[MUSIQUE] Barcella : abracadabresque Charabia

juin 9, 2012 dans Culture, En vrac

Barcella est sûrement le seul garçon au monde à pouvoir caser dans ses disques « salope », « biffle », « mettre une cartouche » en face A et « billevesée », « mistinguette », « bande de jeunes freluquets » en face B – et, par-dessus le marché, de nous faire trouver ça tout à fait charmant pour la première et tout de même un peu osé pour la deuxième.

Parce qu’il est comme ça, Barcella. Il réconcilie un Français tendrement désuet et un verlan du meilleur effet d’une chanson à l’autre (quand ce n’est pas au sein du même texte) de son nouvel album, le bien nommé Charabia.

Il a le verbe nostalgique dans l’émouvant « L’âge d’or » qui noie mes yeux à chaque écoute : « Pourtant, pourtant / Les tranches de pain d’épices / Me manquent maintenant que / Les années me trahissent… » ;

 

et la verve coquine quand il s’agit de narrer la rencontre entre une feuille et un stylo : « Emarge-moi Rocco, effeuille-moi à en prendre haleine / J’ai connu des pinceaux, ne me raconte pas tes poèmes / Tu m’as prise pour une vierge ou quoi ? Je veux que tu m’éclabousses / Qu’attends-tu donc pour me mettre une cartouche ? »

 

(Ce genre de chanson-métaphore aux images bien tournées est une merveille littéraire… Cependant, cela représente un léger désavantage : je comptais offrir l’album à ma grand-mère…)

Mais Barcella ne s’amuse pas qu’avec ces mots-là sur des accompagnements tour à tour mélodieux et entraînants : champion de France de slam de son état (excusez du peu), il nous offre avec « Mixtape » une performance du genre impressionnante de célérité et de poésie. Et pour l’avoir vu une bonne dizaine de fois en concert, croyez-moi, il ne s’agit pas d’un tour de passe-passe comme on peut le faire en studio : ce gars-là enverrait Chuck Norris chez un orthophoniste jusqu’à la fin de ses jours. Et musicalement, c’est à croquer.

 

Avec ce deuxième album, l’auteur-compositeur-interprète champenois (COCORICO !!! 51 représente…) réussit l’exploit de ne pas décevoir après l’excellente « Boîte à musique ».  Babar (pour les intimes) nous raconte encore ses histoires et celle des autres. Celle de Cerise, par exemple (oui oui, la fameuse jeune fille de la publicité pour une assurance dont je ne citerai pas le nom), qui clame à qui veut l’entendre : « Je suis blonde et je vous emmerde » sur un air tellement sautillant et souriant qu’on en oublie qu’elle nous envoie paître. (D’ailleurs, ladite jeune fille a apprécié l’album, nous a glissé Barcella l’autre jour au Café de la Danse sur le ton de la confidence.)

 

Il traite encore de ses sujets de prédilection en les réinventant : l’enfance, tour à tour amèrement nostalgique (L’âge d’or, L’insouciance) et joyeusement sucrée (Les monstres, Le cahier de vacances), et les rapports hommes/femmes (Abracadabra, Salope, Ma douce, Claire fontaine) avec cette vision si moderne et désabusée des comportements des deux sexes.

Mais si, dans ses textes, l’homme semble être un petit garçon apeuré face à des femmes volontaires et rentre-dedans, Barcella a quand même eu le culot et les coucougnettes de faire chanter à l’unisson tout le Café de la Danse un jour de Journée de la Femme son fameux refrain : « SALOOOOPE-EUH !! », et rien que pour ça, on dit respect, monsieur, respect. (En vrai, ça soulage, je vous le conseille.)

 

Bref, tout ça pour vous dire : va chercher bonheur dans l’AilleTounz des Internets ou (pour faire adorablement galvaudé) chez un disquaire en dur. Cet album est aussi magique qu’éclectique. Et je laisse le mot de la fin à l’artiste : « Les vrais font la diff’ entre la daube et le bon onss ! »

(Oh, et une astuce : ce mec est une bête de scène. S’il passe près de chez toi, fais pas le con, ne loupe pas ça !)

[TWITTER] Twitter, tu me fatigues

février 26, 2012 dans En vrac, Société

Twitter, je t’adore, mais souvent ton hypocrisie et tes dictatures m’épuisent. Je te le dis quand j’en ai envie, souvent je me tais parce que je ne veux pas m’énerver, et ça fait un moment que ça me titille d’en faire un billet sans en avoir forcément le courage.

Mais là, en l’espace de quelques heures, tu m’as bien bien gonflée par deux fois – on va donc dire que c’est l’occasion d’ouvrir une page blanche et de te dire ce que je pense en plus de 140 caractères. Parce que tu me fatigues, Twitter.

La censure, c’est pas bien (enfin… sauf quand ça t’arrange)

Twitter, tu passes ton temps à donner des leçons de morale, à te poser comme seule Vérité possible, à crier sur tous les toits que ceux qui ne pensent pas comme toi sont forcément des cons ou des fachos (tout en criant au scandale dès qu’un point Godwin fait son apparition), et cela est valable tout autant pour la politique, les goûts musicaux ou cinématographiques, la nouvelle keynote d’Apple ou le dernier buzz en date.

Dernièrement, c’est la censure des comptes fake de Nicolas Sarkozy qui a provoqué ton ire et ton soulèvement.

[Je précise tout de suite pour que ce soit bien clair : je n'ai jamais été très à l'aise avec les comptes fake utilisant une identité qui n'est pas la sienne, que ça concerne un personnage publique ou un anonyme. Bien sûr - et  heureusement - que le droit à la caricature existe, certains sont très bien faits et il m'est arrivé de sourire, mais voilà, bon, je ne suis pas très à l'aise avec ça alors que c'est un sport national chez toi.]

Revenons à nos moutons : depuis que Nicolas Sarkozy s’est inscrit sur Twitter, un nombre impressionnant de comptes fake à son image ont fait leur apparition. Je n’ai pas voulu suivre l’histoire en détail parce que ça me gonfle, mais ils ont visiblement tous été censurés, ce qui, bien entendu, pose question quant au respect du droit à la caricature et à la liberté d’expression. Tu t’es donc outré, Twitter, et tu as eu bien raison.

Mais voilà. Hier soir, ce sont des compte fake de Guy Birembaum qui ont vu le jour. Une fois encore, comme tous les comptes fake, vous dis-je, je n’étais pas du tout à l’aise  en les voyant arriver dans mes followers. Mais là où tu m’as mise en colère, Twitter, c’est quand soudain tu t’es transformé en schizophrène. Tu t’es soulevé pour dénoncer ces vilains personnages qui reprenaient l’identité d’un honnête homme pour faire ces outrageux comptes fake ! Tu t’es mobilisé pour qu’ils disparaissent, pour que ces salopiauds soient punis en place publique !

Alors, bon… Twitter… Comment te dire… (poliment)…

Il faudrait savoir, mon petit père, hein. Eh oui. Parce que c’est une chose de dénoncer la censure un jour. Et, le lendemain, de l’encourager et de l’utiliser. Parce que, tout à coup, ben ça t’arrange.

Et tu hurles à longueur de temps contre les diktats ?…

Pardon, hein. Mais tu me fais rire. J’arrive de moins en moins à te prendre au sérieux.

Récapitulons : un compte fake de Sarkozy, « say le bien », c’est le droit à la caricature, c’est la liberté d’expression. Un compte fake de Guy Birenbaum, « say le mal », c’est un outrage, ce sont des mécréants/des cons/des terroristes/des fachos (hein, ouais, j’ai tout vu passer).

A un moment Twitter, va falloir être un tout petit cohérent. Il n’y a aucune différence entre Nicolas Sarkozy et Guy Birenbaum, malgré ce qu’on a essayé de me faire croire. Ce sont tous les deux des personnalités publiques inscrites sur Twitter sous leur vrai nom et sous leur vrai visage. Ils ont eu tous les deux à subir des comptes fake très ressemblants. Et par-dessus tout, ils sont à égalité en terme de lois, de droits et de règles d’usage.

Alors tes grands discours sur la liberté d’expression, le droit à la caricature et contre la censure, merci hein. Mais visiblement, c’est quand ça t’arrange. Sois cohérent avec toi-même, en fait, c’est tout ce que je te demande.

Oh, et je précise : j’ai eu un échange en DM avec Guy Birenbaum à ce sujet. J’en ai profité pour lui transmettre mes encouragements pour se sortir de cette passe un peu désagréable. Parce que, voilà, comme dit deux fois déjà, les comptes fake, ça me met mal à l’aise. Je le soutiens donc.

PS : Lors d’échanges sur ce sujet, on m’a posé la question des Guignols – qui me font beaucoup rire, oui oui. Mais non, et je le dis comme je le pense, ce n’est pas du tout pareil. Du premier coup d’oeil, tu vois que les Guignols sont des marionnettes, des caricatures. Or, un compte fake bien fait, de ceux qui tiennent plus de l’usurpation d’identité que d’autre chose malgré la volonté d’uniquement parodier, ne te renseigne pas sur sa nature caricaturale.

Je m’explique : il m’est souvent arrivé de voir passer des RT de comptes fake de multiples personnalités politiques, par exemple, en croyant que c’était les vraies. Sauf que non. Et j’aime pas trop trop me faire flouer et être prise pour une conne, en fait. Et étant donnée la multiplication du phénomène, je ne vais pas m’amuser à cliquer sur un RT qui a déjà disparu de ma TL parce qu’elle défile vite, aller voir la bio et enfin au bout de quelques minutes me rendre compte que c’est seulement un compte parodique.

Donc je ne suis pas sûre que les compte fake parodiques sur Twutter soient une bonne chose, parce qu’au hasard de RT, on ne peut humainement et techniquement pas faire la différence avec un vrai compte. Contrairement aux Guignols ou à toutes les autres formes de parodies et de caricatures.

Les Parisiens : gloire aux stéréotypes

Autre exemple de ton hypocrisie (ou schizophrénie) naturelle, Twitter. Hier, aujourd’hui encore, une vidéo fait le buzz où l’on nous montre ce que c’est qu’un vrai Parisien. Je ne l’embedderai pas et je tairai la source de cette vidéo puisque je refuse d’en faire la publicité.

Tu l’encenses, tu la retweetes, tu LOLes devant et tu cries au génie.

Formidable.

Sentant déjà le truc qui m’énerverait, je n’ai pas voulu la voir hier (j’aime pas tellement suivre quand quelque chose semble faire l’unanimité – que voulez-vous, méfiance naturelle). Et puis ce matin, j’ai voulu me faire ma propre opinion sur le sujet.

Nous avons donc une vidéo qui liste toutes les habitudes, les travers, les comportements et les tics de langage du vrai Parisien. Bon, alors déjà, je cherche toujours où c’était drôle (parce que je suis bien consciente que c’est du second degré, merci bien, hein). Ensuite, je me demande dans quelle mesure, dans la démarche, au fond, à la base, c’est bel et bien du second degré.

A partir de là, ça commence à me poser un petit problème. Cette vidéo bourrée de clichés (dans lesquels j’ai rarement reconnu des Parisiens ou bien qui seraient vrais également pour un non-Parisien) empêche tout droit à la différence. Du genre, « si tu dis ou fais pas ça, ben t’es pas un vrai Parisien et c’est sans recours ». Euh… ok. Belle leçon de tolérance. Wow. Je suis soufflée. Parce qu’en fait, je vis à Paris depuis dix ans, je m’estime un tant soit peu Parisienne, mais je ne me suis pas reconnue une demi-seconde dans cette vidéo.

Donc maintenant, Twitter, toi qui es toujours prompt à défendre la liberté, la tolérance, la veuve et l’orphelin, peux-tu me regarder droit dans les yeux et me dire que tu aurais encensé, retweeté, LOLé devant et crié au génie devant le même genre de vidéo au second degré si « Parisien » était remplacé par : femme/homme/gay/Français ? Mmmh ?

Non mais je te jure. Essaye. « Je suis vraiment un homme si… » et hop, 3 minutes de clichés grotesques sous couvert de second degré (really ?). Ou bien : « Je suis un vrai Français si… » et rebelote. Ou bien encore : « Je ne suis une vraie femme que si… » etc.

Ah ben là tout de suite, tu vois, je te sens pâlir, Twitter… Bizarre, hein.

Vous avez dit « cohérent » ?…

Ben de mon côté, Parisien, femme, gay, Français ou martien, ce genre de vidéo-sous-couvert-de-second-degré me met autant en colère.

Le pire, c’est que je suis la première à dire qu’il faut rire de tout et de tout le monde. Et que là, je me rends compte que j’ai tendance à oublier un peu mon sens de l’humour. Je le garde toujours, rassurez-vous. Mais si je pète un câble là tout de suite, ce n’est pas à cause d’une vidéo un peu maladroite qui ne m’aura pas fait rire. C’est parce que j’en ai ras-le-bol de recevoir des leçons de morale à longueur de TL par un Twitter schizphrène qui retourne sa veste quand bon lui semble.

Pour finir

Twitter, tu sais bien que j’ai pour toi une infinie tendresse, malgré tes défauts et ton côté insupportable. Hier encore tu m’as agacée sur un troisième sujet, celui du « Mademoiselle ». Tu as toujours un avis tranché sur tout, Twitter, et c’est sûrement pour ça qu’on t’aime.

Mais moi je ne me suis pas encore décidée. Je ne sais pas si je trouve ça plutôt bien – même si c’est symbolique – ou totalement accessoire. Alors en attendant que je me forge mon opinion et pour adoucir les moeurs (les miennes comme les vôtres, chers lecteurs qui êtes arrivés jusque-là), voici une des plus jolies chansons que je connaisse. Elle s’appelle « Mademoiselle » et elle est l’oeuvre de l’immense Barcella.

A très vite sur la TL, bande de bougres :-)

[MUSIQUE] Les zizis en chansons

décembre 14, 2011 dans Culture, En vrac

N’allez pas croire du tout que je fais dans le racoleur. Je me suis toujours refusée d’écrire le mot « sexe » dans les trois premières lignes d’un article pour un meilleur référencement, je m’y tiendrais encore cette fois-ci.

Je me suis juste fait la réflexion il y a quelques jours, quand j’ai écrit mon billet sur Barcella, que le sexe masculin avait eu droit à de nombreuses chansons, toutes plus différentes les unes que les autres.

Comme pour le Mur de Berlin ou pour les chiens, je me lance donc dans un billet musical thématique sur nos amies les bêtes la Bête.

Alors… bon… qu’on se mette d’accord tout de suite… LOIN-DE-MOI-L’IDEE de prendre à la légère un attribut aussi sérieux. Aucune blague n’aura sa place ici : elles en sont l’exact inverse si l’on en croit l’adage « les blagues les plus courtes sont les meilleures ». C’est cul Eve-Day, hein.

Ceci étant  dit, voici ma sélection des chansons les plus représentatives de l’engin de ces messieurs – en laissant volontairement de côté toutes les chansons paillardes existantes qui mériteraient non un post mais carrément un blog à elles toutes seules.

Quelques chansons un peu coquines

Où les messieurs nus comme ces vers

Se font déshabiller la pine

Et les dessous de leurs affaires.

Ne croyez pas ce qu’on y dit :

La verge en serait fort marrie…

(Comment ? Ah, non, c’était pas une chanson, ça. C’était juste une transition. Ouais, cherchez pas.)

Le zizi drôle de Lynda Lemay

Honneur aux dames !

(Attendez. Finalement, je ne suis pas sûre de l’emploi de l’expression « honneur aux dames » dans un billet traitant de pénis. Bien. Je sens que ça va être plus dur que prévu…)

(Attendez encore. Je ne suis pas sûre de l’emploi de la phrase « je sens que ça va être plus dur que prévu » dans un billet traitant de pénis. Bien. ON VA Y ARRIVER olé olé.)

On ne peut pas retirer à Lynda Lemay, qu’on l’apprécie ou non, sa plume incroyable qui chatouille souvent là où ça fait mal. Les hommes en prennent souvent pour leur grade et c’est sur leur intimité qu’elle se penche (dans tous les sens du terme, oui oui…) ici.

C’est à pleurer de rire et, parité oblige, elle rend la pareille à ces dames par la suite…

 

Le zizi choupinou de Barcella

Eh oui, je reviens dessus (…) (GNNN…) mais Barcella sait comment attendrir les filles avec son « moineau ». D’abord petit garçon angoissé puis adolescent complexé, il prend une revanche éclatante auprès de beautés décérébrées avec une verve verbiale dont lui seul a le secret.

Et d’ailleurs… en parlant de secret… Il a beau se défendre de tout texte autobiographique dans son album et accuser son pianiste en concert, le mystère rôde toujours : cette chanson sent-elle le vit-cul vécu ? Voilà qui mériterait une enquête journalistique approfondie… (PREM’S !!! Eh, oh.)

 

Le zizi crâneur de Jacques Dutronc

Alors ça, c’est typiquement le genre de mec qui me hérisse le poil (que je… non, rien). Désolée, mais ce genre de mec à gros cigare, très peu pour moi. C’est du genre à fumer après l’amour, en plus. Berk. Os-kour, quoi.

(Ouais je sais, ça fait beaucoup de « genre », mais c’est dans le genre « mauvais genre », tavu.)

 

Le zizi docte de Pierre Perret

Voilà un trublion chantant qui nous promet de « tout » nous apprendre sur le zizi. Mouais. Je suis pas convaincue, personnellement. J’ai pas eu l’air con, quand j’ai demandé où était « le grand cou » du premier zizi tout mou que j’ai vu, moi, tiens… (Enfin bon. Ca a eu le mérite de le faire rire, hein. Et homme qui rit… homme qu’on pécho, eh ouais.)

 

Le zizi python des Monty Python

Et enfin, last but not least, la Chanson du Pénis tirée (non… ne dites rien) du film « Le sens de la vie » (ça tombe d’ailleurs sous le sens si je puis me permettre).

Trêve de commentaires débiles, place aux maîtres.

 

Si vous voyez d’autres chansons à ajouter, n’hésitez pas. En attendant, soyez fripons… mais sortez couverts !

[MUSIQUE] Barcella : drôle de poète chantant

décembre 11, 2011 dans Culture, En vrac

J’ai découvert Barcella complètement par hasard, à l’été 2009 à la Foire de Châlons : il faisait la première partie de La Chanson du Dimanche (que j’étais venue voir) qui faisaient eux-mêmes la première partie de Grégoire.

Etant en avance pour La Chanson du Dimanche, je suis donc arrivée au beau milieu du spectacle d’un drôle d’énergumène au pantalon large, aux bretelles et à la queue de pie, qui chantait des chansons tour à tour tendres, drôles et grinçantes avec un accent indéfini délicieusement désuet accompagné d’un pianiste, d’un accordéoniste et lui-même à la guitare.

Au début, il m’a fait penser à Thomas Fersen : un décor constitué de détails dans les tons sombres avec des parapluies ouverts et de vieilles liseuses, un costume hors du temps et un vocabulaire fouillé. Mais très vite, je suis rendu compte que Barcella n’était personne d’autre que lui-même.

Après une ou deux chansons prises en cours de route et le temps qu’il m’a fallu pour entrer dans son univers, il a entamé « Mademoiselle ». Un piano, une voix, un artiste pétri d’une généreuse émotion, un texte qui remue les tripes de ma génération et les plus jolis vers que j’ai jamais entendus : « Mais pour celles qui y croient, tout comme pour ceux qui osent, la vie ouvre des portes avec ou sans cadenas qui pouvaient sembler closes… »

 

Sans nous laisser le temps de s’apesantir sur une grosse boule dans la gorge, Barcella enchaîne avec « Les monstres ». Une sombre histoire de petit garçon qui va faire pipi la nuit et qui réveille des terreurs nocturnes universelles… Le gars se révèle showman et on se prend à sautiller sur place pour finir les bras en l’air à frapper frénétiquement (mais en rythme !) dans ses mains pour accompagner son incroyable énergie et un humour à toute épreuve.

 

Après cette franche rigolade, il nous présente une performance de impressionnante : Barcella n’est pas seulement un saltimbanque musical, il est également champion de France de Slam Poésie. Après avoir fait rougir tous les profs de diction du monde avec « Babar » (lui, pour les intimes), il enchaîne sur un texte où la métaphore file la faune océane (de 1’58 à 3’05 dans la vidéo ci-dessous).

 

Mais le Rémois désormais illustré nationalement ne renie pas ses origines champenoises : on sent le vécu de l’enfant qu’il a été et qu’on a emmené en sortie dominicale au Lac du Der dans cette chanson sur « Les sornettes » proférées par les adultes…

 

La référence réjouira au plus haut point les autochtones (dont je suis) et permettra sans doute aux autres, et notamment aux Parisiens, de savoir que le Der est le plus grand lac artificiel d’Europe et qu’il a été construit pour désengorger la Seine et protéger Paris des inondations (ceci n’est pas un billet sponsorisé par l’office du tourisme de Champagne-Ardenne).

Alors bien sûr, autant de légèreté ne saurait aller sans une autre claque. Après « Mademoiselle » et son interprétation d’une génération désabusée, il analyse avec « Mémé » un sujet de société difficile. Et quand on a vécu la situation à plusieurs reprises, il est bien difficile de retenir ses larmes.

 

Et puisque le yoyo semble être son jouet préféré (est-ce une espièglerie de mon inconscient ou bien en ai-je vu un accroché à sa ceinture ?…), il choisit de nous achever à coup de fou rire avec une chanson traitant de son… sexe. Je ne vous en dis pas plus, mais elle est – naturellement – jouissive. (Eh, Babar, si tu me lis, mon numéro commence par 06 et finit par 69 – par le plus grand des hasards, hein, entendons-nous bien.)

 

Je l’ai revu en concert à la bibliothèque de Châlons un an après. Mais cet artiste, sacré « Album de l’année 2010″ par les Francofans avec « La boîte à musiques », mérite les plus belles salles parisiennes. Des mélodies entraînantes, une plume incroyable et un sens de la scène que j’ai rarement vu ailleurs : Barcella, 30 ans tout rond, mériterait de pétiller hors des frontières de la Champagne.