besoin d’argent. Et le montant de l’inscription était calculé en fonction du PIB de chaque pays pour que chaque candidat motivé puisse participer quand même (en France, c’était 28 dollars/23 euros si mes souvenirs sont bons). J’avais trouvé la démarche très intéressante.
Ensuite, je n’ai plus déboursé un seul centime. Il y avait bien un système de points, mais comme je n’aime pas trop ce genre de truc, je ne m’y suis pas intéressé – ce qui ne m’a pas empêchée d’atteindre l’étape de l’entretien.

Concernant l’entretien, on pouvait effectivement proposer à des journalistes de le couvrir – en accord avec Mars One, comme le prouve la capture d’écran ci-dessous.

Ensuite suivait le message pour les médias où il est effectivement question de faire une proposition de tarif pour obtenir l’exclusivité.

Je ne sais pas comment ça se passe dans les médias en France et dans les autres pays pour ce genre de chose – je crois quand même qu’en France, les journalistes ne payent pas pour une exclu ou une interview. Mais je peux me tromper. J’en sais vraiment rien. Ça peut peut-être arriver.

Toujours est-il qu’en tant que candidate je ne souhaitais pas être suivie par des journalistes lors de mon entretien, donc je ne me suis pas occupée de ça. Et ça ne me serait pas venu à l’idée de toute façon de faire payer mes interviews (sinon, je serais millionnaire à l’heure qu’il est…) et donc je n’ai pas eu de message m’indiquant de « reverser 75 % à Mars One » tel que rapporté par Joseph Roche.
Mais si on part du principe que Mars One souhaitait vendre l’exclu aux médias, il me semble assez logique que ce ne soit pas le candidat qui en récupère 100 % des bénéfices… De plus, Mars One précise qu’ils proposaient de racheter les images des journalistes pour 150 dollars les 10 secondes s’ils en avaient besoin pour leurs vidéos de communication. Je ne suis pas très au fait des tarifs qui se pratiquent, mais la démarche me paraît professionnelle (je ne compte plus tout le travail qu’on ne m’a jamais payé, ou qu’on m’a considérablement sous-payé dans ma vie professionnelle, par exemple.)

LES ÉTAPES DE SÉLECTION
Il y a d’abord eu l’inscription en ligne avec le questionnaire à remplir (ça m’a pris plus de 3 heures…) et la vidéo à faire qui demandait de se présenter, de donner les raisons de notre candidature et de montrer notre sens de l’humour.

Ensuite, 1 058 candidats ont été retenus sur 202 586. On nous a demandé de passer des tests médicaux et de renvoyer un certificat médical. Effectivement, tout ça était à notre charge. (Mais comme le reste, Mars One n’a forcé personne à s’inscrire ou à poursuivre la sélection.)

Ensuite, on a passé un entretien d’un quart d’heure sur un équivalent de Skype avec Norbert Kraft. Personnellement, j’ai eu droit à des questions techniques et poussées, que je n’ai d’ailleurs pas très bien comprises (mon vocabulaire technique dans le spatial n’était visiblement pas suffisant et c’est plutôt rassurant de voir que je n’ai pas été sélectionnée suite à cet entretien).

C’est sûr, un seul homme pour 660 entretiens de 15 minutes, ce n’est sans doute pas la meilleure manière de sélectionner de futurs astronautes. Mais une sélection classique se passe de la même manière : questionnaire en ligne, tests médicaux, entretiens… Là, c’est sûr que c’est moins organisé et moins poussé. Il faut juste espérer que les 100 candidats restants encore dans la course puisse être départagés de manière (beaucoup) plus approfondie. À suivre.

LA FAISABILITÉ DU PROJET
Je répète à l’envi depuis le début qu’un premier départ d’équipage en 2024 avec un budget de 6 milliards de dollars est impossible. Ce n’est tout simplement pas possible. Et je n’ai jamais transigé là-dessus.
Mars One avait des accords avec Lockheed Martin pour une réplique de Phoenix, avec SSTL pour des satellites de télécommunication, et avec DSP pour la série documentaire. Visiblement, ces accords n’ont pas été reconduits ou les contrats prévus n’ont pas été signés, d’après ce que j’ai pu lire ici et .
Ça semble donc être un peu au point mort.

LE TÉMOIGNAGE DE JOSEPH ROCHE
Globalement, le témoignage de Joseph Roche rapporte des faits qui sont non seulement connus depuis le départ, mais qui concernent des données publiques pour la plupart. Qu’un candidat qui se trouve impliqué dans l’aventure depuis 18 mois semble tomber des nues maintenant et découvrir l’absence de budget, le manque de moyens humains et les difficultés du projet à se monter, ça me semble un peu étrange.

Alors à mon tour, j’ai des questions : pourquoi ce candidat prend-il la parole maintenant ? Pourquoi est-ce que ça semble surprendre tant de monde, alors que tout ce qu’il rapporte était déjà connu et relayé dans la presse ? (À qui profite le crime, en gros…)

Je profite en tout cas de cette mise au point sur cet article pour remercier à nouveau tous ceux qui m’ont suivie, soutenue, critiquée de manière constructive pendant toute la durée de cette expérience. C’était dingue. Merci :-)

[MARS ONE] Est-ce que vous êtes folle ? (Are you crazy ?)

mars 23, 2014 dans Mars One, Vers Mars

« Est-ce que vous êtes folle ? » La question m’a été posée des centaines de fois. Je peux parfaitement le comprendre. Malheureusement, elle m’a trop souvent été posée de manière agressive ou méprisante. Et dans ce cas-là, ça m’énerve. Voici ma réponse aux malpoli(e)s.
« Are you crazy ? » I’ve been asked this question hundreds of times. I perfectly understand why. Unfortunately, too many people asked this with aggressiveness or contempt. I feel so upset when it happens ! Here is my answer to rude people.

La fonte des glaces a fait émerger un virus géant vieux de 30 000 ans toujours actif. Et ça ne fait que commencer.
A 30.000 years-old giant virus came back to life because of the melting of the ice caps. It is still dangerous. And it’s only a beginning.

Il n’y a jamais eu autant de CO2 dans l’atmosphère depuis 800 000 ans.
There has never been so much C02 in the atmosphere for 800.000 years.

La demande mondiale d’énergie menace les ressources en eau.
Water resources are endangered by world’s energy needs.

On est de moins en moins intelligent à force d’être exposés à des toxines.
Toxins made us less and less intelligent.

No comment.

La semaine dernière, un tiers de la France a été polluée aux particules fines pendant une semaine. Et je ne parle même pas de la Chine…
One third of France was polluted with particulate matter last week during several days. Not to mention China…

Saura-ton un jour combien de litres d’eau contaminés auront été déversés dans l’océan Pacifique depuis Fukushima ?
How much radioactive water have been thrown into the Pacific ocean ?

Il existe déjà une carte des conflits environnementaux dans le monde.
A map for environmental conflicts already exists.

Il existe un 7ème continent, constitué de 7 millions de tonnes de plastique, dans l’océan Pacifique. Un 8ème continent de plastique a ensuite été découvert dans l’Atlantique Nord.
There is a 7th continent in the Pacific ocean made of 7 millions tons of plastic. A 8th plastic continent was discovered in North Atlantic.

Une violente tempête solaire pourrait faire griller tous nos satellites.
A strong sun storm could burn out the whole fleet of our satellites.

Un astéroïde géocroiseur s’écrasera sur Terre un jour ou l’autre. Ça s’est déjà produit. Ça se reproduira. Ce n’est pas de la science-fiction. Et on n’a pas de solution pour le moment.
An asteroid will hit the Earth one day. It already happened. It will happen again. It’s not science-fiction. And there is still no solution.

La part des émissions de carbone organique en Afrique pourrait passer à 50% en 2030.
Africa is about to spew half world’s particle pollution by 2030.

« La Grande Barrière de corail a perdu plus de la moitié de ses coraux au cours des 27 dernières années sous l’effet de facteurs météorologiques (tempêtes), climatiques (réchauffement) et industriels. » Et c’est pas fini.
« The Great Barrier Reef has lost half its coral cover in the last 27 years. The loss was due to storm damage (48%), crown of thorns starfish (42%), and bleaching (10%). » And we’re not done yet

Une étude parrainée par la NASA annonce que notre civilisation industrielle va s’effondrer dans les prochaines années à cause d’une surexploitation des ressources naturelles et une distribution des richesses trop inégale.
« A new study sponsored by Nasa‘s Goddard Space Flight Center has highlighted the prospect that global industrial civilisation could collapse in coming decades due to unsustainable resource exploitation and increasingly unequal wealth distribution. »

Le champ magnétique de la Terre pourrait s’inverser dans 1500 ans. (Et ce serait très, très mauvais pour la plupart des êtres vivants.)
The magnetic field of the Earth could reverse in 1.500 years. (And it would be very, very bad news for most of the forms of life on the planet.)

La dernière bordure stable de la calotte glaciaire du Groenland fond à son tour. La hausse du niveau de la mer va augmenter plus rapidement que prévu.
« Global sea levels may rise faster than anticipated due to a rapid melting of the north-east corner of the Greenland ice sheet. »

Politiciens discutant du réchauffement climatique, de Isaac Cordal (Politicians discussing global warming, by Isaac Cordal)

Un rapport non-définitif du GIEC a fuité : la montée des eaux générera des déplacements de centaines de millions de personnes avant 2100 ; le réchauffement climatique réduira les récoltes de 2% tous les 10 ans alors que la demande augmentera de 14% tous les 10 ans jusqu’en 2050 ; les canicules, les incendies, les maladies liées à la qualité de l’eau exploseront ; ainsi que les conflits violents dus à la pauvreté et aux chocs économiques. Ce n’est que le rapport provisoire… et nos dirigeants (en Europe, en tout cas) n’en ont strictement rien à foutre.
A draft report from UN panel leaked : hundreds of millions of people will be affected by coastal flooding and displaced before 2100 ; climate change will reduce median yields by up to 2 per cent per decade for the rest of the century – against a backdrop of rising demand that is set to increase by 14 per cent per decade until 2050 ; it will lead to increases in ill-health in many regions (greater likelihood of injury, disease and death due to more intense heatwaves and fires, increased likelihood of under-nutrition, and increased risks from food and water-borne diseases) ; and so on… It’s just a draft… and our (European) politicians don’t give a shit about this. 

Je m’arrête là mais je pourrais continuer longtemps, comme ça. Il y a des exemples chaque jour. Et vous n’êtes pas curieux de savoir s’il existe une porte de sortie ?…
I stop here but I could go on and on. There are many examples every single day. So… Don’t you want to know if there is a way out ?…

EST-CE QUE VOUS ÊTES FOUS ?
ARE YOU CRAZY ?

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[HUMEUR] Lettre ouverte à Serge Brunier de Science & Vie

mars 13, 2014 dans En vrac, Mars One, Vers Mars

Cher Serge Brunier,

Alors que je m’apprêtais à me sustenter d’une pomme d’un joli rouge sans doute rendu brillant par une quantité non négligeable de pesticides (mais peu importe), que vois-je passer dans ma TL ? Ce tweet.

 

Chouette !, me dis-je, voici une auto-excuse pour perdre 5 minutes de plus avant de me remettre au travail. Je clique, je scrontche-scrontche une première fois dans le premier quartier de ma pomme (Ariane, mes préférées, et en plus elles sont françaises donc à peu près écolo-économico-friendly et elles portent le nom d’une célèbre fusée que vous connaissez bien) et j’entame la lecture de votre article billet.

Dès le titre, le ton étant donné, j’avais bien compris que vous ne seriez pas tendre, et j’aime plutôt ça – non par pur masochisme, mais parce que voyez-vous, quand je m’intéresse à quelque chose (là en plus je suis personnellement impliquée, mais j’y reviendrai), j’aime bien prendre tous les avis, mêmes les plus extrêmes, mêmes les plus désagréables, parce que je trouve ça enrichissant et instructif d’écouter tout le monde.

Avant même de commencer ma lecture, il faut bien vous avouer que mon coléromètre a grimpé subitement de 2-3 crans en voyant ça :

Décidément, c’est une obsession, chez vous. Mon obsession à moi, voyez-vous, c’est de rayer cette expression du vocabulaire (hors contexte historique, vous avez 39 ans de retard, nom de nom !!) parce qu’elle n’a plus aucun sens aujourd’hui. Il me semblait pourtant avoir été claire dans mon billet défendant l’utilisation de « exploration spatiale », écrit d’ailleurs suite à la lecture de votre hors-série sur Mars.

Car même si l’on met de côté les considérations éthiques et philosophiques, ainsi que ma faiblesse de croire que le choix des mots utilisés a son importance (« vile gredine », c’est quand même pas la même chose que « sale pute », j’imagine que vous serez d’accord avec moi sur ce coup-là), l’expression « conquête spatiale » n’est plus utilisée nulle part, jamais, par personne (hors contexte historique) depuis 1975, les agences spatiales les premières (vous pourrez vous référer à mon billet sus-cité, il y a les preuves et les sources). J’estime donc que c’est un devoir en tant que journaliste scientifique de privilégier l’expression « exploration spatiale ». Même quand on parle de Mars One, eh oui, croyez bien que j’ai corrigé un par un les douze millions de journalistes qui m’ont interviewée sur ce sujet.

Mais vous n’êtes sans doute pas responsable du titrage du site de Science & Vie. Passons donc.

Après un scrontch-scrontch n’annonçant rien de bon pour la détente de ma mâchoire et mon coléromètre vaguement redescendu, j’attaque donc la lecture de votre texte. Pfou… Moi personnellement, quand un mot sur deux est un adjectif qualificatif, je me dis que l’auteur a besoin de méchamment trouver une combine pour grappiller sur le nombre de signes qu’on lui a demandé parce qu’il n’a pas forcément de fond à fournir – du coup, rattrapons-nous sur la forme.

Mais bon. Je suis sans doute mauvaise langue, donc j’évacue cette vilaine mauvaise foi et continue à vous donner votre chance.

Ah !! Nous y voilà !! Vous atteignez le point « MER IL ET FOU » à la septième ligne avec un tendre « gogos« . Décevant tellement c’était attendu – mais c’était peut-être votre premier papier sur le sujet, alors bon, admettons, je laisse passer dans un sourire – d’autant plus que ma précieuse Ariane s’avère juteuse à souhait.

Oui, sauf que 5 lignes plus tard, c’est bien à cause de ce jus avalé de travers que je manque de m’étouffer.

« (…) l’idée de projeter dans l’espace les pires miasmes de la société humaine contemporaine (…)« 

Pardon mais… vous êtes sérieux ?

Ah oui, nous y voilà. Je SUIS un de ces « pires miasmes ». Et manque de bol, je suis aussi une fidèle lectrice de Science & Vie depuis fort, fort longtemps (et bizarrement, je suis pas sûre que ça dure encore, du coup).

Que vous critiquiez, cher Serge Brunier, l’association Mars One/Uwingu (qui m’attriste et que je déplore aussi), c’est une chose et c’est très bien. Que vous insultiez vos lecteurs en passant (qui ne sont d’ailleurs pour rien dans l’opération), là ça m’embête un peu plus.

Je continue ma lecture.

Ah, un point « conquête spatiale ». Là, plus d’excuses, c’est bien vous qui l’avez écrit. Soupir. Je passe. Mais plus loin, vous insistez sur ces crétins de candidats qui, décidément, sont des gens forcément complètement débiles et écervelés : « (…) probablement peu au fait de l’état de l’art en matière spatiale (…)« .

Dommage pour vous, il y a parmi les candidats des personnes qui travaillent à la NASA (dont un qui y a passé une grande partie de sa carrière), des ingénieurs au CNRS, des médecins responsables des vols paraboliques et des chroniqueuses scientifiques à France Inter spécialisées dans le spatial et les sciences de l’Univers.

Survolez mon blog. Ecoutez mes podcasts et mes chroniques. Et venez me dire en face que je suis « peu au fait de l’état de l’art en matière spatiale ».

Oui, en face, j’y tiens. Wikipédia m’indique que vous chroniquez sur France Info. Mais alors nous sommes confrères ! Pardon, hein, de vous mettre dans la même catégorie qu’une « gogo », mais si vous passez par la Maison de la Radio ces prochains jours, n’hésitez pas à me faire signe (enfin, avant quand même, parce que j’y suis pas tout le temps).

Le projet Mars One est critiquable. On peut se poser des questions sur la santé mentale des candidats. Mais qu’on méprise aussi ouvertement des personnes dont le seul crime est de rêver, je ne suis pas sûre que ce soit constructif, non.

J’ai eu de longues discussions avec Romain Charles, avec Francis Rocard, avec Philippe Henarejos, avec Michel Tognini, avec Neil deGrasse Tyson (j’en passe et des meilleurs). Je ne vous fais pas l’affront de vous rappeler qui sont ces messieurs (et puisque vous faites de l’adjectif-dropping, je n’ai aucun scrupule à faire du name-dropping, na).
Et chacun d’entre eux, du plus sceptique et réfractaire au plus ouvert, a eu au moins la décence et le respect d’écouter ce que j’avais à dire de mon côté.

Alors la prochaine fois que vous souhaitez insulter les candidats à Mars One – très bien ! vous en avez le droit. Mais ce serait pas mal de le faire en toute connaissance de cause et de vous renseigner avant sur ces personnes et leurs motivations.

Je me tiens à votre disposition si vous souhaitez corriger le tir. Ça me ferait vraiment plaisir de vous rencontrer, je suis sûre que vu votre parcours, j’aurai beaucoup à apprendre de vous. Il y a mon mail dans la rubrique « Contact » de ce blog, n’hésitez pas.

Oh, et en tant que candidate à Mars One, j’ai dû faire un check-up médical complet pour pouvoir poursuivre les étapes de sélection. Si je reste toujours un « miasme », je peux vous garantir, preuves à l’appui, que je n’en aurai aucun à vous refiler.
Et bien que je sois particulièrement raide en ce moment (aaaah, ces vils intermittents qui s’enrichissent en n’en foutant pas une…), je tiens à vous l’offrir, ce café.

Spatialement vôtre,

Florence Porcel 

[MARS ONE] 5 questions débiles à propos de Mars One (5 dumb questions about Mars One)

novembre 15, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Non, ne commencez pas à me troller, il ne s’agit ni de « Est-ce bien sérieux tout ça ? » et encore moins de « Tu veux vraiment y aller ? ». Les réponses sont oui. Bien. Voici maintenant mes 5 questions débiles…
Don’t even think about trolling me, it is not about « Are they serious ? » and even less about « Do you really want to go ? » : both answers are yes. Ok. Now, here are my 5 dumb questions…

1 – Est-ce possible de construire une horloge de 24 heures et 39 minutes ?
1 – Is it possible to build a clock for 24 hours et 39 minutes ?

Quand on n’a que des heures pleines dans une journée, c’est quand même bien commode pour les horloges avec des aiguilles. Comme si on avait fait exprès, dis donc. Nul doute que si nous étions apparus sur Mars, on se serait arrangés avec la longueur d’une minute ou le nombre de minutes dans une heure pour que ça fasse des tours complets entiers à la fin d’une journée.
When there are only full hours in one day, it is easier for clocks with hands – as if we made it in purpose. There is no doubt that if we were from Mars, we would have extended the lenght of one minute or the number of minutes in one hour to get a full perimeter at the end of one day.

Mais nous venons de la Terre et nous avons calqué sur Mars notre propre temporalité. Le jour martien ne fait donc pas un jour martien mais un virgule quelques poussières de jours terriens. Ça fonctionne très bien pour l’instant puisqu’aucun être humain muni d’une horloge ne vit sur place, et ça ne semble pas gêner les scientifiques qui travaillent avec Curiosity à l’heure martienne qui se décalent donc de 39 minutes tous les jours terrestres.
But we are from Earth and we put on Mars our own model of time. One day on Mars is not one day on Mars but one point or so day on Earth. It works well for the moment as no human beings with a clock with hands lives there, and it doesn’t seem to bother the scientists who work with Curiosity in a Martian time even though they move forward 39 minutes each day on Earth.

Mais quand on sera là-bas, ce sera pour nous y installer. Et au-delà de la question curieuse de l’aiguille qui devra ignorer 21 minutes de la 24ème heure de notre journée, se posera la question du temps martien pour nous, habitants de Mars. Nous ne serons plus jamais Terriens et ça n’aura pas vraiment de sens de continuer à nous calquer sur une temporalité extérieure à notre nouvelle planète : quand on change de pays, on s’adapte au fuseau horaire dans lequel se trouve ce pays, on ne reste pas éternellement à l’heure de notre pays d’origine.
But when we are there, we will settle down et never go back. Even if the hand of a clock ignoring 21 minutes each 24th hour of our day is dumb and funny, the Martian time will become real grounds for thought as we will become settlers of Mars. We will never be earthlings anymore and it won’t make any sense to go on using an external temporality : when people move in another country, they get used to the new country’s time zone, they don’t keep their country of origin’s time zone forever.

Il y aura donc 3 solutions. La première, c’est de changer la durée de la seconde – mais si on veut continuer à communiquer correctement, je crois qu’il faut quand même garder des bases communes, d’autant plus que toute la technologie est basée sur cette valeur et que le temps, c’est de l’espace (évitons les déconvenues martiennes passées à base de malentendu système métrique/système impérial).
There will be 3 solutions. The first one is to change the length of one second – but we want to communicate easily, it would be safer to keep shared basis for all our technology is based on this value. And time is space – let’s avoid this old martian mistake about a misunderstanding between miles and kilometers…

La deuxième solution serait de partager équitablement les 39 minutes de trop dans les 24 heures que durent une journée terrestre pour que le compte soit bon. Oui mais voilà, il ne faut pas être Einstein pour voir que comme ça, ça ne va pas donner des chiffres ronds, et donc que ça ne fonctionnera pas. Donc on oublie.
Second solution : the 39 minutes left are shared into the 24 hours of the earthly day. But I don’t have to be Einstein to see that it won’t match at all. So let’s forget it.

La troisième solution sera d’adapter le temps à la planète et non pas de faire entrer la planète de force dans une temporalité préexistante – tout en gardant la seconde comme base. Il faudra que ça se prépare en amont, bien avant le départ du premier équipage, pour nous habituer à l’utiliser et pour organiser les futures journées et notre futur rythme. Ça me semble important autant d’un point de vue physiologique que psychologique.
Third solution : time would be adapted to the planet. We won’t try to put the planet into a temporality which already exists – but we will keep the second as a basis. It will have to be prepared long before the first crew leaves : we will need to get used to it and to schedule our future days and our future rhythm. It seems important to me from physiological and psychological points of view.

2 – Quand on étudiera la Terre, est-ce qu’on fera des exosciences ?
2 – When we study Earth, will we do exoscience ?

Certes, une exoplanète est une planète hors du système solaire. Mais il y a bien des exobiologistes qui travaillent sur Titan… Alors ? :p
Even though exoplanets are planets from another solar system than ours, there are some exobiologists who work on Titan… What do you think, then ? :p

3 – L’étoile polaire indiquera-t-elle le nord martien ?
3 – Will the polar star point out the Martian north ?

Les constellations ne devraient pas être différentes : déménager de la Terre à Mars n’est qu’un nano-saut de puce à l’échelle des distances des étoiles que l’on peut voir à l’oeil nu. Elles ne bougeront donc pas et on pourra donc se fier aux cartes du ciel terriennes, même anciennes (ce qui est un peu magique, quand on y pense).
Constellations shouldn’t be different : moving from Earth to Mars is only a nano-short hop at the scale of distances between stars we can see with naked eyes. They won’t move and we will be able to refer to sky maps from Earth, even if they are old (which is kind of magical if we think about it).

Mais si l’étoile Alpha Ursae Minoris est notre étoile polaire sur Terre, qui nous indique donc le Nord en toutes circonstances, aura-t-elle également le même rôle sur Mars ? Car si elle sera au même endroit dans le ciel, c’est l’inclinaison de la planète qui entre en compte dans ce cas-là…
But if Alpha Ursae Minoris is our polar star on Earth, which always points out to the north, will it be the polar star on Mars ? Even though it will stand at the same place in the sky, it’s the inclination of the planet which is important in that case…

Heureusement que Wikipédia m’indique que Sadr et Deneb devraient nous permettre de nous retrouver si on ne retrouve plus notre chemin jusqu’à nos bases.
Hopefully, Wikipedia just told me that Sadr and Deneb would indicate the Martian north if we are lost far away from our basement…

4 – Je voudrais savoir à quoi ressemble un son émis dans l’atmosphère martienne. Est-ce que ce sera possible ?
4 – I would like to know how a sound will sound like in the Martian atmosphere. Is it possible ?

On ne pourra pas être dehors sans combinaison spatiale. Mais j’aimerais beaucoup savoir comment un éventuel être humain adapté à Mars entendrait les sons dans cette atmosphère. Il faudrait sans doute sortir un haut-parleur et un enregistreur : diffuser une chanson et enregistrer ce que ça donne. Mais la technique rendra-t-elle de manière fidèle ce qu’entendrait une oreille humaine sans casque protecteur ?

There’s no way we go out without space suits. But I would really like to know how a human being adapted to Mars would hear sounds in this atmosphere. Maybe we would put a loudspeaker and a recorder outside, broadcast a song and record it. But will what we will hear from this recording be faithful to what could be heard outside without a helmet ?…

5 – De combien grandira-t-on en dix ans ?
5 – How taller will we get in ten years ?

L’apesanteur fait grandir : ça paraît logique puisqu’aucune force de gravité ne pèse sur nos épaules – les vertèbres se relâchent et se dilatent. Des astronautes sont revenus de leur séjour de 6 mois dans l’ISS en augmentant leur taille de 3% ! (Oui, ben si ça m’arrivait, je dépasserais le mètre 60, CE QUI N’EST PAS RIEN à mon échelle. Bien.) Évidemment, la gravité terrestre finit par les leur reprendre.
Astronauts get taller in microgravity : it sounds logical as far as no gravity force weighs on their shoulders – the vertebra expands and relaxes. When astronauts come back from 6 months in the ISS, they are 3% taller ! (If it happened to me, I would be over 1.6 meters, WHICH WOULD MEAN A LOT to me.) Obviously, terrestrial gravity cancels those few centimeters in a couple of months. 

Sur Mars, la gravité n’est pas de zéro comme dans l’espace mais elle est environ divisée par trois. Nous grandirons donc automatiquement, moins vite que dans l’espace, mais on grandira quand même. Mais à quel moment s’arrêtera-t-on de grandir ? Quel pourcentage de notre taille de base aurons-nous gagné ? Cela affectera uniquement notre colonne vertébrale ou bien d’autres parties de notre corps ? En tout cas, même si je ne prends que 3 centimètres, ce sera un petit pas pour l’Humanité, mais un grand pas pour moi.
On Mars, there is no zero gravity like in space, there is one-third of gravity. So, we will get taller, less quickly than in space, but we will. But when will we stop getting taller ? Which percentage of our normal height will we gain ? Will it affect only our vertebra or will other parts of our bodies be concerned ? Anyway, even if I take only 3 centimeters, it will be one small step for mankind, but one giant leap for me.

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Mon interview pour Civilisation 2.0
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[MARS ONE] Téléréalité ou réalité à la télé ? (Reality show or reality on TV?)

septembre 3, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Parmi les blocages épidermiques (et bien naturels) auxquels les candidats à Mars One font face concernant les gens à qui ils expliquent le projet, il y a donc le côté définitif du voyage, la mort inévitable… et le fait que le business model va se baser en grande partie sur la téléréalité. 

When applicants for Mars One talk about this project to other people, they face three visceral (and natural) mental block : permanent settlement, unavoidable death, and a business model based on reality show. 

Mais de quoi parle-t-on, exactement ? Et si on allait réfléchir un peu plus loin que le bout de son nez au lieu de se fermer complètement et sans autre forme de procès face au mot de l’horreur et de la honte, mmh ? Et surtout… si on s’informait ? Hein !… Voilà qui serait une bonne idée pour savoir de quoi il retourne exactement avant de s’engouffrer à vitesse-lumière sur l’autoroute cosmique du préjugé ! Bien.

What are we exactly talking about ? What about thinking about it instead of putting the blame on the this shameful and dreadful word ? What about inquiring about this ? That would be a great idea before you go and drive on the cosmic road of prejudice at the speed of light…

Donc… Quand on se rend sur la FAQ du site de Mars One et que l’on clique sur la question « Quel est le business model de Mars One ?« , après une petite phrase d’introduction où il est rappelé que le but est de poser des humains sur Mars en 2023 et que Mars One est une fondation à but non-lucratif, voici ce qui est dit d’entrée de jeu : « Quand Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont atterri sur la Lune, le monde entier a regardé. » OUH LA LA MON DIEU LE MONDE ENTIER A REGARDÉ DE LA RÉALITÉ À LA TÉLÉ, QUELLE HORREUR !!! (Oui. Je suis taquine, aujourd’hui.)

So… If you go on Mars One’s FAQ and then on « What is the Mars One business model ?« , you will find a short reminder about the goal of landing humans on Mars in 2023 and the fact that Mars One is a non-for-profit foundation. Then, here is what is written : « When Neil Armstrong and Buzz Aldrin landed on the Moon, the whole world watched. » OH MY GOD, THE WHOLE WORLD WATCHED REALITY ON TV, SO SHOCKING !!! (Yeah, well… I’m a little bit teasing, today.) 

Leur deuxième exemple, sur lequel ils se basent grâce à une rétrospective historique chiffrée ? Les Jeux Olympiques. Là encore, on est en pleine indécence, vulgarité, et atteinte à la dignité humaine.
Bon, d’accord, j’arrête mes sarcasmes.
Tout le quiproquo est évidemment dans le vocabulaire. C’est le mot « réalité » qui revêt une tout autre définition dès lors que ça concerne un programme télévisé. Quand on entend  »téléréalité », on pense évidemment au pire de ce que la télévision peut produire en terme de programme. Le problème, c’est que ce qui est montré dans ces émissions pointées du doigt n’a de « réel » que le nom.

The second example they use on the website with a historical and cost retrospective is : Olympic Games. Once again, this is obscene, rude and it leads to offenses against the integrity of persons.
Alright, alright, I’m done with sarcasm.
You got it : there’s a misunderstanding with the word « reality ». As far as TV is concerned, « reality » doesn’t mean « reality » anymore. When you hear about « reality show », you obviously think about those dreadful programs which are the worst shows ever. But the problem is that the reality shown in those shows is not real

En gros, la « téléréalité » propose des émissions dont le décor, les protagonistes, le scénario, les étapes et la durée sont choisis, créés de toute pièce, construits, décidés, et scénarisés en amont. La téléréalité propose une « réalité » qui n’a pas d’existence hors de la télévision. Un alunissage ou des Jeux Olympiques, par contre, ont une réalité intrinsèque : ils existent en dehors du prisme audiovisuel. Même si l’évènement n’était pas filmé, retransmis et regardé, il aurait lieu. Voilà toute la différence.

To put it in a nutshell, reality shows present a reality where the set, the people, the script, the steps and the time are chosen, created, built, decided, and written before it happens. Reality shows present a « reality » which does not have any existence outside television. People landing on the Moon or Olympic Games do have an inherent reality : they happen outside television. Even though these events were not captured, broadcast and watched, they would happen. Here is the difference. 

Vous allez me dire… Oui, d’accord, mais Mars One n’existera que si c’est une émission de téléréalité puisqu’une grosse partie du business model viendra de l’argent gagné grâce à ça. Certes. Mais justement : ce sera une grosse partie des moyens mis dans le projet, mais ce ne sera pas la seule. Mars One existe déjà : c’est une fondation qui a une existence juridique, qui embauche des employés, qui a déjà des fonds, des sponsors et des partenaires. La téléréalité n’est pas une fin, mais un moyen.

Maybe you’ll tell me : yeah, well, but Mars One will exist only if it becomes a reality show because of their business model based for the most part of the money they would earn with. You’re right. But that’s the point : it will be the most part of the money, but it won’t be the only one. Mars One already exists : it’s a foundation with a legal status, which has employees, some funds, some investors and some partners. The reality show is not an end : it is a means. 

Regarder un lancement de fusée, suivre une sortie d’astronautes dans l’espace, participer à un Hangout avec l’ISS, assister à une cérémonie de passation de commandement de la station spatiale… Il y a quasiment tous les jours quelque chose à voir en direct de l’espace. Et quand ce n’est pas du direct, ce sont les astronautes qui nous envoient des vidéos pour présenter une expérience scientifique, qui nous expliquent comme ça se passe quand on pleure dans l’espace, qui nous partage leurs exercices d’entraînement, qui tweetent des sensations, des informations, des photos… Mars One n’inventera rien. Absolument rien. Cette « vraie réalité » regardée par des millions de gens, elle existe déjà.

We can watch a rocket launch, we can follow astronauts when they walk in space, we can take part in a Hangout with the ISS, we can watch the ceremony of a new commander in the space station… They are almost everyday something to watch in live from space. And when it’s not in live, astronauts send us some videos to explain a scientific experiment, show what it looks like to cry in space, share their training, tweet their feelings, some informations or pictures… Mars One will not be the first one to do this kind of thing. This « true reality » watched by millions of people still exists.

La « téléréalité » de Mars One se rapprochera bien plus du documentaire en continu que de Loft Story. On y verra les candidats sélectionnés s’entraîner, être formés, apprendre… Bien sûr qu’il y aura un peu de mise en scène, comme tout ce qui est médiatisé. Mais imaginez… On pourra assister à des cours ou des entraînements de premiers secours, de botanique, de physique, de pilotage… On verra les équipes se former, les entraînements se succéder, les expériences scientifiques se préparer… Sans compter que les protagonistes seront des personnes instruites, cultivées et intelligentes. Et les enfants dans les écoles inscriront « géologue », « astronaute », « pilote », « médecin » ou « botaniste » quand on leur demandera ce qu’ils veulent faire plus tard – finis les « star » et « célèbre ».

Mars One’s « reality show » will look more like an uninterrupted documentary than Big Brother. We will see the candidates being trained, educated, formed… Of course, there will be quite a bit of a storyline, like in every TV program. But think about it… We will be able to watch trainings, or first aid / botany / physics / flying classes… We will see the teams taking shape, the trainings going on and on, the scientific experiment being prepared… And children in schools will write « geologist », « astronaut », « pilot », « doctor » or « botanist » instead of « star » or « famous » when they are asked what they want to be. 

Si la chaîne « Mars One » peut apporter la connaissance, si elle peut aiguiser la curiosité, si elle donne envie d’en savoir plus… Alors non seulement ce n’est pas un problème que ce projet soit aussi un programme télé, mais je dirais qu’en plus ce sera d’utilité publique. Sans compter le fait que ce sera international et universel, et que ça donnera un point commun à tous, sans exception, les habitants de la planète. Participer à une aventure historique, la suivre au jour le jour… Mars One réussira peut-être à apaiser les relations entre personnes et – rêvons un peu – entre nations. Pour qu’enfin les happy ends vus à la télé deviennent réalité ?

If the Mars One Channel can bring knowledge, if it can whet the curiosity, if it makes people want to know more… It won’ be a problem if this project is also a show – I would say that it would be recognized as promoting the public interest. Also, it will be international and universal and it will give a point of mutual interest to all, no exception, all inhabitants of this planet. We will all take part to a historical adventure, day by day… Mars One may succeed in pacifying relationships between people and – I have a dream… – between nations. To make happy ends seen on TV a reality ?… 

***

Retrouvez-moi dans « La tête au carré » sur France Inter, les lundis et jeudi à partir de 14h ! (Mon intervention commence aux alentours de 14h45.)

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Ma candidature en ligne ! (I applied for Mars One !)
Mon interview pour Civilisation 2.0

***

Je vous conseille vivement « Les enfants de Mars » de Gregory Benford. Ça ressemble beaucoup à ce que Mars One veut mettre en place, à la seule différence près que dans le roman, il y a un voyage retour… Mais je parierais que Bas Lansdorp, le créateur de Mars One, l’a lu… En tout cas, c’est un très bon roman de science-fiction ! :-)

[MARS ONE] Ma candidature en ligne ! (I applied for Mars One !)

août 24, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Et voilà.

Je suis officiellement candidate pour le projet Mars One : ma contribution est désormais en ligne. Vous pouvez la voir ici et même mettre une ou plusieurs étoiles (à droite de la vidéo). Ça me fera plaisir mais ça n’ira pas au-delà puisque ça n’aura aucune influence sur le choix des candidats retenus pour le deuxième tour.

This is it.

I am officially candidate for Mars One project : my contribution is now online. Yan can see it right here et even rate it if you want to (on the right of the video). I will be grateful if you do but it’s not necessary to be chosen for the second round of the selection.

 

« Salut ! Ça, c’est moi. Et ça, c’est mon chez-moi. Et ça c’est… mon autre chez-moi. Et quand mon corps est au repos, mon cerveau prend le relais ! Je vais co-organiser le premier Science Hack Day français et j’ai même interviewé sa fondatrice, Ariel Waldman, pour une émission de télévision française pour laquelle j’ai travaillé l’année dernière pendant la semaine. Et pendant mes week-ends, je faisais un podcast vidéo sur l’espace qui était le premier de sa catégorie sur l’iTunes français, devant la NASA. Maintenant, je parle d’astronomie et d’exploration spatiale dans une émission de radio scientifique connue. Quoi d’autre ? Je suis souvent invitée par les agences spatiales européenne et française à de multiples évènements. Par exemple, j’étais à Toulouse quand Curiosity a atterri sur Mars l’année dernière en tant que Mars. Oui, parce qu’en fait j’ai créé tout l’Univers sur Twitter. Et bien sûr, j’ai déjà rencontré de vrais astronautes, j’ai reçu un tweet de l’espace, et j’adore vivre sans gravité. Je veux aller sur Mars, donc je m’entraîne déjà pour ça : botanique, géologie, mathématiques, et pilotage. Je pense beaucoup à ce projet et je partage ces réflexions sur mon blog. Donc s’il vous plaît… J’en ai marre de rêver sur ma moquette. Envoyez-moi sur une vraie planète rouge. »

« Hi ! Here I am ! And this, is my home. And this… is, well… my other home… And when my body’s off, my brain is on ! I will co-organize the first French Science Hack Day and actually, I interviewed its founder, Ariel Waldman, for a French TV-show where I worked last season during the week. And during my week-ends, I made a video podcast about space which was the first of its category on the French iTunes, before the NASA. Now, I talk about astronomy and space exploration in a famous scientific radio show. What else ? Well, I’m often invited by the French and European space agencies to multiple events : for instance, I was in Toulouse when Curiosity landed on Mars last year – as Mars. Yeah, actually I created the whole universe on Twitter. And, of course, I already met real astronauts, I received a tweet from space and I love to behave with no gravity. I want to go to Mars. So, I’m already training for this : botany ; geology ; mathematics, and flying. And of course, I’m thinking a lot about this project and I share these thoughts on my blog. So, please… I’m fed up with dreaming on my carpet… Send me to a real red planet. »

Merci à / Thanks to :
- mes parents qui m’ont prêté leur jardin
- le centre Healthcity de Boulogne-Billancourt et notamment Noémie
- Axe pour cette incroyable combinaison spatiale

Retrouvez-moi à partir du lundi 26 août dans « La tête au carré » sur France Inter, les lundis et jeudi à partir de 14h ! (Mon intervention commence aux alentours de 14h45.)

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Du recul pour penser l’humain (A global view to think about what being human means)

[MARS ONE] Du recul pour penser l’humain (A global view to think about what being human means)

août 23, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Dans tous les essais scientifiques que j’ai pu lire, une information m’a particulièrement frappée et ne cesse de me hanter : les chercheurs qui étudient l’Univers sont les seuls à ne pas pouvoir sortir de l’objet qu’ils étudient – ils sont enfermés dedans. Nous, humains de la planète Terre, essayons de comprendre et de connaître un objet dont nous faisons partie. Comme si une cellule de notre foie, qui serait subitement douée d’intelligence, voulait savoir ce qu’est un corps humain. Elle comprendrait certainement les organes, le sang, le système nerveux ; mais réussirait-elle à avoir une idée de la forme de ce corps, de la complexité de son fonctionnement ? comprendrait-elle l’interaction de tous ses éléments ? arriverait-elle à saisir qu’il est vivant, conscient, intelligent ?…

In all the scientific books that I read, one information grabbed my attention. I can’t stop thinking about it since then : researchers studying the Universe are the only researchers who just can’t go out of the object they study – they are trapped inside. We, humans of planet Earth, try to understand and to know an object we are part of. As if a liver’s cell which would suddenly became intelligent would like to know what a human body is. It would certainly understand organs, blood, nervous system ; but would it succeed to imagine this body’s shape, the complexity of how it works ? would it understand the interaction between all its constitutents ? would it succeed to get that it is alive, conscious and intelligent ?…

J’étais jeune adolescente. J’avais bien du mal à savoir qui j’étais et je me suis rendue compte que ce qui était vrai pour les cosmologistes était vrai pour moi aussi. Mon image sur une photo était à des années-lumière de ce que je voyais dans le miroir, ma voix enregistrée semblait celle d’une étrangère par rapport à ce que j’entendais de l’intérieur, et quand on décrivait ma personnalité, je n’arrivais pas à croire qu’on pouvait autant se tromper sur mon compte. Alors… qui avait raison ? Qui savait qui j’étais réellement ? La réalité était-elle dans mon miroir ou en dehors ? On se trouve souvent trop ceci ou trop cela, un défaut invisible pour les autres devient invivable pour soi… La réalité était sans doute en dehors. Nul n’est prophète en son pays…

When I was a teenage girl, it was not easy for me to know who I was and I realised that what was true for cosmologists was true for me too. A picture of myself seemed so far away from what I saw in a mirror ; my recorded voice sounded like a stranger compared to what I heard from the inside ; and when someone described my personality, I just couldn’t believe how much somenone could be so much wrong. So… Who was right ? Who knew who I really was ? Was reality in my mirror or outside ? We always think we are too much this or not enough that… An unbearable defect for someone is often an invisible one for others… Reality came perhaps from the outside. No man is a prophet in his own country… 

Il serait bien sûr idiot de faire un parallèle avec l’Univers. Tout ça recourt de la psychologie et ça n’aurait aucun sens d’en attribuer une au cosmos. Mais dernièrement, quand j’ai travaillé sur une nouvelle pour un concours dont le thème était l’Homme augmenté, je me suis longuement posé la question de savoir ce qu’était qu’être humain. Et j’ai repensé à ma réflexion de jeune adolescente : peut-on réellement savoir qui nous sommes en tant qu’espèce si nous en faisons nous-même partie ?… Je pense que non. On peut s’approcher de la réalité mais elle ne sera jamais complète sans un regard extérieur et neutre. Alors pour savoir qui nous sommes, nous devrions demander l’avis des fourmis, des petits chats mignons ou des tourterelles… Malheureusement, ce n’est pas possible. Reste la possibilité d’une civilisation extraterrestre intelligente et consciente. Mais nous ne l’avons pas trouvée (et vice-versa)…

Comparing my own feeling with the Universe would be stupid : that’s psychology, and it wouldn’t have any sense to say that the cosmos had one. But I worked lately on a short story for a competition whose subject was transhumanism. I had to think about what it means to be human, and I remembered my teenage’s thoughts. Can we know who we are as a specie if we are part of it ? I think we can’t. We can go close to reality but it will never be completed without someone else who would be neutral. To know who we are, we should ask ants, cute kitties or turtledoves – but they can’t do such a thing. A conscious and intelligent alien civilization could help us – but we didn’t find it (and vice versa)… 

Quand on veut faire le point ou se ressourcer, se retrouver, souvent on… change de lieu. Comme si changer de position dans l’espace permettait de mieux appréhender sa propre personnalité et son propre ressenti. Cela s’appelle prendre du recul, et il est toujours nécessaire pour avoir une vue d’ensemble d’une situation, pour mieux la comprendre et la connaître. Et j’ose à peine imaginer ce qu’ont dû ressentir les astronautes d’Apollo 11 quand ils se sont retournés pour la première fois vers leur planète d’origine qu’ils ont vue en entier. Ni quand ils l’ont observée depuis le sol lunaire. Et les astronautes actuels reviennent tous de l’espace en avouant que ça les avait changé en tant qu’individu et en tant qu’être humain, et même au-delà de ça, avec une prise de conscience d’être Terrien. Un point bleu pâle…

When you want to make an analysis of your situation, to revitalize yourself or to detach yourself, you often… go – as if being somewhere else could help with your feelings. This is called « taking a global view », and it is necessary to know and understand a situation. I can barely imagine what Apollo 11′s astronauts felt when they saw their whole planet of origin for the very first time and when they observed it from the lunar ground. And today’s astronauts all come back from space saying that they are different now, as a person and as a human being, and even further… as an earthling. A pale blue dot…

Savoir qui nous sommes. L’un des plus grands mystères de l’humanité. Si aucun regard extérieur n’intervient, nous ne le saurons sans doute jamais.
Mais… Mais Mars One compte envoyer des femmes et des hommes sur une autre planète pour s’y installer définitivement. Si ces personnes resteront humaines, ils deviendront plus Martiens que Terriens. Et alors, ils auront tout le recul et le temps nécessaires pour mieux comprendre et mieux connaître ce que c’est qu’être humain.

We want to know who we are, and that’s one of the biggest mystery of humanity. But if no one neutral and far away helps, then we would never know who we truly are.
Though… Though Mars One project wants to send women and men on another planet to settle there. If these persons will remain humans, they will become more Martians than earthlings. Then, they will be taking enough global views and enough time to better understand and better know what it is to be a human being. 

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août 13, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Quand j’annonce à une personne ma candidature pour le projet Mars One qui prévoit d’envoyer des êtres humains sur Mars sans billet retour, la réaction est toujours – ça mériterait une analyse sociologique – la même.
L’AUTRE, horrifié(e) – Mais… Tu vas mourir !!!
MOI – Oui. Mais toi aussi.
L’AUTRE, cramoisi(e) – …

When I tell someone that I want to be part of the one-way Mars One project, the response is always the same (it would deserve a sociological analysis).
THE OTHER ONE, horrified – You are going to die !!!
ME – I will. But, well… you are going to die too.
THE OTHER ONE, chagrined – …

Mon premier réflexe est donc : et alors ? On mourra tous. A un endroit et à un moment précis, et d’une certaine manière. Tous. Ici ou là-bas. Alors si on me donne la chance d’aller mourir là-bas, moi dont le rêve le plus fort est d’aller visiter d’autres mondes, pourquoi choisirais-je de mourir ici ?

First, I want to answer that person : so what ? All of us are going to die, whatever the place, the moment and the way. All of us, here or up there. So, if the chance to go dying up there is given to me whose strongest dream is to visit other worlds, why exactly would I choose to die here ?

Il se trouve que mon histoire m’a amenée à tutoyer la mort à plusieurs reprises. Au-delà du fait que je sais donc que je peux et que je sais survivre, ce qui me donne une force immense, je n’oublie pas une seule minute que je vais mourir. Je le sais comme le savent ceux qui ont failli perdre la vie. Et donc j’ai peur, oui, bien entendu. Je crois que tout le monde a peur de mourir – à part ceux qui ne souhaitent plus continuer l’aventure et qui partent d’eux-mêmes. Mais une fois encore : mourir ici ou mourir là-bas… Et alors ? On aura tous la même fin. Mais pas dans les mêmes conditions. Et si on me donne la chance d’aller vivre – parce qu’en définitive, il s’agit de vivre – sur Mars, bon sang mais… Pourquoi hésiter ?

I have a particular story : I stared death in the face several times. Even though I know that I can survive and that I know how to survive, reason why I think I am a very strong person, I don’t forget (never, ever) that I am going to die. I know it like those who nearly died know it. I’m afraid to die, of course I am. I think every single person is afraid to die – except those who don’t want to go on anymore and choose to go away. So, once again, to die here or up there… So what ? We’re all going to have the same very end – but not in the same circumstances. And if I can settle and live (and I said « live » !) on Mars, then why would I decline such an offer ?

  »C’est dangereux », me dit-on chaque fois. Oui et non. Bien sûr que c’est dangereux de décoller dans une fusée. Bien sûr que c’est dangereux de faire un voyage de sept mois dans une capsule spatiale parmi les rayons cosmiques. Bien sûr que c’est extrêmement dangereux d’atterrir sur une planète à l’atmosphère aussi fine. Bien sûr que c’est dangereux de s’installer sur un monde sans vie végétale ni animale et sans air respirable.

I hear « It’s dangerous » each time I talk about this project. Of course it is. And maybe it’s not. It’s dangerous to take off in a rocket. It’s dangerous to travel seven months in space among the cosmic rays. It’s extremely dangerous to land on a planet whose atmosphere is so thin. It’s dangerous to settle on a world where there is no life, no plants, no animals and no breathable air. 

Un intérieur de Marsonaute

Mais tous ces risques, bien qu’immenses, sont connus, calculés, disséqués. Des milliers de personnes pendant plusieurs années vont travailler d’arrache-pied pour mieux les connaître et surtout les réduire. À chaque problème, il y aura une, voire plusieurs, solutions. Les astronautes s’entraîneront à les affronter et triompher d’eux. Et surtout, ils seront volontaires. Et s’ils ne le sont plus, personne ne les forcera à rester.

All these risks, even though they are very big ones, are known, calculated and studied risks. Thousands of persons will work hard on them during several years to know them better and reduce them. Each problem will have one or several solutions. Astronauts will train to face those risks and to overcome them. Above all, they will be volunteers – and if they change their mind, then no one will force them to stay. 

Mais vivre sur Terre comporte des risques aussi : ils sont certes parfois moins grands mais ils sont innombrables. La dangerosité du projet Mars One se limite à quelques gros risques bien connus : le décollage, le voyage, l’atterrissage ; puis la faim, le froid, le manque d’oxygène ; ou encore le problème de combinaison, la chute dans une grotte ou un canyon ; et bien sûr la maladie. Mais comme sur Terre. Sur Terre, les risques de maladies dues aux conditions extérieures augmentent avec le temps. Sur Terre aussi on peut mourir de froid, de déshydratation ou de faim. Mais sur Mars, on a beaucoup moins de chance de mourir d’un accident de la route ou d’avion, de piqûre d’insecte, d’arme à feu, de catastrophe naturelle, de noyade, d’alcoolisme, d’overdose ou de violences.

Life on Earthis dangerous as well : risks are sometimes smaller but they are countless. Mars One project has some big well-known risks : the take-off, the trip and the landing ; hunger, cold and lack of oxygen ; problems with a suit, a drop in a cave or in a canyon ; and, of course, a disease. But living on Earth can be dangerous as well : people die every day because of multiple diseases, cold, dehydration or hunger. Though death by car or plane crash, bug sting, shooting, natural disaster, drowning, alcoholism, overdose or violence are less likely to happen on Mars. 

Sur Terre au 20ème siècle, on a pu mourir de tout ça

En fait, à bien y réfléchir, la vie sur Mars, une fois arrivés à bon port et en un seul morceau, semble beaucoup moins dangereuse que la vie sur Terre. Prévenir les risques de tornade et de tempête de sable. Réussir à faire pousser de quoi nous nourrir, mettre en route le système pour l’oxygène et la récupération d’eau, entretenir le tout, et se laisser porter par l’exploration, la science, la curiosité, les découvertes, l’excitation, le savoir, les questions et le partage.

Actually, if the landing goes right, life on Mars seems to be easier than life on Earth. We will have to check out sand storms and tornados. We will have to succeed in growing plants to feed ourselves and create some oxygen, we will have to deal with water recovery from the martian soil, we will have to keep all this functional and safe and then we will be able to explore, make science, be curious, discover, be excited, learn, ask questions and share. 

Et il ne faut pas oublier que les personnes qui iront là-bas seront des professionnels de la survie. Ils seront entraînés de toutes les manières possibles, pour tous les aspects et dans tous les domaines, pour survivre d’abord, puis vivre ensuite. Ce qui n’est pas le cas quand on habite sur Terre. Alors mourir ? Oui, bien sûr. Ça arrivera. Le risque zéro n’existe pas. Sur Terre comme au ciel. Mais il s’agit surtout de vivre, de vivre une vie que jamais aucun être humain n’a vécu dans l’histoire de l’humanité, et que si ça implique quelques risques, alors je suis prête à les prendre.

Do not forget that people sent on Mars will be professional of survival. They will be trained for every kind of situation in many fields to survive first, then to live, which is not the case of the people living on Earth. They will die, of course they will : no risk does not exist, on Earth just like on Mars. But the goal is to live a life no other human being lived before in the history of human kind. And if it implies some risks, then I’m ready to face them.

J’ai envie de voir cette planète de mes propres yeux. J’ai envie qu’elle me tolère puis qu’elle m’adopte quand je lui aurai apporté la preuve que je la respecterai, que je resterai humble et que je ferai tous les efforts possibles pour la connaître, pour l’apprendre, pour la comprendre. J’ai envie de m’adapter à elle et d’y développer une culture, la première culture non-terrienne de l’histoire de nos civilisations. J’ai envie d’aider mes frères et soeurs humains à s’y sentir bien, en sécurité,  de prendre soin d’eux comme ils prendront soin de moi.
J’ai envie de créer avec eux une nouvelle définition de « vivre ». Parce que la mort, elle, restera la même. C’est ce qu’on fait avant qui compte et j’ai très envie d’une vie martienne.

I want to see this planet with my own eyes. I want it to bear me then to adopt me when I prove my respect and my humility. I will made all the efforts to know it, to learn it, to understand it. I want to adapt and to develop a new culture, the first culture beyond Earth in our civilizations’ history. I want to help my human brothers and sisters to feel good and safe on it, and I want to take care of them like they will take care of myself.
I want to create with them a new definition of « living » – because death will remain the same than anywhere else. What we do before death is all that counts and I want a life on Mars. 

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juillet 29, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Mars One souhaite composer chaque équipage, destinés à s’installer définitivement sur la planète rouge, de deux hommes et de deux femmes de quatre nationalités différentes. Je ne peux qu’applaudir, pour d’innombrables raisons.

Mars One wants two men, two women and four different nationalities for each crew sent to the red planet to settle there for good. I warmly approve this decision, for obvious and numerous reasons.

Mais parmi ces équipages, il y en aura un premier. Les premiers êtres humains à marcher sur Mars – ils entreront dans l’Histoire par la grande porte. Quelles nationalités choisir ? Comme pour les premiers mots prononcés sur la Lune, tout cela sera forcément travaillé. Et l’être humain est ainsi fait, il a besoin de symboles… Voici donc mon premier équipage idéal.

Though, there will be a « first crew » among these crews : the first human beings going down on Mars will go down in history. Which nationalities will Mars One choose ? There is no doubt it will be prepared like the first words on our Moon – and human beings need symbols. Here is my first perfect crew. 

Une Tchadienne
A Chadian woman

L’Afrique, « berceau de l’Humanité » : c’est sur ce continent que les premiers femmes et hommes seraient apparus. Quoi de plus symbolique qu’une personne africaine dans un équipage qui sera le premier à tout recommencer ailleurs ?…

Africa, « cradle of civilisation » : first women and men would have come into being on this continent. Is there a more symbolic person than an African in a crew destined for a whole new start on another planet ? 

Et c’est au Tchad que l’on a découvert Toumaï, dont le crâne fossilisé d’un être qui a vécu voilà 7 millions d’années est considéré comme le plus ancien vestige connu de notre lignée.

Toumaï, whose fossilized skull comes from a being who lived 7 millions years ago and who is considered as the most ancient vestige of our line, was discovered in Chad. 

Ces Tchadiennes pleines d’énergie, pleines de vie et pleines de joie, malgré des conditions de vie difficiles, m’ont convaincue qu’une des leurs serait parfaite pour ce premier voyage. (Source de la photo.)

And when I saw those girls full of energy, of life, of joy (despite hard conditions of living), I was convinced that a women of their country would be perfect for this first trip. 

Jeunes femmes tchadiennes / Young Chadian women

Un Vietnamien
A Vietnamese man

L’Asie est le continent le plus peuplé de notre planète, il est donc tout à fait naturel qu’il soit représenté dans ce premier équipage. La Chine ? Ce serait le plus logique en terme de chiffres : le peuple chinois représente à lui-seul 1/5ème de la population mondiale… Mais je ne peux pas me résoudre à choisir quelqu’un d’un pays qui demande à ses astronautes femmes d’avoir les dents blanches, l’haleine fraîche, d’avoir accouché naturellement, de ne pas avoir les pieds calleux, ni d’odeurs corporelles. (Source)

Asia is the most populated continent of the Earth, so it will naturally be represented in this first crew. Which country will be chosen ? What about China ? It would the most logical choice as far as numbers are concerned : one inhabitant of planet Earth out of five is Chinese… But I just definitely can’t choose a country whose requirements for female astronautes are : with teeth, good breath, natural delivery, no horny feet and no body odor. 

J’opte donc pour le Vietnam dont j’ai beaucoup aimé le témoignage et la description faite par Trinh Xuan Thuan, astrophysicien américain d’origine vietnamienne et grand vulgarisateur scientifique. Dans Le cosmos et le Lotus, il écrit ceci : « Les études étaient considérées comme la voie royale pour améliorer son statut social et réussir sa vie. Chaque famille, si pauvre fût-elle, faisait les sacrifices nécessaires pour envoyer ses enfants à l’école. Ce respect pour l’éducation fait partie intégrante de la culture vietnamienne. » (éd. Le Livre de Poche, p.17)

I choose Vietnam because I liked the way Trinh Xuan Thuan, an American astrophysicist born and raised in this country, talk about it in one of his last books : « Studies were considered as the best way to improve one’s social position and to succeed in life. Each family, even in the poorest situation, made the necessary sacrifices to send its children to school. This respect for education is an integral part of the Vietnamese culture. »

C’est également un petit pays qui n’a eu de cesse de combattre la présence étrangère sur son territoire au cours de son histoire. Il a botté le cul de puissances telles que la Chine, le Japon, la France et les Etats-Unis… En voilà qui force le respect et l’admiration ! Là encore, je citerai Trinh Xuan Than dans le même ouvrage : « Après cent dix-sept ans de présence étrangère sur son sol, le Vietnam était de nouveau souverain, témoignant une fois encore de sa détermination et de sa volonté d’indépendance. » (éd. Le Livre de Poche, pp.20-21)

Vietnam is also a small country which kept fighting against occupation in its history. It kicked the ass of world powers such as China, Japan, France and the United States… What a amazing nation ! Once again, here is a Trinh Xuan Thuan’s quote (from the same book) : « After 117 years of occupation on its land, Vietnam was a sovereign state again, attesting its resolution and its will for independence. »

Un pays qui résiste encore et toujours à l’envahisseur et qui croit en la valeur du travail et de l’éducation me paraît parfait pour poser les premières bases d’une civilisation humaine martienne. Et je choisis cette fois-ci un homme en hommage à Trinh Xuan Thuan dont le travail de vulgarisation permet à chaque citoyen d’accéder à la connaissance et au rêve.

A opposing people believing in hard work and education sounds perfect to help starting all over again on another planet, and I choose a man in tribute to Trinh Xuan Thuan whose popularization’s work brings knowledge and dreams to citizens. 

Un Guatémaltèque
A Guatemalan man

L’Amérique du Nord est sur-représentée dans l’histoire de l’exploration spatiale (ce qui n’enlève rien aux innombrables et admirables exploits de la NASA). Une personne venant des autres Amériques serait donc une belle manière d’équilibrer la balance.

North America is over-represented in space exploration’s history – though I have a strong respect for all the remarkable achievements of NASA. A person coming from other Americas would be a nice way to make it more balanced. 

Je penche pour le Guatémala dont les terres ont accueilli la civilisation maya. Des civilisations anciennes, c’est certainement celle qui avait les connaissances les plus précises en astronomie. Les phases de la Lune, les éclipses solaires, les solstices et les équinoxes, les mouvements des planètes, le centre de la Voie Lactée… Ils avaient calculé tout ceci avec une précision effarante.

Guatemala is my choice for this part of the world because Mayas lived on its lands. This ancient civilization had the most accurate knowledge about astronomy : lunar cycle, solar eclipse, solstice and equinox, planetary motion, centre of the Milky Way… They calculated all these phenomenons with an amazing exactitude.  

Il reste des descendants de cette civilisation au Guatémala. Un Guatémaltèque dont les ancêtres avaient un don pour l’astronomie serait une belle manière de commencer une nouvelle vie sur un autre astre qui les fascinait tant.

Some Mayan descendants live in Guatemala. A Guatemalan whose ancestors had a gift for astronomy would be a great way to start a new life on a planet which fascinated them.

Une Néerlandaise
A Dutch woman

Bas Lansdorp, qui à l’origine de Mars One, est néerlandais. Il est donc normal que les Pays-Bas soient représentés dans ce premier équipage qui n’aurait pas vu le jour sans le fondateur du projet.

Mars One is Bas Lansdorp’s idea – and Bas Lansdorp is Dutch. A Dutch person in the first crew sounds normal, as far as the project would have not existed without Netherlands. 

Dans l’inconscient collectif, étant du pays originaire de la mission, cette personne représentera la mission toute entière, avec tout ce que ça implique symboliquement, scientifiquement, philosophiquement, et historiquement parlant. Je propose de donner ce rôle à une femme, qui portera haut les couleurs de l’Humanité pour une première installation humaine sur une autre planète.

In the collective unconscious, this person will represent the whole mission with all the symbolic, scientific, philosophical and historical angles. I would like to give this responsibility to a woman who will honor Humanity with flying colors in this first human settlement on another planet. 

Une femme pour poser le premier pied sur Mars
A woman for the first step on Mars

Les hommes ont bien des exploits à leurs actifs et la place des femmes dans l’exploration spatiale – et dans les sociétés en général… – est encore loin d’être une question qui n’a plus de sens. Je souhaite donc ardemment que la première personne qui marchera sur Mars soit une femme.

Men count many achievements and women’s role in space exploration (and in the whole society) is still important issues. That is why I fervently wish for a female first step on Mars. 

Mais parmi les deux femmes de mon équipage idéal, les deux ont des arguments solides pour prétendre à cet incroyable honneur : la Tchadienne, représentante de l’émergence de l’Humanité, ou la Néerlandaise, représentante d’un pays sans lequel ils ne seraient pas arrivés jusque-là ?

Though, both of the women in my perfect crew have strong arguments to get this amazing honor : the Chadian woman, who represents the beginning of Humanity ; or the Dutch woman, who represents a country which made possible their arrival on the red planet ?

Une femme noire serait un symbole doublement fort… Mais je n’ai pas la réponse à cette question (à moins que la Néerlandaise soit d’origine africaine !)

Even though a black woman would be a double strong argument, I don’t have  the answer to this question (unless the Dutch woman has African origins !)

 

Et ensuite ?
What’s next ?

Une Tchadienne, un Vietnamien, un Guatémaltèque, une Néerlandaise. Une femme pour ouvrir la voie de l’humanité sur Mars. Mais ensuite, pas de drapeau planté. Juste un équipage universel. Mars doit rester neutre de nos préoccupations purement terriennes.

A Chad woman, a Vietnamese man, a Guatemalan man and a Dutch woman. A woman to open the path for Humanity on Mars. But no flags on martian lands : just a universal crew. Mars must be kept away from the Earth’s concerns which have absolutely no meanings on another planet. 

L’humanité a besoin de symboles. Mais après ce premier pas, pourrait-on oublier les nations, les couleurs et les genres ? Redevenir une espèce terrienne parmi d’autres. Des êtres humains, ni plus, ni moins, installés sur une autre planète, avec la responsabilité de se conduire avec respect et humilité et de servir la science.

Humanity needs symbols. But after this first step, could we forget nations, skin colors and genders ? May we become again one of the Earth’s species : we will be human beings, no more and no less, settled on another planet, with the responsibility to behave with respect and humility and help science. 

Voilà mon premier équipage idéal et sa mission qui posera les bases les plus saines possibles pour un nouveau départ sur Mars.

Here was my perfect first crew and its mission which will found the most healthy basis that I’m dreaming of for a whole new beginning on Mars. 

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Dire non aux gravités (Say no to gravity and seriousness)

[MARS ONE] Dire non aux gravités (Say no to gravity and seriousness)

mai 24, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Le mot « gravité » a deux sens qui me pèsent (…) de plus en plus. Si l’un nous fait garder les pieds sur terre et l’autre nous fait garder les pieds sur Terre, le premier s’aggrave et le deuxième manque cruellement de légèreté. (Et là, je pleure parce qu’il va falloir traduire en anglais deux phrases avec un calembour pourri tous les trois mots.)

The word « gravity » means two different things that weigh upon myself. If the first one avoids being in the clouds and the second one can keep our feet firmly on the ground, then the first one is getting worse and the second one painfully lacks casualness. 

Image du film Upside Down

 

L’horreur du monde
Dreadful world ! 

« J’aime tellement la vie que je veux en vivre plusieurs à la fois. » C’est comme ça que commence ma bio sur Twitter. Je suis une survivante, je vois toujours les choses du bon côté, je suis une optimiste de nature. Mais j’ai l’impression que ce monde va mal, très mal, et que ça va en empirant.

« I love life so much that I want to live several ones in the same time. » That’s how I introduce myself on Twitter. I am a survivor, I always look on the bright side, I am an optimistic kind of person. But I feel that this world is going wrong, so wrong, and that things are getting worse.

Une bombe dans un marathon. Un père qui viole et tue sa fillette de 5 ans et qui ne peut pas être condamné pour ça parce que dans son pays, femme et enfants sont sa propriété. Un homme qui se filme en train de manger son colocataire. Une jeune femme lapidée à mort parce que soupçonnée d’avoir eu des rapports sexuels hors mariage. Des suicides d’enfants. Un homme qui se suicide dans une église au milieu des touristes pour lutter contre le mariage homosexuel. Un soldat massacré en pleine rue d’une capitale européenne par un meurtrier qui ensuite s’explique, tranquille et fier, pendant de longues minutes face à des caméras. Des écoles américaines qui enseignent le créationnisme.

A Marathon bombing. A father who rapes and kills his 5-year-old daughter and who cannot be sentenced for those  because laws of his country say that his wife and kids are his property. A man who makes a video of himself eating his roommate. A woman stoned to death because she might have sex without being married. Children hanging themselves. A man who shots himself inside a church full of tourists to struggle against same sex marriage. A soldier slaughtered on the street of a European capital city by a murderer who explains quietly and proudly what he just did to the cameras. Some American schools where Creationism is taught. 

Je ne veux plus vivre dans un monde pareil où la gravité des faits n’a d’égale que leur nombre grandissant. C’est insupportable. Et j’ai l’impression que tout ça va de pair avec un cynisme odieux, une perte totale du sens de l’humour et un rejet du second degré et de l’auto-dérision. La méchanceté gratuite devient un art, on ne sait plus défendre une cause autrement qu’en étant agressif, et les règles les plus élémentaires de bon sens et de respect semblent caduques. Je suis peut-être un vieux con avant l’heure mais je n’aime pas ce que je vois autour de moi. Je ne veux plus vivre dans un monde pareil.

I don’t want to live anymore in a world where the seriousness and the number of these facts are growing. It’s unbearable. And I feel like all those awful things go hand in hand with a hideous cynicism, with the loss of the sense of humor, and with a rejection of irony and self-derision. Gratuitous maliciousness becomes an art, fighting for a cause without aggressiveness becomes impossible, and the elementary rules of respect et common sense seem obsolete. Maybe I am an old idiot before my time but I don’t like what I see all around me. I don’t want to live in this kind of world anymore.

 photo Desolation.jpg

L’ivresse de l’absence de poids
A lack of weight’s euphoria 

J’ai envie de légèreté. J’ai envie de tout reprendre à zéro et de recommencer. J’ai envie d’un monde où la gravité n’est là que pour nous garder sur une planète – mais pas de manière trop intrusive. Je me sens lourde d’horreurs, lourde d’une Histoire humaine qui n’apprend pas de ses erreurs, lourde d’une Humanité qui semble prendre un malin plaisir à retomber dans ses pires travers. Il y a du bon, dans l’Humanité. Mais tout devient malsain. Ce monde est souillé, dans tous les sens du terme. Il faut sauver ce meilleur de nous avant le point de non-retour.

I want casualness. I want to start from scratch again. I want a world where gravity only exists to keep our feet on a planet – but not in a too intrusive way. I feel heavy with horrors, I feel heavy because of a Humanity which makes mistakes and doesn’t learn from these, I feel heavy because of a Humanity which seems to love doing everything wrong again. Humanity have many positive sides. But everything is getting unhealthy. The world is dirty and sullied. We have to save the best of Humanity before we reach the point of no return. 

J’ai envie de légèreté. De courir et de sauter haut, jusqu’à en avoir le vertige, jusqu’à être ivre d’un poids qui a quitté mes épaules et je n’aurais plus jamais à supporter. J’ai envie de vivre dans un monde où tout est possible, où tout est à refaire, où tout est à fabriquer. J’ai envie de vivre dans un monde où les hommes et les femmes ont des tâches de même importance à faire, où la religion est un secret personnel jalousement gardé, et où aucune voie n’est imposée.

I want lightness. I want to run and to jump high, I want to get head-spinned and overcome with joy because of a weight which left my shoulders and that I won’t have to bear anymore. I want to live in a world where everything is possible, where everything must be done, where everything needs to be made. I want to live in a world where men and women have same significant works to do, where religion is a personal jealously guarded secret, and where no path is imposed.  

Je rêve d’un monde où les routes et les chemins n’existent pas. Où je peux aller où bon me semble sans devoir emprunter la voie de quelqu’un d’autre auparavant. Je rêve d’un monde où, à perte de vue, je serai libre d’avancer sans rencontrer de frontières autres que les frontières naturelles.

I dream of a world where roads and paths doesn’t exist. I dream of a world where I can go wherever I want without taking someone else’s way. I dream of a world where I can be free to walk endlessly without coming across other frontiers than natural ones.  


Mars Gigapixel Panorama – Curiosity rover: Martian solar days 136-149 in Out of this World

 

Je rêve de rayer le mot « gravité » dans tout ce qu’il a de plus lourd de mon vocabulaire. Je rêve de légèreté et de liberté. Et seule Mars peut me les offrir toutes les deux.

I dream of forgetting the word « gravity » with all the weights in it. I dream of lightness and freedom. And only Mars can give me both.  

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