[MDRS 148] Billet pour L’Union 14

février 7, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah.

Hier, c’était le dernier jour de notre mission – nous voilà de retour sur Terre. Il est cinq heures du matin au moment où j’écris ces lignes et je vais sortir à l’air libre pour aller voir le lever de soleil du haut des collines, pour la première fois sans casque ni combinaison – mais paradoxalement bien plus couverte à cause du froid mordant de la nuit.

Et demain, il faudra partir. Quitter l’Utah, les Etats-Unis, les cinq membres d’équipage. Réapprendre à voir des nouveaux visages, à avoir besoin d’argent, à dormir sur un matelas, à communiquer avec l’extérieur instantanément, à ne pas être surprise à tout moment par une dépressurisation, à manger des produits frais (et du fromage !), à pouvoir prendre une douche quotidienne…

Ça va être dur. Cette vie-là me plaisait bien. J’ai très envie de rester ici, entourée de ces collines…
Merci d’avoir suivi mes aventures martiennes.

[MDRS 148] Billet pour L’Union 13

février 6, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah.

Se sent-on réellement sur Mars, ici ? Au sein de l’habitat, non. Tout est trop de fabrication terrestre : beaucoup de bois, vrais WC, mobilier non-optimisé pour économiser de l’espace, etc. Mais dehors, par contre…

Curiosity, qui se trouve sur la vraie planète Mars, a récemment découvert qu’elle se trouvait à l’endroit d’un ancien lac. J’ai les images de son environnement en tête, et il ressemble trait pour trait à ce qu’on trouve ici.

J’ai peine à croire que ce désert incroyablement sec n’ait pas été une mer lors d’une époque très reculée. C’est un endroit géologiquement fascinant dont j’ai hâte de connaître l’origine.
Je l’observais justement hier, du fond d’une cuvette, entre les collines, en ayant ces réflexions.

C’était aussi hier que pour la première fois ici, j’ai eu le temps de lire. Un roman qui raconte l’histoire du premier géologue sur Mars…

Depuis une cuvette, entourée par les collines du desert "martien" de l'Utah...

[MDRS 148] Billet pour L’Union 12

février 5, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah, un endroit isolé. J’ai observé un changement de comportement chez moi. À plusieurs heures de route du premier médecin, je redouble de prudence sur chacun des gestes de la vie courante.

Poser mon thé brûlant trop près de mon ordinateur. Laver un couteau très coupant. Descendre les escaliers qui ressemblent plus à une échelle. Il y a peu de risque pour qu’un malheur arrive, mais la probabilité existe. Alors je prends mes précautions pour qu’elle tende le plus possible vers le zéro.

C’est la même chose en sortie. Non seulement les gestes sont économisés parce que l’équipement est lourd et limitant, mais en plus le terrain est inégal et plein de surprises. On ne sait jamais comment se comportera le sol, ça peut changer à chaque pas. C’est déroutant.

Les futurs marsonautes prendront les plus grands risques pour devenir ensuite les êtres humains les plus prudents…

[MDRS 148] Billet pour L’Union 11

février 4, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah.

Hier soir, on a regardé le premier épisode de « Firefly », une série de science-fiction. C’est fou comme on s’identifie plus aux personnages quand ils se trouvent dans la même situation que nous.

C’est l’histoire de l’équipage d’un vaisseau spatial qui va de planète en planète. L’une d’entre eux reçoit un paiement en fraises fraîches. Nous qui mangeons de la nourriture déshydratée depuis 10 jours, nous savions que c’était un trésor. On a commenté l’intérieur du vaisseau, à quel point il était crédible en terme d’aménagement pour pouvoir y vivre des années. On était un peu jaloux de leurs combinaisons, elles semblaient plus confortables que les nôtres…

Après, j’ai jeté un regard par un hublot. La pleine Lune éclairait le désert d’une lumière qui semblait réellement extraterrestre. Hypnotique.

Ce soir-là, j’ai réalisé que la science-fiction était devenue ma réalité.

Et le 3ème épisode de « Comment ça Mars ? » est en ligne ! :-)

[MDRS 148] Billet pour L’Union 10

février 3, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah.

Après m’être entraînée dans l’habitat, j’ai fait ma première expérience de géologie à l’extérieur.
Installer un trépied, mettre en place une station météo portable avec câbles et branchements, faire un quadrillage de 3 pieds sur 3 pieds (l’expérience est américaine) avec des piquets et une corde, noter la couleur du sol et la proportion de sable et de roches dans chaque carré, faire des prélèvements, peser chaque échantillon, tout noter… et tout ceci à deux sans pouvoir parler.

Vous pensez que ce n’est pas grand-chose ? Effectivement, en soi c’est assez simple. Maintenant, imaginez que vous avez des gants énormes qui empêchent tout mouvement précis, un équipement sur le dos de 15 % votre poids sachant que vous devez sans cesse vous pencher et vous relever, et un casque qui limite votre champ de vision…

Être une géologue martienne, c’est un métier physique !

[MDRS 148] Billet pour L’Union 9

février 2, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah.

Ça fait une semaine que je suis ici – l’heure d’un premier bilan. Dans cet exercice, on ne peut pas simuler de nombreuses choses : la gravité (pour savoir combien vous pèseriez sur Mars, multipliez votre poids par 0,38), les jours d’environ 24 heures et 40 minutes, l’ensoleillement, les radiations, la distance, la couleur du ciel… Toutes les conditions chimiques, physiques et atmosphériques qui font la particularité d’une planète ou d’une lune.

Qu’est-ce qu’on simule, alors ? Tout le reste : de la nourriture à la vie confinée à plusieurs nationalités dans un espace restreint, en passant par les expériences scientifiques, l’entraînement aux situations d’urgence (feu, dépressurisation), la rationnement en eau, l’impossible solitude…

Aussi paradoxal que ça puisse paraître, c’est ça qui me manquerait le plus dans un endroit aussi isolé que Mars : ne plus jamais être seule.

[MDRS 148] Billet pour L’Union 8

février 1, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah.

On a la chance inouïe d’avoir un observatoire rien que pour nous : entrer sous le dôme, l’ouvrir, positionner le télescope… et être pris de vertige.

On a pu voir Jupiter et ses rayures accompagnée de trois de ses satellites. Europe possède un océan d’eau liquide sous son sol de glace et je suis persuadée que des bestioles y vivent. Io ressemble à une pizza, avec ses volcans et ses couleurs si étranges. Ganymède m’est moins familière.

On a laissé les lunes de Jupiter pour observer la nôtre. Les cratères qui se découpaient sur le bord ressemblaient à la plus fine des dentelles. Et quand on est sorti de l’observatoire, la Lune était si lumineuse qu’on voyait parfaitement bien ce sublime désert.

Jupiter, Europe, Io, Mars, la Lune, la Terre… Ici ou ailleurs, ou tellement loin que c’est inimaginable, nous sommes entourés d’absolues merveilles.
Levez le nez et rêvez-les…

(c) Louise Lindblad

[MDRS 148] Billet pour L’Union 7

janvier 31, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah. On est là depuis six jours. Six jours pendant lesquels j’ai dû m’adapter au décalage horaire en travaillant de 7 heures à minuit tous les jours, six jours avec beaucoup d’informations et de vocabulaire anglais à assimiler, six jours avec des activités physiques épuisantes sans endroit confortable où pouvoir nous détendre, six jours avec une seule douche de deux minutes à moitié chaude pour se délasser, six jours à ne pas avoir une minute à moi pour bayer aux corneilles, six jours à ne pas bien respirer à cause du faible taux de l’humidité de l’air… Six jours à me mettre pas mal de pression, aussi.

Et je m’étonnais d’être fatiguée, hier. Heureusement, il pleuvait et la sortie a été annulée. J’ai fait une sieste et pu rester un peu isolée dans ma chambre – même si c’était pour travailler. Objectif du week-end : bayer aux corneilles. Même si elles se font rares, sur Mars…

Mon bureau

[MDRS 148] Billet pour L’Union 6

janvier 30, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah. On ne peut pas dire que le confort soit optimal – on dort sur une planche, par exemple. Mais on ne manque pas de nourriture.

Certes, ce n’est pas de la haute gastronomie. Mais j’ai réussi à faire un gâteau au chocolat sans œufs, sans beurre et sans plaquette de chocolat. Prêts pour une recette martienne ? Mélangez du chocolat en poudre avec une conserve de lait concentré sucré et de l’huile, ajoutez farine et levure, et faites cuire. Pas mauvais.

J’ai fait mieux ! Une sauce pour les pâtes sans crème fraîche ni sauce tomate. Faites du lait (ici, on fabrique le lait avec du lait en poudre et de l’eau), chauffez-le, réhydratez des oignons et des poireaux dedans, ajoutez du saumon en conserve, et épaississez avec un peu de farine avant de servir. On s’est régalé.

Mais quand même : pour l’anniversaire de notre commandant demain, j’ai ramené des sablés au Champagne…

[MDRS 148] Billet pour L’Union 5

janvier 29, 2015 dans Billets pour L'Union, Mission MDRS 148, Vers Mars

Allô la Terre ? Ici Mars – ou sa copie conforme dans le désert américain de l’Utah. Et c’est justement ce qu’on a étudié aujourd’hui : le désert – ou plutôt notre perception des distances dans le désert.

Mars est une planète-désert. L’horizon est plus proche parce qu’elle est deux fois plus petite que la Terre mais l’absence de repères pour évaluer les distances peut poser problème – comme sur la Lune lors des missions Apollo.

Alors nous avons tous été cobayes. Nuno mettait en place une balle verte (bien visible dans le paysage rouge) à une distance qu’il notait pendant qu’on fermait les yeux, on les ouvrait pour voir où elle se trouvait, et on avançait yeux fermés jusqu’à l’endroit où on pensait trouver la balle. Pas si facile.

Et surtout, je me suis rendue compte au retour qu’on s’était bien plus éloignés des quads pour faire l’expérience que ce que je pensais…

Décidément, après le temps, c’est l’espace qui pose problème sur « Mars ».

C'est moi. C'est beau, surtout...