[ITW] Virginie Spies : « Chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse »

juillet 25, 2014 dans Culture, En vrac, Interviews

Salut Terrien(ne)s ! C’est la planète Mars. Récemment, l’une d’entre vous a publié un roman en ligne chapitre par chapitre qui s’appelle « Mars Océan« . On me l’a raconté, j’ai kiffé, j’ai voulu en savoir plus.

Qui es-tu, Virginie ?
Je suis une terrienne, Maître de conférences à l’Université d’Avignon et sémiologue, spécialiste de la télévision et je travaille aussi sur les liens entre télévision et réseaux sociaux. J’ai écrit deux livres scientifiques sur la télévision. Ce qui m’intéresse, dans mon métier, c’est d’analyser pourquoi les programmes populaires plaisent. J’essaye de comprendre et décoder les pratiques et le succès des émissions. Je suis aussi auteur et metteur en scène de théâtre, j’ai écrit une trilogie sur la télévision et la célébrité, et mes pièces ont été jouées à Avignon entre 2011 et 2013.

Peux-tu nous présenter le projet de Mars Ocean ?
Avec plaisir ! Quand j’ai entendu parler du projet Mars One, au printemps 2013, j’ai trouvé ce projet fou pour deux raisons : d’abord on allait pouvoir partir sur Mars mais sans possibilité de retour sur Terre et ensuite, l’expérience serait filmée « à la manière » d’une émission de télé-réalité. Ce sont ces deux choses qui m’ont vraiment interpellée. La télé-réalité parce que c’est l’un de mes objets de recherche, et le non-retour parce que la question de la disparition me taraude depuis longtemps.
D’ailleurs, ma dernière pièce « L’île aux célébrités » est l’histoire de célébrités qui se retrouvent sur une île après avoir fait croire au monde entier qu’elles étaient mortes. Cette histoire se base sur la « rumeur de survie » qui raconte qu’Elvis ou encore Marylin ne seraient pas morts mais qu’ils couleraient des jours heureux sur une île.

Ce qui m’intéresse, avec le projet Mars One, c’est que des personnes vont accepter en quelque sorte de disparaître, tout en devenant des célébrités mondiales. Pour moi, c’est le degré ultime de notre société du spectacle. Enfin, je travaille depuis quelques années sur la question du bonheur. J’imagine que les personnes qui veulent partir sur Mars partiront certes à la conquête d’une nouvelle planète, mais ce sera d’abord une quête d’eux-mêmes : ils cherchent quelque chose de l’ordre du bonheur ultime, ce serait la réalisation d’une vie.

Avec le projet Mars One, j’avais donc tous les ingrédients pour un roman qui toucherait à tout ce qui m’intéresse. Le sujet est devenu comme une évidence.

Pourquoi n’avoir pas utilisé le vrai projet Mars One, alors ?
Parce que je préfère utiliser un bout du réel que le réel dans sa totalité pour partir dans la fiction. Ce qui m’intéresse dans Mars One, c’est son projet de départ et comment, à partir de cela, je peux emmener le lecteur quelque part. En tant qu’auteur, le projet Mars One est un point de départ, c’est lui qui m’a donné l’idée du roman.

Par ailleurs, je n’avais pas envie d’être « attaquable » par les concepteurs du projet lui-même, je ne voulais pas leur faire du tort, ni peiner ceux qui ne veulent pas que l’histoire de Mars One se déroule comme je l’ai imaginé, en tant qu’auteur de fiction ;-)

Le spatial utilise beaucoup Internet pour être relayé : les comptes Twitter des sondes et robots qui partagent des infos et des photos venues de loin (de chez moi particulièrement :p), la vie des astronautes 24h/24 dans l’iSS, la Terre filmée en direct et en HD, la retransmission des lancements de fusée, les astronautes qui tweetent et qui bloguent, des Hangout avec l’ISS… Es-tu sûre que l’avenir de la communication de l’exploration spatiale, dont la mienne, soit à la télévision ?
Oui et non. Je m’explique : D’une part, ce que je constate dans mes recherches, c’est que l’univers médiatique n’est plus cloisonné. Nous sommes dans un univers transmédia : il n’y a plus la télé d’un côté, la radio de l’autre, puis Internet quelque part, la presse écrite ailleurs, etc. Les médias sont connectés les uns aux autres, le téléspectateur regarde la télé partout, tout comme le lecteur utilise plusieurs supports.

D’autre part, si en effet le spatial utilise beaucoup Internet, ce qui compte encore et qui comptera pendant de nombreuses années, c’est la télévision car elle génère de forts revenus et qu’elle est capable de rassembler un large public au même moment. Elle s’appuie beaucoup sur le web mais, à l’inverse de certains analystes, je pense que la télévision n’est pas morte. Elle se sert du web pour étendre son pouvoir et les réseaux sociaux lui ont même donné une nouvelle jeunesse. Et puis, aucun média n’a jamais tué l’autre. Par exemple, quand la télé est arrivée, le cinéma a cru qu’il allait en mourir. Aujourd’hui, c’est la télé qui finance en grande partie le cinéma !

Donc je suis désolée, chère Mars, mais ton avenir passe en partie par la télévision ;-)

Dans quelle mesure t’es-tu inspirée (ou pas !) des émissions de télé-réalité existantes dans Mars Ocean, notamment pour traiter l’enfermement et le côté psychologique d’une telle aventure ?
Je me suis vraiment inspirée des émissions de télé-réalité existantes. Je suis allée puiser dans mes connaissances et mes analyses de ce genre télévisuel. D’ailleurs, l’un des héros de Mars Ocean dit que cette forme de télé-réalité est une expérience ultime, qui rassemble à peu près tous les traits de cette télévision si populaire.

As-tu entendu parler de l’expérience Mars500 ?
Oui, mais je ne m’en suis pas inspiré pour écrire. Une fois que les personnages et la situation étaient posés, l’histoire s’est déroulée presque d’elle-même. C’est ce que j’aime dans l’écriture de la fiction !

Pourquoi une séparation physique entre les scientifiques et les autres, alors qu’ici, les Humains auront sans doute besoin d’être tous en relation les uns avec les autres ?
J’ai voulu qu’ils soient dans deux lieux différents pour l’intrigue, et aussi parce que, même si ce n’est pas comme cela que c’est envisagé pour l’instant par Mars One, il est possible que cela se passe comme ça si on veut créer du buzz avec des personnages « intéressants » en terme de télé-réalité. Après, cela pose en effet des problèmes, je les développe d’ailleurs dans le roman mais je n’ose pas en dire plus ici pour les personnes qui n’auraient pas encore découvert l’histoire ;-)

En tant que sémiologue, que penses-tu de la recrudescence de la présence d’astronautes en ce moment, notamment dans les publicités et au cinéma, alors qu’aucun être humain n’a posé le pied sur la Lune depuis 1972 ? Tu crois que c’est grâce à moi, ou en tout cas à l’espoir de venir m’explorer dans pas longtemps ? :p
Je crois que ce succès est dû en partie à l’espoir d’un monde meilleur, d’un ailleurs ou d’autres choses seraient possible. Depuis que je suis née, je n’ai entendu parler que de la crise. Or nous avons tous besoin de rêver, d’imaginer qu’ailleurs, il existe quelque chose de mieux. Et puis bien sûr, c’est certainement un peu grâce à toi chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse. Tu as vu toute la littérature sur toi ? L’imaginaire du « martien », c’est pas rien tout de même !

Oui mais c’est aussi beaucoup de n’importe quoi… Est-ce que tu aimerais venir me voir, d’ailleurs ?
Je n’imagine pas aller sur Mars un jour, je vais déjà essayer de bien voyager sur Terre. Pour l’instant, je préfère imaginer ce qui pourrait se passer sur Mars et j’espère regarder l’émission lorsqu’elle se réalisera « en vrai ». A ce moment, crois-moi, je serai ta plus fidèle téléspectatrice !

Mars One vient d’annoncer qu’ils ont signé un contrat d’exclusivité avec Darlow Smithson Production pour la retransmission télévisée de la sélection des futurs marsonautes (dans un premier temps). Etant donné leurs productions, ils ont l’air très sérieux et spécialisés dans les sciences, l’environnement et les technologies. Mais c’est aussi une filiale du groupe Endemol dont j’ai de mauvais écho. Ton avis sur ce partenariat ?…
Pour tout te dire, cela ne m’étonne pas. Que faut-il pour que Mars One se réalise ? De l’argent. Donc des futurs annonceurs. Pour avoir des annonceurs, il faut une émission qui cartonne, et qui a été le précurseur de la télé-réalité ? Endemol bien sûr. Il va donc falloir inventer un programme qui fonctionne en terme d’audience, et pour une saison qui ne se terminera jamais. C’est complètement fou, c’est ça, dans le fond, le sujet de mon roman. Je pense que tout cela peut arriver car l’imagination des êtres humains n’a pas de limites, et franchement, cela peut être dangereux car le projet Mars One, c’est tout de même autre chose que de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola.

Y a-t-il une actualité pour le projet Mars Ocean ?
Le roman a démarré sur un blog, que je continue d’animer, et maintenant il est disponible sur Amazon en téléchargement. Et pour tout te dire, je suis à la recherche d’un éditeur, car je n’ai pas envie d’arrêter là. Si ça marche, je t’en envoie un exemplaire ?

Oh oui ! Ça me fera de la (re)lecture en attendant les premiers êtres humains, merci Virginie ! :D

[ITW/SCIENCES] Sébastien Rouquette : « L’expression scientifique est le 10ème art ! »

novembre 27, 2013 dans Culture scientifique, Interviews, Vers l'exploration spatiale, Vers la science

Quand on m’a parlé de Sébastien Rouquette, on me l’a décrit comme un homme aussi brillant que humble et sympathique. Mais aussi avec une expérience déjà longue comme le bras : un doctorat en planétologie, un brevet de pilote, une presque-sélection dans le corps des astronautes européens et une carrière au CNES…

Et j’allais voler avec lui. En tant que responsable des vols paraboliques, il était présent lors du vol Zéro-G que j’ai effectué le 8 octobre dernier (et que j’ai commencé à raconter dans ce billet).

La première rencontre a été sommaire : nous étions alors en train de déjeuner dans le parc de Novespace quand il s’est présenté. J’ai dû bredouiller un bonjour sans même oser sourire de peur qu’un bout de salade entre les dents ne me ridiculise. J’étais déjà tellement impressionnée… 

J’aurais voulu l’interviewer au micro de France Inter qui ne m’a pas quittée lors de ces deux journées à Novespace, mais trop intimidée, et malade et pressée à la sortie de l’avion, je n’en ai pas eu l’occasion. Heureusement, les Internets m’ont sauvée. Qu’il soit ici chaleureusement remercié d’avoir pris le temps de répondre à mes nombreuses questions…

Qui es-tu, Sébastien Rouquette ?

Planétologue de formation, je suis arrivé au Cnes en 2000 (à l’aube du nouveau millénaire) en post-doc, sur un sujet lié à la transmission de la connaissance. Alors c’est vrai c’était moins de l’astrophysique que de la médiation ou de l’épistémologie, mais c’est ce qui m’a ouvert les portes de l’espace. Je rêvais de travailler au CNES quand j’étais plus jeune… Ce fut aussi mon premier contact avec le vol parabolique. Je m’occupais alors de la sélection des expériences éducatives.

Puis j’ai travaillé à la conception de satellites d’astrophysique. Mon rôle était celui de responsable programmation mission. J’étais encore un médiateur entre les scientifiques et les ingénieurs pour faire en sorte que les rêves des uns soient dessinés par les autres, en tenant compte des contraintes orbitales.

Début 2011, je suis revenu vers le vol parabolique, programme dont je suis le responsable aujourd’hui. C’est un vrai plaisir… qui me donne l’occasion d’associer ma passion pour l’aviation et celle pour l’espace.

Quel est ton rôle exactement concernant les vols paraboliques ?

Le poste de chef de projet est multi-facettes. Gestion du budget, planning, organisation… Du point de vue technique, c’est la sélection des expériences avec les spécialistes thématiques du CNES, le suivi du développement des expériences, l’accompagnement des labos dans leurs travaux de recherche, jusqu’au déroulement des campagnes.

En fait, on reproduit un schéma de développement et d’accompagnement de la science quel que soit l’outil de travail. ISS, capsules, spationef ZERO-G. Et ce travail se fait au CADMOS, le Centre d’aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales. C’est un service qui porte l’histoire des vols spatiaux scientifiques. Presque tous les astronautes français l’ont pratiqué.

Comment s’organise une campagne ?

Pour une équipe de recherche, tout commence quelques années avant une participation éventuelle. Il faut d’abord qu’elle soit soutenue pas le CNES. Pour cela, elle fait une proposition de recherche qui sera analysée par des groupes thématiques (spécialistes CNES et extérieurs). Si le soutien est accordé (financement), le labo va pouvoir, s’il le souhaite, faire appel au CADMOS pour développer un concept instrumental. Même si c’est plus simple que pour l’ISS, les contraintes techniques sont assez fortes et requièrent pas mal de savoir faire, ce dont nous disposons au CADMOS.

Pour les campagnes en particulier, l’aventure débute 8 à 10 mois avant une campagne, par un tour des labos soutenus par le CNES, pour connaitre les volontés de participation. On fait un état des lieux du travail en cours. Dès que tous les labos candidats nous ont communiqué leur fiche d’expérience (c’est un acte de candidature, en somme), le Comité de sélection se réunit pour établir la liste des lauréats. Le Comité regroupe les spécialistes thématiques et le chef de projet.

6 mois avant la campagne, les expériences sont donc connues. Pour les équipes, cela donne le départ du marathon de préparation de l’expérience. C’est là qu’intervient Novespace. Le CNES a confié à sa filiale l’essentiel du suivi technique des expériences pour leur adaptation au vol parabolique. Les ingénieurs Novespace font un travail formidable pour assurer la réussite des manips : résistance mécanique, risque chimique, biologique, électrique, étanchéité, masse, consommation électrique… Tout y passe pour déceler la moindre faille.

Un mois avant la campagne, la fébrilité s’accentue. C’est la réunion de sécurité. Les expériences sont passées en revue par les spécialistes techniques (mécanique, électronique, chimie, etc), les responsables de campagne et l’équipage (sécurité et commandant de bord). Autour de la table, on retrouve donc le CNES, Novespace, DGA-Essais en vol (qui assure les opérations en vol) et Sabena technics (maintien en condition de vol et intégration des expériences).

Et enfin, le moment tant attendu des vols arrive… Les manips sont installées dans l’avion, la fourmilière Novespace s’anime. Et tout va très vite ensuite.

A la fin de la campagne, chacun retrouve une activité terrestre la tête pleine d’images et les disques durs chargés de données à analyser. Le grand cycle peut reprendre.

Quels sont les problèmes qu’on peut rencontrer ?

Les problèmes sont rares car on suit de très près chaque expérience. Mais il peut arriver qu’un instrument ait du retard, qu’un élément électronique ou mécanique défaille.

Je me souviens par exemple d’une carte d’acquisition d’électrocardiogramme qui ne fonctionnait plus. L’ordinateur avait été changé et la carte ne fonctionnait plus. On a passé des heures à tenter de résoudre le problème en tentant des centaines de parades informatiques. Cela n’a pas fonctionné. Et l’équipe a perdu une partie de ses données.

On peut avoir des soucis avec des instruments très sensibles, sur des expériences nouvelles. Je pense par exemple à celles utilisant des lasers pour faire de l’interférométrie. La mise au point nécessite parfois plusieurs campagnes pour trouver le bon concept instrumental et le bon protocole.

Heureusement, la plupart du temps c’est moins problématique. Et dans des cas un peu difficiles, toute l’équipe se concentre sur le problème pour tenter de le résoudre.

Au contraire, quels bénéfices peut-on retirer de ces vols ?

Bon, alors je vais sortir mon petit couplet sur les bienfaits de la science.

Mais tout d’abord, pour être pragmatique, il faut savoir que le CNES finance totalement les campagnes. Les labos sont invités. Et ils sont en partie financés également par le CNES. Si le CNES finance, c’est parce que l’état investit dans la recherche publique. On entend souvent des commentaires « le spatial ça coûte cher »… C’est faux. C’est environ 10€ par français et par an, soit 0,1 % de l’évasion fiscale.

1 euros investi dans le spatial rapporte même 19€ à l’économie de notre pays. C’est énorme !

C’est très bien mais cela n’est qu’une partie du « bénéfice ». Le plus important à mes yeux n’est pas ce qui brille, ce qui est monnayable. Non, la vérité est ailleurs. On vit dans un monde où l’humain doit être pesé, mesuré, évalué, chiffré, rentabilisé ! Et je pense que c’est une erreur. Ce qui fait le bénéfice maximal, c’est la connaissance. La science est à préserver de même que la musique, le théâtre, la littérature, etc. L’expression scientifique est le 10ème art !

La connaissance est à prendre au premier degré. Elle nous éveille à ce que nous sommes. Un peu comme lorsque les premiers satellites nous ont renvoyé l’image de la Terre, notre propre place dans l’Univers. Mais bien sûr, il y a aussi la connaissance qui nous permettra d’acquérir de nouvelles compétences. On n’en a pas toujours conscience, la recherche fondamentale pose les jalons des inventions majeures de demain.

Juste un exemple, on imaginait dans les années 70 que l’apport de l’espace se ferait en particulier dans le domaine des communications. Aujourd’hui, c’est plus dans le domaine de l’environnement que le spatial est une pierre angulaire, par la vision globale et précise qu’il rapporte de notre monde.

C’est finalement pour cela qu’on intente souvent des procès aux sciences en les accusant du mal qu’elles combattent. En vérité, elles rendent l’homme meilleur et plus malin. Tout ce qu’il faut pour ne pas être un agneau victime des systèmes et des dogmes.

Je suis heureux et fier de contribuer à cet élan humaniste.

Ces vols sont spéciaux et donc bien encadrés. Peux-tu expliquer quels types de personnes sont présentes pendant le vol pour assurer les paraboles et la sécurité de tous ?

1) les scientifiques : opérateurs et sujets volontaires (les « cobayes » des manips de physiologie)
2) l’équipage : pilotes et mécanos navigants + le personnel de sécurité
3) l’encadrement projet : Novespace et CNES

Et il faut absolument ajouter l’équipe sol qui ne participe pas au vol mais qui est essentielle : mécanos sol.

Comment devient-on « monsieur-en-orange-qui-nous-rattrape-littéralement-au-vol » ? (Ça m’intéresse :-) )

Les gars en orange ont une formation spécifique en sécurité des vols, ce sont de super hôtesses de l’air. Et bien qu’ils distribuent des friandises et de l’eau en fin de vol, ils sont surtout formés à la gestion des situations critiques en vol (feu, dépressurisation, accident, évacuation, etc). Ils viennent d’un peu partout. Mais leur profil est essentiellement opérationnel, ce sont des gens de terrain.

Dessin : AnneKa.

Tu es scientifique de formation – y a-t-il des questions auxquelles tu voudrais des réponses et à laquelle une expérience à bord de l’avion pourrait répondre ?

J’ai toujours été passionné par la cosmologie. Une question se pose depuis que Newton et Einstein ont décrit les bases de la compréhension de la gravité. Est-ce que la gravitation agit de la même manière sur toutes les particules massives ? On appelle cela le principe d’équivalence. De la réponse à cette question dépend l’avenir des grands principes qui nous permettent de décrire l’Univers.

L’expérience ICE contribue à cette recherche en proposant un concept instrumental pour mesurer la chute libre de paquets d’atomes de nature différente. Pour résumer très simplement, si les paquets tombent à la même vitesse, la loi de la gravitation est validée. Sinon…

Les scientifiques et taïkonautes chinois ont-il été satisfait de leur entraînement/expérience ?

Oui ! Pour les scientifiques, ce n’était pas un coup d’essai. Les collaboration avec la Chine ont débuté il y a une petite dizaine d’années.

Pour les taïkonautes, nous sommes fiers d’avoir pu répondre à leur sollicitation. Nous participons ainsi à l’entrainement des astronautes de la 4ème puissance spatiale.

Quel souvenir garderas-tu de cette campagne de début octobre 2013 ?

Euh, un bon souvenir ! Nous avions pas mal de nouveaux protocoles en plus de nos collègues chinois et la pression n’était pas négligeable. Nous avons eu quelques soucis sur des expériences très pointues mais globalement, tous les acteurs de cette 44ème campagnes CNES sont rentrées ravis dans leur labos.

Les vols paraboliques, c’est génial. L’ISS, c’est incroyable. Mais… mais je fais partie de la génération qui a connu l’émergence d’Internet, l’arrivée des téléphones portables, l’explosion de la haute technologie, mais qui n’a jamais vu (ni même été contemporaine) d’êtres humains en train de fouler le sol d’un autre astre. Quel est ton sentiment sur l’avenir éventuel de l’exploration spatiale, côté vols habités ?

Je pense qu’on ira plus loin. Mais on ira plus tard ! Dans les années 80, on annonçait le premier pas sur Mars en 2020. 30 ans plus tard, on l’annonce pour 2050 ! D’autres priorités ont émergé entre temps, et c’est normal. Pour l’instant l’exploration robotique suffit aux scientifiques. Mais on ira. On percera un jour cette nouvelle frontière, après les océans, les pôles, les fonds marins, l’espace proche (y compris la Lune), on acceptera un jour de se jeter dans le vide, de tendre la main dans le noir. Cela me semble inéluctable, si toutefois, l’humanité n’est pas placée face à son destin sur Terre.

Ce qui peut remettre en cause ce projet de civilisation, c’est notre civilisation elle-même… dans le risque que quelques-uns font courir à la majorité, dans des choix à court terme, égoïstes et intéressés.

As-tu entendu parler du projet Mars One ? Qu’en penses-tu ?

Je n’y participerai pas. Mes enfants ne voudraient pas !

Mais pourquoi pas… C’est la première idée moderne du genre. Je pense qu’elle n’aboutira pas en 2023, parce que techniquement c’est infaisable. Problème de masse à envoyer, de support vie inexistant, de difficulté insurmontable aujourd’hui pour protéger des organismes vivants dans l’espace, milieu très agressif. Les mêmes difficultés ont été rencontrées par les premières expéditions sur Terre (exploration des mers et des pôles), à la différence que ces expéditions restaient dans leur milieu naturel, auquel nous sommes préparés. Mais elle a le mérite de nous faire avancer intellectuellement et elle pose la question de la dissémination de l’espèce humaine. Et bien d’autres encore :

- A-t-on le droit de laisser partir des gens sans espoir de retour et avec des chances de survie très faibles ?
- Quel cadre légal pour la première expédition sur Mars ? Est-ce la civilisation humaine ou une nation qui s’y établit ?
- Et si la vie existe sur Mars, de quel droit va-t-on la mettre en péril ?
- Nous détruisons notre environnement et notre civilisation. Va-t-on sur Mars pour reproduire ce modèle ?
- La terraformation de Mars est impossible. Nous ne vivrons jamais sur Mars comme sur la Terre. A quoi bon tenter de s’y installer ?
- Ne vaudrait-il pas mieux préserver notre planète que tenter de viabiliser une autre ?

Il faut lire et relire les « Chroniques martiennes » de Ray Bradbury. C’est un ouvrage majeur du genre et sur lequel on peut réfléchir longtemps…

Quelle est la question à laquelle tu rêverais d’avoir une réponse ?

La vie ailleurs : possible ou probable ?

[MUSIQUE/ITW] Arnaud Léonard : pas people mais très vocal

décembre 21, 2012 dans Culture, En vrac, Interviews

J’ai toujours été très, très sensibles aux voix. Quand j’étais petite, je voulais toujours épouser les méchants des dessins animés parce que c’était eux qui avaient les voix les plus graves ou les plus typées. Un peu plus tard, je me suis fait des compilations sur K7 audio de bouts de dialogues de Jeremy Irons, d’André Dussollier, de Richard Berry et de Gérard Darmon.

Et puis j’étais musicienne, aussi : le chant, le piano, les instruments médiévaux pendant 20 ans… Alors forcément, quand les Internets sont arrivés avec leur lot de talents, je me suis souvent émerveillée. Une des toutes premières notes de ce blog concernait un jeune prodige, Fredrik Larsson, qui non seulement est un excellent chanteur et musicien, mais en plus réalisait des performances qu’il mettait en scène de façon amusante.

Autre performance vocale mise en scène en vidéo, le stupéfiant Nick Pitera qui interprète à lui tout seul tous – absolument tous – les personnages Disney en tout genre et de tout poil.

Et puis un peu plus tard, après deux Fredrik Larsson en un et un Nick Pitera pour neuf, je tombe sur huit énergumènes habillés et peinturlurés en blanc des pieds à la tête qui livrent une vidéo venue d’ailleurs.

Et quand j’ai un coup de coeur, j’ai tendance à surconsommer. Je dois être responsable de 20% des vues de chacune des vidéos et j’ai vu 5 fois (bientôt 6 !) le spectacle des VocaPeople à Bobino.

Et dernièrement, au hasard des lectures de ma TL, je tombe sur un lien tweeté par Alexandre Astier… Je fais confiance et je clique. V’là t-y pas que je tombe sur une orgasmique voix de basse multipliée par neuf qui chante… Kaamelott !!

Kaamelott, donc, que j’ai très oh TRÈS LÉGÈREMENT tendance à surconsommer aussi, gnnnnnn… <3

Nous avons donc : une voix grave, un musicien, une vidéo rigolote, Kaamelott. Ça ne fait ni une ni deux, je me penche sur ce mystérieux chanteur… pour découvrir qu’il fait partie des VocaPeople, ces êtres venus de la planète Voca échoués sur la Terre pour une raison obscure (y aurait une histoire de fin du monde là-dessous que ça ne m’étonnerait pas). La boucle était bouclée. Je me suis dit que du coup, ça méritait bien une interview.

Qui es-tu Arnaud Léonard ? 
Je suis né en Belgique en l’an de (dis)grâce 1975. C’est là qu’il a fallu faire des trucs. Donc violon depuis l’âge de 5 ans, piano encore un peu plus tôt (mais tout seul, parce que j’aimais pas qu’on me montre), guitare, basse, sax alto, percus, voilà pour la musique.

Arnaud Léonard

A 12 ans, une rencontre, un homme de théâtre (le comédien et metteur en scène Jean-Marie Pétiniot, gloire nationale chez moi) et une décision absolue : je serais acteur. Ça tombait bien, étant donné qu’avant, j’avais voulu successivement être policier à moto, mécanicien, super-héros (Ayato dans San Ku Kaï), clown, cascadeur, plombier-zingueur (ben quoi?), re-policier à moto et pilote d’avion. Le seul métier qui pouvait éventuellement permettre de cumuler le tout est donc celui que j’ai choisi.

Le chant est arrivé à la fois plus tôt et plus tard ; en réalité, je n’y ai jamais vraiment prêté attention… J’ai toujours chanté, c’était normal à la maison. Sauf que je suis passé de soprano colorature dans la chorale des enfants à Basse profonde en deux jours! Je jure que c’est vrai. A 15 ans. Pas de mue, juste une aphonie (la seule de ma vie) et 2 octaves et quelque sur lesquelles j’ai pu m’asseoir… Bim.

Accessoirement, j’ai décroché un master en Communication Appliquée (en Education permanente) et un double Premier Prix (Théâtre et Interprétation poétique) au Conservatoire Royal de Bruxelles.

J’ai essayé à peu près tout ce qui était possible dans ce métier en Belgique (théâtre, comédie musicale, télé, radio, synchro, pub, j’ai même donné des cours); je m’amusais bien mais me dispersais énormément.

En 2005, j’ai découvert une annonce de casting pour Le Roi Lion au Théâtre Mogador ; j’avais vu le spectacle quelques mois plus tôt à Londres, ri et pleuré pendant trois heures… et considéré immédiatement que c’était la plus belle chose que j’avais vue de toute ma vie. Bref, au bout d’un an d’auditions, j’ai été choisi avec 70 autres camarades pour constituer le cast français du Roi Lion.
Je me suis donc installé à Paris à l’été 2007, et ne l’ai pas quittée depuis. Une impression très nette d’être enfin rentré à la maison y est pour beaucoup.

Trois ans de Roi Lion donc, puis « Il était une fois Joe Dassin » (mis en scène par Christophe Barratier) en 2010-2011 et Voca People depuis cette saison.

Pourquoi avoir choisi d’interpréter Kaamelott a capella en vidéo ?
J’ai découvert Kaamelott assez vite, dès sa sortie télé ; je jouais sur un spectacle et une de mes potes comédiennes m’a dit que, dans mon jeu, je lui faisais beaucoup penser à Alexandre Astier… que je n’avais jamais vu à l’époque ! J’ai donc regardé un ou deux épisodes, par curiosité. Après un court séjour en réanimation pour étouffement par fou-rire, j’ai pris le risque de continuer à suivre la série…

Non, sérieux, je suis (comme beaucoup) un fan absolu… J’étais même à la Nuit Kaamelott au Grand Rex pour la présentation de la saison VI (la séance du soir, celle où on a eu droit à 7 épisodes, et toc!) Et comme Astier est également un musicien et un compositeur de grand talent, j’éprouve énormément de plaisir à revisiter ses musiques. Ça me le fait avec John Williams, Hans Zimmer et Danny Elfman aussi. Ouais, absolument, je compare. Je piédestalise, même.

As-tu eu un retour d’Alexandre Astier ?
Yes ! Sur les trois vidéos, il a eu l’extrême gentillesse de me retweeter et de les commenter. Comment dire que j’ai une fois de plus failli mourir de décès…

Comment se passe la préparation des vidéos ? 
Je ne possède aucune partition : je suis frappé de l’oreille absolue, à l’instar d’Alexandre Astier. Donc les relevés sont beaucoup plus rapides à la « feuille » qu’à l’écrit, en ce qui me concerne. L’arrangement n’a que très peu besoin d’être modifié (et uniquement en fonction du fait qu’il faut que ça sonne avec juste ma voix) ; au- delà de ça, je considérerais comme une trahison de transposer ou, pire, de changer une ligne de sa musique. Elle n’en a pas besoin. En revanche, pour la troisième vidéo et le passage au violon, là, oui, je me suis permis quelques libertés… mais au lu de ses derniers commentaires, ça n’a pas l’air de lui avoir déplu. Ouf.

Comment enregistres-tu ?
Je possède un petit matériel bien suffisant pour l’usage que j’en ai ; je branche ma carte son sur mon MacBook Pro et je bosse sur Logic. Pour le montage vidéo, j’utilise FinalCutProX.

Combien de temps tu mets pour préparer une seule vidéo ?
En moyenne, chaque capsule me prend une vingtaine d’heures en tout.

Quelle sera la suivante ?
Ahaaaaa… Vous aimeriez bien le savoir, hein ? (NDLR : OUI.) Franchement, j’hésite.

Tu es Tubas, l’un des huit Voca People échoués sur Terre actuellement à Bobino. Comment devient-on Voca People ?
Eh ben on passe une audition, puis une autre, puis une finale, et on est choisi. Ou pas. Mais pour devenir un VocaPeople, il vaut mieux être choisi. Ça aide.

Les VocaPeople, actuellement à Bobino. Arnaud Léonard est le 4ème en partant de la gauche !

Quel est le morceau que tu prends le plus de plaisir à chanter dans ce spectacle ? Et le plus  galère ?
Mon vrai kif, c’est le medley Queen (« Bohemian Rhapsody » parsemée d’autres thèmes bien magnifiques aussi). (NDLR – Côté public, je confirme, c’est un TRUC DE MALADE.) Le plus galère, y en a pas. Shai Fishman (le génialissime directeur musical du spectacle) a vraiment fait un travail monstrueux sur les arrangements. C’est trop bon à chanter.

Vous jouez beaucoup avec le public. As-tu déjà vécu un moment de solitude ?

Etonnamment, pas tant que ça ! Les gens sont bienveillants pour la plupart ; ça tient sans doute au fait qu’on les rappelle à l’enfance en incarnant des extraterrestres qui sont, eux-mêmes, des mômes.

Combien de temps de préparation avez-vous avant d’entrer sur scène ?
Une heure environ.

Quel effet ça fait de jouer un extraterrestre chanteur quand on est musicien passionné d’astrophysique ?
Voilà, tu as posé la meilleure question qui soit. Ça fait de l’effet. Si on m’avait dit qu’un jour ces deux passions-là se rejoindraient… Mais bon, Hubert Reeves et Stephen Hawking comptent parmi les grands poètes contemporains, je trouve, alors…

Le spectacle se poursuivra-t-il en 2013 ?
On est à Bobino jusqu’au 20 janvier et on part en tournée tout de suite derrière jusque… wow… Pas de fin prévue, là ! On joue tous les jours et c’est un kif énorme ! Et sinon, je fais quelques synchros (notamment dans le dernier Disney, « Les mondes de Ralph »).

[TWITTER] Twitter vu par la Revue de Presse

septembre 20, 2012 dans Culture, En vrac, Interviews

Lundi soir, j’ai été conviée par mon camarade Pascal à la Revue de Presse en direct du théâtre du Ranelagh sur Paris Première. Mais au lieu de nous installer tranquillement dans un coin de la salle pour suivre l’émission, on est resté dans la loge avec tous les artistes et chroniqueurs présents.

Du coup, j’ai pas pu m’empêcher de live-tweeter, de prendre des photos et de faire des vidéos à l’arrache. Avec un angle : Twitter.

Un grand merci, d’abord, aux artistes qui ont bien voulu se faire photographier : vous trouverez dans l’album photo ci-dessous Bernard Mabille, Florence Brunold en Valérie Trierweiler, Tanguy Pastureau…

Et merci à ceux qui ont bien voulu m’accorder quelques minutes pour des interviews faites à l’arrache à la sortie des artistes (je me répète, mais si j’avais su, j’aurais préparé le truc, hein). Nous avons donc…

@DidierPorte, « humoriste maudit »

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est dans sa bio sur Twitter. En tout cas, il a découvert les gazouillis il n’y a pas longtemps, et ça a l’air de l’amuser beaucoup.

@TanguyPastureau, qu’on « amuse »

C’est assez formidable, je dois dire, d’amuser un amuseur. Vous pouvez être fiers, Twittos. Par contre, je ne sais pas si c’était la descente de stress après cette première en direct, mais Tanguy se compare à un putois et adore les tweetclash qu’il compare à des actes sexuels. (Note pour plus tard : me tweetclasher un jour pour voir l’effet que ça fait, tiens.)

Michel Guidoni, double président de la République

Je l’ai observé, les yeux ronds, répéter ses personnages dans les loges. C’est bluffant. Des petits détails, trois fois rien (position de la cravate, lunettes, cheveux qui changent de sens) et Michel Guidoni se métamorphose en quelques secondes de Nicolas Sarkozy à François Hollande.

C’est donc naturellement que j’ai demandé à notre actuel président de la République ce qu’est un tweet normal. La réponse en images…

J’ai posé la même question à Nicolas Sarkozy, mais pour le coup c’est vraiment inaudible, je garderai donc ça pour moi.

Michel Guidoni n’est malheureusement pas sur Twitter, mais il m’a glissé dans l’oreillette qu’il faudrait qu’il s’y mette quand même. Tout espoir reste permis.

Quant aux autres, ils y sont : Bernard Mabille, Régis Mailhot, Jérôme de Verdière, et bien sûr, Paris Première. Sauf Florence Brunold mais elle a un joli site.

Merci à ceux qui m’ont permis de passer une bonne soirée ! :-)

[SCIENCES/ITW] Les Mardis de l’espace : un café des sciences par le CNES

août 1, 2012 dans Culture scientifique, Interviews, Vers l'exploration spatiale

Lors de mes premières années à Paris, je ne manquais aucune conférence du Collège de la Villette. Physique, cosmologie, anthropologie, mathématiques… L’entrée y est libre, les intervenants passionnants et l’organisation impeccable. Malheureusement, pour des questions d’emploi du temps et de situation géographique, je n’ai pas pu continuer à m’y rendre (mais je n’en rate aucune grâce aux podcasts).

Récemment, j’ai découvert qu’à l’instar de la Cité des Sciences, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) organise lui aussi ce genre de rencontres entre les spécialistes et le grand public. Baptisés « Mardis de l’espace« , j’ai pu assister au dernier de l’année 2011/2012 sur les trous noirs en pouvant LT sur place.

Extrait du LT du Mardi de l'espace sur les trous noirs

En effet, le CNES garde 10 places réservées pour les utilisateurs de Twitter afin qu’en suivant l’évènement grâce au hashtag dédié, un grand nombre de personnes présentes sur les réseaux sociaux puissent suivre comme s’ils étaient sur place.

J’ai pu y rencontrer la très sympathique Séverine Klein qui a accepté de répondre à mes questions. Diplômée en mathématiques pures (excusez du peu…) puis d’un DESS de communication scientifique, c’est un stage qui l’a menée au CNES qui l’a embauchée en 2001 en tant que rédactrice multimédia : elle était donc en charge du site cnes.fr. Puis elle a « pris du galon » et occupe désormais le poste de chef de service « Grand public » à la communication externe du CNES : « dans mon équipe, on gère les publications externes, l’audiovisuel, une partie des partenariats, et bien sûr il y a la cellule web. Pour ma part, indépendamment du management, j’ai notamment en charge la présence du CNES sur les médias sociaux. C’est donc moi qui parle derrière @CNES_France sur Twitter, par exemple. »

Florence Porcel – Que sont « Les mardis de l’espace » ?
Séverine Klein – Les mardis de l’espace sont des rencontres mensuelles entre les experts du spatial et le public, sous la forme d’un café scientifique. Ils se déroulent le 3ème mardi de chaque mois, au Café du Pont Neuf à Paris, à partir de 19h30. Lors de chaque soirée, nous abordons un thème différent ; 2 ou 3 intervenants sont présents, et le public peut poser ses questions. Il y a aussi un animateur pour mener les débats, et un pianiste qui improvise et met son grain de sel avec humour.

FP – D’où vient l’idée et quel en est le but ?
SK – L’idée est venue simplement du constat que les rencontres entre le public et nos experts, ingénieurs ou scientifiques, déclenchait toujours beaucoup d’enthousiasme des deux côtés. Or, nous n’organisions ce type de rencontre que de façon ponctuelle (lors de la Fête de la Science, par exemple). Nous avons donc souhaité donner des rendez-vous réguliers et éviter le mode trop formel ou conférence. D’où l’idée du café scientifique qui permet de passer un moment convivial tout en dialoguant avec des experts passionnés et passionants !

Séverine Klein : « L’espace est utile au quotidien ! »

FP – Quels ont été les thèmes abordés ?
SK – Nous avons parlé de l’exploration de Mars, de la recherche de vie dans l’Univers ou encore du monde de Saturne, mais aussi de l’utilité des technologies spatiales dans le domaine de l’océanographie ou des enjeux politiques du spatial. Nous essayons d’aborder des sujets très variés, à la fois pour faire découvrir toutes les facettes du spatial que le public connaît peu, pour le sensibiliser au fait que l’espace est utile au quotidien, mais aussi pour varier les plaisirs et le public !

FP – Quel bilan tirez-vous de cette première saison ?
SK – Que du positif ! En moyenne, nous avons compté entre 60 et 90 participants à chaque soirée, la dernier en a même comptabilisé 115 ! Pour un café scientifique, c’est énorme. Nous n’avons eu que des échos positifs, aussi bien des experts que du public, qui nous encouragent à continuer. Le niveau des questions est de très bonne qualité, et parfois même de haut niveau, mais nous souhaitons vraiment éviter que ces rencontres ne deviennent des débats d’experts. Chacun doit y trouver sa place et oser poser sa question. Pour une institution comme la nôtre, c’est très important d’être en contact direct avec notre public ; il y a une réelle interactivité.

Le volet numérique est également un point très positif : ces rencontres trouvent un écho en ligne, auprès des internautes qui ne sont pas à Paris ou ne peuvent pas se déplacer. Nous avons ainsi fait la connaissance d’internautes, bloggeurs, twitteurs fidèles qui viennent régulièrement et ont particulièrement apprécié cette démarche visant à vulgariser et rendre le spatial accessible au plus grand nombre.

« Nous avons trouvé une véritable interactivité avec notre public
avec l’apparition des médias sociaux. » 

FP – Le CNES est présent sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter lors de ces mardis de l’espace. Pourquoi cette démarche ?
SK – Ce n’est pas très original, mais pour nous, les nouveaux usages, en particulier les médias sociaux, sont un moyen de toucher de nouveaux publics, de parler à ceux qui ne nous connaissent pas et ne viendront pas spontanément sur notre site ou lors d’un de nos événements. On nous dit souvent : « Vous faites des choses superbes mais vous ne le faites pas assez savoir ! »…
A chaque média son public et son usage : par voie de conséquence, nous trouvons là un moyen de diversifier notre audience.
Nous avons trouvé une véritable interactivité avec notre public avec l’apparition des médias sociaux, nous percevons davantage ce qu’il attend…
Les médias sociaux sont aussi une sorte de terrain d’expérimentation pour tester des dispositifs de communication nouveaux, parfois surprenants, et toujours très enrichissants.
Je crois que le CNES, qui est à la pointe de la technologie dans son cœur de métier, doit aussi être innovant dans sa communication.

FP – Le CNES est présent à Paris, mais aussi à Toulouse et à Kourou. Y aura-t-il des mardis de l’espace dans ces deux autres villes, à l’avenir ?
SK – C’est à l’étude à Toulouse… Ca ne prendra pas forcément la même forme, mais nous envisageons également des rencontres régulières de ce type. Dans un autre style mais toujours la même démarche d’ouverture, nous sommes partenaires avec la Cinémathèque de Toulouse et la Cité de l’espace d’un cycle de films sur l’espace, durant toute l’année scolaire. Après la projection a lieu un débat ou des animations, en présence d’experts du monde spatial.

FP- A Toulouse justement, de nombreux évènements sont live-tweetés. Quel bilan tirez-vous de cette présence du CNES sur les réseaux sociaux ?
SK – En fait, on organise des livetweets régulièrement, pas seulement à Toulouse. Nous l’avons notamment fait plusieurs fois lors des lancements d’Ariane, depuis la direction des lanceurs du CNES à Evry. Nous y avons organisé un Tweetup, et nous avons reconduit l’expérience à plus grande échelle à Toulouse pour l’amarrage dans l’espace de l’ATV 3 , un cargo desservant la station spatiale internationale.

Tirer un bilan de nos actions sur les médias sociaux est encore difficile (nous sommes d’ailleurs en pleine réflexion sur la manière d’évaluer ces actions). Sur le plan qualitatif, il est indéniable que nous avons établi une relation très enrichissante avec les internautes et plus spécifiquement avec des bloggeurs qui nous suivent régulièrement, assistent à nos événements, nous « retweetent » etc. Je crois que dans ce domaine, le CNES est reconnu pour sa démarche. Néanmoins, c’est un travail très prenant qui nécessiterait d’être assuré par plusieurs personnes pour pouvoir vraiment exploiter tout le potentiel de ces nouveaux médias !

FP – Y aura-t-il une deuxième saison des mardis de l’espace ? 
SK – Bien sûr ! La deuxième saison est en préparation. Elle débutera mi-octobre… Et pour les sujets abordés… surprise ! Nous avons essayé de tenir compte des (nombreuses) suggestions du public à l’issue de la première saison.

« Aujourd’hui, on ne peut plus se passer du CNES… » 

FP – Que souhaitez-vous pour le CNES dans un avenir proche ou lointain ?
SK – En tant que communicante, j’aimerais simplement que le CNES et ses activités soient plus connus du public francophone, car c’est un secteur dont nous ne pourrions aujourd’hui plus nous passer : au quotidien dans le domaine des télécommunications, de la localisation, de la santé. Dans le domaine de l’environnement, c’est un outil essentiel pour étudier la planète à l’échelle globale et comprendre les phénomènes climatiques, par exemple.

FP – Quel serait votre voeu, personnel, concernant l’espace ?
SK – J’aimerais qu’une de nos sondes découvre des signes d’une autre vie dans l’univers, sur une planète extrasolaire. Apprendre que nous ne sommes pas seuls, ce serait une révolution pour l’humanité !

[LIVRE/ITW] « La vie imaginaire de Lautréamont », de Camille Brunel

mars 6, 2012 dans Culture, En vrac

Camille est un pote de lycée – comme ça, c’est clair. Mon avis n’est donc pas totalement objectif, mais ce n’est pas grave puisqu’il s’agit d’un billet sur mon blog personnel et non d’un article de presse.

Pour tout vous dire, et il s’en souvient bien, j’ai été sa première fan. Il me faisait lire des pages et des pages entièrement noircies de mots, de phrases, d’intrigues qui partaient dans tous les sens – et ce n’était pas grave. Ce que j’aimais déjà, c’était son style.

Camille Brunel. Photo sombre et mystérieuse, mais il l'aime bien, alors... Savez, je suis pas contrariante, moi.

Voyez-vous, rien n’a changé, au fond. Alors bien sûr, ce style a mûri, il s’est affermi, il s’est confirmé, il s’est recentré. Mais quel talent ! Ce garçon a un truc. Ce petit quelque chose ineffable qui fait pourtant toute la saveur d’une oeuvre.

Raconter la vie, certes imaginaire, de Lautréamont n’était pas une mince affaire et en plus, pour tout vous dire, je m’en fous pas mal. Je n’ai pas lu les Chants de Maldoror et ce que j’en ai entendu ne m’a pas donné envie.

Et pourtant… Pourtant, Camille réussit à m’intéresser à un auteur obscur et à une période de l’Histoire qui m’indiffère pas mal. Mais voilà tout l’extraordinaire de ce jeune écrivain : il pourrait raconter le périple d’un pot de fleur coincé sur un balcon que ça en deviendrait du génie. Parce que son style en a déjà.

« La vie imaginaire de Lautréamont » est donc, comme son titre l’indique, une biographie fantasmée d’Isidore Ducasse. La plume de Camille fait revivre une époque, des lieux et des personnages avec une modernité déconcertante. Tour à tour conteur ou simple spectateur, il épuise sans lasser différents modes narratifs qui bousculent le lecteur sans lui faire de mal. Au-delà du roman, il se fait également scénariste et réalisateur et les pages se transforment en pellicule. Son oeil aiguisé s’attarde sur des détails ou nous livre une description en plan-séquence qui contribuent au décalage charmant qui se dégage de cette lecture. Cinéma et littérature se mêlent à l’existence somme toute banale du futur Lautréamont que Camille sublime d’un oeil aux différentes focales et de l’autre profondément humaniste.

Ce premier roman grouille de fulgurances et il ne serait pas étonnant que Camille Brunel, loin des facilités des écrivains-stars de notre société peoplisée, commence très vite à peser lourd dans le cercle restreint des grands littérateurs.

En attendant, voici son interview. Attention mesdames : en plus, il est drôle.

Camille Brunel : « C’est un livre sur le film qu’on pourrait faire à partir de Lautréamont »

Qui es-tu, Camille Brunel ?
Je suis celui qui n’est pas mort à 24 ans et doit, du coup, réessayer d’écrire. C’est assez déplaisant. J’ai encore la possibilité de tout gâcher.

Comment t’es venue l’idée de ce livre ?
Je me demandais quels livres seraient inadaptables au cinéma. J’ai pensé écrire un scénario aux Chants de Maldoror. Et puis comme je ne sais pas écrire de scénario, je me suis dit que j’allais écrire un roman. Je ne savais pas non plus comment faire, en fait. Mais au moins, j’avais un modèle : les Chants.

Quel effet ça fait d’être publié chez Gallimard pour un premier roman ?
Une fois qu’on a fait le deuil de sa grosse tête, c’est assez horrible. La marge de progrès est extrêmement restreinte, mais la marge de déchéance, elle, est immense.

Pourquoi cette photo de couverture ?
Pour beaucoup de raisons… Dont la moitié ont été trouvées a posteriori… Je voulais d’abord quelque chose d’aquatique. C’est ainsi. Mon éditeur m’a proposé un poulpe et deux méduses. J’ai eu le coup de foudre pour elles. Le fond noir connote l’écran de cinéma. L’ombre derrière elles, le relief, la perfection numérique des images. Elles ont la forme de deux cerveaux, le mien, le sien. Elles ressemblent à des soucoupes volantes : annonce des passages de science-fiction et en même temps, de mon invasion dans le champ de la critique lautréamontienne – vue par les grands fossoyeurs comme une invasion de profanateurs, crois-moi. Et puis les méduses jouent un rôle très particulier dans les Chants. Je laisse au lecteur le soin de le découvrir.

Comment s’est passé le processus d’écriture ?
J’ai écrit un chapitre au hasard, comme on écrirait une nouvelle. Il a donné le la. Puis j’ai écrit un chapitre par-ci par-là, pendant bien un an. Toujours comme on écrirait des nouvelles, sans rechercher la cohérence. Puis je me suis mis à dérusher sérieusement le bouquin de JJ Lefrère, qui m’a servi de base, de scénario au film que je me suis fait. A dérusher tout ce que je trouvais sur les années qui m’intéressaient (68, 69). Il y a bien eu un mois ou deux pendant lesquels je travaillais absolument tous les jours, tous les matins. Je terminais mes études, j’étais en année sabbatique (majoritairement aux frais de ma mère). Quand l’année s’est terminée et que je suis entré, bien malgré moi, dans le monde du travail, j’ai mis le turbo. Je me suis mis une deadline, quoi. Le 24 novembre. Et je m’y suis tenu.

Quelle a été ta méthode de travail ?
J’avais un calepin dans lequel je notais les données de base, ce que Ducasse devait avoir en tête en permanence : dates de naissance, fiche d’identité des amis, adresses, et aussi le plan des rues qu’il fréquentait, la liste des aliments qu’il mangeait, les horaires de ses cours… Tout ça. J’avais aussi une feuille de papier avec la liste des chapitres, résumés par une idée, quelques mots. Et j’avais mon fichier word, chapitré également, dans lequel je déposais régulièrement mes idées, avant de me jeter dessus comme un sauvage et d’en faire des paragraphes écrits – d’abord sporadiquement, puis plus régulièrement.

Quelle est la part de réalité biographique de Lautréamont et la partie fictionnelle qui est la tienne ?
La liste est longue de ce que j’ai emprunté aux recherches. Il suffit de lire l’excellente hagiographie de JJ Lefrère pour le savoir. Mais je n’ai inventé aucun personnage. Tous les noms sont ceux de personnes réelles. Les deux personnages que j’ai inventés, Louis Durcour et Joseph Durand, sont les deux dédicataires des Poésies dont on ne sait rien. Sinon j’ai inventé toutes les histoires de filles et le parcours au lycée (en réalité on ne sait pas du tout ce qu’il a fait pendant 1862 et 1863, c’est pourquoi j’ai pu bidouiller mon histoire d’élève qui saute la seconde avant de redoubler la Terminale). Toute la partie sur la rédaction du texte est absolument fictive. On ne sait pas avec précision quand Ducasse est arrivé à Paris. Sinon, le retour en Uruguay est réel… l’autodafé aussi… la présence de Théophile Gautier à Tarbes deux semaines avant sa rentrée des classes… Tout ce que je dis sur la vie de sa mère aussi, pures déductions, probabilités psychologiques. Le chapitre en 2008, journée vécue. Allez voir si vous ne me croyez pas, quoi.

Quelle part de toi y a-t-il dans Lautréamont ?
Je me suis énormément ennuyé en cours. Je faisais des pompes pendant la rédaction du bouquin. Je peux respirer sous l’eau. Ce genre de trucs. J’ai écrit le chapitre sur le concert de Liszt après un concert de Keith Jarrett ; celui sur la mort de Baudelaire le jour de la mort de Michael Jackson…

Quelle a été l’influence de ton ancien professeur de rhétorique (référence à nos années lycée, NDLR) sur ton envie d’être publié ?
Influence négative : il n’y croyait pas. Il me faisait des remarques sur mes textes depuis quelques années mais il ne lui serait jamais venu à l’idée une seule seconde que ceux-ci puissent être mûrs pour l’édition. Je ne pense pas qu’il en soit convaincu aujourd’hui encore. J’ai donc écrit en réaction à lui. Il a lu un ou deux chapitres, puis j’ai laissé tomber : ses critiques m’agaçaient. Son intérêt distrait pour ce que je faisais a nourri ma colère, qui est un bon carburant, même si ce n’est pas le meilleur. Du coup, je ne sais pas vraiment si je dois lui en vouloir ou non.

Pourquoi avoir choisi plusieurs modes de narration ?
Parce que Lautréamont fait pareil dans les Chants. Voir la scène du jeune homme qui se déshabille avant de se faire mordre par l’araignée, chant V. Aussi parce que je ne veux pas donner l’impression de la cohérence. La cohérence me donne des boutons. Je ne la trouve nulle part dans la vie. Je ne vois pas pourquoi je l’aurais mise dans mon bouquin.

Pourquoi avoir amené à ce point les techniques du cinéma dans le roman ?
J’aime le cinéma. Plus que tout. J’ai dû regarder cinquante fois plus de films que j’ai lu de livres. Et puis ce n’est pas un livre sur Lautréamont : c’est un livre sur le film qu’on pourrait faire à partir de Lautréamont. Je veux qu’on ait l’impression de regarder un écran. Pas des pages.

Est-ce que tu fantasmes une adaptation filmée avec des codes littéraires ?
Non ! Je fantasme une adaptation absolument fidèle de ce que j’ai écrit ! J’ai même passé commande auprès d’ILM : je veux John Knoll aux effets spéciaux !

Pourquoi avoir choisi de distiller des détails anachroniques ?
Pour ne pas que le lecteur s’imagine que je lui raconte la vérité sur Lautréamont. Mais souvent, l’anachronisme n’est pas là où on le croit. Ce qui est amusant, c’est quand je peux mettre des détails de notre époque à celle de Lautréamont, et que ceux-ci soient invisibles. Je ne suis pas le premier à trouver que notre époque déborde de points communs avec le Second Empire.

Pourquoi toutes ces ruptures ? (de point de vue, de narration, d’époque…)
Même chose qu’avec la cohérence. Et puis, si je veux que le lecteur retrouve le confort du spectateur de cinéma, je veux le choquer, le secouer. Dans l’ensemble, je trouve que les gens sont de moins en moins souvent choqués. Sincèrement choqués. Il suffit de quelques heures sur internet pour nous faire oublier qu’on souffre. C’est dire. Je veux rappeler ce qu’est l’inquiétude, la vraie inquiétude, pas celle que l’on a pour soi, même pas celle que l’on a pour les gens qu’on aime. Une inquiétude plus fondamentale, que l’on est en train de perdre parce que la technologie, les supermarchés, tout ça nous donne l’illusion qu’on va plutôt bien. Je veux choquer, secouer, décontenancer le lecteur, le sortir de ses habitudes tranquilles, l’inquiéter et, en même temps, le rassurer : s’il recommence à s’inquiéter, c’est qu’il y a de l’espoir.
Sinon, comme dit l’autre (Beckett) : c’est pour rompre la monotonie, j’imagine.

Que raconterait un roman qui s’appellerait « Vie imaginaire de Camille Brunel » ?
Sérieusement, je suis en train de l’écrire. C’est pour l’instant un cauchemar sans intérêt. J’essaie de remédier à ce dernier point.

« La vie imaginaire de Lautréamont » (Gallimard) est disponible chez tous les bons libraires et même en version numérique. Vous m’en direz des nouvelles.

[ITW] Damien Jouillerot : le parcours sans faute d’un comédien prodige

septembre 2, 2010 dans Culture, En vrac, Interviews

Damien Jouillerot est un chic type. Je l’avais découvert, comme la France entière, dans Monsieur Batignole où il jouait un petit paysan. Et j’avais été réellement bluffée par sa performance : c’est bien simple, il crevait tellement l’écran qu’on ne voyait que lui. Et puis ensuite, il y a eu Effroyables Jardins. Un petit rôle, encore, mais le même mot, toujours : bluffant. J’ai enfin eu la chance de le voir au théâtre, dansL’homme, la bête et la vertu, dans laquelle il jouait notamment avec Christian Bujeau, mon prof de théâtre aux 3 Arts. Et il ne m’avait pas déçue – au contraire.

Le jeune homme est à la hauteur du comédien. Simple, accessible, gentil, serviable, ouvert et drôle : je ne taris pas d’éloges certes, ce n’est pas parce qu’il me lit (ce serait bien mal me connaître), c’est parce qu’il devient de plus en plus rare d’avoir affaire à d’aussi belles personnes, et que je tenais à le souligner. Tout simplement parce que ça fait plaisir.

Ce fut donc un honneur pour moi que de l’avoir interviewé à l’occasion d’un article pour France-Soir et de partager avec vous l’intégralité de notre interview.

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© Lisa Lesourd

Comment en êtes-vous arrivé à faire du cinéma ?

C’était en 2001. J’étais en CAP de boulangerie dans un petit village de ma région, la France-Comté, et Gérard Jugnot venait faire des repérages pour Monsieur Batignole. Il dormait dans l’hôtel juste à côté de la maison de mes parents. Je suis allé le voir à 5 heures du matin, le jour où il repartait vers Paris parce qu’il avait fini tous ses repérages. Et je lui ai demandé s’il n’avait pas un petit rôle pour moi. Au début il m’a dit : « Ca se passe pendant la guerre, t’as les cheveux blonds ! » « Je vais les couper ! » « Mais tu as un appareil dentaire ! » « Ben je vais l’enlever ! » « Mais il y a un mec qui va jouer ton frère, c’est mon fils, et il a les yeux bleus » « Ben je vais mettre des lentilles ! » « Oui mais tu as un accent » « Oui mais en même temps vous cherchez un petit paysan donc voilà, j’ai l’accent paysan, on n’a qu’à garder ça ! » Ca l’a fait rire…

Au culot, alors ?

Oui, j’en avais vraiment envie. Et puis à 15 ans on peut se permettre un culot qu’on ne pourrait pas se permettre vraiment à 20 ans. Donc du coup il m’a fait passer des essais, et il m’a recontacté deux semaines après pour me dire que j’avais le rôle.

Parce que votre CAP, ça ne vous plaisait pas du tout ?

Non, pas du tout. En fait j’ai dit à mon père que j’aurais bien aimé être comédien et il m’a répondu : « Boulanger ? Oui, c’est bien ça, boulanger ! »

Passe ton bac d’abord…

Le bac je l’aurais passé à 28 ans… Il savait très bien que les études ce n’était pas pour moi. Il m’a dit qu’il fallait que je trouve un travail, que je n’aurais pas le choix… Et comme ça lui plaisait bien d’avoir un fils boulanger… Je me suis dit que je ferais plaisir à Papa, mais que ça n’allait pas durer.

Les Fautes d’orthographe, c’était votre premier grand rôle. Comment l’avez-vous vécu ?

Au début c’était bizarre. J’avais 17 ans, c’était la première fois que j’avais autant de jours de tournage, et surtout, un rôle principal ! J’étais assez stressé, en fait. La préparation a été un petit peu douloureuse pour moi, parce que j’ai perdu énormément de poids pour le film. C’était la première fois que je devais m’investir autant dans quelque chose. Et j’avoue qu’au début, ça a été un peu plus de la flippette que du bonheur ! Et une fois que c’était parti, que la machine était mise en route, j’ai savouré.

Auriez-vous une anecdote de tournage ?

Ce qui m’a marqué, c’est la main d’Olivier Gourmet… Le réalisateur m’avait assuré qu’on ne ferait que deux prises pour la scène où je me prends une gifle, et on a dû en faire une bonne quinzaine. Je me prenais des gros soufflets toutes les deux minutes ! Je ne sais pas si ça ne m’a pas laissé des séquelles, d’ailleurs…

Vous n’avez pas chômé, depuis ce film…

J’ai fait surtout de la télé, parce qu’au cinéma on me proposait toujours de jouer des ados un peu perturbés. J’en avais un peu fait le tour, comme si j’avais joué dix ans dans la même sitcom et qu’on me privait d’autre chose. Du coup, je me suis retourné vers la télé parce qu’il y avait des très beaux projets qui se montaient à ce moment-là. Et j’ai continué à faire ça, et du théâtre.

Vous n’aurez que 25 ans bientôt, mais quand vous regardez en arrière, quel sentiment vous avez sur votre parcours ?

Je suis content de ne pas m’être brulé les ailes, parce que j’ai vécu beaucoup de choses et rencontré des tas de gens. Je suis content d’avoir eu une famille et des gens autour de moi qui m’ont aidé à rester stable. Et un peu de fierté, parce que c’était la première fois que je réussissais quelque chose dans ma vie…

Et plutôt bien réussi puisque vous avez été nominé aux Césars…

Oui, pour les Fautes d’orthographe, d’ailleurs.

C’est ça qui vous a ouvert toutes ces portes, que ce soit au théâtre ou au cinéma ?

D’avoir eu une nomination, ça a joué, forcément. J’avais eu aussi le Prix Lumière. Et je crois que ça m’a aidé aussi pas mal. Mais le théâtre et le cinéma c’est tellement différent que je ne suis pas sûr qu’un bon acteur de théâtre soit bon aussi au cinéma. C’est une autre façon de jouer.

Quelle est votre préférence ?

J’aime beaucoup le théâtre parce que j’aime bien le danger. C’est plus impressionnant de faire un saut à l’élastique qu’un tour de manège à la Foire du Trône… Etre sur un plateau tous les soirs devant je ne sais pas combien de personnes, ça met toujours un petit coup de pression supplémentaire. Au moins, on sait pourquoi on est là.

Quels sont vos projets ?

En ce moment je joue au Trévise dans Le carton , et je prépare une exposition de dessins sur le thème du cinéma chez un particulier, dans le 11ème.

Vous ne vivez plus en Franche-Comté, alors ?

Non, je suis venu à Paris pour les Fautes d’orthographe, quand j’avais 17 ans. Depuis, je n’ai pas bougé parce que je n’ai pas pu. Je n’ai pas pu, et je n’ai pas voulu ! J’aime beaucoup ma région, mais je ne me verrais pas vivre ailleurs qu’à Paris, maintenant.

Avez-vous gardé contact avec Gérard Jugnot ?

Oui, déjà parce que j’ai tourné à nouveau avec lui dans Rose et Noir, et puis parce que cet homme m’a sauvé la vie… Et quand quelqu’un vous sauve la vie, on le remercie à vie, justement.

Propos recueillis le lundi 30 août 2010 par Florence Porcel

[ITW] Début de Soirée : la Nuit de Folie n’en finit pas !

septembre 1, 2010 dans Culture, En vrac, Interviews

A l’occasion d’un article pour France-Soir, j’ai pu interviewer William Picard, l’un de deux trublions du groupe mythique des années 80, Début de Soirée. Ils étaient sur la route, vers une destination de gala pendant l’été, mais sa bonne humeur charmeuse, son accent chantant et sa joie de vivre ont fait oublier l’arrière-fond sonore chaotique. Entretien.

Comment avez-vous été amené à participer à RFM Party 80 ?

La production cherchait à réunir des artistes de ces années-là. Ils nous ont tout simplement téléphoné, et on a accepté tout de suite. Mais au départ ce n’était pas une tournée, ça ne devait être que quatre dates : Paris, Montpellier, Toulouse et Lille. Et ça a tellement bien marché que les zéniths nous ont réclamé, et du coup quatre ans après, ça dure encore.

Qu’est-ce que ça vous apporte, cette aventure ?

Une foultitude de choses ! Chanter dans des zéniths, on n’avait jamais fait ! Ca nous est arrivé de faire des gros galas dans des villes un peu importantes ; mais une tournée régulière dans des conditions pareilles, c’est fantastique, pour nous – et pour tous les artistes des années 80, je pense. C’est quelque chose d’énorme.

Vous vous êtes séparés en 2004 ; pour quelles raisons ?

Parce que Sasha est parti avec un autre mec, moi j’étais jaloux !… [rires] Non, je plaisante. Il vivait à Barcelone où il faisait de la production, donc c’était compliqué au niveau des galas, des voyages, de l’organisation en général du groupe. Mais ça s’est fait à l’amiable.

Est-ce que vous vivez de votre musique ?

Oui complètement, on ne vit que de ça.

Quel retour avez-vous sur votre carrière, aujourd’hui ?

On se dit que ce n’est que du bonheur. Vraiment. Il y a des artistes qui ont vraiment cherché à faire ça, ce qui n’est pas notre cas. On était DJ, on ne pensait pas à faire une chanson, elle est venue toute seule. Ça a été créé pour déconner, on s’amusait avec ça, et quelqu’un l’a entendue et a voulu en faire un disque, voilà. Ça nous a d’ailleurs beaucoup amusés, à l’époque. Moi la première réaction que j’ai eue c’est : « Mais je ne suis pas chanteur ! » Ca fait maintenant 25 ans et depuis on a appris à chanter…

Vous avez pris des cours de chant ?

Non, pas du tout. On chantait juste comme plein de gens, mais on chantait juste et en place, ce qui est le principal. Et techniquement, Nuit de folie, ce n’est pas très compliqué – ni pour celles qu’on a fait après. C’est peut-être pour ça qu’elles sont populaires : parce qu’elles sont faciles à chanter ! Le côté technique, le public va le chercher chez Céline Dion ou Lara Fabian. Nous, c’est du populaire, c’est LA chanson qui a fonctionné et qui, miraculeusement, dure toujours vingt ans après. Les gens l’écoutent encore, ils la chantent en gala – ce qui est le cas d’autres artistes de ces mêmes années – et c’est ça, le bonheur. On revendique la nostalgie du chanteur depuis longtemps : ça nous permet de voyager, de nous balader, de voir des choses vraiment sympas, de rencontrer des gens qui ont toujours le sourire parce qu’on leur apporte un petit peu de bonheur, et on fait ça très volontiers. D’ailleurs, j’ai signé, pour ma prochaine vie, de faire pareil. S’il y en a une autre ! [rires]

Vous croyez en la réincarnation ?

Non, je ne crois pas en grand-chose, je vis au temps présent. Mais pourquoi pas ! L’idée séduit. Mais c’est invérifiable, donc… Disons que ça m’arrange. J’ai pris « option chanteur », voilà. Ce qui prouve que ma vie me convient !

Quels sont vos projets d’avenir ?

Pour l’instant RFM Party 80 n’est pas terminé, puisque plusieurs dates sont prévues jusqu’en 2011, 2012, et peut-être plus… Et puis il y a le film, qui est aussi un projet vachement séduisant pour nous. Je sais juste qu’il y a eu plusieurs scénarios de faits, et que le dernier a été accepté. Il concerne la vie des deux producteurs de la tournée qui seront joués par José Garcia et Kad Merad, et nous on jouera notre propre rôle. Voilà ce qui se dit dans les milieux autorisés… On attend le tournage avant la fin de l’année.

Est-ce que vous auriez participé à la Nouvelle Star ou à la Star Academy, si ça avait existé quand vous étiez plus jeunes ?

Non, parce que les gens qui font ça, ils veulent faire chanteur – nous on ne voulait pas ! Mais l’idée ne me séduit pas tellement. Je n’aime pas le côté « exploitation ». Les jeunes qui y vont ont plein d’espoir, ils ont les yeux plein d’étoiles, on leur fait miroiter des alouettes à tous sans exceptions, alors qu’on sait très bien qu’il y en aura un sur dix qui vont s’en sortir. Moi, j’ai fait de la production, et Sasha aussi ; et quand on vient nous voir, on dit : « attention, ça risque de ne pas exister ». Il faut être honnête ! Evidemment qu’on va tout faire pour qu’un projet aboutisse, mais il y a 5% de chances que ça marche, et 95% que ça soit rejeté. Et dans ces émissions-là, c’est l’inverse qu’ils font, donc je trouve ça dommage. C’est triste qu’ils mentent à ces jeunes. Mais personnellement, je ne regarde pas du tout ces émissions. Je regarde très peu la télé.

Que pensez-vous de la loi Hadopi ?

En tant qu’artiste, je pense que ça a été fait à l’envers. Ils ont d’abord donné tous les outils pour que les gens téléchargent, tout est facilité. Par exemple, j’ai acheté une voiture il n’y a pas longtemps, et il y a marqué « lecteur MP3 » sur mon autoradio. Et si un jour je vais à la Fnac et que je demande à acheter un MP3, ils ne me le vendent pas ! Les maisons de disque avaient le pouvoir, ils se sont crus intouchables, et ils n’ont pas eu de recul. Ils étaient morts de rire quand ils ont vu Internet arriver, et en fait, ils se le sont pris en pleine face… Ils ont trop fait les marioles, et maintenant ils essayent de revenir en arrière, d’acheter les politiques pour essayer d’inverser la tendance, mais c’est trop tard. Enfin c’est trop tard… non, parce que les gens vont télécharger de plus en plus légalement, mais ça va être compliqué, surtout en France. Il y a eu vraiment un laxisme de leur part. Ils avaient le pouvoir, ils en ont profité, et c’est un juste retour des choses, d’une certaine manière.

En tant que producteur, je pense que les plus gros vont s’en sortir, comme d’habitude. Mais pour les autres, qui essayent de faire des produits un peu sympas, on ne les entendra pas parce que les maisons de disque ne voudront pas prendre de risque. On est les premiers dans ce cas, d’ailleurs ! On avait fait des nouveaux morceaux récemment, et les maisons de disque nous disent : « On veut bien vous produire, mais vous refaites Nuit de folie » ! Les gens connaissent, donc pas de risques majeurs pour eux… A l’arrivée, ça tue la création.

Mais il y a des autres solutions ; je pense notamment à My Major Company qui est exclusivement sur Internet, à la base…

Oui ! Et d’ailleurs c’est ce qu’on a fait. On a mis notre musique sur Believe, une plateforme de téléchargement européenne. Mais bon, ça reste quand même assez anecdotique. Autant les contrats sont intéressants, puisque ça n’a plus rien à voir avec les maisons de disque…

L’intégralité des revenus vous reviennent ?

Sur un album vendu un euro, on touche 70 centimes – ce qui est énorme. Avant, c’était plutôt l’inverse… On gagnait quinze centimes, et le reste partait à la maison de disque.

Donc ça vous arrange, ce système de vente de musique en ligne ?

Non, ça ne m’arrange pas du tout ! Il vaut mieux gagner 1% d’une grosse somme, plutôt que 100% de rien. Et là actuellement, on est à 70% de rien… Mais on ne fait pas ça que pour l’argent ! C’était juste pour la comparaison. Et les contrats sont plus intéressants parce qu’ils savent que, de toute façon, les ventes sont cent fois inférieures par rapport à avant… Donc à l’arrivée c’était mieux avant, quand même, pour les gens qui vendaient des disques. Il y en a encore ! Mais ils sont très peu. Et d’ailleurs, à l’époque de Nuit de folie, la maison de disque s’est permis de sortir des artistes qu’ils n’auraient jamais pu sortir s’ils n’avaient pas eu ce tube. Comme dans le cinéma, comme dans l’édition, l’argent engrangé avec un produit qui fonctionne permet de produire des artistes avec lesquels on prend plus de risques. Il y avait de l’argent, donc ça tournait, ça vivait. Maintenant, ça ne vit plus… C’est pour ça qu’on met les jeunes en garde.

Propos recueillis le 20/08/2010 par Florence Porcel

[ITW] Aymeric Caron : son parcours, ses envies, son analyse des médias

août 18, 2010 dans En vrac, Interviews

Aymeric Caron a intégré Europe 1 l’année dernière, en tant que joker de Marc-Olivier Fogiel : il y a donc animé la Matinale le week-end et pendant les vacances.

J’ai eu l’occasion de l’interviewer pour France-Soir, ce qui m’a valu d’être gentiment charriée par Annie Lemoine en fin de revue de presse à 4’00 (chère Annie, si si, c’était une interview par téléphone), et ensuite par le survolté Willy (cher Willy, non, on ne m’attrape pas avec du Sardou, moi… huhu).


La maladie d’amour de Willy par Europe1fr

Et parce qu’Aymeric Caron m’a dit plein de choses intéressantes que je n’ai pas pu exploiter dans mon article, je vous propose de découvrir l’intégralité de l’interview…

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Vous présentez la matinale d’Europe 1 toute la semaine de 6 heures 30 à 9 heures 30 pendant les congés de Marc-Olivier Fogiel… Comment ça se passe, jusqu’à présent ; comment vous y sentez-vous ?

Pour le moment ça se passe très bien. C’est une émission passionnante à animer pour un journaliste ! C’est vraiment formidable parce qu’il y a trois heures d’antenne en direct avec des rendez-vous extrêmement variés – et en trois heures on balaye large. Il y a une grande diversité de sujets, de thèmes, et de tons également. Les deux premières heures et demie ont un rythme et un ton très « information », et on se détend un peu sur la dernière demi-heure où on fait à la fois de la culture et du sourire. Se rajoutent à cela des interviews d’actualité, des interviews politiques, des interviews culturelles… C’est vraiment une tranche formidable à faire, et évidemment qui plus est sur une radio comme Europe 1.

Par rapport à Marc-Olivier, je ne sais pas si c’est différent : chacun a sa personnalité et j’imagine que ça doit s’entendre, même si l’idée est quand même de conserver une continuité par rapport à ce qu’il fait dans l’année. J’essaye de ne pas créer de rupture, que ce soit dans le rythme ou dans le ton. La seule différence tient à la période : on fait quelques adaptations estivales qui créent quelques respirations supplémentaires.

Parce que l’été, il ne se passe rien ?

Disons qu’il y a un peu moins de politique – même si cet été les sujets sécuritaires sont quand même très présents. Et on suit l’actualité à l’étranger de très près : la Russie, le Pakistan, etc… Il y a beaucoup de sport… C’est un peu plus light, c’est sûr. Mais on reste quand même très info.

Vous continuerez cette matinale le week-end, à la rentrée ?

C’est en train d’être décidé. Je suis en négociation avec la direction d’Europe 1 sur d’autres projets.

Vous avez commencé comme grand reporter à Canal +. Est-ce que le terrain vous manque ?

Le terrain me manque de temps en temps. Quand on est journaliste, c’est là qu’on grandit, qu’on mûrit. J’ai fait ça pendant près de dix ans, beaucoup à l’étranger. Je tenais absolument à faire ça à ce moment-là de ma vie, avant de faire de l’antenne, parce que ça me semblait bien de me confronter à d’autres réalités.

C’est votre choix d’avoir ensuite fait de l’antenne ?

Honnêtement, c’était un peu le hasard. On m’a proposé de présenter les journaux sur iTélé. Mais j’ai abandonné la présentation pour me consacrer uniquement aux grands reportages, parce que je n’avais pas le temps de faire les deux – c’était très compliqué à gérer. Et en 2005, la direction d’iTélé m’a proposé la matinale du week-end, du vendredi au dimanche ; ça s’est posé à un moment où, en tant que grand reporter, on commençait à moins partir.

A cause des coupes budgétaires ?

Oui voilà. Il y avait déjà une tendance depuis quelques années à moins faire partir les grands reporters. Donc j’étais dans une période où j’avais un peu moins de travail, et je sortais de quelques années très intenses de terrain. J’avais envie de lever un peu le pied… On m’a donc demandé si je voulais lancer cette matinale du week-end sur iTélé, et je l’ai fait comme ça, sans y réfléchir davantage… Ca m’a plu, et je suis resté sur ce créneau. Mais rien ne dit que je ne retournerai pas sur le terrain prochainement.

C’est donc une envie que vous avez encore ?…

Je ne m’interdis rien. Je suis très content aujourd’hui de faire ce que je fais parce que c’est très enrichissant également. Je pense que c’est très important dans une carrière professionnelle de varier les expériences, et surtout les angles de regard : c’est très différent de recevoir des gens dans un studio et d’aller les chercher sur le terrain – ce ne sont pas les mêmes personnes qu’on rencontre. Si on veut avoir une vie de journaliste riche, c’est bien de se confronter à des réalités différentes. Mais je ne m’interdis rien du tout. Je suis très heureux aujourd’hui de faire une pause dans ma vie de grand reporter, parce que c’est quand même très fatigant sur plein d’aspects. Tout peut arriver dans les années qui viennent, je ne m’interdis rien…

Vous êtes donc ouvert à toutes propositions…

Moi je réagis vachement par envie. Quand j’ai accepté de faire de l’antenne, c’est parce que j’avais le sentiment d’avoir fait beaucoup de chose dans ma vie de grand reporter : j’ai couvert la guerre d’Afghanistan et la guerre d’Irak, j’ai eu beaucoup d’émotions, j’avais vu et ressenti beaucoup de choses… Je sentais que j’avais besoin de me poser un peu. Donc ça m’allait très bien de faire de la présentation, de partir sur d’autres domaines. Quand j’étais grand reporter je ne faisais que de l’actualité à l’étranger, et tout à coup je m’intéresse aux artistes, qui est une passion que j’ai dans la vie aussi, ainsi qu’à la culture… C’est vachement bien. Mais quelles seront mes envies dans quelques années ?… Je ne le sais pas encore.

Pour quelqu’un qui a officié si longtemps en télévision, est-ce que l’image vous manque, maintenant que vous faites de la radio ? Est-ce que ce n’est pas une gêne, du coup, pour vous ?

Non, ce n’est pas une gêne du tout parce que c’est autre chose. Il ne faut surtout pas le voir comme de la télévision avec l’image en moins. J’ai appris – parce que la radio c’était nouveau pour moi – à me familiariser avec ce milieu qui est absolument extraordinaire, parce qu’il y a une proximité avec l’auditeur qui est énorme, sans doute bien plus grande qu’en télé. Surtout le matin ! Le matin, on est présent dans des moments très personnels des gens : quand ils se lèvent, quand ils se préparent, etc… Et je remarque par les retours que j’ai qu’ils sont très attentifs à ce qui se dit, et surtout qu’ils ressentent cette voix comme une présence très forte. Alors qu’à la télé, on faisait plus partie d’un décor un peu vague.

La télé, c’est passionnant aussi. Mais c’est autre chose. C’est une autre manière de s’exprimer – en s’appuyant sur l’image. Finalement, la personnalité de l’animateur s’efface derrière. Tandis qu’en radio, le fait qu’il n’y ait que la voix crée une présence plus forte. Donc c’est encore plus de pression, d’une certaine manière. Mais je serais très content de refaire de la télé si l’occasion se présente sur un projet intéressant – parce que j’ai reçu des choses qui ne m’intéressaient pas…

Comme quoi, par exemple ?

Je préfère ne pas en parler ; ce ne serait pas forcément sympa pour les émissions concernées… Je préfère décliner une proposition télé qui ne correspond pas à qui je suis. En revanche, s’il y a un beau projet vraiment dans mes cordes, qui serait basé sur ce que je fais à l’heure actuelle – de l’info, de la rencontre, de l’interview, etc… – alors ce ne serait pas impossible qu’un jour j’y retourne. Mais c’est vrai que la télé, c’est autre chose. Il y a d’autres moyens d’expression qui sont très intéressants à exploiter… C’est autre chose.

Mais c’est pour ça que je trouve que la radio et la télé sont très complémentaires, et faire les deux dans une vie de journaliste, c’est vachement bien. Maintenant que je fais de la radio, je me rends compte de ce que j’aurais raté si je n’en avais pas fait ; et de la même manière, quand on fait de la radio, c’est bien de faire de la télé pour ne rien rater.

Est-ce que vous pensez rater quelque chose en ne faisant pas de presse écrite ou de web ?

Non… Non, je pense pas que je rate quelque chose…

Ce n’est pas votre truc…

Ecrire, l’écriture, si – j’ai fait des études de lettres donc j’aime beaucoup l’écriture. Mais c’est vrai que c’est pas le truc qui me plaisait le plus… J’aime le fait qu’il y ait ce contact avec l’auditeur ou avec le téléspectateur, qui passe par une voix ou par une image plus que par le mot. Maintenant, je pense que ces médias sont très naturellement en train de se rapprocher les uns des autres…

Cela dit, sur le web, il y a aussi du son et de la vidéo…

Complètement. Mais l’utilisation qu’on en fait est encore la même. On en est encore à un stade où on filme des gens dans un studio de radio, et ces gens ne tiennent pas réellement compte de ces caméras qui les filment. Souvent, ils les oublient.

Mais ils sont au courant, quand même ?…

Ah oui, bien sûr ! Tout le monde est au courant ; sauf qu’on ne pense pas encore au fait que l’image soit diffusée. Juste qu’on est filmé, point barre… On reste dans un exercice radiophonique. La prochaine étape, à mon avis, sera de la radio avec une vraie prise en compte des caméras qui s’exprimera pas des « regards caméra ». En télé on fait passer beaucoup de chose par le regard au spectateur, ce qui n’est pas le cas en radio évidemment. Je pense qu’une des prochaines étapes dans les années qui viennent sera de faire des émissions qui seront exploitables et en télé et en radio. Aujourd’hui par exemple, quand on lance un extrait de disque, on voit par la webcam les gens dans le studio qui dansent sur la musique. D’ici quelques années, ce sera un produit diffusable sur les deux médias : quand on lancera une chanson, on mettra un extrait de clip avec, et en faisant son lancement, l’animateur radio s’adressera aussi à la caméra.

En fait, je pense que c’est la télé qui devra s’adapter aux codes de la radio pour rendre les choses un peu plus dynamiques et vivantes. En télé, il y a des silences – qui sont difficilement exploitables en radio, par exemple. Il y a tout un langage mixte à inventer, là.

On va donc se retrouver avec des médias qui produiront à la fois de la télé, de la radio, et de la presse écrite – ce qui est déjà le cas, hein ! Sauf que chaque média a sa dominante. On arrivera à des médias métissés qui auront la même exigence de qualité dans chaque support.

Propos recueillis par Florence Porcel le 11/08/2010.

[ITW] Strip-Tease : Anne-Marie Avouac raconte « America America »

août 7, 2010 dans Culture, En vrac, Interviews

Qui ne connaît pas Strip-Tease, l’émission qui nous déshabille ?… Tour à tour drôle ou émouvante, amusante ou consternante, elle ne laisse aucun spectateur indifférent.

A l’occasion de la rediffusion du film « America America » tout ce mois d’août, j’ai interviewé Anne-Marie Avouac, la réalisatrice de ces épisodes, dans le but de comprendre la genèse d’un sujet.

Si je connaissais toutes les réponses (j’ai moi-même passé des essais au mois de janvier pour être éventuellement suivie dans le cadre de ma recherche de contrat d’apprentissage suite à mon CV-vidéo), Anne-Marie Avouac dévoile en toute simplicité toutes les étapes de ces documentaires qui deviennent souvent cultes.

Vous avez réalisé « America America », dans lequel vous suivez plusieurs Français  hauts en couleurs expatriés aux Etats-Unis. Comment trouve-t-on de si bons « clients » ?

J’ai moi-même vécu à Philadelphie cinq ans, et c’est comme ça que j’ai rencontré petit à petit tous les personnages qui sont dans le film.

Comment est arrivé ce projet ? Comment en sont-ils arrivés à accepter cette aventure ?

Je les ai rencontrés d’abord séparément. J’ai connu le grand-chef parce que j’étais allée à une démonstration de sa cuisine, et on a sympathisé par la suite. J’ai rencontré Chantal dans un club de Français expatriés. Petit à petit, j’ai vu que tous ces gens se connaissaient, et c’est comme ça que j’ai commencé à réfléchir à ce projet de suivre plusieurs Français expatriés aux Etats-Unis. Quant à leur accord, ça s’est fait très facilement : je leur ai proposé le projet, et ils étaient tout de suite très enthousiastes.

Y a-t-il eu des essais ?

Je les filme d’abord avec ma petite caméra : un petit portrait sur une journée, images que je montre ensuite à la production. Et ensuite je construis l’histoire que je vais réaliser.

Parce que c’est scénarisé en amont ?

Non, ce n’est pas scénarisé, mais on discute avec les personnages. On ne va pas filmer non plus n’importe quel évènement, on voit ce qui est intéressant. Par exemple quand Chantal m’a dit que son frère allait venir, je me suis dit que c’était intéressant d’avoir une équipe. Quand Georges Perrier m’a dit qu’il avait un rendez-vous à Las Vegas pour ouvrir un restaurant, je me suis dit qu’il fallait absolument qu’on soit là. Donc rien n’est convenu à l’avance, mais on voit avec les personnages ce qu’ils ont prévu et ce qui pourrait être intéressant dans l’histoire.

Vous parlez de personnages, alors que ce sont des personnes, à la base, c’est rigolo…

C’est vrai que j’en parle un peu comme si c’était une fiction, mais ce sont des gens avec qui je suis restée très liée, en fait. Chantal m’a appelée il y a deux jours pour prendre des nouvelles, Georges Perrier aussi, donc…

Comment ont-ils tous accueilli le montage final ?

Très bien. Ils sont vraiment comme ça dans la vie, les réactions ont été très positives. Ils étaient très contents du film.

Combien de temps prend un tournage de ce genre ?

On a tourné sur un an et demi à peu près, et j’avais 70 heures de rush, ce qui n’est pas énorme. On a dû tourner en tout et pour tout deux mois, à peu près. Mais pas en continu, parce qu’il y a eu des tournages en France, à Philadelphie, où l’équipe de tournage a rencontré plusieurs fois les personnes du film.

Comment ça se passe, dans le choix des sujets ?

Ce ne sont pas des commandes. C’est le réalisateur qui propose des sujets, qui rencontre les personnes, et qui ensuite soumet l’idée à la production. Ce ne sont jamais des commandes.

Depuis quand travaillez-vous sur Strip-Tease ?

Depuis une quinzaine d’années.

« America America » est un sujet très bling-bling. En période de crise, n’est-ce pas un peu indélicat de la part de la production d’avoir choisi cette rediffusion précise, ou bien est-ce plutôt pour faire rêver les gens ? Qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est plutôt pour apporter du rêve. Ce sont des personnes qui ont réalisé leur rêve américain à eux, et ils sont heureux comme ça. Evidemment, si j’avais tourné ce sujet en temps de crise l’an dernier ou cette année, il aurait été complètement différent. Georges, le mari de Chantal, qui est un grand médecin, a pris une année sabbatique pour aller à Haïti opérer gratuitement pour une ONG. Chantal s’est lancée dans la peinture et elle va exposer dans une grande galerie à New York. C’est sûr que si j’avais fait le film maintenant, il aurait été différent. Georges Perrier a fermé un restaurant et il en a ouvert un autre. Le fils de Chantal a été embauché dans l’entreprise avec laquelle il passe un entretien, depuis il a changé de boîte, maintenant il est à New York, et il a repris des études, toujours dans la recherche, en tant qu’ingénieur. Il est très content, ça se passe très bien. Je reste toujours en relation avec mes personnages, qui deviennent des amis. Et j’aimerais bien faire une suite – mais ça on verra…

Propos recueillis le mardi 27 juillet 2010.