[PERSO] André Brahic… MERCI.

15 mai 2016 dans Culture scientifique, Personnel

Cher André Brahic,

Quand je suis arrivée ce matin sur la scène de l’amphithéâtre Mérieux de l’ENS de Lyon pour intervenir lors d’une table-ronde dans le cadre des Intergalactiques, il y avait plus de fauteuils que nous n’étions d’intervenants.
Vous étiez annoncé « sous réserve » et je savais que vous ne viendriez pas, mais quand on m’a proposé de participer à l’événement, l’espoir était permis, j’en avais été folle de joie.
Alors j’ai eu une pensée pour vous avant de m’asseoir, sachant que de toute façon vous ne seriez pas longtemps resté assis si vous aviez été présent. Ça m’a fait sourire.

Lorsque je suis partie dans un monologue un peu sombre et décousu concernant notre avenir, j’ai à nouveau pensé à vous. J’ai voulu tempérer mes propos en vous citant, en rappelant que, tout de même, nous vivons une époque formidable, et j’étais prête à égrainer vos arguments pour que vous soyez parmi nous un peu quand même. Et puis… je ne l’ai pas fait, finalement.

Nous avions échangé quelques mails ces derniers temps, nous devions nous rencontrer, vous étiez d’accord. « Votre santé passe avant tout le reste. Vraiment. », vous avais-je écrit, essayant d’être raisonnable à votre place alors que vous m’aviez détaillé vos déplacements entre deux séjours à l’hôpital. « Prenez soin de vous », avais-je conclu en pesant chacun de ces quatre mots.

Nous nous étions croisés une fois, sur le plateau de « La tête au carré » à la Cité des Sciences, le 12 novembre 2014, à l’occasion de l’atterrissage de Philae. Je vous avais fait part de mon émotion de vous voir, de mon admiration, et je vous avais remercié pour tout ce que vous faisiez pour le grand public, dont je fais partie. Ça vous avait bien fait rire et c’est vous qui m’aviez remerciée en retour, « d’écouter un vieux croulant comme moi ». Dans une indignation hilare, je vous avais un peu engueulé, ne vous permettant pas de parler de vous-même ainsi. Et je ne vous avais pas quitté des yeux avec un sourire niais, appréciant chaque seconde de votre présence et de votre énergie.

Ce matin, la table-ronde s’est terminée. Au moment de rentrer, j’ai rallumé mon téléphone. Et j’ai appris que les fauteuils vides étaient bien plus vides que ce que j’avais imaginé.

Sur le chemin du retour, mes yeux noyés derrière mes lunettes de soleil, j’ai partagé mon chagrin avec un ami. Je n’arrivais plus à être une homo rigolus. Il m’a écrit que ça reviendrait. Qu’il le fallait. Une larme est tombée sur mon téléphone. Qu’il faudra grimper sur vos épaules, comme vous l’aviez fait avant nous. Même si les vôtres « sont sacrément hautes ».

Je ne sais pas si j’arriverai à grimper sur vos épaules, André Brahic. Je sais juste que vous êtes l’un de ceux qui m’ont amenée à être ce que je suis aujourd’hui. Et malgré les doutes, malgré les angoisses, malgré la peur d’y être illégitime, je suis heureuse de ce que je suis, et de ce que j’aimerais continuer à devenir.

Mais vous êtes si grand, et vos épaules me paraissent tellement inaccessibles… Peut-être, avec votre accord, devrais-je grimper sur ce fauteuil vide ?…

Florence

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