[MEMOIRE] L’extimité au service du personal branding sur le web 2.0 (exemple du CV-vidéo)

octobre 15, 2010 dans Travaux universitaires

Pour mon mémoire de Master 2 professionnel de Journalisme Culturel, j’ai voulu à la fois étudier un objet qui me passionne et qui fait partie de ma vie (le ouaibe deupoinzéro) et mon expérience professionnelle (puisque ça faisait partie de la consigne du mémoire). N’ayant pas trouvé le contrat d’apprentissage que j’avais pourtant cherché activement (…), je me suis donc repliée (non sans joie, je dois bien l’avouer) sur mon CV-vidéo.

L’intitulé exact du mémoire est :

L’extimité au service du personal branding sur le web 2.0. (Exemple du CV-vidéo)

Exercice étrange que d’étudier son propre objet en parlant de soi à la troisième personne du singulier… :-/

Mais je me suis bien amusée (même si seuls les étudiants savent à quel point écrire un mémoire est un travail de titan qui peut rendre fou), j’ai parlé de 3 CV-vidéos différents (Nicolas Catard, Isabelle Moreau, Moi-Je), d’extimité, de personal branling branding, de storytelling et de Twitter (qui est d’ailleurs remercié dès la page 2).

Que tous les Twittos qui m’ont suivie pendant les mois de la rédaction de ce mémoire soient encore une fois remerciés.

J’ai obtenu la note de 14,15 ou 16/20, je sais pas trop, faudrait que je me renseigne, tiens.

L’extimité au service du personal branding sur le web 2.0 (PDF)

[NECRO/CINEMA] Rohmer et Endemol : même (pitoyable) combat

juin 26, 2010 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Le cinéaste Éric Rohmer est mort. Il laisse derrière lui une filmographie basée en grande partie sur les comportements amoureux, la comédie sociale et des jeunes femmes pas toujours très habillées. Finalement, Endemol France n’a rien inventé.

La Nouvelle Vague a rendu un de ses derniers souffles. Éric Rohmer, 89 ans, est décédé le 11 janvier 2010, endeuillant le cinéma français. Ou tout du moins… un certain cinéma français : celui de l’élite, celui des lettrés, celui de la bourgeoisie. Rohmer n’était pas un réalisateur très populaire. Et pourtant, à y regarder de plus près, une grande partie de ses films repose sur des ficelles qui font les choux gras des producteurs de téléréalité depuis de nombreuses années.

A première vue, nombre de ses films se rapprochent plus des séries de AB Productions que de Loft Story : intrigues amoureuses au ras des pâquerettes, répliques à la chaîne, mise en scène de carton-pâte et comédiens sonnant aussi faux que dans un doublage raté d’une publicité étrangère. Même André Dussollier dans le Beau mariage (1982) et Féodor Atkine dans Pauline à la plage (1982) ne trouvent pas le ton juste. Car Éric Rohmer avait beau écrire seul le scénario de films qu’il réalisait lui-même, il était un bien piètre directeur d’acteurs. Il l’avouait d’ailleurs bien volontiers : « Je ne pense pas que, pour moi, la direction d’acteur existe sur le tournage. Si jamais elle existe, c’est dans les conversations que je peux avoir avec les acteurs avant les films. (…) Effectivement, en général, je ne demande rien aux acteurs ».

Éric Rohmer, c’était donc la Voix de Secret Story avant l’heure. Il veillait paternellement au bon déroulé de l’action, mais ses indications, quand il y en avait, étaient trop générales : « Dites votre texte, en ne restant pas plantés comme des piquets, mais en bougeant. » On ne dirige pas des dialogues trop écrits comme on influence une improvisation. Sans repères, les acteurs ne pouvaient qu’être faux, comme Jean-Louis Trintignant dans Ma nuit chez Maud (1969) qui demande « un Vittel » sur le même ton qu’il dit : « Bon, j’irai rien que pour te démentir. » De la fausseté du ton ou de la platitude du dialogue, difficile de dire laquelle est la plus risible.

Le Rayon vert (1986) est peut-être l’exception : reposant en grande partie sur l’improvisation, la non-méthode du réalisateur s’avère efficace et flatte l’oreille du spectateur. Sauf qu’un film juste sur vingt-cinq longs-métrages qui sonnent terriblement faux, c’est peu. Dans Secret Story, au moins, les candidats sont naturels, le public n’a pas l’impression d’être floué. Il n’y aura eu que les critiques pour crier au génie. Ceux des Cahiers du Cinéma, notamment, où Éric Rohmer – de son vrai nom Maurice Schérer – aura été rédacteur en chef de 1957 à 1963.

Comme par hasard.

Les films d’Éric Rohmer avaient une autre constante : leurs thématiques. Rien d’original même dans les années 60, Molière et Marivaux les avaient traitées bien avant lui : les sentiments amoureux, l’amitié entre un homme et une femme, la séduction, l’infidélité, le mariage, les rapports entre les âges, entre les classes… Et la téléréalité, aujourd’hui, reprend exactement les mêmes ingrédients pour un succès populaire qui n’est plus à prouver : prenez des personnages stéréotypés en nombre restreint, mettez-les dans un endroit plus au moins clos, installez des caméras, donnez un nom évocateur au programme, remuez le tout… Vous aurez des jolies filles en bikini, des bellâtres séducteurs, des complots amoureux, des flirts, des jalousies, des disputes, des bagarres, des séparations, des stratégies, des espionnages, voire de l’érotisme flirtant avec de la pornographie.

Qu’est-ce qui différencie le cinéma d’auteur de Rohmer de la plus vulgaire émission de téléréalité, alors ? Pas grand-chose, finalement. Prenez les titres : Ma nuit chez MaudLa CollectionneusePauline à la plageL’Amour l’après-midiL’amie de mon amieQuatre Aventures de Reinette et MirabelleL’Anglaise et le DucLes Amours d’Astrée et de Céladon… Marc Dorcel fait à peine moins subtil. Quant à Loft StoryL’Île de la TentationL’Amour est dans le préDilemme ou Trompe-moi si tu peux, ils n’ont rien à leur envier.

Le rapport au corps des femmes, ensuite. Éric Rohmer disait : « J’ai fait dire, hors champ, le texte de ce passage, pour qu’on n’ait pas l’impression que c’est le metteur en scène qui s’était payé le plaisir de déshabiller ses actrices ». Certainement vrai pour Les amours d’Astrée et de Céladon (2007), mais pas pour Pauline à la plage où Arielle Dombasle descend un escalier en même temps qu’elle descend un T-shirt sur ses seins nus. Inutile. On aurait compris qu’elle sortait du lit même en finissant seulement d’enfiler ce T-shirt. On en se recoiffant. Bref, il y avait d’autres mises en scène possibles. Au moins, les candidates des émissions de téléréalité ont la décence de rester habillées. Alors qu’il n’est pas rare chez Rohmer de voir des femmes en tenue d’Eve.

Les thématiques la plus présente dans les deux formats restent quand même les relations entre les hommes et les femmes et le spectacle de leur intimité. Il y a des complots dans les deux cas : une scénarisation est prévue, que ce soit par le biais d’un personnage ou de la production, il y a des phases d’observation, des épreuves, des tests, des coups en douce, des échecs, des remises en question… Les ficelles sont les mêmes, les formats diffèrent.

Pourquoi Rohmer a-t-il alors eu un succès si limité ? Les personnages peuvent être mis en cause : ils sont très peu attachants. Outre leur jeu médiocre, les acteurs n’ont jamais qu’une seule expression tout au long d’un film. Fabrice Luchini, par exemple, a l’air ahuri du début jusqu’à la fin de Perceval le Gallois (1978), Arielle Dombasle est la romantique évaporée de Pauline à la plage, quant à Jean-Louis Trintignant dansMa nuit chez Maud et Jean-Claude Brialy dans Le genou de Claire (1970), ils sont neutres, inexpressifs, les mêmes en toute circonstance. Ces personnages manquent cruellement d’âme et les dialogues, trop littéraires, ne les aident pas à les humaniser. Le spectateur peine à s’identifier.

La temporalité, également. Les films de Rohmer sont ennuyeux. Le rythme est lent, le montage ne fait jamais ressortir d’accélération du récit, le scénario est toujours linéaire. Les intrigues, téléphonées, se devinent à l’avance : dès les premières minutes de Ma nuit chez Maud, on sait que Jean-Louis Trintignant épousera Marie-Christine Barrault après une aventure avec Françoise Fabian. Quel intérêt ?… Le réalisateur perd un temps fou en dialogues aussi plats qu’inutiles, comme dans Pauline à la plage : « Toi, Pierre, raccompagne-le » « Ramène-le plutôt. » « C’est à côté de chez toi, c’est plus simple que ça soit toi, je raccompagnerai Pauline quand elle sera calmée. » « C’est moi qui l’ai amenée, c’est moi qui la ramènerai. » « Pierre, sois pas grotesque. » « Pierre, tu peux ramener Sylvain s’il te plaît ? Son père va l’attraper, Henri me ramènera, ça ne t’ennuie pas ? » etc… Ces répliques d’une banalité navrante ne servent ni l’histoire, ni les personnages. Et plombent le rythme. Le critique Serge Daney a d’ailleurs dit :« Rohmer invente des durées ». Certes. Mais trop de durées tuent la durée : à force de créer son temps, il finit par nous faire perdre le nôtre.

Outre l’ennui, les personnages désincarnés, peu sympathiques et bourgeois se regardant le nombril, qui font fuir un public avide d’identification (au moins, les personnages d’AB Production ou les candidats des émissions d’Endemol leur ressemblent), reste chez Rohmer cette ambiguïté des fantasmes du réalisateur. Des titres explicites, des intrigues coquines, des femmes nues, un fétichisme du détail (le genou de Claire, les pieds de Pauline, les fines attaches de L’amie de mon amie, etc…) et… une perversité certaine.

Dans Pauline à la plage par exemple, Pauline est interprétée par une adolescente à peine formée. Ce qui n’empêche pas Arielle Dombasle d’insister auprès de Pascal Greggory pour qu’il la séduise. Ou Féodor Atkine de lui dire « Je suis un homme, t’es une femme, t’as de jolies jambes » après l’avoir caressée alors qu’elle dormait. Ou de la filmer en bikini laissant très clairement apercevoir le haut de ses fesses. C’est dérangeant.

Plus malsain encore était Le genou de Claire. Jérôme, homme fiancé d’une trentaine d’années, séduit d’abord Laura, qu’il va jusqu’à embrasser, puis Claire, dont il caresse le genou dans une séquence très érotique. Sauf que Laura et Claire sont toutes deux mineures. Et Jérôme ira jusqu’à dire à propos de Claire : « Le trouble qu’elle provoque en moi me donne un droit sur elle. » C’est extrêmement choquant : c’est l’excuse de tout violeur et de tout pédophile.

Si Laura et Claire sont des nymphettes, n’est pas Nabokov qui veut. Humbert Humbert était amoureux de Lolita – Jérôme joue, avec ces adolescentes, il tente une expérience soufflée par une amie. Rohmer sert-il dans ces deux films un autre propos que les fantasmes libidineux d’un réalisateur ? Si tel est le cas, ce n’est ni très clair, ni très adroit. Alors certes, autre temps, autres mœurs. Là encore, cette excuse n’en est pas une : c’est celle des défenseurs de Roman Polanski.

Éric Rohmer nous a quittés. Si la mort de l’être cher est épouvantable, le décès du réalisateur ne doit pas empêcher de remettre son œuvre en question dans un contexte actuel : que nous laisse-t-il ? La complaisance des critiques petit-bourgeois et parisianistes envers un réalisateur qui leur ressemblait – et qui avait été leur confrère – n’a aucune valeur. Les spectateurs, même à l’époque, le savaient bien : les critiques n’étaient élogieux que dans un cercle restreint d’amis et d’intérêts.

Le cinéma de Rohmer restera élitiste et froid, ennuyeux et plat, et n’aura pas pu, malgré les ingrédients utilisés dans les émissions de téléréalité d’aujourd’hui, conquérir un public nombreux. Ces programmes au moins, tout critiquables qu’ils sont, annoncent tout de suite leur couleur. Les films de Rohmer eux, sont hypocrites et tendancieux. Sous leur aspect lisse et moralisateur, des fantasmes peu reluisants font surface. Les critiques s’extasient, toujours avides de sensations à la limite des bonnes mœurs et de la légalité sous couvert d’expression artistique. Le public, lui, n’est pas dupe.

Tous les propos rapportés dans cet article sont tirés de l’interview du 12 juillet 2007 pour Allociné.

[ENQUÊTE] Le Ministère s’efforce de l’art

mars 20, 2010 dans En vrac, Travaux universitaires

Les outils de promotion de l’art contemporain français à l’international


La Force de l’Art 02 s’est achevée il y a quelques mois, le succès escompté n’étant pas au rendez-vous. Dans un contexte difficile, il nous a semblé important de nous interroger sur l’état des structures et des soutiens dont disposent les artistes contemporains en France.
Les outils mis en place par les initiatives publiques et privées pour soutenir et promouvoir l’art contemporain français sur la scène internationale sont-ils pertinents ?


 

En 2001, le rapport Quémin intitulé « Le rôle des pays prescripteurs sur le marché et dans le monde de l’art contemporain » est sorti. Ce document, destiné au Ministère des Affaires Etrangères, stigmatise « le lent effacement de l’art français sur la scène mondiale ». A partir d’une analyse comparative, l’auteur, le sociologue Alain Quémin, pointe la défection des artistes français contemporains dans les collections publiques, dans les grandes institutions culturelles de portée internationale, dans le Kunst Kompass (classement réputationnel des artistes faisant référence), dans les foires et les biennales, et enfin sur le marché international des ventes aux enchères.

Alors que l’Angleterre s’est dotée du Prix Turner dès les années 80 ou que les Etats-Unis, « patriotiques, suivent leurs artistes » depuis les années 50, « La France a du mal à défendre ses ouailles, contrairement à d’autres pays bien plus protecteurs ».

 

Excepté le Centre national des arts plastiques (CNAP), organisme public chargé de soutenir et de promouvoir la création contemporaine avec un budget minime (1,269 millions d’euros), la France ne s’est pas dotée d’outil de promotion de son art national avant 2006, date de création de la première triennale d’art contemporain français sous l’égide du Ministère de la Culture : La Force de l’Art. Conçue comme une vitrine de la scène française, la Force de l’Art est-elle une initiative pertinente ?

 

La Force de l’Art : pertinence et étude comparée des deux éditions


 

 

Force de l’Art 1

Force de l’Art 2

COÛT

Ministère de la Culture

3,88 M €

NC

Subventions de l’Etat

2,5 M €

NC

Mécénat

675 000 €

NC

Total

7,05 M

NC

 

 

PRIX ENTREE

Tarif plein

7 € (pour 2 visites)

6 €

Tarif réduit

5 € (pour 2 visites)

4 €

Gratuit

moins de 18 ans

moins de 13 ans

 

 

COMMISSAIRES

15

3

 

 

EXPOSANTS

Exposition principale

200

39

Avec annexes

pas d’annexe

6

 

 

VISITEURS

Exposition principale

80 000

67 286

Avec annexes

pas d’annexe

107 000

La première édition, sous l’impulsion du Premier Ministre Dominique de Villepin, a attiré un nombre honorable de visiteurs (environ 80 000). Quinze commissaires et plus de 200 artistes participants ont donné un aperçu relativement complet « des trente dernières années de l’art en France », commente Gilles Fuchs, président de l’Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français (ADIAF).


Ce dernier a d’ailleurs eu plutôt l’impression d’un « déballage » tandis que la seconde édition, sous l’égide de Christine Albanel, Ministre de la Culture, lui parut plus intéressante, car plus anglée. La Force de l’Art 02 montrait « le point de vue de trois commissaires. Les œuvres furent bien mises en valeur ».


Si une majorité d’artistes louent l’initiative, nombreux sont ceux qui critiquent sa mise en application. Pour la seconde édition, les trois commissaires de La Force de l’Art (Jean-Louis Froment, Jean-Yves Jouannais et Didier Ottinger) ont fait appel à Philippe Rahm, architecte, pour concevoir l’espace d’exposition. La « géologie blanche » figure une « banquise » de box blancs dont les parois sont repoussées, déformées par les œuvres et leurs volumes.


Frédérique Loutz associe cette architecture à une forme de cynisme, une « banquise avec ses artistes-ours en péril ». L’artiste désapprouve un espace qui, contrairement à la visée du projet, ne s’adapte pas à ses pièces : son papier peint a dû être découpé pour pouvoir se conformer aux dimensions de la « géologie blanche ». « Seules les pièces surdimensionnées ont pu résister à l’emprise de la scénographie sur les œuvres présentées. En outre, chaque pièce étant isolée, le dialogue peine à s’établir », regrette-t-elle. « Toute la communication s’est faite autour de la superbe et généreuse idée de l’architecte. Le lien entre les œuvres et les pratiques a été écarté, n’en reste qu’une sensation de cacophonie un peu stérile […] chaque artiste est parqué dans son petit bungalow dans ce village polaire ». Elle déplore que cette manifestation soit loin d’avoir été « une aventure humaine ». L’ambiance est à l’aune de la froideur de la « géologie blanche » : « un des trois commissaires n’a pas eu la politesse de me saluer », et l’a fait se sentir « seule, démunie et éprouvée ».

 

 

 

Force de l’Art 1

Force de l’Art 2

Ministre en charge du projet

Dominique de Villepin

Christine Albanel

Date

10 mai – 25 juin 2006 (41 jours)

24 avril – 1er juin 2009 (36 jours)

Lieu

Nef du Grand Palais

Nef du Grand Palais

Annexes

pas d’annexe

Musée du Louvre

Tour Eiffel

Palais de la Découverte

Musée Grévin

Eglise Saint-Eustache

Espace dédiés aux prix

Prix Marcel Duchamp

pas d’espace dédié aux prix

Prix Ricard

Cependant, elle se dit reconnaissante d’avoir bénéficié d’une bourse du CNAP et d’une résidence à Rome. Elle reconnaît que La Force de l’Art 02 fut bénéfique pour elle, lui assurant une visibilité certaine. Néanmoins, six mois après la manifestation, elle n’a toujours eu aucune proposition d’exposition…

Fayçal Baghriche estime que cette édition fut surtout bénéfique aux jeunes artistes, lui y compris. Dans la mesure où très peu de pièces furent créées pour l’évènement, il s’agit pour les artistes plus reconnus « d’une manifestation de plus à leur actif, mais qui n’apporte pas grand-chose à leur travail ». En tant que commissaire, il estime que le nombre d’artistes exposés est assez juste. Fayçal Baghriche reconnaît que des efforts sont faits du côté du Ministère de la Culture et de la Communication mais qu’il est également avéré que des subventions ont diminué et que certains lieux ferment. Mais, dit-il, on ne peut pas « attendre d’un ministère de droite de mener une politique culturelle de gauche ». Enfin, cet artiste rejoint Frédérique Loutz : « Certaines œuvres étaient mal accrochées, notamment celles d’Anita Molinero ou de Michel Blazy ». Toutefois, il reconnaît que l’importance et les contraintes de l’évènement nécessitent  « négociations et concessions » autant du côté des commissaires que du côté des artistes. Philippe Mayaux, également, regrette que ses peintures exposées à l’extérieur du cubicle (« box » alloué à chaque artiste) cachent celles exposées à l’intérieur…

 

 


 

Quid des femmes ?

Fayçal Baghriche évoque également un problème récurrent : la sous-représentation des femmes à La Force de l’Art, problème symptomatique des expositions françaises en général. Même si Fayçal Baghriche n’est pas « pour la parité dans les expositions ; on choisit de montrer des travaux selon leur pertinence et non selon le sexe de l’auteur », il estime tout de même que « des oublis aussi manifestes ne peuvent être assimilés qu’à du dédain ». Gilles Fuchs est lui aussi partagé sur cette question : « On fait attention à la présence de femmes mais ce n’est pas un critère déterminant. Si on n’avait que des Louise Bourgeois dans notre sélection, on n’aurait que des Louise Bourgeois. Les personnes sélectionnées sont artistes avant d’être femmes. Il est vrai que les artistes promus par les galeries sont en majorité des hommes… Sur neuf prix, nous avons trois femmes. Dans nos jurys, nous avons autant de femmes que d’hommes. En art, il n’est pas essentiel de distinguer les deux genres : si vous lisez un bon roman, il n’est pas nécessaire de savoir si c’est un homme ou si c’est une femme qui l’a écrit. Ce n’est pas vital au niveau de l’organisation de la société. Si vous demandez à Annette Messager si elle est une artiste femme, elle vous griffera et vous dira : je suis UN artiste ».


Ce problème, bien loin d’être anecdotique, mobilise : des groupes militants se forment, notamment sur Facebook. En effet, un groupe intitulé « La faiblesse de la Force de l’Art » a été créé en écho à la lettre ouverte écrite par Isabelle Alfonsi (galeriste et critique d’art), Claire Moulène (journaliste et commissaire d’exposition indépendante), Lili Reynaud-Dewar (artiste et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux), et Elisabeth Wetterwald (critique d’art et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand). Cette lettre vise à dénoncer la faible représentation des femmes, notamment à la Force de l’Art, qui ne comptaient que pour 16% des effectifs alors que « 60% des artistes diplômés des écoles des Beaux-Arts en France sont des femmes. »


Philippe Comtesse, le créateur du groupe, explique : « Cet appel est bien plus large que celui de « La Force de l’Art » qui n’est qu’un symptôme de ce qui se passe dans l’art et la représentation des femmes dans les collections, événements, expositions. Pour ce qui est de mon engagement dans cette histoire, je suis sympathisant féministe. Suite à cet appel, j’ai boycotté l’événement. » Il ne semble pas être le seul concerné. Jihane El Meddeb, auteure et cinéaste présente au vernissage des deux éditions, a déclaré : « J’ai d’ailleurs eu une conversation avec Orlan à ce sujet. J’avais entamé une action relevant le pourcentage de femmes représentées lors de ces expositions alors que je ne suis pas « féministe » pour un sou… » Et Polina, une amatrice d’art contemporain qui ne se sent pas non plus particulièrement proche d’un quelconque mouvement féministe, avoue : « Oui, les artistes femmes ne sont pas assez représentées, mais ce n’est pas spécifique à la Force de l’Art, c’est tout le milieu de l’art en général. »

Outre le manque de femmes, il y a un problème de représentativité au niveau du territoire puisque le commissariat trahit un certain parisianisme.

 

Monumenta, l’autre cheval de bataille du Ministère de la Culture

Monumenta est une manifestation créée dans le but de « montrer l’art contemporain au public le plus large grâce à l’attractivité du bâtiment et à la possibilité de créer un projet d’amplitude en ce lieu. Le deuxième objectif est de montrer la vitalité de la scène française à l’international ». Quand on s’étonne de ce qu’Anselm Kiefer et Richard Serra, les deux artistes précédents de Monumenta, ne sont pourtant pas Français, Catherine Grenier répond : « Anselm Kiefer vit en France depuis plus de quinze ans, c’était important de montrer qu’un artiste international a choisi de vivre en France. Il est important d’avoir des artistes internationaux car, en plus d’affirmer la créativité française, le but est de montrer que Paris compte sur la carte internationale ». La presse étrangère est très demandeuse d’interviews de Christian Boltanski, l’artiste exposé de Monumenta 2010 (en cours), plus que la presse française qui l’a couvert quand même très largement, des revues spécialisés aux journaux généralistes. Quant aux subventions allouées à l’évènement, elles viennent pour un tiers de l’Etat, un tiers du mécénat, et le tiers restant dépendant de la billetterie.

 

 


 

Gilles Fuchs rappelle à quel point ces initiatives sont capitales pour la visibilité de l’art français… et pour son existence tout court : « La Force de l’Art et Monumenta sont essentiels. C’est ce pour quoi nous nous sommes battus, pour montrer qu’un art français existe. Tout le monde parle d’art chinois, indien, islamique, américain, russe, etc. Pourquoi n’y aurait-il pas un art français ? Si le créateur d’Abidjan faisait la même chose qu’un artiste du 7ème arrondissement de Paris, quel ennui ! Des personnes comme Olivier Kaeppelin ou des organismes comme le Prix Ricard ou l’ADIAF ont beaucoup œuvré en ce sens. Maintenant on ne rit plus lorsqu’on parle d’art français même si la spéculation va moins vite en France qu’ailleurs. Le principe est de montrer un point de vue français ».

 

Les initiatives privées : le Prix Marcel Duchamp et le Prix Ricard

Créé en 1994, l’ADIAF est un organisme privé de mécénat culturel fondé par Catherine Millet, Daniel Abadie, Daniel Templon et Gilles Fuchs ayant pour but de faire connaître à l’international la scène contemporaine française. En 2000, ce regroupement de collectionneurs se dote du Prix Marcel Duchamp, prix prestigieux récompensant le travail d’un artiste contemporain français ou vivant en France.
L’artiste primé reçoit une dotation financière de 35 000 euros et est exposé au Centre Pompidou qui éditera un catalogue.

 

 

 


Le rapport Quémin met en exergue la nécessité pour les artistes français d’être intégrés dans les collections permanentes. Or, l’obtention du Prix Ricard permet justement aux artistes d’entrer dans les collections permanentes du Centre Pompidou. Le Prix Marcel Duchamp affiche-t-il, lui aussi, une volonté de suivre les conseils du rapport Quémin et de pérenniser les œuvres des artistes primés ?

 

« Nous sommes suivis par le Centre Pompidou : ce dernier possède déjà les artistes que nous primons et, si ce n’est pas le cas, les achète. Sur les quarante-trois nominés de cette année, le Centre Pompidou a dans ses collections permanentes trente-sept d’entre eux. Depuis la création du Prix Marcel Duchamp, le Centre Pompidou a acquis une cinquantaine d’oeuvres des artistes que nous avons sélectionnés. C’est une réelle chance pour les artistes car le Centre Pompidou accueille quelque 70 000 visiteurs. La question des expositions temporaires ou permanentes est difficile. En effet, si un musée qui se veut dynamique est obligé de montrer ce qui se passe actuellement, son but premier est de conserver, d’acquérir, d’organiser ses collections permanentes. Bien sûr, on a envie d’avoir l’avis du Centre Pompidou sur l’actuelle mais il y a aussi d’autres endroits pour le faire ».


Les deux prix n’entretiennent pas des rapports concurrentiels. En effet, la sélection du Prix Marcel Duchamp consacre des artistes d’une quarantaine d’années, ayant déjà une certaine visibilité sur la scène internationale, tandis que le Prix Ricard récompense des artistes émergents. « Le Prix Ricard et nous », explique Gilles Fuchs, « avons un fonctionnement différent : ils élisent des artistes plus jeunes que nous et ont un mode de sélection différent. Les membres collectionneurs votent mais c’est au conservateur qu’appartient la décision finale. Comme il n’y a que des collectionneurs, le choix est moins aisé. Notre jury est composé de professionnels qui connaissent les œuvres. C’est un jury international composé de sept personnes qui choisit le lauréat. Les membres fixes sont madame Matisse, à qui appartiennent les droits des œuvres de Marcel Duchamp, le directeur du Musée national d’art moderne Alfred Pacquement et le président de l’ADIAF, c’est-à-dire moi-même. A cela il faut ajouter deux collectionneurs et deux conservateurs, tous d’envergure. Le jury est à moitié composé d’étrangers afin d’éviter un choix hexagonal et le diktat des institutions françaises ».

 

De la nécessité des institutions…

« Bien que conscient de représenter une identité particulière à travers mon activité d’artiste,je ne crois pas au concept de promotion d’un art national à l’international ». Saâdane Afif est lauréat du Prix Marcel Duchamp 2009, prix attribué par l’ADIAF « initiative pour contribuer au rayonnement de la scène française sur le marché mondial». Cependant, cet artiste contemporain ne désire pas s’exprimer sur la question des institutions, question selon lui « dépassée, que l’on pose depuis dix, quinze ans ».

La volonté pour un artiste de ne pas être institutionnalisé semble compréhensible.

Y a-t-il une visibilité possible des artistes en dehors des institutions ?

 

 

Ornella Lamberti

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[ARTICLE] Quel avenir pour un journalisme de qualité ?

février 27, 2010 dans En vrac, Société, Travaux universitaires

Ce n’est un secret pour personne : la profession va mal. « C’est la crise », nous serine-t-on depuis des mois. Certes – mais pas seulement. La crise économique ne fait qu’aggraver une situation déjà difficile où la remise en question des professionnels de l’information était en marche.

Crise économique en écho à une crise d’identité. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Qu’allons-nous devenir ? Ces trois questions incontournables pour tout journaliste en poste ou futur doivent trouver des réponses dans les prochaines années, à tout prix. La société est mouvante, les cadres changent, les règles du jeu aussi. Il faut s’adapter, et vite. Mais comment ?…

 

Le journalisme de qualité et les bases de la profession

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Les journalistes, paradoxalement, n’ont jamais eu bonne presse auprès de l’opinion publique. Méfiance, crise de confiance, théories du complot, suspicions, reproches… Journalistes manipulateurs d’opinions, journalistes corrompus, journalistes dépendants de qui ou de quoi… Paradoxalement – là encore – aucune autre profession ne se remet autant et continuellement en question. Mais il ne s’agit plus (seulement) de rassurer l’opinion publique. Il faut définir, plus que jamais, les contours trop mouvants d’une profession mal réglementée.

Qu’est-ce exactement qu’un journalisme de qualité ? Il y a les principes de base. Enoncer des faits pour informer, les rendre intelligibles, les vérifier, les recouper, ne pas se tromper. L’erreur est humaine, pas journalistique. Donner à voir le monde tel qu’il est, et non – dans la mesure du possible – tel que le journaliste pense qu’il est. Qui, quand, quoi, où, pourquoi ? Cette sacro-sainte règle reste la base de toute personne qui s’(auto-)proclame journaliste. Et le « comment », bien sûr, réservé le plus souvent au journalisme d’investigation.

Un journalisme de qualité doit garantir sans concession, sans faille, sans compromis, la fiabilité d’une information, quelle que soit la forme, quel que soit le support. Une brève, une dépêche, un article, une photographie, une légende… C’est la base, et pourtant, des erreurs sont relevées quotidiennement.
Pour preuve, le CSA a déclaré il y a quelques jours vouloir mettre en place un système de communiqués obligatoires pour informer les téléspectateurs des manquements des chaînes de télévision.
Cette décision a été prise après plusieurs dérives : il reproche, entre autres, à Canal + d’avoir diffusé dans Dimanche + une parodie mettant en scène un présentateur qui annonçait la probable élection de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, et à TF1 d’avoir utilisé une photo d’un hémicycle plein comme image d’illustration derrière Laurence Ferrari pendant le lancement de son reportage sur le vote de la loi Hadopi, alors que seuls 16 députés s’y trouvaient ce jour-là. Pour le moment, la teneur et les modalités de diffusion de ces communiqués ne sont pas arrêtés, mais la démarche est représentative des dérives qui sévissent encore parmi les bases mêmes de la profession.

 

Une profession prise en otage par le marché économique

Avant de jeter la pierre aux journalistes qui manqueraient de rigueur et de professionnalisme, ne faudrait-il pas d’abord s’interroger sur les raisons pour lesquelles de telles erreurs sont commises encore régulièrement ? Ces derniers mois, TF1 et France 2 ont fait la même faute : pour des affaires différentes, ils ont annoncé par erreur la mort d’un enfant. Comment peut-on décemment annoncer une telle information en direct sur une antenne nationale ? Qui est responsable ? Est-ce vraiment le journaliste ?

C’est en tout cas ce que pensent les dirigeants : on se souvient de Florence Schaal qui a été licenciée de TF1 pour faute professionnelle grave suite à cet incident. Avant que TF1 ne soit à son tour condamnée pour licenciement abusif… Qui est responsable, alors ? Les raisons sont toujours complexes.
Mais une dérive apparue depuis peu semble en être la cause : être le premier, à tout prix. Annoncer d’abord (on ne sait jamais !!), vérifier ensuite.

Nombreux sont les journalistes qui déplorent la course effrénée au scoop, puisqu’elle se fait au détriment de la qualité des contenus. Malheureusement, elle est désormais incontournable : les organes de presse deviennent de plus en plus des entreprises comme les autres, qui doivent faire des profits pour vivre.
Etre le premier, c’est la gageure d’être plus acheté, plus regardé, plus écouté. Et donc d’attirer le plus d’annonceurs. Et donc d’attirer le plus d’argent. Les journalistes, derniers maillons d’une chaîne de plus en plus mercantile, sont souvent les victimes d’un modèle économique en contradiction avec les valeurs de qualité de contenus et d’indépendance. Pour un journalisme de qualité, ce n’est donc pas (seulement) le journalisme qu’il faut réformer, mais tout le cadre dans lequel cette profession est exercée.

Les grands patrons de presse sont de plus en plus commerciaux ou issus de la finance, et de moins en moins journalistes. Il y a donc un fossé culturel entre les dirigeants et les exécutants. Les premiers veulent faire des profits, les seconds informer en toute indépendance. C’est évidemment incompatible. L’idéal pour un journaliste, ce serait de pouvoir exercer sa profession au sein d’un modèle économique qui ne serait soumis… à aucune contrainte économique. L’information n’est pas une marchandise, et le journaliste ne doit pas en faire commerce. Se pose donc en filigrane la question du financement de la presse et de sa sacro-sainte liberté, puisque les ventes reculent et que les annonceurs se font de plus en plus rares.

 

Le journalisme de qualité en télévision : l’exemple du JT

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L’arrivée d’Internet et la course au scoop touchent particulièrement les journalistes des journaux télévisés. Sans autre choix que de travailler dans l’urgence, ils utilisent de plus en plus des images d’amateurs pour illustrer leurs reportages, qu’ils reçoivent directement dans leurs rédactions ou qu’ils vont chercher sur la toile. Cette tendance est apparue massivement lors du tsunami de décembre 2004, alors que les appareils photo numériques s’étaient déjà démocratisés, et que le manque de journalistes sur place au moment de la catastrophe s’était fait sentir. Depuis, les documents amateurs sont légion dans les journaux télévisés, notamment en cas d’actualité à l’étranger.
Mais les sources n’étant pas toujours faciles à identifier, les erreurs se multiplient : dernièrement, France 2 a diffusé des images d’une manifestation en Iran… qui avaient été prises au Honduras. Pour éviter ces manquements, les rédactions s’organisent de deux manières différentes : soit elles développent des partenariats avec des agences spécialisées dans le regroupement des reportages amateurs, soit elles créent un pôle spécialisé au sein de leur propre rédaction pour vérifier ce qui peut être utilisable – ou non. Télérama a notamment fait un excellent article sur ce sujet, intitulé « Les JT très amateurs d’images amateurs ».

Les échelles de temps réduites à l’extrême ne peuvent pas déboucher sur des sujets télévisés plus élaborés qu’une dépêche d’agence plus ou moins étoffée, et mise en image (quelle qu’en soit sa provenance, donc). Si le journaliste de télévision souhaite apporter aux téléspectateurs d’autres informations que celles qu’ils auront pu trouver sur internet avant 20 heures, il lui faudra du temps et des moyens (techniques, financiers, humains) pour rendre compte des réalités dans leur complexité, et non plus en surface. Les responsables des journaux télévisés l’ont bien compris : presque tous ont un « dossier » qui traite un sujet en profondeur, situé en général au milieu du JT, entre les principales informations « de surface » et les sujets sport et culture de fin de journal.

 

L’investigation, valeur ajoutée qui sauvera la profession ?

Attention : je ne suis pas en train de dire que le journalisme de qualité ne se cantonne qu’au journalisme de fond. Si je reprends les principes de base d’un journalisme de qualité, à savoir le fait d’informer sans diffuser de fait erroné, un sujet de surface peut être d’excellente qualité, et un sujet de fond peut comporter des erreurs. Je pense seulement que le « comment ? », plus souvent relégué à un journalisme d’investigation, sera une des clefs du journalisme du futur. A l’heure d’Internet et des médias sociaux où les agences de presse sont pratiquement les dernières informées des « 5 W », la question se pose. Un journalisme de qualité – à mon sens – est donc un journalisme qui donne à voir ce qui n’est pas visible. Cela semble évident, mais il doit à tout prix, quel que soit le support sur lequel il travaille, apporter une valeur ajoutée par rapport à ce que les citoyens, les internautes, et les blogueurs diffusent comme information. La survie de la profession ne se fera qu’à cette condition.

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Journalisme et réseaux sociaux

L’arrivée du média internet, et plus récemment le boom des réseaux sociaux tels Facebook et Twitter changent considérablement la manière dont les journalistes abordent le monde – et inversement. Dans cette période de remise en question globale, ces outils de veille et de méthode de travail ne peuvent plus être ignorés.

Comme je l’ai évoqué plus haut, Twitter notamment est en passe de détrôner l’AFP comme source d’information pour les journalistes. Selon Bakchich, « aussi encourage-t-elle ses journalistes à tenir une veille sur Facebook ou Twitter ». Il me paraît de plus en plus indispensable de ne pas négliger les réseaux sociaux quand on fait ce métier aujourd’hui. Certaines rédactions anglo-saxonnes auraient même obligé leurs journalistes à s’y inscrire, sous peine de licenciement. Et c’est vrai que Twitter a souvent, pour ne pas dire toujours, une longueur d’avance par rapport aux agences de presse officielles. Dans le domaine de la culture, par exemple, il a relayé le décès de Mano Solo… quelques heures avant l’AFP !

Dans ce travail, je n’utiliserai d’ailleurs à dessein que des liens vers des contenus extérieurs dont j’ai eu connaissance par Twitter. C’est une manière pour moi d’illustrer le fait que ce réseau social, bien utilisé, est une mine d’or, mais qu’il ne doit pas non plus devenir la seule source d’information.

Cela dit, les règles de base du journalisme s’imposent sur Twitter plus qu’ailleurs : vérifier, toujours vérifier l’information. Beaucoup de fausses rumeurs circulent aussi. Il s’en est fallu de peu pour que la mort cérébrale de Johnny Hallyday soit annoncée partout sur la toile début décembre, « information » venant d’un utilisateur de Twitter qui connaissait quelqu’un qui la tenait de source sûre de quelqu’un qui travaillait dans le service de l’hôpital de Los Angeles où le chanteur était maintenu en coma artificiel. Tous les journalistes français avaient les yeux rivés sur le compte de cet utilisateur, qui a pris conscience un peu violemment de la portée d’un
tweet… A utiliser avec rigueur et professionnalisme, donc. Mais à utiliser absolument : sans Twitter, les récentes manifestations iraniennes n’auraient pas pu être couvertes. Avec les nouvelles technologies, 140 signes permettent désormais de voir le monde.

 

Quid de la presse papier ?

C’est un fait désormais avéré : la très grande majorité des informations arrivent d’abord sur le web, et sont ensuite relayées par les radios et les chaînes d’information en continu. Les quotidiens ne servent plus que du réchauffé de la veille.

Je suis très pessimiste quant à l’avenir de la presse papier, et notamment des quotidiens. Ils coûtent cher à fabriquer, leur prix de vente est élevé, ils ne sont plus dans la temporalité de notre époque, et ils sont (un peu trop ?) assujettis à la publicité et perdent en qualité de contenu… Ils ne sont tout simplement plus adaptés à notre société. Je pense qu’ils vivront encore dix ou vingt ans pour les générations qui n’ont pas grandi avec internet et en attendant que les nouvelles technologies et l’accès au web deviennent aussi naturels que l’électricité et l’eau courante, mais qu’ils disparaîtront petit à petit ensuite. La remarque de Pénélope Bagieu, jeune illustratrice et blogueuse de 28 ans, est éloquente : « Je suis abonnée au Monde, même si au final, quand je rentre chez moi le soir et que je le prends dans ma boîte aux lettres, j’ai déjà lu toute l’actualité chaude sur leur site internet ou sur leur application iPhone. » Et même si elle avoue ensuite que la version papier est son « petit rituel », il y a fort à parier pour que ces habitudes n’assurent pas seules la pérennité du format. La disparition progressive des quotidiens est une idée partagée par bon nombres de journalistes : l’un d’entre eux à récemment tweeté non sans ironie que le film Blade Runer est bien un film de science-fiction puisque le héros, interprété par Harrison Ford, y lit un journal papier alors que l’action de situe… en 2019.

Je pense, pour reprendre l’expression de Pénélope Bagieu, que l’« actualité chaude » n’aura de place bientôt que sur le web (et donc sur les différents supports tels que les téléphones portables) puis sur les chaînes d’information en continue, en radio, et, en dernière position, dans les journaux télévisés du soir. Les quotidiens ne pourront décemment plus prétendre à informer la population : dans 10 à 20 ans, ils ne serviront que du réchauffé à tous, et seront envahis par la publicité si le modèle économique continue sur sa lancée. Ce qui semble d’ailleurs être déjà le cas au Canada, où un internaute tente de nous persuader de sauver les quotidiens… pour mieux prouver qu’ils sont obsolètes, ironie à l’appui.

 

 

 


La presse papier est-elle vouée pour autant à disparaître totalement, asphyxiée par le web et les médias de l’instantanéité ? Je ne le pense pas. Je pense que son avenir se trouvera dans les hebdomadaires qui décrypteront l’actualité de la semaine avec des articles de fond, qui laisseront la part belle à l’investigation.

Le temps et l’argent étant les deux nerfs de la guerre pour un journalisme de qualité, le temps alors ne sera plus un problème. Reste celui du financement. L’investigation coûte cher, et la qualité de contenu sera plus ou moins grande selon les moyens accordés ou non. Et un journalisme soumis aux lois de la publicité est une mauvaise solution. Que proposer d’autre ?…

 

Problématiques du journalisme actuel

Pourquoi la profession va-t-elle mal ? Le web bouscule un ordre établi depuis des siècles : les internautes deviennent « journalistes citoyens », les blogueurs deviennent journalistes, les journalistes sont aussi blogueurs, les réseaux sociaux relayent les informations plus rapidement que les professionnels, les articles des journaux papier payants sont sur la toile gratuitement comme tout le contenu informationnel qui circule… En gros, on ne s’y retrouve plus ; et en bref, on se demande si l’expression « journaliste professionnel » a un quelconque sens. D’aucuns ont un avis tranché sur la question, à l’instar de Gilles Bouchier-Ely, président de Concord et propriétaire de Orléans TV, qui « inaugure l’info sans journalistes », selon le titre d’un article paru sur liberation.fr.

 

Une redéfinition de la profession

Les actuelles catégories de la profession (journaliste web, JRI, journaliste presse écrite, journaliste radio, etc…) commencent à être dépassées. Pour des contenus de qualité, qu’ils soient de surface ou de fond, il faudra choisir son camp : les journalistes « chauds », ceux qui traiteront de l’actualité instantanée (sur le web, à la télévision ou en radio, dans des conditions de direct ou de laps de temps très courts pour aller sur le terrain et monter un sujet) ; et les journalistes « froids », donc les (grands) reporters, les journalistes d’investigation, les pigistes (sur le web, la télévision, en radio, et en presse papier). Chaque journaliste devra impérativement être formé à tous les supports de média – sa spécialité glissant du support d’information (le média) au type de l’information (chaude ou froide). Ce sont deux manières différentes d’aborder une même profession : d’un côté le travail dans l’urgence, l’adrénaline du direct, et de l’autre le plaisir de l’immersion, la volonté de comprendre un sujet dans toutes ses complexités. Je pense que tant que ces deux facettes ne seront pas clairement dissociées dans l’exercice de cette profession, la nature de l’identité de journaliste restera floue et pour les professionnels, et pour l’opinion publique. Cette solution aurait le mérite de définir une bonne fois pour toute la profession même.

 

Une formation obligatoire

En France, aujourd’hui, tout le monde peut devenir journaliste professionnel. Nul besoin de diplôme pour montrer patte blanche, la formation « sur le tas » reste très présente. L’arrivée des blogueurs et des « journalistes citoyens » ne font rien pour crédibiliser un métier qui fait face à une crise de confiance de la part de la population. Il faudrait des écoles qui forment soit au journalisme chaud, soit au journalisme froid (deux manières très différentes de travailler qui ne demandent pas forcément les mêmes compétences ni les mêmes qualités), et non plus selon les supports de média. Il faudrait également réglementer l’accès au marché du travail, en imposant un diplôme obligatoire pour tout candidat au poste de journaliste et à l’obtention de la carte de presse. Si déjà ces mesures étaient mises en place, alors la profession gagnerait en crédibilité – et les contenus en qualité.

 

Le web et les contraintes économiques

Une profession mieux réglementée ne règlera pas le problème du financement. La production de l’information coûte cher, quel que soit le support, qu’elle soit chaude ou qu’elle soit froide. La question se pose surtout pour le web, dont les contenus informationnels sont encore gratuits dans une grande majorité.
Pourquoi, en effet, payer des journalistes professionnels quand les blogueurs et les internautes fournissent du contenu gratuitement et que personne ne paye pour avoir une information ?
Pourquoi produire quand le retour sur investissement est nul ? La publicité compense pour le moment le manque à gagner. Mais ce système a ses limites qui commencent à être atteintes. Pour les sites d’information qui ne sont pas des sites de titres papier (rue89, Slate, Bakchich, etc…), le modèle économique est encore à trouver pour arriver à un équilibre. Pour le moment, ils bénéficient de subventions de l’Etat. Mais la question de la rémunération des journalistes web comment à soulever certaines dérives : rémunération au clic et même, comme c’est en test en ce moment aux Etats-Unis, une rémunération par l’internaute, qui donne ce qu’il veut/peut quand un article lui a plu… Ce genre de système conduit évidemment à des salaires complètement aléatoires et des dérives graves, comme par exemple la disparition de sujets qui ne sont pas beaucoup lus… Une autre solution vient d’apparaître aux Etats-Unis : des mécènes privés regroupent des fonds qui servent à financer des en
quêtes et des reportages pour des journalistes indépendants. Si l’idée n’est pas mauvaise, l’avenir de la presse ne doit pas se réduire à cette solution.

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Le web, avenir de la profession

J’ai l’intime conviction que le web est le support d’avenir pour un journalisme de qualité. Il peut fournir et présenter tout ce dont un journaliste peut rêver : l’écrit, la vidéo, l’audio, et les liens vers d’autres contenus qui pourront apporter d’autres informations complémentaires. La richesse de ce média est illimitée, et ni la presse écrite, ni la radio, ni la télévision ne peuvent offrir autant de manières de comprendre un sujet en un seul endroit. De plus, le web sera bientôt présent partout et pour tout le monde, en permanence.

Prenons un exemple : ce devoir. Pour illustrer mes propos, j’ai intégré des liens vers d’autres articles et vers des vidéos. Non seulement cela enrichit ce papier (ce qui n’aurait pas été possible si je l’avais rendu sous forme imprimée), mais en plus cela permet de ne pas cacher certaines sources – ce qui contribue à expliquer indirectement aux internautes comment un journaliste travaille, et donc de crédibiliser la profession.

Attention : je ne suis pas en train de dire qu’il faille s’inspirer les uns des autres en toutes circonstances. Si je le fais ici, c’est parce qu’il s’agit d’un travail de réflexion. Dans un article, les liens serviront non pas à citer des sources, mais à renvoyer vers des compléments d’information. Le travail en amont sur le web reste le même que pour un journaliste « traditionnel ». Les contenus extérieurs enrichissent un article, mais ne le justifient en aucun cas.


Une redevance web ?

L’utilité du web comme source d’information n’est pour moi plus à prouver. Il faut cependant trouver rapidement un modèle économique qui règlemente le travail des journalistes professionnels, la qualité des contenus, et l’indépendance de cette branche de la presse. Je n’ai pas de solution miracle. J’ai juste tenté d’apporter un début de réflexion sur ce sujet. Mais je ferai la proposition suivante : pourquoi ne pas instaurer une redevance web pour un service public d’information sur internet ? La redevance télé que nous versons finance les services des chaînes publiques. Une redevance web financerait en partie (en complément des aides de l’Etat déjà attribuées) les contenus d’information de qualité sur la toile, fournis par des professionnels titulaires d’un diplôme formés soit au journalisme chaud, soit au journalisme froid. Un début d’utopie ?

 

Le journalisme de qualité face aux nouvelles contraintes socio-économiques des médias : le sujet est vaste, mais urgent. Il me semblait nécessaire de démontrer qu’Internet a un rôle central à jouer dans un nouveau modèle de société, et donc dans un nouveau modèle économique à créer sur mesure. Le web, et notamment le web 2.0, est à mon sens le support d’un journalisme de qualité, dans le sens où tous les formats s’y retrouvent (l’écrit, l’image, le son) et qu’il implique un partage des informations et un enrichissement mutuel. Réglementons-y la profession de journaliste. Les blogueurs et les citoyens ne remplaceront jamais un reporter ou un journalisme d’investigation, utiles à toute démocratie.

[ENQUETE] Les hommes en Force de l’Art contemporain

janvier 13, 2010 dans Culture, En vrac, Société, Travaux universitaires

La situation des femmes dans la société française pose encore bien des problèmes et soulève bon nombre d’injustices. Si les derniers gouvernements ont prôné la parité, les résultats ne sont pas encore ceux escomptés. Qu’en est-il de la représentation des femmes dans les manifestations publiques créées ces dernières années ? Le Ministère de la Culture et de la Communication, notamment, s’est investi dans le soutien et la promotion de l’art contemporain à travers la création d’une triennale intitulée La Force de l’Art. Cette initiative publique donne-t-elle toutes ses chances aux artistes, quel que soit leur sexe ?

Souhaitée par Dominique de Villepin, alors Premier Ministre, La Force de l’Art a été créée en 2006 et a pour mission de promouvoir à l’étranger les créateurs d’art contemporain, français ou vivant en France, vivants ou non. Conçues comme une vitrine de la scène française, les deux premières éditions de cette triennale, en 2006 et en 2009, se sont déroulées sous la Nef du Grand Palais à Paris. Si l’édition de 2006 a été un succès avec 80 000 visiteurs, en partie due à la primauté de l’évènement, la deuxième édition présente un bilan plus contrasté : 67 000 visiteurs pour l’exposition sous la Nef du Grand Palais. En ce qui concerne les visites des annexes (Musée du Louvre, Tour Eiffel, Musée Grévin, Palais de la Découverte, et Eglise Saint-Eustache), le chiffre avancé est de 40 000 entrées, mais il est impossible de différencier les entrées pour les monuments eux-mêmes, des entrées pour les annexes de laForce de l’Art 02.

D’une manière générale, les artistes sont satisfaits de la démarche et l’encouragent. Cependant, ils soulèvent bon nombre de problèmes dans la réalisation, et notamment la faible représentation des artistes femmes – et, quand elles sont présentes, une certaine désinvolture à leur égard, à l’instar de Frédérique Loutz, artiste exposée lors de la deuxième édition : « Un des trois commissaires n’a pas eu la politesse de me saluer ». Elle s’est alors sentie « seule, démunie et éprouvée ». Les artistes hommes ont également conscience de la sous-représentation de leurs consœurs, phénomène qui ne se résume pas à la Force de l’Art, mais bien aux expositions, collections, et manifestations françaises en général : même si Fayçal Baghriche n’est pas « pour la parité dans les expositions ; on choisit de montrer des travaux selon leur pertinence et non selon le sexe de l’auteur », il estime tout de même que « des oublis aussi manifestes ne peuvent être assimilés qu’à du dédain ». Fayçal Baghriche n’est pas le seul à tempérer ses propos sur la question. Gilles Fuchs, président de l’Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français (ADIAF), modère également son opinion personnelle : « On fait attention à la présence de femmes mais ce n’est pas un critère déterminant. Si on n’avait que des Louise Bourgeois dans notre sélection, on n’aurait que des Louise Bourgeois. Les personnes sélectionnées sont artistes avant d’être femmes. Il est vrai que les artistes promus par les galeries sont en majorité des hommes. (…) En art, il n’est pas essentiel de distinguer les deux genres : si vous lisez un bon roman, il n’est pas nécessaire de savoir si c’est un homme ou si c’est une femme qui l’a écrit. Ce n’est pas vital au niveau de l’organisation de la société. Si vous demandez à Annette Messager si elle est une artiste femme, elle vous griffera et vous dira : je suis UN artiste ».

Ce problème mobilise, des groupes militants se forment, notamment sur Facebook où un groupe intitulé « La faiblesse de la Force de l’Art » a été créé en écho à la lettre ouverte écrite par Isabelle Alfonsi (galeriste et critique d’art), Claire Moulène (journaliste et commissaire d’exposition indépendante), Lili Reynaud-Dewar (artiste et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux), et Elisabeth Wetterwald (critique d’art et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand). Cette lettre vise à dénoncer la faible représentation des femmes, notamment à la Force de l’Art. Philippe Comtesse, le créateur du groupe, explique : « Cet appel est bien plus large que celui de La Force de l’Art qui n’est qu’un symptôme de ce qui se passe dans l’art et la représentation des femmes dans les collections, événements, expositions. Pour ce qui est de mon engagement dans cette histoire, je suis sympathisant féministe. Suite à cet appel, j’ai boycotté l’événement. » Il ne semble pas être le seul concerné. Jihane El Meddeb, auteure et cinéaste présente au vernissage des deux éditions, a déclaré : « J’ai d’ailleurs eu une conversation avec Orlan à ce sujet. J’avais entamé une action relevant le pourcentage de femmes représentées lors de ces expositions alors que je ne suis pas « féministe » pour un sou… » Et Polina, une amatrice d’art contemporain qui ne se sent pas non plus particulièrement proche d’un quelconque mouvement féministe, avoue : « Oui, les artistes femmes ne sont pas assez représentées, mais ce n’est pas spécifique à la Force de l’Art, c’est tout le milieu de l’art en général. »

Les artistes femmes comptaient pour 16% des effectifs lors de la Force de l’Art, alors qu’elles comptent pour 60% des diplômées des écoles des Beaux-Arts en France. Parmi les candidats admis en première année aux Beaux-Arts de Paris pour 2009-2010, 55% sont des candidates. A la Villa Arson de Nice, dans l’équipe pédagogique de 34 personnes, 4 professeurs sont des femmes, dont 3 sont des artistes, et plus de la moitié des étudiants sont des étudiantes.

Le monde de l’art contemporain ne reste pas inactif face à cette sous-représentation : depuis le 27 mai 2009, l’accrochage elles@centrepompidou a investi le Musée national d’art moderne de Paris. Entièrement dédié à la création contemporaine féminine, il a pour vocation d’interpeler à la fois le public et les institutions pour qu’enfin un jour, et le plus tôt possible, les artistes femmes soient représentées dans les manifestations, dans les collections, et dans les expositions à la hauteur de leur présence, de leur talent, et de leur contribution à la scène contemporaine française.

[SPECTACLE] C’est beau, c’est bien, c’est Bel. Ou non.

décembre 18, 2009 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Cédric Andrieux, spectacle de non-danse de Jérôme Bel avec Cédric Andrieux, s’est joué ce 14 décembre 2009 au Théâtre de la Ville à Paris. Non-critique.

Puisque vous ne me voyez pas, je vous décris la scène. Je suis dans une pièce banale, ni trop grande, ni trop petite, dans laquelle se trouvent un bureau, une chaise, un ordinateur. Je suis à mon clavier, un thé fumant à côté de moi. Je suis une travailleuse comme les autres. J’écris.

J’écris depuis que je sais écrire. Ces mots, sans cesse, qui m’ont apprivoisée plus que l’inverse. La grammaire, la conjugaison, les figures de style, la ponctuation ; toutes ces règles à la base de l’écriture qu’il faut apprendre, s’approprier, répéter, intégrer dans la douleur, dans les mêmes exercices, sans cesse, jusqu’à la nausée, jusqu’à la crampe intellectuelle.

Cédric Andrieux, 32 ans, danseur, de Brest, est seul sur scène, sans costume, sans décor. Un survêtement, un sac de sport, une bouteille d’eau à ses pieds. Il ne danse pas, il raconte sa vie de danseur. Comment, à l’adolescence, il choisit de vouer son existence à cet art. Il nous raconte ses cours, ses études, les compagnies dans lesquelles il s’est intégré.

J’ai appris la littérature, j’ai appris l’écriture journalistique, j’ai pris des cours, j’ai lu des livres, des articles, des critiques. Des critiques, surtout. Observer sans cesse, tenter de reproduire le geste, le style, la forme. Se tromper, recommencer, déchirer la feuille, ne pas enregistrer les modifications, ouvrir une nouvelle page, s’acharner, souffrir, pleurer. Et un jour, le texte. Jugé, bien sûr. Maladroit encore, mais on me dit que l’équilibre est là, la technique aussi. L’âme viendra. (Ah, penser à racheter du thé à la framboise.)

La compagnie de Merce Cunningham, notamment, dans laquelle il est resté huit ans. Alors des  fois, Cédric Andrieux, dans ce spectacle éponyme, danse. Oh à peine, c’est un danseur qui prête son corps au concept du chorégraphe Jérôme Bel, il ne voudrait pas déstabiliser son public. Un danseur qui danse – nous ne sommes pas prêts. Jérôme Bel aime d’ailleurs « casser l’attente du public ». Alors, cassée, l’attente ? Non. On attend. Inexorablement.

1816 signes, déjà. Ma critique suit la construction que j’avais imaginée, peut-être que le ballet final des mots permettra une esthétique ; peut-être que les lecteurs, en me lisant, auront une émotion, ou le sentiment d’avoir fait une rencontre. En tout cas, je suis tellement concentrée sur la technique, si exigeante, si compliquée, j’en oublie le reste.

Je critique peu le spectacle bien sûr – mon dieu, qui suis-je ? J’ai mes maîtres, mes mentors, mes modèles ; je les respecte infiniment et préfère les raconter plutôt que de les singer. Bien sûr, comme les danseurs. Des rencontres qui m’ont forgé le caractère, d’autres qui m’ont emballée, d’autres qui m’ont ennuyée.

La voix de Cédric Andrieux est posée, placée, mais monotone. Si Jérôme Bel est un passeur, il n’y connaît rien à la musique. Ça se non-entend. Ce n’est pas du théâtre, ce n’est pas de la danse, c’est de la non-danse. C’est conceptuel, comme l’indique le programme : le nom de Jérôme Bel n’apparaît pas après « chorégraphie » (absent) mais après « concept ».

Alors à quoi sert Cédric Andrieux, au fond ? La question se greffe à chaque unité de temps des 75 minutes du spectacle. Et elle se pose : Le Monde, dans sa critique du spectacle, le fait à quatre reprises. Finalement, à rien, à tout ; c’est de l’art.

Enfin là, en l’occurrence, rendons hommage à ce spectacle : du non-art.

[ART CONTEMPORAIN] Une performance qui danse le serpent dans la blancheur cubique

novembre 21, 2009 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Le vendredi 13 novembre à 19h avait lieu une performance d’Aurélien Froment et de Youri Dirkx intitulée Par ordre d’apparition au Centre Pompidou de Paris, dans le cadre du nouveau festival. Cette œuvre, d’une durée d’une heure, mélangeant les arts plastiques et le théâtre a de quoi dérouter un public moyennement averti.

Un comédien évolue sur une surface blanche au fond de laquelle se dressent des pans de murs symbolisés par des rouleaux de papier blanc déroulés verticalement. Il mime un visiteur de musée, avant de mimer des formes géométriques avec ses mains, après avoir sauté d’une chaise. Pourquoi ? Puis les formes géométriques mimées arrivent : un cube, une colonne, un ballon – tous blancs. Sauf le ballon, qui est gris sale. La seule question qui se pose alors est la suivante : si l’artiste n’a pas su dégoter un ballon blanc, pourquoi ne l’a-t-il pas tout simplement repeint ? Et pourquoi diable n’a-t-il pas prévu des cales pour qu’il tienne en place du premier coup ? Le comédien installe ensuite quatre murs miniatures de couleur et y installe les mêmes formes blanches miniatures. Une mise en abyme, certes. Mais encore ?

Si cette première partie ennuie, on peut encore lui trouver une certaine cohérence : le blanc, le musée, le musée dans un musée, lui-même dans un musée (Beaubourg). Cohérence, donc, mais toujours aucune idée d’une finalité quelconque. Quel est le but à tout cela ?

Ouvert d’esprit – puisqu’il est présent – le public patiente. Malheureusement, la perplexité fera place au désarroi et à une certaine colère. Le comédien sort des cordes entassées des sacs, y fait des nœuds ou les défait, en répétant qu’un serpent s’enroule autour des branches d’un arbre avant de sauter dans un puits. Aurélien Froment se moquerait-il de nous ? La performance se termine par le mime de certaines œuvres bien connues (le Scribe, la Danseuse de Degas, etc). Puis le comédien disparaît, laissant dans l’atmosphère le sentiment d’avoir perdu une heure précieuse.

Si l’art contemporain s’est forgé la réputation d’interpeler, si les spectateurs se doivent d’être ouverts à toutes les questions soulevées par une œuvre, les artistes, de leur côté, devraient s’imposer un principe, un devoir, une déontologie. Dérouter – certes – mais ne jamais dérouter pour dérouter, d’encoder pour encoder, de symboliser pour symboliser. Un minimum de sens ne nuit pas à une œuvre, même contemporaine. Trop de métaphores tuent les métaphores – et risquent bien par la même occasion d’être fatales à ce genre artistique déjà adressé à une élite qui fait semblant de le comprendre.

[DANSE] Rosas danst Rosas : un spectacle nerveux au minimalisme entêtant

novembre 18, 2009 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Rosas danst Rosas, de la chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaeker, est une pièce en quatre mouvements pour quatre danseuses, sur une musique de Thierry de Mey et Peter Vermeersch. Créée en 1983, elle a révolutionné le monde de la danse de par sa base de travail minimaliste : économie de sons, économie de mouvements, économie de décors, économie de costumes. Un excès de petits riens qui font de cette pièce le manifeste fondateur de la chorégraphe.

Une chorégraphie intense et rythmée

Les danseuses, d’abord allongées, déclinent toute une gamme de mouvement saccadés et répétitifs sur la seule musique de leur souffle et du bruissement de leurs étoffes. Dans ce faux silence qui en devient presque oppressant, les gestes succèdent à l’immobilité, sorte de virgule suspendue dans une chorégraphie écrasée par la gravité tenace. Les corps sont lourds et ne retrouveront un semblant de verticalité qu’assis sur quatre chaises. Là, emportés par les percussions butées de Thierry de Mey, ils déclineront une partition réduite de gestes du quotidien, à la fois mécaniques et d’une féminité extrême : découvrir une épaule, la recouvrir d’un geste faussement pudique, passer une main dans les cheveux, croiser et décroiser les jambes, se serrer le ventre. La répétition des mouvements hypnotise, les rythmes sont secs, mais Anne Teresa de Keersmaeker réussit tout de même l’exploit d’insuffler une fluidité presque violente à l’ensemble du spectacle.

Un spectacle intemporel

Vingt-six ans après sa création, Rosas danst Rosas n’a pas pris une ride. De nombreuses fois primée, cette chorégraphie fait alterner dans une rare obstination agressivité et tendresse, uniformité et individualité. Une pièce nerveuse plus que jamais actuelle, dont les décors industriels et les costumes grossiers fustigent un monde du travail coupable d’une condition féminine mise à mal. Les rengaines sonores et visuelles sont entêtantes, le quotidien est sublimé, et les longueurs dans le rythme ne sont que la mise en abyme de mouvements qui savent se laisser incarner.

[CULTURE/TECH] Livres, web, NTIC : débuts poussifs d’un ménage à trois qui promet

novembre 17, 2009 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Les livres, le web, et le Kindle : trois faces d’une même révolution économique et numérique à réussir à tout prix, dans l’idéal d’un nouveau modèle satisfaisant pour tous.

A l’instar de l’industrie du disque, le monde de la littérature entre dans une phase délicate de son histoire : la transition entre l’ère du papier et celle du numérique. Si l’invention de l’imprimerie a révolutionné l’accès à la connaissance, la démocratisation du média Internet et des nouvelles technologies permet à tout un chacun d’être non plus un simple spectateur de la vie culturelle, mais d’en devenir un acteur à part entière. Les internautes, non contents de proposer leurs propres contenus littéraires, pourraient commencer à faire de l’ombre aux écrivains des grandes maisons. D’un autre côté, l’arrivée du Kindle d’Amazon risque fort de peser dans la balance économique de l’édition classique. Ces deux évènements quasi-simultanés pourraient donner le top départ d’un rapport au livre totalement nouveau.

Un premier salon réel tiré du monde virtuel

Un évènement récent symbolise l’entrée dans cette nouvelle ère : le premier« Salon facebouquins des grands auteurs de la petite édition » qui s’est tenu les 17 et 18 octobre 2009 au restaurant Le Mélange des Genres à Paris. Organisé à distance par deux membres de Facebook qui ne se connaissaient pas (Edith le Dico et Al LU-SINON), le principe était d’organiser des rencontres réelles entre auteurs et lecteurs qui n’étaient entrés en contact auparavant que sur le réseau social Facebook. Les 26 auteurs participants sont issus de la petite édition ou de l’édition à compte d’auteur : aucun d’entre eux n’a donc de visibilité dans les médias dits classiques (presse écrite, télévision, radio). Pourtant, cette première édition a été un succès : plus de 200 visiteurs, mais aussi et surtout une couverture médiatique non-négligeable. Outre les partenaires (BSC News Magazine et Overblog), la presse – et pas la moindre – s’est fait l’écho de l’évènement : LCI, Canal +, ActuaLittéCosmopolitan,ArtéMédia, etc… Pas assez pour faire de l’ombre aux différentes polémiques, discussions, et autres pronostics concernant l’attribution des prix littéraires dans l’édition classique, mais de quoi enclencher tout de même une petite révolution dans le monde de la littérature. L’industrie du livre devra désormais compter avec ces nouvelles pratiques et ces salons « off ».

Un Salon facebouquin sans auteur du web

On peut cependant reprocher au premier Salon facebouquin son manque d’intérêt pour les auteurs qui ne publient qu’en ligne. C’est d’ailleurs leur grand paradoxe : s’autoproclamer premier salon né du web et promouvoir des auteurs qui publient… sur papier uniquement. Certes, l’idée de ce salon est partie de Facebook, d’auteurs qui – par choix ou par défaut – font la promotion de leurs ouvrages via Facebook. Mais le lien avec le média Internet s’arrête là. Or, l’avenir de la littérature est désormais au support virtuel. De nombreux évènements sont emblématiques de la période trouble dans laquelle le monde de l’édition se trouve : la numérisation de contenus par Google, la démocratisation des supports techniques (iPhone, PDA), et bien sûr l’arrivée du Kindle d’Amazon qui tentera de s’imposer comme le lecteur de référence de livres électroniques (ou e-books). Autant de facteurs qui ont l’air d’échapper au co-fondateur du Salon facebouquin, Al LU-SINON, qui semble ne pas connaître l’existence du Kindle : « Lire un livre complet (…) n’est pas faisable, surtout qu’on ne peut pas mettre son ordinateur, portable ou non, dans son sac, dans sa poche, et que ça fait vite mal aux yeux » . Etonnant, pour un auteur qui se revendique du web… La révolution numérique de la littérature, malgré leur initiative originale et louable, ne passera pas par eux.

De l’e-book à l’e-écrivain

Et pourtant, les batailles concernant les livres virtuels n’en sont qu’à leurs débuts, à commencer par les (re)définitions des termes : qu’est-ce au juste qu’un « livre virtuel », par exemple ? Au-delà de la dimension philosophico-linguistique, c’est toute une juridiction qui est à revoir, aussi bien au niveau des formats qu’au niveau des contenus et de leurs protections. Quand contenus il y aura, car la pauvreté en la matièreest la principale critique qui est faite en ce moment à ce sujet. Mais la solution ne viendrait-elle pas des internautes eux-mêmes ? Contrairement aux 26 écrivains du premier Salon facebouquin, des centaines d’autres auteurs publient leurs œuvres sur le web (le plus souvent gratuitement), que les internautes peuvent soit lire en ligne, soit télécharger au format voulu (.rtf, PDF, e-book, MP3). Et la plupart également (Vanessa du Frat et Anna Galore, pour ne citer qu’elles) revendique le fait de ne pas vouloir de publication papier. Le livre trouverait donc via le web et grâce au Kindle et ses dérivés une existence virtuelle qui pourrait fortement peser dans la balance de l’édition classique. Car même si les éditeurs commencent à proposer leurs nouveautés sous format e-book, le prix de revient d’un ouvrage papier et de son homologue virtuel est sensiblement le même. Les aficionados des nouvelles technologies – et notamment les jeunes – se tourneront donc naturellement vers les productions littéraires directement virtuelles, et totalement gratuites. Sans même parler du piratage…

Dans cette nouvelle configuration, l’ensemble de la production et de l’édition littéraire est à revoir. Les professionnels de l’écriture, que ce soit les écrivains ou les éditeurs, doivent absolument prendre en compte les changements qui se produisent depuis quelques mois, et qui n’auront de cesse de s’accélérer. Les erreurs commises par l’industrie du disque, aujourd’hui dans une crise majeure, doivent servir de leçon. Un nouveau modèle économique, fiable et juste, doit absolument être mis en place, afin que tout le monde puisse y trouver son compte : les éditeurs, les auteurs, et les lecteurs. Les pronostics sont lancés quant à la date du premier e-best-seller…

[CINEMA] 2012 : l’odyssée de l’espèce

novembre 14, 2009 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Consigne :
Donnez-moi furieusement envie d’aller voir un film.

Correction :
Humour salubre. Et bienfaisant.

Novembre. Les congés d’été semblent dater du siècle dernier. La magie de Noël est encore inaccessible. L’ambiance est à la Toussaint, sur la terre, comme au ciel. Les étudiants commencent à être pénibles ; vous repoussez vos corrections. C’est la semaine du handicap au travail, la grippe A tue, la faim dans le monde, l’échec de Copenhague est annoncé, la planète se meurt : OUI, on va tous crever ! C’est inéluctable, de toute façon : alors amusons-nous-en !

Prenez 2012 de Roland Emmerich, par exemple. Un remède excellent contre la morosité ambiante ! Vous êtes fatigué d’écrire, de corriger, de préparer, de converser intelligemment ? Débranchez votre cerveau pendant 2h40 ! Vous avez froid ? Une salle pleine à craquer vous réchauffera ! Vous êtes las des catastrophes des journaux télévisés ? Allez assister à une bonne vieille fin du monde comme on les affectionne !

Ce film a toutes les qualités : des effets spéciaux qui nous scotchent au siège, des cataclysmes épouvantables mais pas pour de vrai donc c’est très excitant, de l’humour régulièrement, des héros sympathiques, des jeunes femmes absolument jolies, et un rythme haletant. Ca fait boum, crac, pan, glouglou, hiiii, ouf, re-boum ; bref… ça bouge dans tous les sens, tout s’effondre, explose, coule, et nous redevenons des adolescents stupides et émerveillés. CA-FAIT-DU-BIEN !

L’apocalypse en salles devrait être remboursée par la Sécurité sociale. Les peurs sont évacuées et les angoisses calmées le temps d’une catharsis. Et alors que le monde, sur la bobine, repart de zéro, le spectateur affronte de nouveau une réalité un peu plus légère à supporter.

Et c’était pas gagné.