[SECRET STORY 4] Dons Juans au féminin et salopes 2.0

25 juillet 2010 dans En vrac, Société

C’est fou comme c’est complexe, les liaisons entre le langage et l’évolution de la société. Quand on invente des mots pour des catégories de personnes qui entrent enfin dans la mode du moment puis dans les mœurs (gay, lesbienne, MILF, cougar, etc…), ces mêmes catégories de personnes ne souhaitent pas être enfermées dans des appellations qui sont toujours, en début de vie, péjoratives et réductrices. Plus complexes encore sont les catégories de personnes qui n’ont pas de vocable à eux. Et c’est encore pire.

Prenons Julie et Amélie, par exemple. La première, dans sa présentation, nous apprend qu’elle gère les garçons comme une femme d’affaire (vidéo). Très bien, bon, d’accord. La deuxième a dévoilé son secret hier : c’est elle, la « don Juan au féminin ». Et nous voilà bien. Ces deux jeunes femmes ont visiblement une manière de considérer leur vie privée de la même manière. Et une seule appellation a été trouvée pour les qualifier : ce sont tout bonnement (sans mauvais jeu de mot) des salopes.

Un peu violent, non ? M’est avis que si. On n’est pas « qualifiée » de salope, on est « traitée » de salope. C’est injurieux, méprisant, et violent. Mais d’ailleurs, qu’en dit le dictionnaire ? Quand j’interroge mon Hachette 2008, il me répond ceci : « salope nf vulg 1 Femme malfaisante, méprisante 2 Individu infâme, abject ». Pas vraiment sympathique, en somme. Et voyez comme aucune référence à la sexualité n’est faite dans cette définition. Voilà qui est tout à fait intéressant.

Quand on traite une femme de « salope » dans notre société d’aujourd’hui, une connotation sexuelle très forte est sous-entendue. On pourrait presque dire que c’est un synonyme de « pute », de femme dite de mauvaise vie. C’est amusant de voir à quel point un mot qui, à la base, implique l’idée de la malfaisance soit repris pour évoquer des femmes à la sexualité active et assumée. Comme si les femmes avec ce type de sexualité étaient forcément mauvaises et infâmes… On retrouve ici le schéma judéo-chrétien de la femme-putain, de la pécheresse, de la Marie-Madeleine – en opposition avec la « maman », la Sainte Vierge.

C’est usant. Honnêtement, hein. Ça me fatigue. Je ne vais pas revenir sur l’égalité des sexes, sur le combat des femmes à pouvoir choisir librement leur comportement sexuel sans être sans cesse jugées, sur la parité, etc… D’un homme, on dit qu’il est « coureur de jupons », « bon vivant », « don Juan »… Essayez de trouver le pendant féminin de ces qualificatifs, et vous n’aurez que « salope » dans votre vocabulaire.

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Et pour quelle raison obscure, hein ? Pourquoi sourit-on tendrement lorsque c’est d’un homme qu’il s’agit (« Oh bah vous savez ma p’tite demoiselle, les hommes, hein… »), pourquoi sommes-nous méprisants à l’égard d’une femme qui a strictement le même comportement ? De nos jours, cela n’a plus aucun sens. Les femmes ont la pilule, elles ont des hormones, un métier, le permis de conduire, le droit de vote, et même un cerveau. Non, elles n’ont pas besoin d’être amoureuses pour coucher, et oui elles ont aussi besoin de sexe juste pour soulager des pulsions. Comme les hommes. Mais parce que c’est une femme, c’est mal ?…

FLÛTE.

Julie, Amélie, continuez à vivre votre sexualité comme vous l’entendez. Eclatez-vous. Malheureusement, Endemol et TF1 n’ont pas trouvé d’autres appellations que « don Juan au féminin ». Mais j’espère qu’un jour, on trouvera. En attendant, essayez de ne pas tomber dans les clichés, s’il vous plaît. Même si la prod vous a choisies pour ça. Non, une don Juan au féminin n’est pas mauvaise. Non, elle n’est pas infâme, abjecte, méprisante. Elle vit juste sa vie comme elle l’entend, avec d’autres adultes consentants. Et elle peut aussi – eh oui – être une femme bien, une professionnelle talentueuse et fiable, une amie fidèle, une maman aimante, etc.

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© Dessin de Lili la Baleine

Détracteurs, vieux (ou jeunes) cons, machos, coincées, rassurez-vous tout de même. Ce n’est pas demain la veille que les mentalités changeront. Pas plus tard que la semaine dernière, une de ces femmes tout à fait respectables nous a traitées, moi et quelques autres, de « salopes 2.0 ». Notre crime ? Avoir osé montrer sur Twitter ce qu’on exhibe impunément (quel scandale !!!) sur notre lieu de travail, et dans la rue. Notre décolleté. (Je passe sur le fait que cette même demoiselle tout à fait respectable avait montré, elle, sa culotte quelques temps auparavant – culotte que je ne montrerais personnellement ni sur mon lieu de travail ni dans la rue soit dit en passant. Donc pas sur Twitter non plus.)

Cette expérience a cependant été plutôt instructive. J’ai appris que mettre un débardeur en plein été faisait forcément de moi une femme dépravée et méprisable.

Julie et Amélie, chères amies, surtout veillez à avoir sans cesse la gorge couverte. Plus de maillots de bain, plus de hauts décolletés, plus de petits tops un temps soit peu féminins ! Malheureuses. On pourrait vous prendre pour ce que vous êtes.

Libres. Et libérées.

Petites effrontées !