[COMPO PERSO] Crépuscule

8 février 2012 dans Culture, En vrac

J’ai écrit et composé cette chanson le samedi 21 septembre 2002 (oui, c’est précis, mais je note tout). Je venais de regarder l’émission « Thé ou café ? » dont l’invité était Jeremy Irons, comédien anglais qui me fascine depuis mon adolescence. La dernière question qui lui avait été posée était : « Quel est votre mot préféré en français ? » « Crépuscule », avait-il répondu en prenant bien soin de le prononcer correctement.

Je me vois encore me lever, comme un robot, traverser l’appartement, m’asseoir au piano, et poser mes mains sur le clavier. Vingt minutes après, la chanson était là.

Il y a des instants de grâce dans la vie qui ne s’expliquent pas. Cette chanson est comme… descendue de très très haut pour arriver jusqu’au bout de mes doigts. J’étais presque à l’extérieur de moi-même lorsque les accords sont venus et que le texte s’est écrit sur ma feuille.

Bien sûr, c’est une modeste chanson sans prétention. Mais ça a été l’un des moments les plus étranges de ma vie…

Anecdote

Un an plus tard, j’ai présenté cette chanson lors d’une audition pour entrer dans l’école d’auteurs-compositeurs d’Alice Dona. Lorsque j’ai eu fini, elle m’a regardé longuement et m’a demandé : « Vous vous sentez bien dans votre époque ? » J’ai été complètement interloquée par une question aussi bizarre. « Non, parce que… vous parlez comme dans les Liaisons Dangereuses« , m’a-t-elle expliqué. Je n’ai pas été retenue.

Cinq ans plus tard, quasiment jour pour jour, je gagnais un concours littéraire avec un texte en alexandrins sur… le Vicomte de Valmont. Et toc !

(Bon, soyez indulgents, cet enregistrement date de 2003 et je n’avais encore jamais pris de cours de chant…)

 

CREPUSCULE

 

Au crépuscule d’un amour
Au gré du vent sur un chemin
Un clair de Lune avant le jour
Ce crépuscule comme un destin

Nos âmes unies sous les couleurs
D’un ciel hésitant à grandir
Notre si pudique impudeur
Que nous sentions nous envahir

Vingt-cinq printemps, soixante automnes
Sous un crépuscule naissant
Où tout est rien ; nos cœurs s’étonnent
De lire nos regards étincelants

La légère brise du crépuscule
Se heurte à nos peaux réchauffées
L’extase de l’abandon embrume
Nos corps nos mains entremêlés

Quand devant le flou horizon
La mer déborde de nos yeux
De nous savoir à l’unisson
Sous ce crépuscule des dieux

Alors nos sourires enivrants
Et soulagés de blanches peurs
Se livrent au crépuscule vibrant
De l’euphorie de nos ardeurs

Et donc le crépuscule témoin
De notre langueur foudroyante
Grave dans la mémoire de chacun
Des souvenirs dignes de Dante

Dès lors ce feu qui nous consume
Sans en rien nous diminuer
Attisé par les crépuscules
Tous différents sans rien changer

Quand notre soleil se couchera
Dans nos regards purs comme ce ciel
Ce crépuscule reviendra
Veiller nos amours éternelles

 

Photo de gelinh en Licence CC