[MARS ONE] Ma réponse à l’article de medium.com

18 mars 2015 dans Mars One, Vers Mars

Vous êtes nombreux à m’avoir demandé mon avis à propos de cet article, sur Twitter, en message privé sur Facebook, ou par mail. Voici donc ma réponse :

L’ARGENT
Se porter candidat était payant, d’une part pour éviter les trolls et d’autre part parce que c’est une organisation qui a besoin d’argent. Et le montant de l’inscription était calculé en fonction du PIB de chaque pays pour que chaque candidat motivé puisse participer quand même (en France, c’était 28 dollars/23 euros si mes souvenirs sont bons). J’avais trouvé la démarche très intéressante.
Ensuite, je n’ai plus déboursé un seul centime. Il y avait bien un système de points, mais comme je n’aime pas trop ce genre de truc, je ne m’y suis pas intéressé – ce qui ne m’a pas empêchée d’atteindre l’étape de l’entretien.

Concernant l’entretien, on pouvait effectivement proposer à des journalistes de le couvrir – en accord avec Mars One, comme le prouve la capture d’écran ci-dessous.

Ensuite suivait le message pour les médias où il est effectivement question de faire une proposition de tarif pour obtenir l’exclusivité.

Je ne sais pas comment ça se passe dans les médias en France et dans les autres pays pour ce genre de chose – je crois quand même qu’en France, les journalistes ne payent pas pour une exclu ou une interview. Mais je peux me tromper. J’en sais vraiment rien. Ça peut peut-être arriver.

Toujours est-il qu’en tant que candidate je ne souhaitais pas être suivie par des journalistes lors de mon entretien, donc je ne me suis pas occupée de ça. Et ça ne me serait pas venu à l’idée de toute façon de faire payer mes interviews (sinon, je serais millionnaire à l’heure qu’il est…) et donc je n’ai pas eu de message m’indiquant de « reverser 75 % à Mars One » tel que rapporté par Joseph Roche.
Mais si on part du principe que Mars One souhaitait vendre l’exclu aux médias, il me semble assez logique que ce ne soit pas le candidat qui en récupère 100 % des bénéfices… De plus, Mars One précise qu’ils proposaient de racheter les images des journalistes pour 150 dollars les 10 secondes s’ils en avaient besoin pour leurs vidéos de communication. Je ne suis pas très au fait des tarifs qui se pratiquent, mais la démarche me paraît professionnelle (je ne compte plus tout le travail qu’on ne m’a jamais payé, ou qu’on m’a considérablement sous-payé dans ma vie professionnelle, par exemple.)

LES ÉTAPES DE SÉLECTION
Il y a d’abord eu l’inscription en ligne avec le questionnaire à remplir (ça m’a pris plus de 3 heures…) et la vidéo à faire qui demandait de se présenter, de donner les raisons de notre candidature et de montrer notre sens de l’humour.

Ensuite, 1 058 candidats ont été retenus sur 202 586. On nous a demandé de passer des tests médicaux et de renvoyer un certificat médical. Effectivement, tout ça était à notre charge. (Mais comme le reste, Mars One n’a forcé personne à s’inscrire ou à poursuivre la sélection.)

Ensuite, on a passé un entretien d’un quart d’heure sur un équivalent de Skype avec Norbert Kraft. Personnellement, j’ai eu droit à des questions techniques et poussées, que je n’ai d’ailleurs pas très bien comprises (mon vocabulaire technique dans le spatial n’était visiblement pas suffisant et c’est plutôt rassurant de voir que je n’ai pas été sélectionnée suite à cet entretien).

C’est sûr, un seul homme pour 660 entretiens de 15 minutes, ce n’est sans doute pas la meilleure manière de sélectionner de futurs astronautes. Mais une sélection classique se passe de la même manière : questionnaire en ligne, tests médicaux, entretiens… Là, c’est sûr que c’est moins organisé et moins poussé. Il faut juste espérer que les 100 candidats restants encore dans la course puisse être départagés de manière (beaucoup) plus approfondie. À suivre.

LA FAISABILITÉ DU PROJET
Je répète à l’envi depuis le début qu’un premier départ d’équipage en 2024 avec un budget de 6 milliards de dollars est impossible. Ce n’est tout simplement pas possible. Et je n’ai jamais transigé là-dessus.
Mars One avait des accords avec Lockheed Martin pour une réplique de Phoenix, avec SSTL pour des satellites de télécommunication, et avec DSP pour la série documentaire. Visiblement, ces accords n’ont pas été reconduits ou les contrats prévus n’ont pas été signés, d’après ce que j’ai pu lire ici et .
Ça semble donc être un peu au point mort.

LE TÉMOIGNAGE DE JOSEPH ROCHE
Globalement, le témoignage de Joseph Roche rapporte des faits qui sont non seulement connus depuis le départ, mais qui concernent des données publiques pour la plupart. Qu’un candidat qui se trouve impliqué dans l’aventure depuis 18 mois semble tomber des nues maintenant et découvrir l’absence de budget, le manque de moyens humains et les difficultés du projet à se monter, ça me semble un peu étrange.

Alors à mon tour, j’ai des questions : pourquoi ce candidat prend-il la parole maintenant ? Pourquoi est-ce que ça semble surprendre tant de monde, alors que tout ce qu’il rapporte était déjà connu et relayé dans la presse ? (À qui profite le crime, en gros…)

Je profite en tout cas de cette mise au point sur cet article pour remercier à nouveau tous ceux qui m’ont suivie, soutenue, critiquée de manière constructive pendant toute la durée de cette expérience. C’était dingue. Merci :-)