[MARS ONE] Mourir sur Mars : et alors ? (Death on Mars : so what?)

août 13, 2013 dans Mars One, Vers Mars

Quand j’annonce à une personne ma candidature pour le projet Mars One qui prévoit d’envoyer des êtres humains sur Mars sans billet retour, la réaction est toujours – ça mériterait une analyse sociologique – la même.
L’AUTRE, horrifié(e) – Mais… Tu vas mourir !!!
MOI – Oui. Mais toi aussi.
L’AUTRE, cramoisi(e) – …

When I tell someone that I want to be part of the one-way Mars One project, the response is always the same (it would deserve a sociological analysis).
THE OTHER ONE, horrified – You are going to die !!!
ME – I will. But, well… you are going to die too.
THE OTHER ONE, chagrined – …

Mon premier réflexe est donc : et alors ? On mourra tous. A un endroit et à un moment précis, et d’une certaine manière. Tous. Ici ou là-bas. Alors si on me donne la chance d’aller mourir là-bas, moi dont le rêve le plus fort est d’aller visiter d’autres mondes, pourquoi choisirais-je de mourir ici ?

First, I want to answer that person : so what ? All of us are going to die, whatever the place, the moment and the way. All of us, here or up there. So, if the chance to go dying up there is given to me whose strongest dream is to visit other worlds, why exactly would I choose to die here ?

Il se trouve que mon histoire m’a amenée à tutoyer la mort à plusieurs reprises. Au-delà du fait que je sais donc que je peux et que je sais survivre, ce qui me donne une force immense, je n’oublie pas une seule minute que je vais mourir. Je le sais comme le savent ceux qui ont failli perdre la vie. Et donc j’ai peur, oui, bien entendu. Je crois que tout le monde a peur de mourir – à part ceux qui ne souhaitent plus continuer l’aventure et qui partent d’eux-mêmes. Mais une fois encore : mourir ici ou mourir là-bas… Et alors ? On aura tous la même fin. Mais pas dans les mêmes conditions. Et si on me donne la chance d’aller vivre – parce qu’en définitive, il s’agit de vivre – sur Mars, bon sang mais… Pourquoi hésiter ?

I have a particular story : I stared death in the face several times. Even though I know that I can survive and that I know how to survive, reason why I think I am a very strong person, I don’t forget (never, ever) that I am going to die. I know it like those who nearly died know it. I’m afraid to die, of course I am. I think every single person is afraid to die – except those who don’t want to go on anymore and choose to go away. So, once again, to die here or up there… So what ? We’re all going to have the same very end – but not in the same circumstances. And if I can settle and live (and I said « live » !) on Mars, then why would I decline such an offer ?

  »C’est dangereux », me dit-on chaque fois. Oui et non. Bien sûr que c’est dangereux de décoller dans une fusée. Bien sûr que c’est dangereux de faire un voyage de sept mois dans une capsule spatiale parmi les rayons cosmiques. Bien sûr que c’est extrêmement dangereux d’atterrir sur une planète à l’atmosphère aussi fine. Bien sûr que c’est dangereux de s’installer sur un monde sans vie végétale ni animale et sans air respirable.

I hear « It’s dangerous » each time I talk about this project. Of course it is. And maybe it’s not. It’s dangerous to take off in a rocket. It’s dangerous to travel seven months in space among the cosmic rays. It’s extremely dangerous to land on a planet whose atmosphere is so thin. It’s dangerous to settle on a world where there is no life, no plants, no animals and no breathable air. 

Un intérieur de Marsonaute

Mais tous ces risques, bien qu’immenses, sont connus, calculés, disséqués. Des milliers de personnes pendant plusieurs années vont travailler d’arrache-pied pour mieux les connaître et surtout les réduire. À chaque problème, il y aura une, voire plusieurs, solutions. Les astronautes s’entraîneront à les affronter et triompher d’eux. Et surtout, ils seront volontaires. Et s’ils ne le sont plus, personne ne les forcera à rester.

All these risks, even though they are very big ones, are known, calculated and studied risks. Thousands of persons will work hard on them during several years to know them better and reduce them. Each problem will have one or several solutions. Astronauts will train to face those risks and to overcome them. Above all, they will be volunteers – and if they change their mind, then no one will force them to stay. 

Mais vivre sur Terre comporte des risques aussi : ils sont certes parfois moins grands mais ils sont innombrables. La dangerosité du projet Mars One se limite à quelques gros risques bien connus : le décollage, le voyage, l’atterrissage ; puis la faim, le froid, le manque d’oxygène ; ou encore le problème de combinaison, la chute dans une grotte ou un canyon ; et bien sûr la maladie. Mais comme sur Terre. Sur Terre, les risques de maladies dues aux conditions extérieures augmentent avec le temps. Sur Terre aussi on peut mourir de froid, de déshydratation ou de faim. Mais sur Mars, on a beaucoup moins de chance de mourir d’un accident de la route ou d’avion, de piqûre d’insecte, d’arme à feu, de catastrophe naturelle, de noyade, d’alcoolisme, d’overdose ou de violences.

Life on Earthis dangerous as well : risks are sometimes smaller but they are countless. Mars One project has some big well-known risks : the take-off, the trip and the landing ; hunger, cold and lack of oxygen ; problems with a suit, a drop in a cave or in a canyon ; and, of course, a disease. But living on Earth can be dangerous as well : people die every day because of multiple diseases, cold, dehydration or hunger. Though death by car or plane crash, bug sting, shooting, natural disaster, drowning, alcoholism, overdose or violence are less likely to happen on Mars. 

Sur Terre au 20ème siècle, on a pu mourir de tout ça

En fait, à bien y réfléchir, la vie sur Mars, une fois arrivés à bon port et en un seul morceau, semble beaucoup moins dangereuse que la vie sur Terre. Prévenir les risques de tornade et de tempête de sable. Réussir à faire pousser de quoi nous nourrir, mettre en route le système pour l’oxygène et la récupération d’eau, entretenir le tout, et se laisser porter par l’exploration, la science, la curiosité, les découvertes, l’excitation, le savoir, les questions et le partage.

Actually, if the landing goes right, life on Mars seems to be easier than life on Earth. We will have to check out sand storms and tornados. We will have to succeed in growing plants to feed ourselves and create some oxygen, we will have to deal with water recovery from the martian soil, we will have to keep all this functional and safe and then we will be able to explore, make science, be curious, discover, be excited, learn, ask questions and share. 

Et il ne faut pas oublier que les personnes qui iront là-bas seront des professionnels de la survie. Ils seront entraînés de toutes les manières possibles, pour tous les aspects et dans tous les domaines, pour survivre d’abord, puis vivre ensuite. Ce qui n’est pas le cas quand on habite sur Terre. Alors mourir ? Oui, bien sûr. Ça arrivera. Le risque zéro n’existe pas. Sur Terre comme au ciel. Mais il s’agit surtout de vivre, de vivre une vie que jamais aucun être humain n’a vécu dans l’histoire de l’humanité, et que si ça implique quelques risques, alors je suis prête à les prendre.

Do not forget that people sent on Mars will be professional of survival. They will be trained for every kind of situation in many fields to survive first, then to live, which is not the case of the people living on Earth. They will die, of course they will : no risk does not exist, on Earth just like on Mars. But the goal is to live a life no other human being lived before in the history of human kind. And if it implies some risks, then I’m ready to face them.

J’ai envie de voir cette planète de mes propres yeux. J’ai envie qu’elle me tolère puis qu’elle m’adopte quand je lui aurai apporté la preuve que je la respecterai, que je resterai humble et que je ferai tous les efforts possibles pour la connaître, pour l’apprendre, pour la comprendre. J’ai envie de m’adapter à elle et d’y développer une culture, la première culture non-terrienne de l’histoire de nos civilisations. J’ai envie d’aider mes frères et soeurs humains à s’y sentir bien, en sécurité,  de prendre soin d’eux comme ils prendront soin de moi.
J’ai envie de créer avec eux une nouvelle définition de « vivre ». Parce que la mort, elle, restera la même. C’est ce qu’on fait avant qui compte et j’ai très envie d’une vie martienne.

I want to see this planet with my own eyes. I want it to bear me then to adopt me when I prove my respect and my humility. I will made all the efforts to know it, to learn it, to understand it. I want to adapt and to develop a new culture, the first culture beyond Earth in our civilizations’ history. I want to help my human brothers and sisters to feel good and safe on it, and I want to take care of them like they will take care of myself.
I want to create with them a new definition of « living » – because death will remain the same than anywhere else. What we do before death is all that counts and I want a life on Mars. 

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