[PERSO] André Brahic… MERCI.

mai 15, 2016 dans Culture scientifique, Personnel

Cher André Brahic,

Quand je suis arrivée ce matin sur la scène de l’amphithéâtre Mérieux de l’ENS de Lyon pour intervenir lors d’une table-ronde dans le cadre des Intergalactiques, il y avait plus de fauteuils que nous n’étions d’intervenants.
Vous étiez annoncé « sous réserve » et je savais que vous ne viendriez pas, mais quand on m’a proposé de participer à l’événement, l’espoir était permis, j’en avais été folle de joie.
Alors j’ai eu une pensée pour vous avant de m’asseoir, sachant que de toute façon vous ne seriez pas longtemps resté assis si vous aviez été présent. Ça m’a fait sourire.

Lorsque je suis partie dans un monologue un peu sombre et décousu concernant notre avenir, j’ai à nouveau pensé à vous. J’ai voulu tempérer mes propos en vous citant, en rappelant que, tout de même, nous vivons une époque formidable, et j’étais prête à égrainer vos arguments pour que vous soyez parmi nous un peu quand même. Et puis… je ne l’ai pas fait, finalement.

Nous avions échangé quelques mails ces derniers temps, nous devions nous rencontrer, vous étiez d’accord. « Votre santé passe avant tout le reste. Vraiment. », vous avais-je écrit, essayant d’être raisonnable à votre place alors que vous m’aviez détaillé vos déplacements entre deux séjours à l’hôpital. « Prenez soin de vous », avais-je conclu en pesant chacun de ces quatre mots.

Nous nous étions croisés une fois, sur le plateau de « La tête au carré » à la Cité des Sciences, le 12 novembre 2014, à l’occasion de l’atterrissage de Philae. Je vous avais fait part de mon émotion de vous voir, de mon admiration, et je vous avais remercié pour tout ce que vous faisiez pour le grand public, dont je fais partie. Ça vous avait bien fait rire et c’est vous qui m’aviez remerciée en retour, « d’écouter un vieux croulant comme moi ». Dans une indignation hilare, je vous avais un peu engueulé, ne vous permettant pas de parler de vous-même ainsi. Et je ne vous avais pas quitté des yeux avec un sourire niais, appréciant chaque seconde de votre présence et de votre énergie.

Ce matin, la table-ronde s’est terminée. Au moment de rentrer, j’ai rallumé mon téléphone. Et j’ai appris que les fauteuils vides étaient bien plus vides que ce que j’avais imaginé.

Sur le chemin du retour, mes yeux noyés derrière mes lunettes de soleil, j’ai partagé mon chagrin avec un ami. Je n’arrivais plus à être une homo rigolus. Il m’a écrit que ça reviendrait. Qu’il le fallait. Une larme est tombée sur mon téléphone. Qu’il faudra grimper sur vos épaules, comme vous l’aviez fait avant nous. Même si les vôtres « sont sacrément hautes ».

Je ne sais pas si j’arriverai à grimper sur vos épaules, André Brahic. Je sais juste que vous êtes l’un de ceux qui m’ont amenée à être ce que je suis aujourd’hui. Et malgré les doutes, malgré les angoisses, malgré la peur d’y être illégitime, je suis heureuse de ce que je suis, et de ce que j’aimerais continuer à devenir.

Mais vous êtes si grand, et vos épaules me paraissent tellement inaccessibles… Peut-être, avec votre accord, devrais-je grimper sur ce fauteuil vide ?…

Florence

© MaxPPP

[PERSO] Le succès, YouTube, le sexisme et moi

mars 30, 2016 dans Personnel, Société

Hier matin, j’ai tweeté, à la fois blasée et fatiguée, la capture d’écran d’un commentaire sexiste. J’avais juste envie de râler, de témoigner de ce qu’une femme qui s’expose sur Internet peut recevoir, encore, en 2016.

J’ai enchainé sur quelques tweets expliquant que ces commentaires sexistes incessants m’empoisonnent, me touchent, m’angoissent, et j’ai fait référence à un débat qui a eu lieu il n’y a pas longtemps sur la question du sexisme dans le succès modéré des youtubeuses scientifiques en France (par rapport à leurs homologues masculins).

 

 

Malgré moi, j’ai rouvert ce débat. Comme j’ai à nouveau besoin des services de la SNCF et que DONC mon TGV est annulé, mais remplacé, mais on sait pas quand, j’en profite pour exposer mon point de vue et mon histoire en plus de 140 caractères.  

Du CV-court-métrage à « La folle histoire de l’Univers »

Ma première vidéo date de novembre 2009. Dire si je suis une ancienne sur les Internets, même si ça n’avait rien à voir avec les sciences (pour les plus observateurs d’entre vous, vous noterez quand même qu’Étienne Klein était déjà là…)

 

 

C’était un CV-court-métrage et le succès qu’il a remporté, à la fois en ligne et dans les médias, m’avait déjà confronté aux commentaires sexistes, de la simple « blague » vaseuse aux menaces de viol et de mort.

 

Deux ans plus tard, ce CV-vidéo m’a permis d’être embauchée par StoryCircus où ma formation de comédienne, mes compétences d’auteure et mon aisance sur les réseaux sociaux ont fait de moi la personne idéale pour intégrer l’équipe d’une émission dingue : Le Grand Webze.

 

Le projet était trop ambitieux, l’émission n’a pas survécu à son quatrième numéro. Coup dur. Il fallait que je pense à autre chose.

 

J’ai alors fait mon « coming-out » scientifique sur mon blog en partageant un projet un peu fou que je venais de créer : l’Univers en 30 comptes sur Twitter. J’étais passionnée de sciences, je ne l’avais jamais dit, et je trouvais l’outil Twitter intéressant à plus d’un titre. Je n’ai pas seulement créé tous ces comptes, j’ai aussi créé à chacun une fiche personnage avec des traits de caractère, des qualités, des défauts. À chaque fois que je prends les rênes d’un compte, c’est un personnage que j’interprète : un mélange de comédie virtuelle et de travail d’auteur.

 

L’accueil reçu a dépassé mes espérances. J’ai voulu aller plus loin, proposer autre chose, toujours lié au spatial et aux sciences de l’Univers – d’autant plus que ce que j’aurais voulu voir dans les médias n’existait nulle part. J’ai développé des concepts de vidéos de vulgarisation de tous types : des programmes courts, du moyen format, des projets plus longs.

 

Au sein de la même prod, j’avais enchaîné sur le Vinvinteur et je voulais profiter d’avoir un pied à France 5 pour essayer de vendre au moins un des concepts. J’ai monté des dossiers, aiguisé mes arguments, été aidée, entourée et soutenue par des producteurs. Il y a eu plusieurs années de démarchage – en vain.

 

Je savais que ça serait long et j’avais quand même envie de proposer des contenus – en attendant. Il était hors de question que je mette en place un ersatz des concepts que j’essayais de vendre, il fallait donc que j’en trouve un autre.

 

C’est comme ça qu’est née « La folle histoire de l’Univers« . Le programme se présente sous la forme d’une vidéo, constituée d’une voix-off sur des images d’illustrations, divisé en 8 rubriques (toujours les mêmes) dans lesquelles se distribuent l’actualité du spatial et des sciences de l’Univers et des sujets non-datés. Les rubriques « personnalité » et « date » servent souvent à présenter un personnage historique, une théorie dont c’est l’anniversaire, l’histoire d’une découverte, etc.

 

Donc, Bruce, quand tu dis ce genre de chose, non seulement sur Twitter mais dans toutes tes interviews dans les médias, oui, ça m’énerve.

 

 

J’explique la relativité restreinte, l’histoire de Pluton, la vie et la mort des étoiles, ou l’intrication quantique sur Youtube depuis 2012. Donc depuis 4 ans. Et voir son travail balayé d’un revers de la main, ce n’est pas très agréable.

 

Un ami, Vincent Touati, m’a conseillé de mettre mon programme également sur iTunes. Je n’aurais jamais pu le faire sans son aide technique, j’en profite pour le remercier une fois encore. Il s’est vite avéré que les téléchargements iTunes étaient 100 fois, voire 1000 fois, plus importants que les vues sur Youtube – d’où le fait que j’en parle comme d’un podcast.

 

 

Encore faux : j’ai voulu continuer à le mettre en ligne sur Youtube – d’où la limite à 15 minutes maximum par vidéo : lors de la première saison, mon compte ne me permettait pas de mettre en ligne des contenus plus longs. J’aurais pu m’éviter cette limite en me retirant de Youtube, mais je ne voulais pas.

Le format de « La folle histoire de l’Univers » m’était dicté par deux contraintes. La première était technique et financière : je n’avais pas les moyens de m’acheter caméra, son, lumière, logiciel de montage, etc – je ne pouvais donc pas me filmer, d’où la voix-off.

La deuxième était personnelle et sociétale : je n’étais pas prête à devoir faire face, à nouveau, à la logorrhée sexiste des commentaires qui m’avait déjà bien retournée à l’époque du CV-vidéo. D’où la voix-off.

Le harcèlement extrêmement violent dont j’ai été victime lors de l’épisode du Vinvinteur sur le sexisme dans les jeux vidéo m’a convaincu que la voix-off sur « La folle histoire de l’Univers », C’ÉTAIT UNE BONNE IDÉE.

Ma chaîne Youtube comme un laboratoire

J’ai donc échoué à vendre des concepts de vulgarisation scientifique à des chaînes de télévision. Mais le besoin d’aller plus loin que « La folle histoire de l’Univers » était de plus en plus présent, et l’envie de me mettre en scène, de jouer une comédie moins virtuelle que sur Twitter était de plus en plus forte.

Mais j’avais toujours aussi peu de moyens financiers et j’étais bien traumatisée par les différentes sortes de harcèlement dont j’ai été victime (s’il n’y avait eu que celui du Vinvinteur, ç’aurait été trop facile…) Il fallait également que je réécrive les concepts que j’avais essayé de vendre de manière à pouvoir les produire toute seule.

J’ai donc mis du temps. C’est la raison pour laquelle j’ai commencé à faire des vidéos « classiques » tardivement. C’était en décembre 2014 et j’ai commencé avec les « Perles du PAF » – concept que je n’avais pas proposé aux chaînes de télévision, bizarrement, mais qui était une sorte de pied à l’étrier, et de manière pour moi de régler ma déception de n’avoir pas pu pouvoir faire quelque chose dans ce média-là.

Bien sûr, les commentaires sexistes ont été là tout de suite – j’en ai d’ailleurs toujours eu sur « La folle histoire de l’Univers », mais c’était anecdotique puisque (c’est comme ça que je l’explique) je n’exposais pas mon image. Mais contrairement à ce que j’avais pu subir, c’était supportable. J’ai donc continué.

J’ai continué, en testant à la fois des formes d’écriture, des techniques de montage, des rythmes, des décors, des personnages. Je vois ma chaîne Youtube comme un laboratoire où je teste des trucs – comme une gigantesque expérience. Je garde, j’affine, j’abandonne, je modifie, je tiens compte des retours, ou pas ; bref… Je ne m’interdis rien. Je fais surtout des choses qui me tiennent à cœur – même si c’est pas toujours au point techniquement parce que je ne suis pas réal, ni chef op, ni ingé son, ni monteuse, ni graphiste, ni… etc.

Mon auto-critique

Je connais mes limites. J’ai conscience des nombreux défauts de ma chaîne Youtube.

Je n’ai pas d’identité visuelle bien définie par exemple : pas vraiment de logo, pas de générique qui soit partout le même, pas de cartons tout faits.

Je fais des listes pour les différents concepts que je teste mais je multiplie les listes et pas les vidéos à l’intérieur de ces listes – ce qui peut donner l’impression que je m’éparpille, que je n’ai pas deux ou trois concepts forts à retrouver à intervalles réguliers.

Il y a des vidéos où j’ai besoin d’autres personnages que moi-même pour faire avancer le schmilblick – et d’autres non.

Il y a « La folle histoire de l’Univers » qui est un exercice qui se rapproche plus du journalisme, avec des reportages, des interviews ; et les autres vidéos qui s’approchent plus de ce qu’on attend d’un youtubeur. Ça peut déstabiliser un internaute qui ne saurait pas trop à quoi s’attendre de cette chaîne multifonction. J’aurais sans doute dû dédier une chaîne au podcast, et en ouvrir une deuxième pour les vidéos.

Au-delà du fond, il y a aussi la forme : je suis seule, de A à Z, pour écrire, tourner, monter, promouvoir. Je viens de la télé, je sais ce que c’est que de produire du contenu audiovisuel – et croyez bien que ça implique des dizaines de corps de métier différents. Je suis seule, avec des moyens financiers limités et des compétences techniques au ras des pâquerettes parce que j’apprends sur le tas – et toute seule, encore une fois.

Alors non, ma chaîne ne peut pas avoir le succès d’un DirtyBiology qui a des moyens techniques et de post-prod que je n’ai pas. Ni celui d’un e-penser dont l’identité visuelle est irréprochable et qui a des formats bien définis. Ni celui d’un Axolot qui a un talent de conteur incroyable, qui n’est pas tout seul et qui a accès à des endroits dingues. Ni… Et je pourrais continuer longtemps comme ça.

Le sexisme et les youtubeuses scientifiques

Bruce m’accuse de me plaindre que ma chaîne ne décolle pas parce que je suis une femme.

C’EST FAUX, je n’ai jamais dit ça – pas plus aujourd’hui que les autres jours : je parle des youtubeuses scientifiques en général, pas de mon cas personnel.

 

Mais c’est sûr que quand on me demande d’argumenter, je parle du cas que je connais le mieux : le mien. Ça peut donner l’impression que je prends mon cas pour une généralité, mais vraiment pas, non. Seulement, en 140 caractères, c’est pas simple d’expliquer ça. D’où le contresens de Bruce – que je ne blâme pas pour ça.

Je connais les raisons qui font que ma chaîne ne « décolle » pas malgré mon ancienneté, le sérieux avec lequel je travaille, le temps que j’y passe et la passion que j’y mets. J’en ai décrit quelques-unes ci-dessus, je ne vais pas y revenir.

NÉANMOINS.
Néanmoins le sexisme de notre société ne doit pas être minimisé dans le fait que – comme c’est étrange – aucun des poids lourds de la vulgarisation scientifique sur le Youtube français n’est une femme.

Bien entendu que le fait d’être une femme, en sciences, sur Youtube, en France, joue en notre défaveur !

Ce n’est évidemment pas la seule raison de nos succès mitigés. Mais c’en est une, qu’il ne faut pas minimiser (oui, j’insiste).
Et je ne l’ai pas inventé : les débats que nous avons eus, avec statistiques, témoignages, et captures d’écran de commentaires des youtubeuses parlent d’eux-mêmes.

Il y a un problème de sexisme. C’est évident.
Il faudrait une étude sociologique sur ce sujet. Il est bien plus complexe, bien plus insidieux que : « On prend pas au sérieux/on n’est pas habitué aux filles qui parlent de sciences ».
C’est la société, c’est l’éducation, ce sont les stéréotypes qu’on a tous – moi la première – intégrés et contre lesquels il est difficile de lutter tellement ils sont ancrés en nous, c’est un millier de facteurs qui font que le sexisme est un élément qui nous freine.

Et quand on partage nos expériences et nos commentaires, ce serait pas mal que les hommes évitent de reprendre tout ça à leur compte en se faisant passer pour les victimes qu’ils ne sont pas.

NON. Personne, Bruce, personne, JAMAIS, ne te demande de t’excuser d’être un homme. Non, jamais. Nulle part.
Nous par contre, en tant que femme, c’est tous les jours. Sur Youtube ou dans la vraie vie. Au bureau ou dans la rue.

Bien entendu que ton succès tient en partie au fait que tu es un homme !

Je suis certaine que tu n’as pas la naïveté de réellement croire le contraire. Ton succès tient en partie au fait que tu es un homme, tout comme avoir un meilleur salaire tient en partie au fait d’être un homme, tout comme avoir un poste à responsabilité tient en partie au fait d’être un homme, tout comme ne pas être victime de harcèlement de rue tient en partie au fait d’être un homme, tout comme être pris au sérieux dans un magasin de bricolage tient en partie au fait d’être un homme, tout comme être chirurgien plutôt qu’infirmière tient en partie au fait d’être un homme, etc, etc.

Mais quand on se plaint des violences sexistes, quand on dit qu’être une femme joue en notre défaveur, nous ne disons pas : « Excusez-vous d’être des hommes. »
NON.
Nous disons seulement : « Nous voudrions que ces violences sexistes et que cette discrimination cessent. » C’est très différent.
On n’attaque personne – encore moins nos camarades. On essaye juste de se défendre contre les abrutis qui sont trop nombreux.

Je persiste et signe : oui, le fait que les femmes aient moins de succès sur Youtube, en sciences, en France, EST lié à un problème de sexisme.
Pour répondre à Bruce qui pense que non, je n’ai rien d’autre à lui montrer qu’une comparaison du nombre d’abonnées des femmes et de ceux des hommes, ou que les commentaires sexistes qu’on se prend dans la gueule à longueur de journée et qui prouvent qu’on ne peut pas d’exposer quand on est une femme sans qu’on nous regarde comme un bout de viande – ce que nous racontons est donc souvent secondaire.

Je me suis rendue compte, moi-même, que quand je regarde une femme sur un écran, je regarde comment elle est présentée d’abord – alors que quand je regarde un homme, je commence par l’écouter, et ensuite je le regarde. C’est insidieux. C’est difficile à expliquer. C’est inconscient la plupart du temps. Mais c’est un fait.
Il n’y a pas d’étude qualitative, quantitative, sociologique sur le sujet. (En tout cas, pas à ma connaissance.)

Mais ça ne veut pas dire que ça n’existe pas, et Bruce (et ceux qui pensent comme lui, hein ! je prends juste Bruce comme exemple parce qu’il s’est exprimé sur la question hier, rien de personnel évidemment) peut bien penser le contraire, il n’a pas d’argument non plus. Dire qu’il y a du sexisme partout, pas seulement sur Youtube, ce n’est pas un argument.
Nous ramons dans ce domaine particulier, en partie parce que nous sommes des femmes. Et cette partie (qui ne fait pas tout ! on est d’accord) ne doit pas être minimisée. Ce serait pas mal de se sentir un peu soutenues – en tout cas pas enfoncées.

Que la culture scientifique gagne !

Je suis ravie du succès de Mickaël, Léo, Germain, David, Baptiste, Bruce, Sébastien. Ravie, revigorée, ragaillardie, parce que moi qui ai essayé d’amener les sciences à la télé (à ma toute, toute, toute petite échelle, hein), leur succès est la preuve que j’avais raison : il y a un public pour ça. J’étais juste un peu en avance et ces chaînes n’existaient pas à l’époque où j’ai constitué mes dossiers. Je manquais de chiffres d’audience pour convaincre. Mais peu importe, c’est de l’histoire ancienne.
Ce qui compte, c’est que la culture scientifique touche le plus grand nombre. Des centaines de milliers de personnes et des millions de vues, c’est bien plus que ce que la télévision aurait pu faire. Et c’est cool, putain.

Alors peu importe mon cas personnel. Evidemment que j’aimerais avoir plus d’abonnés. J’aimerais surtout, en fait, que la culture scientifique sur le web ne se prive pas des youtubeuses, pour élargir encore plus le public touché. Et pour atteindre un public féminin, sous-représenté aussi.

Je n’ouvre pas les commentaires pour ce billet parce que je n’ai pas le courage de modérer les horreurs sexistes qui vont immanquablement tomber. Désolée pour le débat, pour les échanges, pour les avis argumentés. Mais je suis trop fragile par rapport à toute cette violence en ce moment pour m’infliger ça.

Je voudrais remercier toutes les personnes qui me soutiennent sur Tipeee et qui me permettent de continuer à expérimenter. Comme je ne gagne pas du tout ma vie avec les vidéos et que ça prend un temps fou (ma vidéo sur les ondes gravitationnelles, juste pour donner un exemple, c’est 35 heures d’écriture), vous me permettez de dégager des journées pour continuer à en faire quand même. Je ne pourrais plus, sans vous.

Je remercie toutes les personnes qui écrivent des commentaires constructifs et qui m’envoient leurs encouragements. C’est ça qui me fait tenir quand j’en peux plus des abrutis.

Sachez enfin que je n’ai pas le nez sur mes compteurs. Ma chaîne est très importante pour moi pour ce qu’elle m’apporte en terme de partages, d’échanges, de créativité, de connaissances, de rencontres. J’y mets tout mon cœur, et ça n’a pas changé d’un iota entre 45 et 16 000 abonnés. Ce serait pareil à 3 millions.

Mais quand je mets mes tripes, six mois de mon temps et une énergie infinie à constituer un contenu comme « La folle histoire de l’Exoconférence« , pour la seule raison que je ne veux pas garder pour moi la chance inouïe de pouvoir côtoyer les personnes incroyables qui y participent, et qu’on me dit que j’ai forcément couché avec chacun des intervenants pour pouvoir parvenir à ce résultat, je sais que je devrais supprimer et oublier. Mais c’est humiliant. C’est profondément humiliant et c’est compliqué de vous parler de ce commentaire-là encore aujourd’hui, plusieurs mois après l’avoir reçu. Je le fais pour témoigner, pour dire que ces commentaires, même si on a l’habitude, même si on les subit au quotidien partout, ne sont jamais anodins et nous marquent. Et peuvent nous empêcher d’avancer, de continuer.

Je voudrais également arrêter de lire, en vrac :
- je te défoncerais bien ta chatte de Schrödinger
- tu t’épiles comment ?
- c’est étonnant qu’une femme s’intéresse à Etienne Klein
- on peut bien t’agresser sexuellement puisque tu voles nos emplois
- va te faire engrosser sur Mars sale chienne
- je te verrais bien à la fistinière
- tu suces ?
- t’es moche
- t’es bonne
Et je m’arrête là.

C’est un peu décousu, tout ça… Bref.

Voici des chaînes de vulgarisation scientifique, par ordre alphabétique. Des hommes, des femmes, on s’en fout. Ce qui compte, c’est que la culture scientifique soit partagée.

Merci à vous qui nous regardez.

Astronogeek
Axolot
C’est une autre histoire
DirtyBiology
e-penser
ExperimentBoy
Florence Porcel
La vie sur Vénus
Les Revues du Monde
Micmaths
Motorsport Gigantoraptor
Science étonnante
Scilabus
Sense of Wonder

(Je sais que j’en oublie. PLEIN. Ce n’est pas une liste exhaustive.)

 

ÉDIT DU 04/04/2016

Après la violence des réactions autour de ce billet, je souhaite apporter quelques précisions. Il me semble important également d’apporter une sélection de témoignages ou de commentaires qu’il faudra voir comme des arguments, comme quelques preuves de ce que j’avance.

À ceux qui m’accusent d’avoir fait ce billet pour « le buzz/me faire de la pub/faire mon auto-promo », je vous réponds que le jour où on mettra des cons sur orbite, vous n’aurez pas fini de tourner. Prévoyez un peu de carburant pour accélérer de temps en temps quand même, parce que sinon vous allez finir par vous cramer les fesses dans l’atmosphère. Eh oui, ça sert à savoir ça aussi, la vulgarisation. (De rien, pour le conseil.)

À ceux qui m’accusent de « mettre-mon-échec-sur-le-dos-du-sexisme-sans-me-remettre-en-question », je réponds que vous n’avez pas lu ce billet. Alors je répète, je reformule, je reprécise.
- Les trois-quarts du billet sont dédiés à expliquer mon parcours et les raisons pour lesquelles ma chaîne ne peut pas avoir des centaines de milliers d’abonnés – indépendamment de tout sexisme. Si ce n’est pas une remise en question, je ne vois pas ce que c’est.
- Je n’ai JAMAIS parlé d’échec. D’ailleurs, il y a « succès » dans le titre. Je suis ravie, et surtout honorée, d’être suivie par une telle communauté, qui grossit d’année en année, et avec laquelle j’ai un lien fort (en tout cas c’est ce que je ressens, et j’estime que c’est une très belle histoire).
- Mon message N’EST PAS : « Ma chaîne est un échec parce que je suis une femme. » Mon message EST : « Les youtubeuses scientifiques ne décollent pas parce qu’il y a un problème de sexisme sociétal et culturel qui explique en partie le fait que nous soyons moins nombreuses et que celles qui sont présentes soient moins suivies. »
- Et remettre en question VOTRE déni, VOS a priori, VOTRE comportement, jamais, non, c’est valable pour les autres mais pas pour vous, ça ? L’hôpital, la charité, toussa.

À ceux qui me reprochent de « manquer de preuves, d’arguments, de faits, d’études, de chiffres », effectivement il y en a peu dans ce billet (ce que j’avais d’ailleurs précisé et regretté). Alors ok, d’accord, allons-y.

PARLONS CHIFFRES
- Nombre de youtubeurs scientifiques français au-dessus de 100k abonnés : 6 (Micmaths, Science étonnante, Dirtybiology, Experimentboy, e-penser, Dr Nozman). Nombre de youtubeuses scientifiques françaises au-dessus de 100k abonnés : 0.
- Dans les conventions et assimilés, vous avez croisé combien de youtubeuses scientifiques par rapport aux youtubeurs, déjà ?
- En élargissant à tous les domaines, maintenant. Combien de youtubeurs sont renvoyés à leur sexe de manière dégradante et réduits à un statut d’objet sexuel ? Combien de youtubeuses sont renvoyées à leur sexe de manière dégradante et réduites à un statut d’objet sexuel ?

PARLONS PREUVES
Voici deux-trois petites choses reçues ces derniers jours qui prouvent que le chemin est encore très long.

 


PARLONS TÉMOIGNAGES Et pareil, un échantillon de témoignages reçus ces derniers jours.

 


 

Voilà.
Tout ça va bien au-delà de la question des youtubeurs dans le domaine des sciences. Ça concerne toute la société.
Alors on fait quoi, maintenant ?

Mesdames : faites ce que vous avez à faire, ce que vous avez envie de faire, sur Youtube ou ailleurs. Si vous devez vous poser des questions, la seule valable est celle-ci : si j’étais un homme, est-ce que je le ferais/j’oserais/j’irais ?

Messieurs : auto-censurez-vous. Le sexisme au deuxième degré que vous servirez trois fois l’an renvoie à une réalité quotidienne pour les femmes. Et si vous êtes témoin de propos ou de comportements déplacés, allez discuter avec l’auteur de ce propos ou de ce comportement. Vous serez mieux entendu que la victime ou son entourage féminin.

Le flot de haine et de violence que j’ai vécu ces derniers jours me dit que ça va être encore long. Mais on va y arriver.

Vive Einstein, vive Marie Curie, vive Thomas Pesquet, vive Claudie Haigneré. (Liste non-exhaustive.)

À ceux qui m’ont envoyé des mots d’encouragement et de soutien… merci. 

[HUMEUR] À celles… qui m’accusent de misogynie complaisante (LOL)

avril 3, 2013 dans En vrac, Personnel, Société

[Les commentaires sont fermés jusqu'à lundi matin. Merci à tous et bon week-end :-) ]

Ces derniers jours, un petit groupe de féministes n’a pas tellement aimé le Vinvinteur que nous avons fait sur le sexisme dans la communauté geek. Bon. Pour être féministe moi-même, je sais à quel point le sujet peut être délicat quand ce combat touche autant à coeur. Je comprends donc que l’émission ne leur ait pas plu.


Le Vinvinteur n°22 – Le sexisme sur Internet par levinvinteur

Par contre, je n’admets pas les insultes et autres accusations effarantes qu’elles nous servent depuis des jours entiers. On a le droit de ne pas être d’accord – pas d’agresser ni d’injurier. Je pensais donc faire un billet pour défoncer point par point leurs arguments bidons – ou d’un autre monde.

Et puis en me renseignant sur les personnes à qui j’avais eu affaire, je me suis rendu compte que…

- La jeune femme (@Dame_Moustache) qui me donne des leçons sur la misogynie en entreprise (« Tu ne connais pas cette réalité », m’a-t-elle dit) a 23 ans. J’ai donc travaillé plus d’années que la moitié de sa vie entière.
Elle m’a dit aussi qu’il-ne-faut-pas-rire-des-grands-brûlés-parce-que-les-grands-brûlés-c’est-PAS-drôle. Désolée cocotte, mais j’étais encore la mauvaise cible : j’ai eu une tumeur au cerveau et je suis toujours la première à en rire.
Et de s’enfoncer encore un peu plus : « Ah ouais ?? Et quand tu perdras un proche, tu riras aussi, peut-être !! » Ben ouais. J’ai perdu plus d’arrières-grands-parents que tu n’as (eu) de grands-parents. Et le jour de l’enterrement de ma copine Juliette, suicidée à 25 ans, j’ai dit à mon père en croisant un miroir : « Oh putain, je suis sûre que Juju, dans son cercueil, elle a plus de couleurs que moi. »

Elle a le droit de ne pas rire de ce qui peut (lui) faire mal. Mais qu’elle ne me dise pas de ne pas le faire, moi, si ça me chante. Et je rappelle à cette jeune femme que les grands blessés (au propre comme au figuré) sont souvent les premiers à rire de leurs malheurs.
Je la renvoie pour exemple à l’interview de Jérémy Ferrari que nous avions reçu au Vinvinteur, sur le fait que les handicapés en ont ras-le-bol du misérabilisme et que rire de leur situation est salvateur et rend la vie plus douce.

Pour finir sur l’exemple de cette jeune femme, je me permettrai un conseil (qu’elle sera libre ou non de suivre) : par pitié, ne t’embarque pas dans un débat si tu n’as pas d’arguments plus solides que ça. Ça va que là, en face, c’était moi. Mais si un jour tu fais la même erreur face à un misogyne, tout ce que tu gagneras, c’est de le conforter dans son idée que les femmes sont des idiotes. Alors… pour toi, et pour la cause que nous défendons, abstiens-toi de tenir ce genre de discours bancal. Muscle.

- La jeune femme suivante les cumule : agressive, paranoïaque, insultante envers Jean-Marc, Cyrille et Henri dans un billet qui prouve toute l’étendue de sa bêtise (« La télé, c’est le Mal » – mais oui, meuf, c’est vrai que les féministes comme toi qui partent en guerre à renforts de textes vulgaires et de doigts d’honneurs photographiés et fièrement exhibés devant une poignée de lecteurs, c’est vachement mieux pour la cause féministe que nos interviews de Mar_lard et de Nathalie Magnan sur une chaîne publique…)

Elle va jusqu’à qualifier toute l’équipe du Vinvinteur d’islamophobe… AH AH AH AH AH AH :D Entre autres « sexistes, complaisants, inconscients, nases, cyniques », j’en passe et des plus colorés, elle part du principe bien misogyne qu’il ne peut y avoir qu’un mec derrière le compte d’une émission (alors que… COUCOU, je suis la CM n°1, le jeune homme qui travaille avec moi étant surnommé CM2) et elle part du principe qu’on serait assez pourris et malhonnêtes pour « faire disparaître » l’intégralité de l’interview de Mar_lard de notre chaîne Youtube. Ben voyons. J’appelle ça de la paranoïa pure et dure, moi, hein, quand on accuse d’emblée quelqu’un d’une malhonnêteté qui ne s’est pas produite. Mais allez. Mettons tout cela sur le compte d’une ignorance crasse.

- Et enfin, Mar_Lard. Après m’être « clashée » avec elle sur Twitter – un dimanche matin, je m’en serais bien passé, voyez, mais à un moment quand on m’attaque, j’essaye de comprendre.
Il y a deux solutions : soit Mar_Lard est masochiste. Soit c’est une génie du marketing. Je penche évidemment pour la deuxième solution, et ce sans hésitation.
Je parle en connaissance de cause : je me suis, moi aussi, retrouvée ultra-médiatisée du jour au lendemain sans m’y attendre (CF mon CV-vidéo). Moi aussi, je m’en suis pris plein la gueule : des trolls, des mecs qui s’acharnent, des insultes, des « sale pute, cé de la prostitusion, jvé te violé salope cé tou ce ke tu merite », etc etc, pendant des semaines.
Moi aussi, à chaque fois que je répondais à un journaliste ou que j’acceptais qu’on vienne me filmer, je craignais très fort que mes propos soient déformés, sortis de leur contexte, ou qu’on me fasse passer pour celle que je ne suis pas. J’ai eu de la chance : ça ne m’est jamais arrivé. Jamais. Mais si ça avait été le cas…
Comme j’aurais pris soin de ne pas partager le reportage/l’article/l’émission en question !! Comme j’aurais pris soin de ne pas en parler, d’ignorer ceux qui m’en auraient parlé, de n’en faire aucune mention !!…
Or, Mar_lard n’a pas aimé le montage qui a été fait dans le Vinvinteur n°22. C’est son droit le plus total. Mais si elle voulait vraiment que ce discours qu’elle qualifie de biaisé ou de transformé reste inaperçu, je pense qu’il aurait été plus intelligent de nous envoyer un petit mail pour nous faire part de son mécontentement. Et ç’aurait été tout.
Au lieu de quoi elle s’est épanchée, telle un Caliméro 2.0, sur le méchant journaliste machiste (LOL) et le méchant réalisateur islamophobe (re-LOL) du Vinvinteur, sur un réseau social à forte caisse de résonnance. Résultat : des gens qui n’avaient jamais entendu parler du Vinvinteur l’ont découverte… dans le montage que l’on a fait. Malin, Mar_lard. Très malin.

Comme je suis persuadée que cette jeune femme est très loin d’être stupide, comme je reste persuadée que son article sur le sexisme chez les geeks est d’utilité publique, je pense sincèrement que le fait de chi(al)er sur le Vinvinteur n°22 est parfaitement calculé pour faire parler d’elle/de son combat. Par contre, je suis pas sûre que la méthode soit la bonne, non.

Ces 3 exemples de féministes qui 1) pêche par son ignorance et son inexpérience ; 2) pêche par sa bêtise et son agressivité ; 3) pêche par ses méthodes douteuses pour faire parler d’une cause honorable, m’ont convaincue de ne pas justifier point par point ce Vinvinteur n°22. On ne va pas s’énerver pour une poignée d’extrêmistes (oui, ben oui, je persiste et signe, oui) alors que l’émission a été soit très bien reçue (je passe sur les tweets/DM, mails/commentaires de félicitations et de remerciements), soit moins bien reçue mais par des personnes avec des arguments construits et constructifs, qui ne nous accusent pas de tout (et surtout de n’importe quoi).

Je vous laisse donc faire votre propre opinion, mais avant, je voudrais proposer un petit jeu très amusant à ces trois-là qui manquent cruellement d’humour/de recul/d’auto-critique/de détente du string. Aucune chance que ça vous déride, mesdames, mais bon. Je suis une féministe optimiste, que voulez-vous…

Regardez bien les deux images ci-dessous. Les deux sont tirées de deux émissions différentes, de deux chaînes différentes, de deux programmes de natures différentes.
L’une présente des jeunes femmes filmées par un réalisateur et un producteur sans scrupules dans une reproduction de la réalité : premier degré.
L’autre présente des jeunes femmes jouant des personnages dans une fiction où leurs tronches indiquent clairement qu’elles ne cautionnent pas ce qu’on leur propose de faire : second degré.
Saurez-vous les distinguer ?…

La prochaine fois qu’une émission de télévision met en avant votre combat avec des intervenantes qui sont, soit vous, soit des personnes que vous avez appréciées, revoyez vos priorités : demandez-vous s’il n’y a pas d’autres priorités dans votre lutte contre le sexisme à la télévision-diabolique que de pourrir cette émission-là qui vous a donné la parole.

Les femmes et le féminisme s’en porteront bien mieux.

L’intégralité de l’interview de Mar_lard

Le Gros t’Chat avec Nathalie Magnan (qui a été ma prof et co-directrice de mémoire)

[HUMEUR] Ma réponse à David Abiker

décembre 18, 2012 dans En vrac, Personnel, Société

Monsieur Abiker,

Votre billet sur la « France détestable » m’a fait sourire. Voyez-vous, je me suis exclamé il y a encore quelques jours : « Mais quelle chance on a de vivre en France ! », et je le pense sincèrement. J’avalai alors gloutonnement quelques tranches d’un excellent saucisson dans l’attente d’une tartine copieuse d’une bonne baguette et d’un fromage bien fait.

J’aime mon pays et là où je vous rejoins, c’est que ça n’a rien à voir avec le football (dont je me contre-carre) ni avec sa défense au prix de ma vie (je l’aime plus qu’une patrie). J’aime la France parce qu’elle est riche de montagnes, de côtes océaniques ou d’une mer qu’on nous envie, de forêts girondines et d’étendues labourées, de villages classés et de monuments historiques d’autres âges, d’hectares de vignes dont vous appréciez sans doute le vin chaque jour.

J’aime la France parce qu’elle est riche de festivals, de patrimoine, d’universités, de musées, de bibliothèques, d’associations ; de toutes ces choses qui lient ses habitants, qui les rassemblent autour de rires, d’émotions, de connaissances, de savoir, de divertissement.

J’aime la France parce qu’elle m’a offert les plus belles conditions dans lesquelles une petite fille peut être élevée ; j’aime la France parce qu’elle m’a offert une éducation à l’école publique, un diplôme d’université, des emplois pour subvenir à mes besoins d’étudiantes venant d’une ville non-universitaire ; j’aime la France parce qu’elle m’offre la chance inouïe de m’exprimer sans avoir peur pour ma vie, de choisir ou non d’aller voter, de circuler librement, et de me laisser le temps d’être créative.

Je suis loin d’être riche, monsieur Abiker, je viens de passer dix années parisiennes sous le seuil de pauvreté, et je doute que vous ayez cette expérience, parce qu’avoir eu 20 ans en 2003 était une toute autre paire de manche qu’avoir eu 20 ans en 1989. Je ne paye pas encore d’impôts mais malgré le fait qu’une fois toutes mes factures réglées, mon ventre rassasié et mes économies mises de côté pour en payer l’année prochaine, il ne me reste que de quoi m’offrir Science&Vie et éventuellement une limonade ou deux avec mes amis, j’ai hâte de les payer, ces impôts.

Parce que c’est la France, cette France « détestable », qui m’a sauvé la vie grâce à cet hôpital public payé par l’argent des contribuables. J’aime la France pour ça, monsieur Abiker. Parce que c’est cette même France qui a formé, dans ses universités, le neuro-chirurgien qui m’a opérée.

J’estime être « en bonne santé mentale », monsieur Abiker, et je n’ai pourtant aucun rêve d’ailleurs. J’ai du sang espagnol et j’y vois des policiers violents contre des manifestants, un taux de chômage épouvantable et des côtes méditerranéennes défigurées par le béton touristique. Les nôtres sont (encore) protégées par des lois. J’ai du sang belge et je n’envie pas un pays où le vote est un devoir et non un droit, où le clivage entre Wallons et Flamands est un vrai problème et où le gouvernement a longtemps été fantôme. J’ai de la famille en Angleterre qui rapporte des réalités concernant le système de santé qui font froid dans le dos, où l’alcool est un épouvantable problème de santé publique, où les adolescentes deviennent maman à tour de bras et où la privatisation de beaucoup de services publics devient dramatique.

J’aime la France parce que la corruption n’y est pas (encore) proverbiale comme en Italie ; j’aime la France parce qu’on n’y massacre pas des enfants dans des écoles à coups d’armes à feu en libre circulation ; j’aime la France parce que notre justice n’exécute plus personne ; j’aime la France parce que je suis sûre qu’elle va enfin permettre à tous d’avoir des Powerpoint pourris à leur mariage.

Bien sûr que tout n’est pas rose, monsieur Abiker. Mais je ne suis pas certaine que vous soyez gagnant au Brésil. Iriez-vous en Russie, pays connu pour son fabuleux exemple démocratique ? En Chine ? Au Togo, alors ? Et pour avoir vécu trois mois au Canada, je n’irai m’y installer pour rien au monde. Ils n’ont plus droit d’y faire grève, ni de lire 1984 dans le métro, ils ont des problèmes écologiques terrifiants et ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Voyez-vous, à la lecture de votre billet, je n’y ai pas vu une détestation de la France mais un rejet de ce que vous, oui vous, monsieur Abiker, en avez fait. Tous les problèmes que vous soulevez existent, malheureusement, mais ils n’existent que parce que votre génération a fait les mauvais choix. Bien avant d’avoir l’âge de posséder une carte d’électeur, je pensais déjà que voter à gauche ou à droite (et assimilés) n’avait désormais plus aucun sens. Je l’ai répété le matin du dernier tour de l’élection présidentielle. Le présent me donne, hélas, raison.

Je pense aussi que vous êtes enfermé depuis trop longtemps dans le milieu politico-médiatique et que vous n’arrivez plus à sortir la tête de cet océan de cynisme que vous dénoncez. Pour vous, la France n’est que politique et économie. Bien sûr que vous la trouvez détestable. Mais ce sera la même chose dans un pays portant un autre nom.

Je ne suis ni « frappadingue » ni un « immense pervers ». Pourtant, je n’ai pas envie de partir, parce que malgré ses défauts, ses mauvais penchants et ses ratés, la France a bien plus de richesse, de luminosité et de vie que vous ne le décrivez. Ce n’est pas elle que vous souhaitez fuir. C’est ce que vous en avez fait. Ce n’est pas elle qui vous dégoûte. C’est votre culpabilité.

Permettez-moi d’y rester et de m’y sentir bien, monsieur Abiker, sans me sentir visée par vos accusations de folie ou de perversité. Permettez-moi de continuer à voter de manière à dégager tous ces cons que vous, oui vous, gardez au pouvoir depuis tant d’années. Permettez-moi d’y payer mes impôts avec plaisir, d’y fréquenter ses transports publics, de jouir de cette exception culturelle qu’on nous envie dans le monde entier, d’y travailler sereinement grâce aux lois sociales acquises grâce à des Français qui se sont battus, d’y savourer les trésors de notre terroir désormais inscrit au patrimoine de l’Humanité et d’y côtoyer des personnes issues de l’immigration qui ont conscience, eux, de la chance qu’ils ont d’y vivre.

Et d’ailleurs, monsieur Abiker, même si vous ne me permettez pas tout ça, nous vivons tous deux dans un pays qui m’autorise à le faire.

[PERSO] Je suis née geek… et je m’en suis rendu compte hier

juin 23, 2012 dans Culture, En vrac, Personnel

On ne devient pas geek. On l’est, ou on ne l’est pas. Et c’est non sans émotion que je livre aujourd’hui mon coming-out sur la toile des Internets mondiaux en France : Papa, Maman, votre fille est geek (mais c’est pas grave).

Je soupçonnais bien quelques accointances avec la communauté, me sentant irrésistiblement attirée, mais me tenant toujours à l’écart, persuadée de ne pas y avoir ma place. Et ce n’est pas faux, dans un certain sens.

Mais c’est hier, à l’occasion d’une conversation avec ma coupine, à qui j’expliquais que je me refusais depuis des années de me mettre aux jeux vidéos parce que je savais que j’allais devenir accro et que je n’avais pas de temps pour une énième drogue chronophage, que l’évidence m’a un petit peu sauté à la gueule quand même.

Récapitulons… (Attention, risque de chute de gros clichés, on pourra pas dire que vous n’avez pas été prévenus – ce n’est pas une thèse mais un article de blog pour se divertir – merci, bisous.) (Attention, c’est aussi du 3615MyLife  !)

Si l’on part du principe qu’un geek est une personne qui se divertit par son imaginaire en se passionnant pour des domaines précis (source : Wikipédia, hein) et que ces domaines sont (en vrac) : le jeu vidéo, l’informatique, les sciences, la SF ou le fantastique en littérature ou au cinéma, les séries télévisées, les jeux de rôle, la BD, les mangas, etc…, alors :

- Depuis que j’ai réussi toute seule à déplacer ma petite chaise en bois à l’assise en osier devant la fenêtre de ma chambre, que j’ai grimpé dessus sans l’aide d’une grande personne et que, mes menottes plaquées contre les carreaux, j’ai pu regarder la Lune de tous mes yeux et la bouche ouverte de fascination, je m’intéresse aux sciences de l’Univers.

Mais alors attention, hein : pas juste comme ça en passant, non. Il faut que je sache tout, que je comprenne tout, que j’assimile tout, des notions les plus courantes et les plus intuitives à celles qui dépassent l’entendement humain. Je ne sais pas si on peut appeler ça « se passionner pour un domaine précis (…) dont les sciences (…) » – à ce stade j’appellerais plutôt ça une monomanie ou une obsession, mais, bon, passons.

Et puis ça fera sans doute l’objet d’un autre coming-out (ouais, j’aime bien coming-outer, c’est amusant, tiens.)

- Evidemment, du coup, mon domaine de prédilection au cinéma comme en littérature est la science-fiction (j’y reviendrai). Et le fantastique, aussi, même si c’est dans une moindre mesure.

- J’étais une petite fille très sage. Trop sage, même, puisque je n’ai aucun souvenir de connerie que j’ai pu faire. Sauf… une. J’ai menti une seule fois à mes parents, une seule, et c’était parce que j’avais séché le cathéchisme pour aller jouer à un jeu vidéo sur l’ordinateur de ma copine. (Je vous parle de ça, j’étais en CM1, donc ça devait être en 1991, hein.) Fascinée et attirée de manière irrationnelle par l’informatique et le jeu vidéo, déjà. A un point tel que j’avais osé désobéir et mentir…

- Par la suite, grâce à mes tous jeunes oncles et à mon papa (que je soupçonne d’être un peu geek aussi), j’ai pu manipuler les premiers ordinateurs mainstream (je me comprends). Entourée d’Atari, j’étais irrémédiablement attirée par cet écran bombé, cet univers gris et vert, les touches du clavier que j’adorais enfoncer, le joystick qui me fascinait, et tous les jeux que ça permettait…

(Pour l’anecdote, avant les Atari, je passais déjà pas mal de temps à jouer sur le Minitel. J’adorais le bruit et la sensation du clavier – et que je retrouve un peu sur mon MacBook Air, d’ailleurs… – et j’adorais écrire des lignes et des lignes de lettres ou de mots et de les voir défiler. Et cet underscore qui clignotait… Aaaaaah !! Hum. Bref.)

Modèle sur lequel j'ai fait mes armes. (Trouvé sur Google Images.)

- Mais les jeux d’ordinateur et les consoles (comme la télé, d’ailleurs) étaient interdits à la maison (à part quelques rares jeux éducatifs). Du coup, quand j’allais jouer chez mes copines, je restais rivée sur leur Tetris et leur Game Boy sans réussir à m’en défaire. Et le manque, déjà, quand il fallait rentrer. (Pour l’anecdote, le tout premier jeu payant que je me suis offert sur mon iPad a été un Tetris.)

Du coup, une année, j’ai demandé un jeu vidéo à Noël – sans trop d’espoir. Et je l’ai eu ! (J’ai cru au Père Noël, ce jour-là, j’avoue.)

Pas réussi à trouver de visuel plus net, mais larmichette quand même. (Si vous avez ça dans votre grenier et que vous ne savez pas quoi en faire, hein...)

Forcément, j’étais toujours dessus. Et quand il a fallu le partager avec PtiteSoeur et PtiFrère, ce fut le drame. J’étais tellement accro, déjà… Et surtout, ce n’était pas juste : c’était MON jeu et je n’y avais droit qu’un tiers du temps ! Qu’on me le laisse au moins la moitié, et que l’autre moitié soit partagée entre eux… Mais non. Folle de rage et pour le garder pour moi toute seule, j’ai décidé de le cacher là où PtiteSoeur et PtiFrère ne le trouveraient jamais. Ce fut réussi.

Tellement réussi que je n’ai jamais réussi à le retrouver non plus… Appartement retourné de fond en comble, déménagement des années plus tard… Vingt ans après, Donkey Kong II reste disparu corps et biens.

Et croyez bien que le manque a été long à se dissiper…

- Quelques années plus tard, adolescente, j’ai découvert Tomb Raider lors d’un court séjour chez ma tante. Impossible de m’en défaire. J’étais fascinée. Mais du côté de mes parents, c’était toujours un « non » massif : pas de jeu vidéo à la maison. Ils avaient sûrement raison, vu l’état dans lequel ça me mettait…

Du coup, quand j’ai été assez grande pour prendre mon envol et être raisonnable, je me suis toujours tenue prudemment éloignée de toute sorte de jeux vidéo. Mais ça devient de plus en plus difficile à tenir… Surtout depuis que j’ai découvert ça dans la boîte de la Freebox TV.

AAAAAAAAAAAH !!!!! Vade retro !!!

- Si j’ai toujours dû refouler mon goût pour les jeux vidéo, on m’a en revanche toujours laissée libre de rester collée à un ordinateur. Pour mes 16 ans, j’ai demandé un modem pour qu’on puisse avoir Internet. Je me rappellerai toujours du chèque de 1000 francs que m’avait envoyé mon parrain, avec la carte de visite qui indiquait « Bon pour un modem ». J’étais comme une ouf. (Mon papa aussi, je crois, hihihi.) On allait avoir Internet avec ça…

Mon premier modem <3

Et je peux vous dire que j’utilisais chaque seconde de chaque minute qui m’était allouée. Je ne pouvais déjà plus m’en passer…

Plus tard (beaucoup plus tard), j’ai découvert le code et j’ai adoré apprendre les notions de base. Un jour, quand j’aurai le temps, je me formerai vraiment. En attendant, j’adore « bidouiller » et trouver des trucs toute seule. Ca a quelque chose de magique…

Les sciences, l’informatique et les jeux vidéo… C’est fait. Passons au reste…

- Je ne suis pas spécialement fan de bandes-dessinées, à part les Astérix, Lucky Luke, Ducobu, Boule et Bill, Cédric, et autres Tintin sur la Lune (même s’il y a des chefs d’oeuvre du genre et que j’ai dû lire 12 000 fois la série des Charly quand j’étais jeune).

- Je ne connais pas l’univers des jeux de rôle (mais je sens que si on m’y avait initiée, j’aurais adoré). Cela dit, j’ai ça dans ma dévédéthèque et j’assume, SI SI. (Comment ça, c’est parce que y a Jeremy Irons dedans ??)

- L’accès à la télévision m’ayant toujours été refusé, je n’ai donc pas pu m’habituer à la regarder – et encore moins concernant des programmes réguliers et qui s’étirent dans le temps comme des séries. Cela dit, mon père acceptait souvent de m’enregistrer « Au-delà du réel, l’aventure continue » que nous regardions ensuite ensemble et qui reste pour moi une série culte, et la meilleure (de loin) (comment ça je peux pas savoir puisque je n’en connais pas beaucoup ??) Rien que le générique est un concentré de pur bonheur…

Il y a 3-4 ans, je me suis mise à « X-files » et j’ai tout vu d’un coup. En même temps, je devenais accro à « Lost », que j’ai depuis acquis en DVD. Terrifiant, ça, « Lost ». Le manque était horrible quand je devais attendre plus de 8 jours l’épisode suivant. Flippant… « Kaamelott », aussi, mais je ne sais pas si ça fait vraiment partie de l’univers geek. Quant au reste, jamais vraiment accroché à celles que j’ai tenté de suivre…

(Faudrait que je me mette à « Star Trek », quand même. Jamais vu. Ouais, je sais. Je sais.) (Et à « Docteur Who ». Et à… Ouais, bon. Ok.)

- Côté de films, j’étais tellement fan de « Retour vers le futur » que c’est le tout premier coffret DVD que je me suis offert (avant même n’importe quel film avec Jeremy Irons, c’est dire !!) Ce truc est cultissime. Je connais les trois par coeur depuis ma plus tendre enfance.

Je n’ai jamais réussi à lire « Le Seigneur des Anneaux » malgré les encouragements de mon père qui a tenté de m’y coller plusieurs fois. (Le style de Tolkien que je trouve imbitable, sans doute…) Mais c’était une de mes plus grandes claques de cinéma.

Et surtout, last but not least« Star Wars ». Je suis de la génération dont les parents ont fait découvrir la trilogie en VHS avant de la redécouvrir au cinéma. J’étais dingue. J’en avais des posters partout dans ma chambre. Je me prenais pour la Princesse Leia, je me coiffais comme elle. Je voulais épouser Dark Vador. (Je veux toujours épouser les méchants, cherchez pas, c’est comme ça.)

Lors d’un séjour en Angleterre en classe de 4ème, je me suis acheté un t-shirt Star Wars à Londres. La crétine de vendeuse avait oublié de retirer l’anti-vol plein d’une encre bleue indélébile. Ca l’a donc taché d’abord, puis troué ensuite quand il a fallu découper autour pour l’enlever. Je ne le quittais pas. Et un jour, il n’y a pas si longtemps, j’ai dû me résoudre à le jeter. Il était tellement usé jusqu’à la corde que même en chiffons il n’aurait servi à rien.

Je fais partie de la team déçu-par-la-trilogie-des-I-II-III et je suis comme une ouf à l’idée que les vrais de vrais vont ressortir en 3D au cinéma. CAN’T WAIT.

- En parlant de t-shirt… J’adore les t-shirts à l’effigie de trucs et de machins qui me bottent ou qui me font marrer. Le problème, c’est qu’il n’y a rien de moins glamour qu’un t-shirt, pour une fille. Et comme j’aime bien montrer mes nichons mon décolleté, j’achèterai des hauts de geek quand ils feront vraiment des trucs féminins. A bon entendeur…

(Bon, ok, j'ai récemment fait une exception pour celui-là...)

Et les gadgets… J’adore les gadgets de trucs de geeks. Mais ça, c’est comme les jeux vidéo : je refuse de tomber dedans. Sinon, on me perd ! Et je n’irai pas à Disneyland au Comic’Con de juillet prochain même si j’en ai l’occasion rêvée, NON NON NON. Bref…

Voilà. Je crois que le doute n’est plus permis. Avec le recul, je crois que c’est clair. A l’aube de mon trentième anniversaire (29 ans, les gars, je vais passer à 29 années à arpenter notre jolie planète), je le dis, l’assume, et le revendique : je suis une bonne grosse geek qui tache. Eh ben ça va mieux en le disant !

[CV-VIDEO] Deux ans… enfin !

novembre 22, 2011 dans En vrac, Personnel

Et voilà. Ça fait deux ans.

Je ne dirai pas que c’est passé vite, parce qu’il y a eu quelques mois très difficiles. Je ne peux pas dire non plus que c’est passé lentement tellement j’ai l’impression que c’était hier.

C’était une semaine de ma vie, dense, éreintante, fascinante, pleine de leçons, un peu hors du temps, et je peux dire désormais qu’elle a changé le cours de mon existence.

***

Dimanche 15 novembre 2009. J’ai l’idée. Le besoin, du fond des tripes, de créer. J’écris quelques phrases sur un bout de papier. Les images et la construction arrivent tellement vite dans ma tête que j’ouvre immédiatement un fichier Excel pour y construire le découpage détaillé, mot pour mot. J’écris. Le texte de la voix-off, les enchaînements. J’écris. Le résumé de ma vie. Sans y penser, sans m’y attarder, sans faire le point. Il faut avancer, je n’ai pas le choix, c’est ma dernière année d’étude, il me faut absolument ce contrat.

J’envoie des mails. Besoin d’une amie pour cadrer et pour m’aider à la mise en scène. Besoin du trépied d’un pote. Besoin d’un carton pour faire ma pancarte. Et puis c’est à peu près tout, finalement. Tout le reste, je l’ai : l’appareil photo pour les images, Windows Movie Maker pour le montage – que j’apprendrai au fur et à mesure – la musique, la voix, les décors, les costumes, les accessoires qui nécessiteront quelques courses quand même…

Le lundi, je fais ces courses. Je visionne toutes les archives de vidéo que je peux avoir de mes passages sur scène. Je peaufine le scénario, le texte, le découpage, je vais chercher le trépied, je travaille le ton d’André Dussollier ; et accessoirement je vais en cours.

Le mardi, je tourne les plans à la fac et je commence le montage avec les éléments que j’ai déjà. La voix-off brouillon m’aide à tout caler, je sélectionne les bouts de répliques de mes passages sur scène dont j’ai besoin, je resserre le texte pour donner plus de rythme, je rajoute quelques vannes visuelles… Et puis, j’ai cours toute la journée.

Le mercredi, je parcours Paris et ses environs pour aller prendre en photo mes anciens jobs, je continue à monter les éléments au fur et à mesure qu’ils arrivent, et je ne dors pas. Je ne dors plus depuis dimanche. Trop d’excitation. Je crée, enfin, ça fait du bien. Et je n’avais jamais fait ça avant. Un court-métrage, de A à Z. Je n’avais jamais monté une seule image, jamais filmé quoi que ce soit. J’organise la journée du jeudi, la journée de tournage.

Le jeudi, tournage. Ereintante journée, excitante journée. Le soir, tard, quand la lumière fuit, je m’écroule et je regarde les rush. Malgré l’épuisement, un sourire émerveillé sur mon visage. Ce que j’avais dans ma tête ressemble trait pour trait à ce que je vois sur l’écran de mon PC. Battements, battements, battements de cœur…

Le vendredi, montage. Je me découvre tellement perfectionniste… Je m’apprends au fur et à mesure que j’apprends la technique. Je m’apprends beaucoup, en fait… Et je ne dors toujours pas.

Le samedi, fac le matin, expo l’après-midi avec mes parents exceptionnellement de passage à Paris. Le soir, réunion familiale. Je m’écroule sur le canapé et je dors 3 heures. Je continue le montage quand je rentre, jusqu’au milieu de la nuit.

Le dimanche, je tourne les derniers plans, ceux avec mes parents. Et l’après-midi, je les intègre. Le soir, je décide d’arrêter de peaufiner. Je regarde la résultat.

Battements de coeur.

Il est là. C’est moi qui l’ai fait. J’ai envie de pleurer. Il est tel que je l’avais imaginé. Parfait. Imparfait, sans doute, comme un enfant qui a forcément des défauts. Mais c’est le mien. C’est moi qui l’ai fait. Il est parfait. Je pleure. Je ris.

Je le regarde une dixième fois avec tout le recul dont je suis capable. Un seul petit minuscule doute, et je le garde pour moi. Je connais trop les risques de la viralité du web… Il ne pardonne pas. Peu de chance que ça change ma vie de manière positive. De grandes chances qu’elle bascule du côté du cauchemar, en revanche… Pas vraiment de droit à l’oubli. Pas vraiment le droit de me planter.

Je la regarde, cette dixième fois. Attentive. Grave. Battements de coeur.

Je n’ai aucun doute.

Surprise. 

Première fois de ma vie que j’ai autant foi en quelque chose que j’ai créé. Larmes de fatigue. De fierté, aussi…

97%… 98%… 99%… Youtube l’a avalée. Il se l’est appropriée. Je la lui ai confiée. Ma vidéo…

Nous sommes le dimanche 22 novembre 2009 et le CV-vidéo façon Amélie Poulain est en ligne. Un morceau de moi est accessible à qui veut…

***

Nous sommes le 22 novembre 2011 et je regarde la pancarte que j’ai gardée – de justesse (je m’apprêtais à descendre aux poubelles quand une amie m’appelée pour m’informer du début de tout le ramdam…)

Battements de coeur.

Battements de coeur, parce que s’il n’a pas eu l’effet escompté sur le moment, je sais aujourd’hui que ceux qui me répétaient qu’il aurait un effet à long terme avaient raison.

***

Lundi 29 août 2011. Je pensais de plus en plus, de manière dangereusement sérieuse, à tout plaquer pour aller m’installer à Metz et reprendre une carrière de caissière jusqu’à la fin de mes jours.

22h03. Vinvin, lui-même, m’envoie un DM. Huit jours après, le mardi 7 septembre, j’étais embauchée chez StoryCircus, sa société de production, pour travailler sur une nouvelle émission, ambitieuse et folle, sur France 5 : Le Grand Webze.

Vinvin m’avouera plus tard qu’il s’était souvenu de mon CV-vidéo. Presque deux années après, il aura été la porte d’entrée à un poste auquel je n’aurais jamais osé rêver.  

***

Je n’ai pas envie de revenir sur ces deux années. Elles ont été difficiles. Pleines d’enseignements de toute sorte, bien sûr. Riches, d’une certaine manière. Mais finalement pas très agréables, malgré de bons moments.

Aujourd’hui, je souhaite les mettre définitivement derrière moi. Je voudrais remercier ici toutes les personnes qui ont vu, aimé et partagé ma vidéo par mail, sur leur blog ou sur les réseaux sociaux.

Je voudrais remercier Virginie Sarrazin sans qui ce court-métrage n’aurait jamais vu le jour. Son oeil de metteur en scène et sa manie du détail m’ont été indispensables.

Je voudrais remercier mes parents qui m’ont soutenue financièrement et moralement plus que de raison.

Et je voudrais remercier Vinvin. Bien sûr. Il est en face de moi à l’heure où j’écris cette phrase. Et voilà que ma gorge se serre et que les mots me manquent…

Je voudrais remercier tous ceux qui, de près ou de loin, m’ont permis d’arriver, ici, aujourd’hui.

***

En fait, j’aurais aimé écrire un billet rigolo. Un truc un peu léger, pour présenter l’émission en même temps et dire à quel point je m’y épanouis – tant de travailler avec des personnes impressionnantes de talents et de bonté d’âme (coucou Cyrille, coucou Henri !) que d’effectuer les tâches qui me sont confiées.

Mais je n’y arrive pas. L’émotion et la reconnaissance sont si fortes parfois que les mots – même écrits – sont impuissants.

Alors voilà. Ca fait 2 ans. Enfin. Je vais essayer d’arrêter d’avoir peur du lendemain et de prendre confiance en l’avenir. Le présent est si lumineux…

MERCI.

___________________________________________________________________________________________________________________________________

Virginie Sarrazin, c’est ma coupine. On s’est rencontré à l’Ecole de Comédie Musicale des 3 Arts. Elle est comédienne, metteur en scène, chanteuse et auteur : elle a donc beaucoup de talents.

Vous allez me dire : je vais pas dire le contraire vu que c’est ma coupine. Certes. Mais justement, pour vous prouver que je ne dis pas ça juste parce que c’est ma coupine, allez donc vous en rendre compte par vous-même : elle est Madame de Réan (en alternance) dans l’adaptation musico-théâtrale des Malheurs de Sophie. Si vous avez des enfants, je vous le conseille vivement, c’est un très bon spectacle !

Et elle joue et co-met en scène un autre spectacle dont voici la très jolie affiche.

affiche-Vi.jpg

Les Malheurs de Sophie sont très connectés puisqu’ils ont un site officiel et une page fan. Ma coupine aussi d’ailleurs, puisqu’elle a un site, un blog et un compte Facebook.

Vinvin (aka Cyrille de Lasteyrie) est auteur et comédien. Il est également co-producteur et co-animateur du Grand Webze. Il est devenue une star des Internets mondiaux avec Bonjour America, des sketchs en vidéo à l’époque où Youtube et Dailymotion n’existaient même pas.

Aujourd’hui, c’est toujours une star des Internets mondiaux puisqu’il a un blog très visité, un compte Twitter très suivi et une websérie très appréciée (dont voici le premier épisode de la deuxième saison).

Et puis il y a Le Grand Webze (se cache ici un lien non-officiel, CHUUUT.)

Le Grand Webze, c’est l’émission sur laquelle je travaille. J’en suis sa community manager, responsable du foule-cherchage et lien avec les internautes lors des directs.

La prochaine émission sera vendredi 25 à 23h40 sur France 5 et elle sera évidemment passionnante et très interactive.

Vous pouvez suivre son actualité sur TwitterFacebook et le blog officiel où nous proposons aux internautes de nous aider à la préparer (c’est le concept, en fait).

Et puis aussi, on a un documentariste qui nous suit au quotidien et qui poste des vidéos des coulisses de la prod régulièrement sur son blog dédié.

[PERSO] A ceux… qui verront se lever le jour d’après

août 11, 2010 dans En vrac, Personnel

[Parce qu'elle a survécu (mais qui en doutait ?), j'ai l'immense joie de laisser la parole à Marie, qui me fait l'honneur de ce premier billet depuis sa sortie de l'hôpital. Je n'aurai pas l'indécence de m'exprimer plus longuement et je lui laisse la parole, en lui souhaitant la bienveune dans le club des "p'tits gars solides"... The show will go on !!]

H 103547184 F 2522439 C….. MARIE 29 ans. Et un code-barres en-dessous. Le tout imprimé sur un petit bracelet en plastique, couleur vert hôpital, qui ressemble à ces bracelets en plastique qui nous servaient de clef de vestiaire à la piscine quand j’étais petite. Ce petit bracelet, je crois que je l’aurai toujours sur moi, ou jamais bien loin. Une fois la languette rabattue, on ne voyait plus que quelques chiffres, un code-barres et « 29 ans ». Je suis restée un moment hypnotisée par ce bracelet sur mon poignet bronzé. Bronzé par quelques jours de tango en Espagne avant de… On ne meurt pas d’une opération d’une tumeur au foie. Ce n’était pas une peur rationnelle. Mais elle était là, et je savais qu’elle ne partirait qu’avec la tumeur.

Ça ressortait bien, mon bronzage, sur le drap blanc de ce lit d’hôpital. Je n’avais pas de vernis à ongles, parce que je n’avais pas le droit de porter de vernis à ongles, parce qu’au bloc, t’as pas le droit, c’est tout. Il y a des choses, comme ça. Et on a pas envie de demander pourquoi. Pourtant, moi, je demande toujours pourquoi, c’en est même pénible. Mais là, je disais oui à tout, je ne posais plus de questions.  J’étais à poils sous une blouse d’hôpital, avec des bas de contention en coton aux jambes. J’essayais de trouver ça drôle.

J’avais dormi peu et d’un sommeil chimique, je pensais à tant de choses et de gens, à des souvenirs, à des projets. A mon meilleur ami qui ne m’avait pas appelée une seule fois depuis l’annonce de ma maladie. Et je me disais que si je me réveillais, je ne lui demanderais pas pourquoi, je ne lui demanderais plus rien. Il ne connaissait même pas la date de l’opération. J’ai pris des photos pour déconner, je les ai mises en ligne, j’ai vérifié que mes messages étaient prêts. Parce qu’il y avait des gens qui s’inquiétaient pour moi, un peu ou beaucoup, et il fallait bien qu’ils sachent comment elle finissait, cette histoire. Et c’est ma mère qui était chargée de ça. J’avais écrit un message qu’elle enverrait sur twitter à ma place, pour dire que j’allais bien, que je dormais mais que j’allais bien. Je lui avais montré comment accéder  au brouillon que j’avais écrit sur mon téléphone : il n’y avait plus qu’à poster. J’avais fait la même chose pour les amis plus proches, à qui elle devait envoyer un sms collectif déjà rédigé par mes soins. Tu vas dans « messages », tu vois ? Tu appuies là, et là, et hop ! ça part. C’est tout simple. J’avais aussi écrit deux brouillons sur un moleskine posé sur ma table de chevet, avec ce qu’il faudrait mettre si je ne me réveillais pas. Parce que, oui, j’y pensais.

Et puis je pensais à autre chose. A ce billet qu’une inconnue avait écrit pour moi et qui m’avait tant touchée. Une belle inconnue avec une fleur dans les cheveux. Ça n’arrive pas tous les jours. A ma famille qui faisait semblant de me croire quand je disais que non, j’avais pas peur, que c’était rien, en fait, que ce serait vite passé. A mon frère, devant qui je m’en voulais d’avoir fondu en larme un soir où l’angoisse était plus forte que d’habitude, parce que je venais d’apprendre que l’IRM montrait une deuxième tumeur. A ma maladresse et aux choses que je n’avais pas dites, ou alors si mal que j’aurais mieux fait de me taire. Au corps perlé de sueur de cet homme que j’avais éventé une nuit trop chaude, et qui avait bien voulu aimer un peu le mien. J’ai pensé à moi, aussi, beaucoup. A mon ventre qui ne serait plus jamais le même. Je pensais en vrac de toute façon, parce que le calmant qu’on m’avait donné commençait à faire effet et étrangement, je n’avais plus peur.

Les infirmiers sont venus me chercher, ils ont fait glisser mon lit jusqu’à la salle d’opération. Ils étaient gentils et on s’est raconté des conneries. Et puis j’ai vu tous les autres, ceux qui vous endorment, ceux qui vont vous ouvrir.

***

Dix heures plus tard, j’ai repris connaissance  dans le brouhaha des salles de réveil que j’avais déjà connu pour de petites interventions. J’avais mal partout. Tellement que je n’étais plus très sûre de vouloir me réveiller. J’ai d’ailleurs dormi pendant les deux jours qui ont suivi, pour échapper à la douleur. Je me réveillais parfois, je n’en ai presque aucun souvenir. Juste cette douleur et la main de ma mère qui tenait la mienne. Dans le brouillard j’ai pensé à ceux qui avaient été là, j’ai vérifié que les messages étaient bien partis et je me suis rendormie.

J’ai passé les jours suivants à lutter contre une douleur qui, je dois l’avouer, a été bien supérieure à ce que j’avais imaginé, malgré la morphine et le reste. Et je ne veux plus y penser.

Je pouvais assez peu bouger, mais je voyais toujours aussi nettement ce bracelet autour de mon poignet, et je repensais à ces 29 ans en voyant tout ce qui m’attendait encore. J’ai des projets dans mes tiroirs qu’il va falloir faire aboutir. Mais pour ça, il va falloir que j’arrête d’en vouloir à ce corps qui m’a fait tant de mal.

Ce petit texte est juste là pour remercier ceux qui ont été là, depuis le début ou pas, en public, en privé, par la pensée, avec des petits mots, de la musique, des images, pour me faire penser à autre chose. Ils ont bien eu raison, parce que voilà, c’était un sale moment à passer, mais il est passé, et ce qui compte c’est ce qui vient après.

Vous n’imaginez pas tout ce que j’ai envie de faire depuis que je ne suis pas morte.

[PERSO] A ceux… qui doivent survivre

août 1, 2010 dans En vrac, Personnel

Au docteur Sage, au professeur Bazin, et au professeur George. Et à Gargamel – malgré tout.

A tous ceux qui ont été présents. Aux sourires de mes parents.

A @LAuvergnate. Et à tous ceux qui devront subir cette épreuve.

A Sandrine. 

 

26 juillet 1983 – 13 janvier 2000

Cette épitaphe tournait dans ma tête en boucle, obstinément, entêtée comme une vieille mule. Et pourtant je n’étais pas vieille. Et dans ma tête, il n’y avait en fait ni épitaphe, ni boucle, ni mule. Juste un gros oursin.

Cela faisait quelques jours que j’étais gênée. Une tache noire translucide avait élu domicile dans mon champ de vision – du côté droit seulement. Ça m’agaçait plus qu’autre chose. Je pensais à une poussière que je n’arrivais pas à déloger, ou je ne sais quoi d’autre encore (depuis plusieurs années, j’avais des soucis avec mes yeux).

Maman faisait une salade, je suis allée me plaindre, elle pourrait peut-être me donner un conseil pour que ça s’en aille. Elle a froncé les sourcils. S’est essuyé les mains au torchon, m’a emmenée répéter à Papa. Ils m’ont questionnée, examinée, comme des parents un peu inquiets. Ils ont pris au sérieux une gêne qui n’était pour moi rien de plus qu’un bobo passager, comme quand ça lance quelque part, sans raison particulière, et que ça passe.

Le lendemain midi, ils téléphonaient à l’ophtalmo. J’avais rendez-vous le soir même. D’habitude, le délai était de six mois. Ça m’a amusée. Je m’en suis vantée.

Je ne suis pas restée plus de deux minutes dans le cabinet. L’ophtalmo m’a envoyée à l’hôpital pour faire un scanner. Et nous a sommées, Maman et moi, de lui transmettre les résultats dès qu’on les aurait. Elle nous a donné son adresse personnelle – il était déjà tard.

J’ai passé le scanner. Je suis restée assise sur la planche, les appariteurs derrière la vitre me posaient des questions dont je ne comprenais pas vraiment le sens. Un médecin est arrivé, m’a demandé de pousser« comme si j’allais à la selle ». Puis il m’a dit : « Vous avez quelque chose qui pousse derrière l’œil. »

Je n’ai pas compris quel était le sens de « pousser ». Grandir, ou appuyer ? J’ai répété ça à Maman. Nous sommes allées transmettre les résultats à l’ophtalmo, qui nous a ordonné d’aller le lendemain matin passer une IRM à Reims.

En rentrant à la maison, j’ai pris tout mon temps pour défaire mes chaussures avant de franchir la porte d’entrée. Maman m’avait devancée, pour tenir Papa au courant. Et puis je suis entrée. Je n’ai pas allumé la lumière de l’entrée, celle de la cuisine suffisait. Je me suis adossée à la porte recouverte d’une fine planche de bois. Et je me suis mise à pleurer, silencieusement. Je ne comprenais pas. Maman a fini par me voir et m’a prise dans ses bras.

C’était quelques jours avant Noël. J’avais 16 ans. Et quelque chose poussait dans ma tête, à l’intérieur de moi.

Très vite, j’ai su que la tumeur – le mot était lâché – était bénigne. Pas de cancer, pas de chimiothérapie, donc. Il suffisait de l’enlever. Y avait qu’à.

La question de la manière de procéder s’est posée. Par le nez, comme les Egyptiens qui embaumaient leurs momies, ou par le haut, ce qui sous-entendait une opération lourde, à cerveau ouvert ? La taille et l’emplacement de la tumeur ont tranché.

On allait me trépaner.

Le neurochirurgien, un homme jeune, maigre, éminemment sympathique, aux yeux les plus bleus qu’il m’ait été donnés de voir, et ne se départant jamais d’un sourire doux, m’a annoncé la nouvelle. Il m’a expliqué comment il allait procéder.

Il ne me raserait pas entièrement – ce n’était pas nécessaire, et une jeune fille de 16 ans devait tenir à de si beaux cheveux – mais seulement le long d’une ligne qui partait de la gauche de mon front pour aller jusqu’à l’arrière de mon oreille droite, en faisant un arc de cercle sur mon crâne. Ils seraient obligés de me casser la mâchoire – mais en douceur – pour pouvoir ouvrir la boîte crânienne sans être gênés. Ils rabattraient la peau de mon front sur mon visage et scieraient le crâne – mais pas avec une scie comme on en voit dans les films d’horreur. Ils retireraient la vilaine tumeur, refermeraient ma tête, remettraient la peau en place, et ce serait de l’histoire ancienne. Seule la cicatrice resterait, mais cachée par l’épaisseur de ma chevelure.

Bien sûr, il s’appliquerait. Si j’avais été une vieille dame de 90 ans il ne serait peut-être pas aussi soigneux, mais là, il m’assurait dans un sourire encore plus doux, il ferait le plus consciencieusement possible pour que je reste aussi jolie que je l’étais, pour les garçons, c’était de mon âge. On n’y verrait que du feu. Il me le promettait.

Alors bien sûr, ce n’était pas sans danger. Une opération de trois heures de ce genre était toujours un peu lourde. Il y avait un risque que le cerveau soit touché. Mais il ne fallait pas que je m’inquiète. Il faisait ça tous les jours, et il n’y avait jamais eu de problème. Là peut-être, il me précisait d’un sourire encore plus doux que doux, il y avait quand même le risque que je perde mon œil droit. La tumeur prenait mon nerf optique pour un hamac – d’où la tâche noire qui me gênait – et ce nerf était bien fragile. Mais il s’appliquerait. Il me le promettait. Je n’avais pas à m’inquiéter. Du tout. Ni pour mon oeil. Ni pour mon cerveau.

Ni pour ma vie.

Aucun danger, donc, soit-disant, mais ils ne voulaient pas prendre le risque de m’opérer avant le passage à l’an 2000. A cause du bug. Personne ne savait comment les systèmes informatiques des hôpitaux allaient réagir.

Mon entrée au CHU de Reims était prévue le 11 janvier, pour une opération le 13. Il fallait une journée entière d’examens complémentaires.

Quelques jours avant Noël, cette année-là, je connaissais la date de ma mort.

26 juillet 1983 – 13 janvier 2000

J’étais persuadée que j’allais mourir. Et j’en connaissais jusqu’à l’heure exacte. J’ai passé ces vacances à osciller entre abattement absolu et euphorie hystérique. La Tempête de Décembre-99 illustrait plutôt bien mon état intérieur. Et je n’ai aucun souvenir du passage à l’an 2000.

A la rentrée de janvier, j’allais quand même au lycée. J’étais déjà partie, pourtant. Dans ma tête. Dans ma tête. Dans ma tête un peu trop pleine.

Trop pleine de souvenirs heureux que je ne voulais pas oublier. Trop pleine d’amour pour des proches que je ne voulais pas quitter. Trop pleine de projets d’avenir que je ne pourrai plus faire. Trop pleine de colère, d’incompréhension, d’injustice, et d’impuissance.  Trop pleine de la rage la plus violente. Trop pleine de vie, dont je voulais encore, encore, ENCORE. Trop pleine de la mort, à laquelle je me résignais, en la repoussant pourtant de toutes mes forces, de toute mon âme.

Trop pleine de cette boule maudite, venue d’on ne sait où. Je ne le saurai jamais.

La peur. La peur, celle qui vous prend aux tripes. La peur. La peur la plus pure, la plus originelle, la plus… Celle qui vous pétrifie.

La peur.

L’opération a finalement duré six heures. Ils n’avaient pas vu à l’IRM la forme de l’oursin. Il a dû retirer un à un tous les piquants. Et n’a pas eu d’autre choix que de couper les muscles de la paupière droite pour les atteindre.

Et je me suis réveillée.

J’étais vivante.

On m’avait coupé la tête en deux, et je n’ai eu droit pour combattre la douleur pendant ces trois semaines d’hôpital qu’à de l’Efferalgan. De la morphine, point.

Mon œil doit, privé de muscles, restait fermé. Mon œil gauche, traumatisé, était gonflé. Ma mâchoire, cassée, pouvait à peine s’ouvrir. Je pouvais à peine voir, à peine parler, à peine manger. Heureusement, je dormais.

Seules quelques voix ne provoquaient pas d’horribles maux de tête, et semblaient même les apaiser. Des voix. Les voix de ma famille. Celle d’André Dussollier, dont j’avais un livre sonore dans mon walkman. Celle de Jeremy Irons, dont j’avais enregistré les seuls dialogues de Scar du Roi Lion. Celle de PPDA, qui prenait le relais le soir quand les visites étaient finies.

A la rentrée de février, je suis retournée au lycée. Borgne. Un bonnet sur la tête pour protéger et cacher la cicatrice. Incapable de lire, d’écrire. Dormant sur ma table toutes les après-midis. Devant subir les regards.

Les regards.

Si seulement j’avais pu les rendre.

Au mois de juin, après des semaines sans 3D et sans couleurs, ma paupière s’est rouverte. Un peu.

Le monde, le monde !… Ses formes, ses couleurs, sa beauté, mon dieu, sa beauté…

Février 2005. Quatrième et dernière opération de reconstruction de la paupière. Ce n’est pas parfait. Je resterai légèrement défigurée à vie. Je ne pourrai plus jamais fermer les yeux naturellement. Mais je vois. Et je suis vivante.

Vivante. Et voyante.

Si tout cela sort aujourd’hui, c’est parce qu’une personne que je ne connais pas est en train de vivre la même épreuve. @LAuvergnate est dans sa chambre d’hôpital et subira demain matin l’ablation d’une tumeur au foie.

Je suis depuis quelques heures sur Twitter ses angoisses, ses peurs, ses larmes, et ses appels à notre soutien. Je veux qu’elle sache qu’avec ce billet, je lui tiens la main.

Je veux qu’elle sache que tout ira bien. Et que lorsqu’elle s’éveillera, elle prendra conscience de la beauté, du miracle, de la fragilité, de la force de la vie.

Je veux qu’elle sache que le meilleur, que le plus beau reste à venir.

Je te tiens la main, Marie.

[CV-VIDEO] Suite et fin

mai 13, 2010 dans En vrac, Personnel

J’ai signé. Ca y est, je me suis inscrite à la fac, ça y est, un employeur a bien voulu de moi.

Ne vous réjouissez pas trop vite. Ce n’est pas un contrat d’apprentissage, et je ne l’ai pas trouvé grâce à mes efforts de recherche d’emploi, que ce soit de manière classique ou par mon CV-vidéo.

Une camarade de promo a démissionné de son stage. Je la remplace donc. Mon employeur n’a même pas demandé à voir mon CV, à me rencontrer, à lire quelques-uns de mes articles. Non, elle a besoin de quelqu’un, ma camarade lui a parlé de moi, elle a dit d’accord. 

J’ai donc commencé mon stage à Planète Campus début mars, pour une rémunération de 398 € par mois. Autant vous dire que ce n’est pas assez pour payer mon loyer. Mes factures n’en parlons pas. Ni de la carte Orange, des courses, du train, de la laverie automatique, des livres pour la fac, etc… 

C’est ainsi.

Avais-je vraiment d’autre choix que d’accepter ? Non. C’est la seule façon de sauver mon année.

En tout cas, le fossé entre le succès de ma vidéo et la manière dont je suis finalement employée n’aura jamais été aussi grand.

Ce n’est pas très agréable. A vrai dire, je suis perplexe. Je ne sais pas quoi penser de cette situation. Je n’ai que des questions sans réponse.

Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi cet échec, malgré ce succès ? En ai-je trop fait ? Certes, ce que je cherchais était particulier ; mais pourquoi si peu d’autres propositions dans le journalisme ? La crise, vraiment ? Ai-je fait peur ? Ai-je paru trop « artiste » pour mériter ma place dans une rédaction ?

C’est une liste de questions non-exhaustives. Je cherche à comprendre, je n’y arrive pas. Peut-être parce que je n’ai pas assez de recul.

Si vous avez des idées, n’hésitez pas à les partager. Je peux tout entendre. Les commentaires vous sont ouverts…

 




 

[CV-VIDEO] Deux mois après, un premier bilan (4/4)

avril 20, 2010 dans En vrac, Personnel

4) Entre (petite) notoriété et (grosses) contrariétés


Vue de l’extérieur, ma situation avait certainement tout d’enviable. J’en ai croisés, des regards différents : admiratifs, jaloux, envieux, amusés, curieux, intrigués, bienveillants, attentionnés…
J’en ai entendu, des paroles gentilles (et j’en remercie chaudement leurs auteurs) :
« avec ce buzz, tu vas carrément tout de suite trouver un CDI dans une grande chaîne ! », « c’est génial, bon je libère ta ligne, y a sûrement 20 employeurs qui essayent de te joindre, là », « tu vas avoir l’embarras du choix, bravo ! », « c’est dingue ce que t’as fait, tout le PAF doit être à tes pieds », « bon alors, c’est quoi les nouvelles ?? tu veux pas nous dire parce que c’est du lourd ? »


C’était du lourd, oui. Du lourd de néant. Tout le PAF n’était pas à mes pieds, 20 employeurs n’ont pas essayé de me joindre, on ne me proposait pas de CDI, les grandes chaînes restaient désespérément muettes, et mon téléphone aussi.


Enfin non. Mon téléphone n’a pas arrêté de sonner. Des journalistes, tous les jours. Tous les jours, pendant 3 mois. Et à chaque fois, la même rengaine. « Vous auriez le mail de votre red’chef, ou un contact à la RH ?… » Jamais, jamais je n’ai pu décrocher le moindre mail, le moindre nom, le moindre numéro de téléphone. J’étais furieuse, bien sûr. D’autant plus que les excuses pour ne pas me donner ces informations étaient souvent foireuses. Ces journalistes avaient certainement peur que je leur vole leur job, je ne vois que cette explication. En tout cas, ça en disait long sur la situation de la presse en France, et, plus globalement, sur la peur du chômage… Donc, au bout du compte, je ne leur en veux pas vraiment.


En tout cas, j’avais beau être très demandée par les médias, je piquais toujours dans mon livret A pour faire mes courses. Réalité un peu moins glamour… (Merci Papa Maman de m’avoir payé ma Carte Orange. La RATP ne fait pas de tarif chômeur. Dommage.)


Toute cette période un peu folle a été rythmée par des situations en dents de scie. Pas faciles à gérer émotionnellement, moralement, nerveusement, et physiquement, elles m’épuisaient de toutes les manières que je viens de citer. En voici quelques exemples représentatifs.


- Suivie par la télé belge le matin, virée comme une malpropre le soir

J’étais fébrile : juste avant les vacances de Noël, une boîte de prod (vous n’aurez pas son nom, faudrait me payer très, très cher pour que je leur fasse de la pub) m’avait appelée et était prête à m’embaucher. C’était le résultat d’une candidature suite à une annonce sur Profilculture – non, ils n’avaient pas entendu parler de ma vidéo, et oui, je continuais à chercher par la manière « classique ». 


Je passe sur les vacances de Noël à passer des heures à commencer en télé-travail, en même temps que le baby-sitting de deux enfants (mais pas le week-end, quand même), les réponses aux sollicitations des journalistes, l’envoi de candidatures tous les jours, la surveillance de mon e-réputation (sur rue89, notamment), et, très accessoirement, du repos (ahahah) et les fêtes de famille.


Nous nous étions mis d’accord pour nous rencontrer « en vrai » avant de signer quoi que ce soit, mais ils m’attendaient de pied ferme le mercredi de la rentrée pour commencer à travailler. Bon. Ok.


La veille, la RTBF me contacte : ils voudraient me suivre pour un reportage. Ce premier jour prévoyant une embauche est une aubaine pour eux : on se donne rendez-vous à l’adresse de la fameuse boîte de prod. C’était tôt le matin avant l’heure à laquelle j’étais censée arriver – je ne voulais pas, pour mon premier jour, rappliquer avec des caméras. Routine habituelle : installation du micro, prises de vue refaites plusieurs fois dans la rue sous les regards intrigués des passants, interview, plans de coupe, etc. Un moment très agréable, en somme. J’avais la banane pour la journée. Du moins, je le pensais…


Ca s’est très mal passé. Visiblement, nous nous sommes mal compris. Il m’avait pourtant semblé avoir été claire… Je m’en suis pris plein la figure comme jamais ça ne m’était arrivé. Je vous passe les noms d’oiseaux… mais je vous offre cette réponse d’anthologie quand j’ai abordé la question du contrat d’apprentissage (attention, c’est du lourd !) : « On est une société de production, ici, pas un centre social. » 


J’ai pris mes affaires qu’on m’avait demandé de prendre, j’ai remercié de mon plus beau sourire, et je suis partie. Une fois la porte passée, inutile de vous dire que j’ai fondu en larmes. Ce n’était encore pas pour cette fois…


A 9 heures, j’étais la star du jour sur la RTBF (vidéo ci-dessous, heureusement que le logo de la société n’est pas identifiable) ; à 16 heures, j’étais une moins que rien « pas fiable, inconséquente » et « SDF » (je vous fais grâce du reste, je vous dis, je suis pas maso).


Belle illustration de ce que je vivais chaque jour…




- En préparation d’un colloque au ministère le matin, recalée le soir

Grâce à mon CV-vidéo, on m’a contactée pour faire partie des intervenants lors d’un colloque organisé par Valérie Pécresse, sur l’insertion des jeunes diplômés en Langues, Lettres, Sciences Humaines et Sociales dans les entreprises (et dont je vous ferai un compte-rendu, oui, promis, ça vient !).

Organisé par L’Etudiant, son directeur de la rédaction me demande où en sont mes recherches – au point mort. Il me propose d’intervenir en ma faveur auprès de la rédaction de L’Express, à l’étage du dessus. Chouette ! 

Le soir même, ironie du sort, je vois une petite annonce sur Twitter : L’Express cherche un stagiaire au pôle culture. Je saute sur mon clavier… et la réponse en message privé m’arrive quelques minutes plus tard : « Désolé Florence. Nous ne pouvons prendre que à plein temps. Merci d’avoir répondu c’est gentil. »

Damn it.


- Jeudi, consultante au ministère ; lundi, teubé au Pôle Emploi

Last but not least dans ma série des « dents de scie ». Un jeudi, donc, a eu lieu le colloque au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, où j’intervenais. Trois jours plus tard, j’étais convoquée au Pôle Emploi pour un atelier obligatoire : « Comment optimiser sa télé-candidature. Comment écrire une lettre de motivation. »

No comment. (Du coup, ça m’a donné envie de lui écrire une lettre, à Pôle Emploi.)


Voilà donc ce qu’était mon quotidien : sollicitée de toutes parts par les médias, et galérant comme n’importe quel autre demandeur d’emploi. Je vous assure que c’était pas facile de s’y retrouver. Heureusement que je suis solide… 

Bon, et bien sûr, quelques autres perles de ce genre : « Un stage chez nous ? Mais enfin mademoiselle, vous êtes bien trop qualifiée pour ce poste. » Ou encore, cette journaliste au téléphone : « Je vous aurais bien prise, mais j’ai engagé quelqu’un la semaine dernière… » Ou encore ce rédacteur en chef d’un grand magazine qui, en guise de réponse le lendemain d’un entretien… m’a unfollowée sur Twitter. Classe.


Le plus difficile, je crois, en plus du fait que plus les jours s’égrainaient, plus je risquais de perdre mon année, c’est l’incompréhension totale de la situation : un tel buzz pour… rien ?…

Mais… WTF ???

Je n’ai peut-être pas, à l’heure actuelle, assez de recul pour comprendre. Bien sûr, la presse est en crise. Bien sûr, ce que je cherchais était un peu particulier. Mais le fossé entre tout ce ramdam et le silence de mon téléphone était tellement grand…