[PODCAST] La folle histoire de l’Univers 16

février 3, 2013 dans La folle histoire de l’Univers, Vidéos

Il n’y a pas eu de podcast la semaine dernière parce que j’ai fait une intoxication au monoxyde de carbone (quelle idée bizarre, aussi !) Donc celui-ci est un peu plus long que d’habitude… Plus de 18 minutes – j’ai dû hélas couper toute une vidéo pour pouvoir le mettre en ligne sur Youtube. Mais la version intégrale de cet épisode peut se voir et/ou se télécharger sur iTunes !

Et pour ceux qui sont abonnés au flux RSS et qui me signalent des problèmes : il arrive que votre flux soit réglé par défaut sur 10 épisodes. Changez pour 100, et vous verrez les derniers épisodes apparaître… Magique ! Bonne émission… :-)

Concours scientifiques

http://bit.ly/GoogleSciences2013

http://bit.ly/BourseQuebec

http://bit.ly/CNESzeroG

Impression 3D et industrie spatiale

http://deepspaceindustries.com/explore/

http://www.newscientist.com/article/dn23101-spaceminers-to-crush-asteroids-and-print-satellites.html

http://www.cieletespace.fr/node/10085

http://www.youtube.com/watch?v=w844ZrBHp3o

Challenger

http://www.nasa.gov/multimedia/imagegallery/image_gallery_2437.html

https://www.youtube.com/watch?v=j4JOjcDFtBE

https://twitter.com/NASAKennedy/status/295871469852966912/photo/1

Columbia

https://twitter.com/pioneer_astro/status/297325533908324352

https://www.youtube.com/watch?v=rvG8A4g0gEY

Elon Musk, mon héros

http://news.discovery.com/space/alien-life-exoplanets/mars-colony-spacex-121126.htm

http://www.huffingtonpost.fr/2012/05/25/elon-musk-spacex-tesla-paypal-portrait_n_1546450.html

Les Mars-érables

Le beau livre de l’Univers

http://livre.fnac.com/a3598324/Jacques-Paul-Le-beau-livre-de-l-univers-du-big-bang-au-big-rip

Notre place dans l’Univers

Nouvelle preuve en faveur du Big Bang

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/big-bang-une-nouvelle-preuve-venue-du-rayonnement-fossile_44236/#xtor=AL-30-1[ACTU]-44236[big_bang_:_une_nouvelle_preuve_venue_du_rayonnement_fossile]

[PODCAST] La folle histoire de l’Univers 9

novembre 18, 2012 dans La folle histoire de l’Univers, Vidéos

Cette semaine, je repasse sous la barre des dix minutes ! Mais avec une jolie surprise : des titres et intertitres animés concoctés par mon ami Pascal Mabille, que je remercie chaudement… Ajoutez le fait que je commence à me sentir à l’aise avec iMovie, et tout ça prend forme !

Merci encore à ceux qui notent et laissent des commentaire. C’est la meilleure façon pour vous de me dire que vous avez apprécié mon travail ! :-)

Éclipse australienne

Google, Chrome, et la Voie Lactée

http://workshop.chromeexperiments.com/stars/

http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/11/16/01008-20121116ARTFIG00416-100000-etoiles-de-la-galaxie-cartographiees-par-google.php

CFBDSIR2149 (à vos souhaits), exoplanète errante

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/une-exoplanete-errante-dans-la-banlieue-du-systeme-solaire_42666/#xtor=AL-27-1[ACTU]-42666[une_exoplanete_errante_dans_la_banlieue_du_systeme_solaire

Uwingu, livre de prénoms de planètes suggérés par les internautes

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/espace/20121113.OBS9162/nommer-des-planetes-pour-financer-la-recherche-spatiale.html

http://betaclone.uwingu.com/nominate-planet-names/#.UKewqOMSXdM

Fibre Tigre a la fibre acide

https://twitter.com/FibreTigre/status/267221152114565120

Podcastscience, lauréat du Golden Blog Award catégories Sciences soutenu par le CNES

http://www.podcastscience.fm/

[PODCAST] La folle histoire de l’Univers 1

septembre 22, 2012 dans La folle histoire de l’Univers, Vidéos

Je me lance dans le podcast ! Très humblement, hein, ouh la la, avec ma bite et mon couteau les moyens du bord. La preuve, voyez, c’est le premier et vous remarquerez que je suis une bonne grosse quiche en iMovie (mais je vais prendre des cours auprès de personnes qui bidouillent un peu, promis.)

Voici donc le premier jet expérimental, avec les liens et les images en entier sous la vidéo.

 

LES SPHÉRULES D’OPPORTUNITY

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/09/18/exploration-le-robot-opportunity-revele-un-mystere-geologique-sur-mars/
http://image-cnes.fr/1-loeil-du-satellite/mysteres-geologiques-sur-mars/

LE TWEET DE VICTOR BOISSEL

https://twitter.com/VictorBoissel/status/244797571120369665

LE 21 SEPTEMBRE 2003

La sonde Galileo se désintègre volontairement dans l’atmosphère de Jupiter.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Galileo_(sonde_spatiale)
http://solarsystem.nasa.gov/galileo/gallery/top10science.cfm

ENCELADE AU GEYSER

#tweetsinspace

http://blogs.scientificamerican.com/life-unbounded/2012/09/21/tweets-in-space-are-go-today/

LES ENFANTS DE MARS, DE GREGORY BENFORD

http://livre.fnac.com/a3481946/Gregory-Benford-Les-enfants-de-Mars

SPACECRAFT 3D

L’appli du futur pour avoir Curiosity dans ton salon. Genre. Ouais.
http://itunes.apple.com/us/app/spacecraft-3d/id541089908?mt=8

BRIAN GREENE

http://www.briangreene.org/
http://livre.fnac.com/a1614345/Brian-Greene-L-univers-elegant
http://livre.fnac.com/a1994534/B-Greene-La-magie-du-cosmos


Ce Qu’Einstein Ne Savait Pas Encore 1/3 par T3RPR0


Ce Qu’Einstein Ne Savait Pas Encore 2/3 par T3RPR0


Ce Qu’Einstein Ne Savait Pas Encore 3/3 par T3RPR0

[LIVRE/ITW] « La vie imaginaire de Lautréamont », de Camille Brunel

mars 6, 2012 dans Culture, En vrac

Camille est un pote de lycée – comme ça, c’est clair. Mon avis n’est donc pas totalement objectif, mais ce n’est pas grave puisqu’il s’agit d’un billet sur mon blog personnel et non d’un article de presse.

Pour tout vous dire, et il s’en souvient bien, j’ai été sa première fan. Il me faisait lire des pages et des pages entièrement noircies de mots, de phrases, d’intrigues qui partaient dans tous les sens – et ce n’était pas grave. Ce que j’aimais déjà, c’était son style.

Camille Brunel. Photo sombre et mystérieuse, mais il l'aime bien, alors... Savez, je suis pas contrariante, moi.

Voyez-vous, rien n’a changé, au fond. Alors bien sûr, ce style a mûri, il s’est affermi, il s’est confirmé, il s’est recentré. Mais quel talent ! Ce garçon a un truc. Ce petit quelque chose ineffable qui fait pourtant toute la saveur d’une oeuvre.

Raconter la vie, certes imaginaire, de Lautréamont n’était pas une mince affaire et en plus, pour tout vous dire, je m’en fous pas mal. Je n’ai pas lu les Chants de Maldoror et ce que j’en ai entendu ne m’a pas donné envie.

Et pourtant… Pourtant, Camille réussit à m’intéresser à un auteur obscur et à une période de l’Histoire qui m’indiffère pas mal. Mais voilà tout l’extraordinaire de ce jeune écrivain : il pourrait raconter le périple d’un pot de fleur coincé sur un balcon que ça en deviendrait du génie. Parce que son style en a déjà.

« La vie imaginaire de Lautréamont » est donc, comme son titre l’indique, une biographie fantasmée d’Isidore Ducasse. La plume de Camille fait revivre une époque, des lieux et des personnages avec une modernité déconcertante. Tour à tour conteur ou simple spectateur, il épuise sans lasser différents modes narratifs qui bousculent le lecteur sans lui faire de mal. Au-delà du roman, il se fait également scénariste et réalisateur et les pages se transforment en pellicule. Son oeil aiguisé s’attarde sur des détails ou nous livre une description en plan-séquence qui contribuent au décalage charmant qui se dégage de cette lecture. Cinéma et littérature se mêlent à l’existence somme toute banale du futur Lautréamont que Camille sublime d’un oeil aux différentes focales et de l’autre profondément humaniste.

Ce premier roman grouille de fulgurances et il ne serait pas étonnant que Camille Brunel, loin des facilités des écrivains-stars de notre société peoplisée, commence très vite à peser lourd dans le cercle restreint des grands littérateurs.

En attendant, voici son interview. Attention mesdames : en plus, il est drôle.

Camille Brunel : « C’est un livre sur le film qu’on pourrait faire à partir de Lautréamont »

Qui es-tu, Camille Brunel ?
Je suis celui qui n’est pas mort à 24 ans et doit, du coup, réessayer d’écrire. C’est assez déplaisant. J’ai encore la possibilité de tout gâcher.

Comment t’es venue l’idée de ce livre ?
Je me demandais quels livres seraient inadaptables au cinéma. J’ai pensé écrire un scénario aux Chants de Maldoror. Et puis comme je ne sais pas écrire de scénario, je me suis dit que j’allais écrire un roman. Je ne savais pas non plus comment faire, en fait. Mais au moins, j’avais un modèle : les Chants.

Quel effet ça fait d’être publié chez Gallimard pour un premier roman ?
Une fois qu’on a fait le deuil de sa grosse tête, c’est assez horrible. La marge de progrès est extrêmement restreinte, mais la marge de déchéance, elle, est immense.

Pourquoi cette photo de couverture ?
Pour beaucoup de raisons… Dont la moitié ont été trouvées a posteriori… Je voulais d’abord quelque chose d’aquatique. C’est ainsi. Mon éditeur m’a proposé un poulpe et deux méduses. J’ai eu le coup de foudre pour elles. Le fond noir connote l’écran de cinéma. L’ombre derrière elles, le relief, la perfection numérique des images. Elles ont la forme de deux cerveaux, le mien, le sien. Elles ressemblent à des soucoupes volantes : annonce des passages de science-fiction et en même temps, de mon invasion dans le champ de la critique lautréamontienne – vue par les grands fossoyeurs comme une invasion de profanateurs, crois-moi. Et puis les méduses jouent un rôle très particulier dans les Chants. Je laisse au lecteur le soin de le découvrir.

Comment s’est passé le processus d’écriture ?
J’ai écrit un chapitre au hasard, comme on écrirait une nouvelle. Il a donné le la. Puis j’ai écrit un chapitre par-ci par-là, pendant bien un an. Toujours comme on écrirait des nouvelles, sans rechercher la cohérence. Puis je me suis mis à dérusher sérieusement le bouquin de JJ Lefrère, qui m’a servi de base, de scénario au film que je me suis fait. A dérusher tout ce que je trouvais sur les années qui m’intéressaient (68, 69). Il y a bien eu un mois ou deux pendant lesquels je travaillais absolument tous les jours, tous les matins. Je terminais mes études, j’étais en année sabbatique (majoritairement aux frais de ma mère). Quand l’année s’est terminée et que je suis entré, bien malgré moi, dans le monde du travail, j’ai mis le turbo. Je me suis mis une deadline, quoi. Le 24 novembre. Et je m’y suis tenu.

Quelle a été ta méthode de travail ?
J’avais un calepin dans lequel je notais les données de base, ce que Ducasse devait avoir en tête en permanence : dates de naissance, fiche d’identité des amis, adresses, et aussi le plan des rues qu’il fréquentait, la liste des aliments qu’il mangeait, les horaires de ses cours… Tout ça. J’avais aussi une feuille de papier avec la liste des chapitres, résumés par une idée, quelques mots. Et j’avais mon fichier word, chapitré également, dans lequel je déposais régulièrement mes idées, avant de me jeter dessus comme un sauvage et d’en faire des paragraphes écrits – d’abord sporadiquement, puis plus régulièrement.

Quelle est la part de réalité biographique de Lautréamont et la partie fictionnelle qui est la tienne ?
La liste est longue de ce que j’ai emprunté aux recherches. Il suffit de lire l’excellente hagiographie de JJ Lefrère pour le savoir. Mais je n’ai inventé aucun personnage. Tous les noms sont ceux de personnes réelles. Les deux personnages que j’ai inventés, Louis Durcour et Joseph Durand, sont les deux dédicataires des Poésies dont on ne sait rien. Sinon j’ai inventé toutes les histoires de filles et le parcours au lycée (en réalité on ne sait pas du tout ce qu’il a fait pendant 1862 et 1863, c’est pourquoi j’ai pu bidouiller mon histoire d’élève qui saute la seconde avant de redoubler la Terminale). Toute la partie sur la rédaction du texte est absolument fictive. On ne sait pas avec précision quand Ducasse est arrivé à Paris. Sinon, le retour en Uruguay est réel… l’autodafé aussi… la présence de Théophile Gautier à Tarbes deux semaines avant sa rentrée des classes… Tout ce que je dis sur la vie de sa mère aussi, pures déductions, probabilités psychologiques. Le chapitre en 2008, journée vécue. Allez voir si vous ne me croyez pas, quoi.

Quelle part de toi y a-t-il dans Lautréamont ?
Je me suis énormément ennuyé en cours. Je faisais des pompes pendant la rédaction du bouquin. Je peux respirer sous l’eau. Ce genre de trucs. J’ai écrit le chapitre sur le concert de Liszt après un concert de Keith Jarrett ; celui sur la mort de Baudelaire le jour de la mort de Michael Jackson…

Quelle a été l’influence de ton ancien professeur de rhétorique (référence à nos années lycée, NDLR) sur ton envie d’être publié ?
Influence négative : il n’y croyait pas. Il me faisait des remarques sur mes textes depuis quelques années mais il ne lui serait jamais venu à l’idée une seule seconde que ceux-ci puissent être mûrs pour l’édition. Je ne pense pas qu’il en soit convaincu aujourd’hui encore. J’ai donc écrit en réaction à lui. Il a lu un ou deux chapitres, puis j’ai laissé tomber : ses critiques m’agaçaient. Son intérêt distrait pour ce que je faisais a nourri ma colère, qui est un bon carburant, même si ce n’est pas le meilleur. Du coup, je ne sais pas vraiment si je dois lui en vouloir ou non.

Pourquoi avoir choisi plusieurs modes de narration ?
Parce que Lautréamont fait pareil dans les Chants. Voir la scène du jeune homme qui se déshabille avant de se faire mordre par l’araignée, chant V. Aussi parce que je ne veux pas donner l’impression de la cohérence. La cohérence me donne des boutons. Je ne la trouve nulle part dans la vie. Je ne vois pas pourquoi je l’aurais mise dans mon bouquin.

Pourquoi avoir amené à ce point les techniques du cinéma dans le roman ?
J’aime le cinéma. Plus que tout. J’ai dû regarder cinquante fois plus de films que j’ai lu de livres. Et puis ce n’est pas un livre sur Lautréamont : c’est un livre sur le film qu’on pourrait faire à partir de Lautréamont. Je veux qu’on ait l’impression de regarder un écran. Pas des pages.

Est-ce que tu fantasmes une adaptation filmée avec des codes littéraires ?
Non ! Je fantasme une adaptation absolument fidèle de ce que j’ai écrit ! J’ai même passé commande auprès d’ILM : je veux John Knoll aux effets spéciaux !

Pourquoi avoir choisi de distiller des détails anachroniques ?
Pour ne pas que le lecteur s’imagine que je lui raconte la vérité sur Lautréamont. Mais souvent, l’anachronisme n’est pas là où on le croit. Ce qui est amusant, c’est quand je peux mettre des détails de notre époque à celle de Lautréamont, et que ceux-ci soient invisibles. Je ne suis pas le premier à trouver que notre époque déborde de points communs avec le Second Empire.

Pourquoi toutes ces ruptures ? (de point de vue, de narration, d’époque…)
Même chose qu’avec la cohérence. Et puis, si je veux que le lecteur retrouve le confort du spectateur de cinéma, je veux le choquer, le secouer. Dans l’ensemble, je trouve que les gens sont de moins en moins souvent choqués. Sincèrement choqués. Il suffit de quelques heures sur internet pour nous faire oublier qu’on souffre. C’est dire. Je veux rappeler ce qu’est l’inquiétude, la vraie inquiétude, pas celle que l’on a pour soi, même pas celle que l’on a pour les gens qu’on aime. Une inquiétude plus fondamentale, que l’on est en train de perdre parce que la technologie, les supermarchés, tout ça nous donne l’illusion qu’on va plutôt bien. Je veux choquer, secouer, décontenancer le lecteur, le sortir de ses habitudes tranquilles, l’inquiéter et, en même temps, le rassurer : s’il recommence à s’inquiéter, c’est qu’il y a de l’espoir.
Sinon, comme dit l’autre (Beckett) : c’est pour rompre la monotonie, j’imagine.

Que raconterait un roman qui s’appellerait « Vie imaginaire de Camille Brunel » ?
Sérieusement, je suis en train de l’écrire. C’est pour l’instant un cauchemar sans intérêt. J’essaie de remédier à ce dernier point.

« La vie imaginaire de Lautréamont » (Gallimard) est disponible chez tous les bons libraires et même en version numérique. Vous m’en direz des nouvelles.

[LIVRE/WEB] Les miscellanées d’Internet (A. Dubuquoy, N. Prat)

janvier 11, 2012 dans Culture, En vrac

En voilà un livre frais, sympathique, drôle et instructif sur les internets ! Antoine Dubuquoy, blogueur, et Nico Prat, journaliste, sortent demain chez les bons libraires leurs Miscellanées d’Internet aux Editions Fetjaine.

 

 

Je l’ai lu (parce que j’en ai un exemplaire dédicacé alors c’était la moindre des choses, hein) et j’ai bien rigolé. Mais j’ai appris des tas de choses, aussi : de l’origine du #vraimentPD à l’histoire du web, en passant par des personnalités que je ne connaissais pas et des chiffres en tout genre.

Les Miscellanées, ce sont 244 pages de tout et de n’importe quoi sous la forme de paragraphes de deux ou trois lignes à une ou deux pages. L’alternance d’informations sérieuses et de phénomènes LOL rendent le livre très agréable à lire et jamais ennuyeux. On passe du grave au WTF, de YouPorn à l’évolution du prix du gigaoctet et des mèmes à un quizz. En somme, une parfaite adéquation entre l’objet étudié (Internet) et la forme utilisée (un livre en bois d’arbre).

On sent que les deux compères se sont bien amusés à composer ce foutraque d’informations en tout genre. Le vécu crève les pages, à la plus grande joie du lecteur qui se transformera en xD pendant quelques lignes, lors de la description d’une tentative de prise de contact avec une FAI ou à la simple évocation de la zone blanche. Extrait :

« Pour l’internaute ou le simple geek en vacances, la zone blanche déclenche des suées, provoque une torsion des entrailles, la chute des cheveux, voire des dents, et déclenche un état de nervosité intense se manifestant par une propension à tourner en rond, à escalader les toits, les arbres, les collines, montagnes, poteaux télégraphiques, le bras tendu vers le ciel, le smartphone pointé vers l’immensité céleste dans l’espoir de capter ne serait-ce qu’une demi-barre. » (p.43)

Les deux auteurs savent de quoi ils parlent et beaucoup de web-addicts s’y retrouveront dans des descriptions ou des références parfois invisibles pour le grand public. Mais ils réalisent quand même l’exploit d’expliquer clairement les bases de l’histoire de ce (multi)média qui a bouleversé l’Humanité et de transmettre avec succès les éléments de cette culture particulière et émergente.

C’est un livre que j’aimerais offrir à ma grand-mère qui ne comprend rien à ce que je fais de mes journées (et c’est bien normal) ainsi qu’à mes coupines qui me reprochent (et c’est normal aussi) de leur parler avec un vocabulaire imbitable.

Ces Miscellanées couplées avec l’excellente Encyclopédie de la Web Culture de Titiou Lecoq et Diane Lisarelli sont le meilleur moyen, à mon sens, de comprendre les enjeux (géo-politique, politique tout court, économique, sociologique, culturel, etc), les nouvelles professions et les bases de la culture que représente Internet aujourd’hui. Et en se marrant, par-dessus le marché !

Parce que, et Antoine Dubuquoy et Nico Prat l’ont parfaitement bien transmis, Internet est historiquement et (donc) intrinsèquement construit par des gens qui ne se prennent pas au sérieux. « Il n’y a plus de questions, que des réponses » (p.28), affirment-ils non sans humour à propos des moteurs de recherche. « Les internautes sont de sacrés taquins… » (p.181), se réjouissent-ils au sujet des pionniers du web, champions toutes catégories de l’auto-dérision et des taquineries bon enfant.

Leur style parfois « bloguesque » aidant, ces deux passionnés d’Internet se font les passeurs d’une composante essentielle : les internautes sont des sales mômes, bourrés d’imagination, d’une créativité sans borne et flanqués d’une bonne dose d’insolence. (A nous de faire en sorte de ne pas perdre cet esprit que les grands de ce monde ne comprennent pas.) Fuck yeah !  

Interview d’Antoine Dubuquoy, blogueur, homme de médias et co-auteur des Miscellanées d’Internet

Quelle est l’histoire de ce livre ?

Blogueur depuis 2005, et amoureux du livre depuis toujours. J’ai eu envie de passer du digital au papier, par amour de l’objet. Un iPad ne sent rien. Un livre neuf sent la colle et le papier. Gamin, je rêvais de passer un jour chez Bernard Pivot… Bon, il a arrêté Apostrophes avant que je sorte mon livre… Internet est ma grande passion. Internet a bouleversé ma vie. J’ai eu envie d’écrire un livre à ce sujet… Un ami, David Brunat, qui a écrit Les Miscellanées du Tennis, m’a présenté à Gilles Verlant, le directeur de la collection. Gilles a aimé l’idée d’un livre de miscellanées consacrées à Internet.

Nico et moi avions travaillé sur un projet commun, le blog du patron d’une grosse agence de com. On a sympathisé. Je lui ai proposé de participer aux Miscellanées. On a signé le contrat. Et on a commencé à bosser…

Comment s’est fait le choix des rubriques, leur ordre et leur distribution ? 

Nous avons présenté à Jean-Louis Festjens, notre éditeur, un pitch très détaillé du livre, avec un plan, et une liste de tous les sujets dont nous souhaitions parler. Les Miscellanées étant un genre littéraire basé sur l’accumulation d’histoires, d’anecdotes, de listes, sans hiérarchisation, sans chronologie, le travail à deux sur le projet était assez simple. Lister tous les sujets, les répartir en fonction de nos centres d’intérêt, de ce que nous maîtrisions le mieux, etc… A partir de cette liste, nous avons chacun commencé à écrire de notre côté, en stockant tout sur Google Docs.

Vous n’êtes pas de la même génération. Qu’est-ce que Nico t’a apporté, et au contraire, que penses-tu lui avoir transmis ?  

J’ai traité les sujets historiques et Nico s’est concentré sur les lolcats… Normal, j’ai 47 ans, lui 26. La preuve que la Génération X peut travailler avec la Génération Y…

Je ne sais pas ce qu’on s’est transmis, mais on s’est bien marrés en écrivant le livre. On aime le rock, on aime l’humour trash. On boit des bières entre potes. A peine le manuscrit remis à l’éditeur, on a lui a soumis deux nouveaux projets… On va voir si Dubuquoy & Prat, vont être comme Leiber & Stoller, Pomus & Schuman, Gallagher & Gallagher, Lennon & McCartney, Mario & Sonic, Tintin & Milou, Boileau & Narcejac…

Un livre papier sur Internet… avec des liens non-cliquables par définition… N’est-ce pas paradoxal ? 

Internet évolue à une vitesse vertigineuse. Et son histoire même récente s’efface de la mémoire collective extrêmement rapidement. Le paradoxe du livre est d’avoir voulu compiler ces moments pour montrer qu’il y a une continuité historique. Et des constantes dans la nature même d’Internet.

Les liens non cliquables sont là pour que les curieux aillent vérifier ce que nous avons écrit… Mais nous avons écrit chaque miscellanée de façon à ce qu’elle soit totalement autonome. Ce qui dans certains cas est un vrai challenge, quand il s’agit de décrire une image publiée sur 4chan, ou de raconter Two Girls One Cup…

Y aura-t-il une version e-book ? 

Yeah ! Elle sortira peu de temps après la version papier. Et les liens seront cliquables…

Concernant le piratage, vous dites : « Il y aura toujours quelqu’un pour vous taper sur les doigts, comme si vous aviez 12 ans » (p. 29). Diriez-vous toujours la même chose si votre livre était piraté ? 

A moins de s’appeler Marc Musso ou Guillaume Levy (il y a un gag caché dans la phrase) il semble difficile d’envisager faire fortune en sortant un livre. Le livre est un vecteur de notoriété, de visibilité. Pour ce qui est du piratage, si quelqu’un a suffisamment de temps à perdre pour scanner les 250 pages des Miscellanées, notre éditeur ne sera pas ravi. Si quelqu’un fait des emprunts et tant qu’il cite ses sources, pas de souci.

En sortant un livre papier, j’accomplis un vieux rêve, tout en étant conscient du changement d’époque dans lequel nous sommes. Nous n’avons pas encore atteint le « tipping point », le point de basculement vers le 100% numérique, mais nous nous en rapprochons.

Dans la rubrique « Bonjour ! », vous avez réussi à placer « Hitler » et « sodomie » dans la même phrase. C’était un défi que vous vous étiez lancé ? :p

Aucun défi, sinon une totale liberté de ton pour parler aussi bien de sexe, de politique, que de religion, de chats, ou de technologie…

Quand vous parlez de la bulle des années 2000, du tout-facile côté entrepreunariat et des vieux modems, on sent une solide nostalgie. Est-ce le cas ?

Aucune nostalgie, plutôt un regard amusé. En 1997, quand j’ai eu ma première adresse mail, je n’avais que très peu de gens dans mon entourage familial à qui envoyer des messages par ce canal… Alors quand on en trouvait un, on lui envoyait un mail. Et on passait un coup de fil pour être sûr qu’il l’avait reçu… En plus, dès qu’il y avait deux images sur une page web, le truc ramait et on attendait des heures… L’horreur ! Donc, pas de nostalgie du tout !!!

Votre livre est très documenté. Avez-vous réellement regardé tous les documents que vous nous proposez, comme les différentes sextapes, l’intégralité de YouPorn, 2 Girls 1 Cup, Amandine du 38, Jean-Pierre du 59, etc ? 

OUI, on a fait un facts checking de folie. Nico et moi avons le sens inné de l’investigation et du travail bien fait.

Page 50, un mot so XXème siècle fait son apparition : « vidéoclub ». WTF ??

OMFG ! On a été trollés !!!

Vous qualifiez les « Kikoo Lol » de « gamines peu sûres d’elles ». Euh… comment dire. JE M’INSURGE. Un Kikoo Lol est autant un garçon qu’une fille ; qu’est-ce que c’est que cette misogynie primaire, dites donc ?? 

Ma fille n°3, qui a 12 ans, m’a fait la même remarque hier… On va avoir des ennuis, je le sens. Déjà que Nico est fâché avec toutes les blogueuses mode….

Pour expliquer ce que veut dire « IRL », vous donnez un exemple : « J’ai rencontré @machin IRL. Il est plus drôle sur Twitter. » (p. 93) JE VEUX DES NOMS.

Nico Prat par exemple. Et je pense qu’il dira la même chose de moi. IRL, je suis hyper chiant, du moins c’est ce que me disent mes enfants…

Avez-vous été censuré sur des sujets, ou au contraire vous en a-t-on imposé d’autres ? 

Aucune censure, sinon le souhait de l’éditeur que le logo Youporn ne soit pas sur la couverture… Juste quelques adoucissements ça et là, dans le choix des mots… Jean-Louis, l’éditeur, et Gilles, le directeur de collection nous ont laissé carte blanche. Bonheur, quoi.

Antoine Dubuquoy ne peut pas être foncièrement mauvais puisqu’il est amateur de madeleines longues aux oeufs frais, qu’il a un blog et même un compte Twitter.

[LIVRE] Mes lectures d’août

septembre 6, 2011 dans Culture, En vrac

L’étranger, d’Albert Camus

Folio (première édition : Gallimard, 1957), 186 pages.
Littérature XXème siècle

Pourquoi ce livre
J’ai passé quelques jours chez un ami, et il travaillait ce soir-là. C’est le premier livre que j’ai vu dans sa bilbiothèque. Je suis d’origine pied-noir, ma grand-mère déteste Camus, mais je me suis dit qu’il serait peut-être temps, à mon âge, de m’émanciper… (N’allez surtout pas cafter, hein !!)
Résumé
Un mec tue un autre mec et il est condamné pour ça.
Mon avis
Ok. Euh… Pas compris l’intérêt littéraire/philosophique/historique/autre. Vide de sens. Ou s’il en a eu un, alors il a très mal vieilli. Mais bon pour la culture générale, alors… Me voilà instruite de ce-qu’il-faut-absolument-avoir-lu et de ce-qu’il-faut-absolument-avoir-âââdôré. Super.
Personnellement, ça m’a choquée plus qu’autre chose : tout part du fait (un détail dans ce roman !!) qu’un mec (pas l’assassin ni l’assassiné d’ailleurs…) maltraite et bat sa maîtresse. Et tout le monde trouve ça normal. Et c’est au programme dans les écoles. Euh… O_o
Anecdote
Après un débat sur Twitter, il s’est avéré que soit ce livre était encensé, soit il avait rendu complètement indifférent. Personne entre les deux. Personnellement, une heure après, je l’avais déjà oublié. Mais intriguée par ces personnes pour qui il compte et par le fait qu’il tienne une si grande place dans la littérature du 20ème siècle, j’ai demandé à ma grand-mère (l’autre, malheureux !!) de le lire pour avoir l’avis de quelqu’un de sa génération. (Je pense sincèrement qu’il s’inscrit dans une époque et un contexte géo-politique bien trop ciblé et trop spécial – j’en sais quelque chose – pour avoir d’écho aujourd’hui et ici.) À suivre…
Pirates, de Michael Crichton
Pocket (première édition en France : Robert Laffont, 2010), 348 pages.
Aventure

Pourquoi ce livre
Je suis une fan inconditionnelle de Michael Crichton, et je ne connaissais pas celui-là. Les histoires de pirates ne me passionnent pas en général, mais j’avais envie de légèreté et de quelque chose qui me sorte de mon quotidien.
(Hein ? Ouais, chui trop trop fière de la photo, ouais. Prise avec le livre posé sur une double page d’Horizons lointains, de Patrick Poivre d’Arvor.)
Résumé
17ème siècle, Caraïbes. Un corsaire anglais et son équipage partent récupérer un trésor dans une île espagnole ennemie.
Mon avis
Aventure, suspense, action, un peu de sexe. Je l’ai dévoré. D’autant plus intéressant que très documenté : le vocabulaire est très riche, et on apprend à la dernière page, sur une note, que les personnages ont réellement existé. C’est passionnant, distrayant, et bien écrit (par contre, certains dialogues auraient pu être retravaillés…)
Y a des auteurs comme Michael Crichton qui devraient éviter de mourir.
À lire avec la BO de Pirates des Caraïbes en boucle !
Titan, de Stephen Baxter
J’ai lu, 2001 (pour la première édition en France), 695 pages.
Hard SF

Pourquoi ce livre
J’ai découvert Stephen Baxter avec sa trilogie des Univers Multiples, devenant mon auteur de hard SF favori. Titan ne m’a pas déçu : c’est fascinant et il est impossible de le lâcher avant la dernière ligne.
Résumé
2008. Cinq êtres humains décident de s’envoler vers Titan, une des lunes de Saturne, où la sonde Cassini-Huyghens a découvert des traces de vies en 2004.
(La sonde est réellement allée là-bas en 2004, mais le roman a été publié en 1997.)
Mon avis
Basé sur des faits scientifiques réels, très technique (trop concernant les détails des navettes et la biochimie, peut-être ?) Fait réfléchir sur la NASA et sur la politique américaine, sur la conquête spatiale, sur la science, sur la place et la responsabilité de l’être humain dans l’univers en général.
Alternance mission Titan / partie d’anticipation sur le futur très proche (2015/2016) sur Terre qui fait froid dans le dos car presque bien vue pour le moment… Ecrit en 1997, il se trompe par contre parfois sur la place d’Internet – amusant à lire en 2011, du coup.
La citation qui m’a fait rire
(… et qui ne reflète pas vraiment l’ensemble du roman) : « Je sens mes couilles, donc je suis. » (p. 644)
Evolution, de Stephen Baxter
Presses de la Cité, 2005. 727 pages.
SF/Histoire

Pourquoi ce livre
C’était l’autre seul livre de Stephen Baxter à côté de Titan sur le rayon de la bibliothèque. Je n’allais quand même pas l’y laisser tout seul !!
Résumé
65 millions d’années avant notre ère. Purga, un petit primate, lutte pour trouver à manger et à boire, pour protéger ses petits, et pour échapper aux prédateurs. C’est notre ancêtre commun. Pourtant, au-dessus d’elle, une comète approche…
Mon avis
Stephen Baxter raconte magistralement l’histoire de l’évolution, de la disparition des dinosaures à l’an 2031, en passant par toutes les étapes qui transformeront Purga, petit mammifère ressemblant à un écureuil, à… nous. Basé sur des faits scientifiques, cela reste un roman et non une thèse, comme l’auteur le signale à la fin. D’autant plus qu’il poursuit l’histoire de l’évolution jusqu’à 30, puis 500 millions d’années après notre ère et au-delà…
D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? S’il ne faut pas oublier que c’est un roman, la rigueur de Baxter concernant la science permet de s’approcher de ce qui a pu réellement se passer. Je conseille vivement : c’est notre histoire à tous. Fascinant de toucher un peu mieux du doigt nos origines communes. Permet aussi de réfléchir à l’inné et à l’acquis, à ce qui nous reste de Purga et de ses descendants, à la nature de l’être humain, etc…
La citation qui m’a fait rire
« Une sorte de gros rhinocéros, l’elasmotherium, parcourait le nord de l’Eurasie. Il était équipé de grandes pattes et d’une corne de deux mètres de long : une licorne bodybuildée. » (p. 294)
(Le mec qui réussit à placer « licorne bodybuildée » dans un roman sur l’évolution, je veux bien l’épouser, ouais.)
Le fauteuil hanté, de Gaston Leroux
E-book, 324 pages
Fantastique

Pourquoi ce livre
Il fait partie des nombreux e-books gratuits que j’ai téléchargés dans la bibliothèque de mon iPad (merveilleuse petite machine, gnnn ♥). C’est le titre qui m’a donné envie de commencer par celui-ci plutôt que par un autre.
Résumé
A l’Académie française, les prétendants à un fauteuil laissé vaquant meurent les uns après les autres…
Mon avis
Style de l’époque, ton enjoué, suspense… Ça se lit tout seul, c’est à la fois drôle et prenant. Dommage qu’il soit si peu connu, j’aurais adoré le découvrir avant !
La citation qui m’a fait rire
« A quoi M. le secrétaire perpétuel répliqua qu’il était trop tard pour revenir en arrière et que lorsqu’on était Immortel, c’était jusqu’à la mort. » (p. 274)
La princesse de Clèves, de Madame de la Fayette
Folio, 160 pages
Roman XVIIème siècle

Pourquoi ce livre
Je ne l’avais encore jamais lu, j’avais réussi à passer à travers tous les spoils, et je me souvenais vaguement de cette polémique qu’avait lancée Nicolas Sarkozy. Je me suis dit qu’il fallait peut-être faire quelque chose pour ma culture générale…
(Je ne me rappelle plus l’objet de la polémique, et je m’en fous ! Si elle revient un jour, je pourrai au moins me faire ma propre opinion.)
Résumé
XVIème siècle, sous Henri II. Une jouvencelle est présentée à la Cour par sa mère, qui lui a enseigné les vertus de l’honnêteté et de la fidélité, pour la marier. C’est le prince de Clèves, tombé amoureux de la jeune fille, qui aura sa main. Mais celle-ci, peu après leur mariage, se prend de passion pour le duc de Nemours, et réciproquement…
Mon avis
J’adore le langage de cette époque. Mais j’avoue que, écriture délicieuse ou pas, j’ai été ennuyée par la première partie du roman. J’ironisais intérieurement sur le fait que c’était les Feux de l’Amour (ou les dessous de Twitter…) version cour royale à la Renaissance : les babillages et les histoires de qui-couche-avec-qui me gonflent. Même bien écrites, ça m’emmerde prodigieusement… J’ai failli lâcher.
Et puis on en arrive au noeud de l’intrigue qui m’a retourné les tripes. Être passionnément amoureux, ne pas pouvoir le (et se) montrer, ni le dire, et encore moins le vivre (?) est une des pires choses qui puisse arriver dans une vie. Dans un style dépourvu d’envolée lyrique (et donc presque clinique…), les bonheurs purs, les merveilles absolues, et les souffrances ineffables sont décrits avec une justesse rarement égalée. Et ça fait mal…
La passion amoureuse est à la fois la chose la plus intensément merveilleuse et la plus grande putain de saloperie qui puisse exister. Et 350 ans après, Madame de La Fayette nous en livre un exemple qui fera douloureusement écho à tous ceux qui l’ont connue, dans un style tellement détaché que l’horreur en est décuplée. Et c’est encore en-deçà de la réalité…
Intemporel et universel, ce chef d’oeuvre est plus que jamais d’actualité et ne prendra jamais une ride. (Contrairement à L’Etranger, donc, qui a dû n’avoir de sens que les quelques années suivant sa publication.)
Il permet de réfléchir sur le sens de la vertu et de la fidélité, sur quoi dire ou taire au sein d’un couple, et comment se comporter lorsque la passion survient… On se rend compte que, finalement, même si les moeurs ont changé et que le divorce est affaire courante, les problématiques sont exactement les mêmes aujourd’hui qu’au temps d’Henri II.
Personne ne sait comment réagir face à la passion amoureuse. La réaction de la princesse de Clèves en est une parmi d’autres. Mais finalement, on en vient à conclure que quoi qu’on fasse, personne ne sort jamais indemne de ce sentiment.
Je vais passer ma nuit à pleurer, hein, et je reviens avec le prochain ouvrage juste après.
Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates,
de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
Editions du Nil, 2009, 395 pages
Roman épistolaire

Pourquoi ce livre
J’avais envie de lire quelque chose d’un peu nouveau, mais je ne savais pas quoi. J’ai demandé conseil auprès de ma Môman qui m’a mis ce volume entre les mains avec ordre de le lire !!
Résumé
Londres, 1946. Juliet, écrivain fantasque, se remet doucement de la guerre et cherche un sujet pour son nouveau roman. Une lettre d’un habitant de l’île de Guernesey et membre du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates (club littéraire créé pour tromper les Allemands qui occupaient l’île) va bouleverser sa vie.
Mon avis
Enorme coup de coeur pour ce roman. Pourtant, j’ai eu du mal à rentrer dedans : j’ai failli lâcher après 40 pages, pour finalement tenter d’insister quelques semaines après. Ensuite, impossible de le lâcher.
Le personnage principal a un style et un humour à pouffer de rire régulièrement sans crier gare, et l’histoire nous fait passer d’une joyeuse légèreté à des larmes poignantes. On se prend d’affection pour les habitants de cette île comme si c’était nous, lecteurs, qui correspondions avec eux. Leurs peines sont les nôtres, leurs joies aussi, et si les faits ne sont pas réels, on imagine que les deux auteures ont dû fournir un gros travail de recherches pour flirter au plus près de l’Occupation nazie sur cette petite île. Il est difficile, après la dernière page, de s’extraire de cette ville, de ces vies, de cette Histoire…
L’exploit de ce roman réside dans le fait de rendre absolument lumineuse la reconstruction d’une communauté meurtrie par la Seconde Guerre Mondiale, sans jugement manichéen ni pathos. Bien au contraire.
Si vous ne deviez lire qu’un livre sur tous ceux présentés dans ce billet, ce serait celui-là.
Citations…
… qui m’ont fait rire
« Cher Mr. Reynolds, J’ai surpris votre coursier en flagrant délit de dépôt d’oeillets roses sur mon palier. Je l’ai attrapé au col et je l’ai menacé jusqu’à ce qu’il me révèle votre adresse. Vous voyez, Mr. Reynolds, vous n’êtes pas le seul à user de la tactique de l’intimidation sur d’innocents employés. J’espère que vous ne le renverrez pas, il avait l’air d’un gentil garçon, et il n’a guère eu le choix : je l’ai menacé deLa Recherche du temps perdu. » (p. 52) 

… qui font réfléchir sur les relations virtuelles que nous entretenons avec des inconnus. Les thématiques des réseaux sociaux ne sont pas différentes de celles des anciennes correspondances épistolaires…   
« La navette s’est approchée du port poussivement, et j’ai vu St. Peter Port s’élever de la mer, en une suc­cession de terrasses dominées par une église posée au sommet, telle une décoration de sucre sur un gâteau. Mon coeur tambourinait dans ma poitrine. J’ai essayé de me persuader que c’était à cause de la splendeur de la scène, en vain. Toutes ces personnes que j’en étais venue à connaître, et même à aimer, étaient là. Elles m’attendaient. Je ne pouvais plus me retrancher der­rière une feuille de papier. Tu sais, Sidney, au cours de ces deux ou trois dernières années, je suis devenue plus douée pour écrire que pour vivre (pense à ce que tu fais de ce que j’écris). Sur le papier, je suis absolument charmante, mais c’est juste une astuce que j’ai trouvée pour me protéger. Ce n’est pas moi. Ça n’a rien à voir avec moi. Du moins, c’est ce que je pensais au moment où la navette postale est arrivée à quai. Dans un accès de lâcheté, j’ai failli jeter ma cape rouge par-dessus bord pour passer inaperçue. » (pp. 240-241)
L’Ange de Florence, de Patrick Weber
Labyrinthes, 2000, 181 pages
Policier/Historique

Pourquoi ce livre
J’ai trouvé le titre bon pour mon ego. Et surtout, quand je l’ai ouvert au pif pour en lire deux-trois lignes, le premier mot sur lequel je suis tombée était « sodomie ».
Résumé
Florence, XVème siècle. Leonard de Vinci n’est encore qu’un jeune homme. Et voilà qu’il est accusé des meurtres mystérieux de jeunes éphèbes.
Mon avis
Passez votre chemin ! C’est écrit en Oui-Oui (ce n’est d’ailleurs pas un critère de mauvaise qualité en soi), c’est surtout mal écrit, les personnages et les situations ne sont pas crédibles, et ce serait à peine adaptable en mauvaise série B historique.
Heureusement, le mot « sodomie » apparaît deux fois. (Hein ? Ouais, il me faut pas grand-chose.)
Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, de Stefan Zweig
Livre de Poche (première publication en 1927), 127 pages
Littérature autrichienne

Pourquoi ce livre
Alors que je passais la nuit chez une amie dont je gardais le chat pendant ses vacances, je me suis dit qu’il serait bien de lire enfin ce classique que je ne connaissais pas…
Résumé
Côte d’Azur, début du XXème siècle. Dans une pension pour la haute société, une des clientes, mariée, s’enfuit avec un jeune homme dont elle n’avait fait la connaissance que quelques heures auparavant. Scandale. Sauf pour une vieille femme, qui accepte de raconter son histoire – similaire – au narrateur, seul défenseur de la désertrice, lui expliquant ainsi comment une vie peut basculer en l’espace d’une journée.
Mon avis
Mouais. Je n’ai pas été très convaincue, ni très emballée, par cette histoire, qui m’a plus ennuyée qu’autre chose. Il s’agit encore de tenter d’expliquer la passion amoureuse, mais c’est moins convaincant que laPrincesse de Clèves, par exemple. Ca ne m’a pas du tout touchée.
Pourtant, j’aime beaucoup Stefan Zweig. Je reste une inconditionnelle du Joueur d’échecs, et si vous deviez ne lire qu’un seul livre de lui, ce serait son témoignage intitulé Le Monde d’hier, que j’ai lu et relu, et que je relirai encore. Dans ce livre, il raconte l’Europe d’avant la Première Guerre Mondiale, et les transformations que les deux guerres ont engendrées, dans son style si agréable à lire.
C »est à la fois un document historique et une réflexion presque philosophique sur la société et la psychologie humaine. C’est passionnant et ça permet de comprendre qui nous sommes, et d’où nous venons. Et ça éclaire pas mal de choses sur le monde (l’Europe !) d’aujourd’hui, du coup…
Le vaisseau des Voyageurs, de Robert Charles Wilson
Folio SF (première publication en 1992), 561 pages
Science-Fiction

Pourquoi ce livre
J’ai lu un roman de Wilson il y a quelques mois, intitulé Spin, que j’avais adoré et prêté à Pôpa. Il s’est souvenu avoir déjà lu un roman de cet auteur, et me l’a donc offert… ♥♥♥
Résumé
Un vaisseau extraterrestre est arrivé un jour et a stationné au-dessus de la Terre pendant un an, sans bouger, sans communiquer. Et un jour – ou plutôt une nuit – toute l’humanité s’endort et fait le même rêve, où les Voyageurs leur expliquent qui ils sont. Ils leur posent également la même question : souhaitez-vous devenir des entités immortelles ? Un être humain sur dix-mille refusera la transformation. Dont Matt Wheeler, médecin généraliste, (anti-)héros du roman…
Mon avis
C’est une histoire très prenante, et très troublante, du genre à faire rater sa station de métro ou à faire des rêves vraiment déstabilisants, voire désagréables. Ce n’est pas assez étrange pour qu’on s’imagine que ça ne sera jamais que de la science-fiction, mais ça l’est assez pour être presque mal à l’aise face à des questions comme : finalement, ça veut dire quoi, être « humain » ? et si cela arrivait vraiment, quelle serait ma réponse ?
Ces Voyageurs arrivent parce qu’ils ont vu que les Humains détruisaient leur planète, et qu’ils seraient notre seul salut. Entités dénués d’enveloppes physiques, ils sont des individualités, mais les connaissances et les souvenirs de chacun sont accessibles à tous. Ecrit au début des années 90, ça fait droit dans le dos : Wilson anticipait déjà les problèmes environnementaux auxquels nous faisons face, et le fonctionnement de ces Voyageurs décrit exactement le concept du web…
Lire ce roman, c’est être pris de vertiges. Mais paradoxalement assez grisants…
Extrait (pris au hasard)
« - Les choses continueront comme maintenant, dit-elle enfin. Du moins pour un temps. Peut-être jusqu’à l’hiver. Après… les gens commenceront à disparaître.
- A disparaître ?
- A abandonner leur corps physique. Oh, je sais que ça doit te sembler épouvantable… Mais ça ne l’est pas. Je t’assure que ça ne l’est pas.
- Si tu le dis, Rachel… Et qu’est-ce qui arrivera à ces gens ?
- Dans un premier temps, ils iront dans le vaisseau.
- Pourquoi « dans un premier temps » ? Ils n’y resteront pas ?
- Nous aurons un endroit à nous avant longtemps.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Un vaisseau pour humains ?
- En quelque sorte.
- Mais… dans quel but ? Pour quitter la Terre ?
- Peut-être. Papa, ces décisions n’ont pas encore été arrêtées. Mais la Terre fait l’objet de sérieuses études. On l’a vraiment martyrisée. Les Voyageurs ont déjà commencé à la nettoyer. A refermer certaines blessures que nous lui avons infligées. Ils purifient l’air de son excès de gaz carbonique…
- Parce qu’ils peuvent faire une chose pareille ?
- Oui.
- Admettons.
Il soupira.
- Donc les gens disparaissent. Donc Buchanan est vide.
- Nous ne disparaîtrons pas tous. Du moins pas tous en même temps… Comment appelle-t-on un jour comme aujourd’hui ? L’été indien ? Le dernier beau jour de l’année. La dernière occasion d’aller se baigner, peut-être, ou de se promener. Eh bien, je crois que les quatre ou cinq mois à venir seront comme un été indien pour beaucoup d’entre nous. Notre dernière chance de porter un corps humain et de profiter de la Terre.
- Une dernière chance avant l’hiver.
- Une dernière chance avant quelque chose de mieux. Mais même si tu quittais une vieille cabane pour un palais des Mille et Une Nuits, tu aurais tout de même envie de jeter un dernier coup d’oeil sur ta cabane avant d’en fermer définitivement la porte.
Son regard était devenu vague, sa voix toute faible.
- C’est le berceau du genre humain. Et il n’est pas toujours facile de quitter le berceau.
Etrange, songea Matt, comme un jour si ensoleillé pouvait être aussi froid. »
(pp. 236-237)
L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón
Livre de Poche (première édition en 2001), 637 pages
Littérature espagnole


Pourquoi ce livre
C’est mon amie Virginie qui m’a prêté ce livre en m’en disant le plus grand bien. Des mois qu’il traîne sur mon lit dans l’attente que je l’ouvre…
Résumé
Barcelone, 1945. Daniel, un petit garçon de 10 ans, suit son père qui l’emmène vers un endroit secret : le Cimetière des Livres Oubliés. Il doit y choisir un livre – à moins que ce ne soit le livre qui choisisse l’enfant : l’heureux élu est un roman d’un certain Julian Carax. Chose étrange, un homme au visage brûlé détruit systématiquement depuis des années tous les livres de cet auteur méconnu. Cela intrigue Daniel, qui va vouloir en savoir plus sur ce mystérieux écrivain…
Mon avis
Ce livre qui commence comme un roman pour enfant se transforme rapidement, et sans que l’on ne se rende compte de rien, en un roman policier aussi rythmé qu’enjoué, puis en un récit finalement assez sombre, qui mêle drames familiaux sur décor de guerre.
C’est rondement mené, le choix de Daniel comme narrateur donne une dimension très intéressante à l’histoire, puisqu’elle s’étale sur plusieurs années, suivant donc la fin de l’enfance, l’adolescence, puis le début de la vie d’adulte du garçon.
Ses tracas quotidiens, ses expériences et son apprentissage de la vie se déroulent en parallèle avec les histoires qu’il retrace avec son fantasque ami et collègue. Histoires qui se transforment d’ailleurs en une unique histoire dans l’Histoire…
Même si les lecteurs les plus perspicaces (dont moi, j’avoue) devineront les coups de théâtre à l’avance, on est littéralement happé par ce récit et il est très, très difficile de s’arrêter en cours de route. D’ailleurs, sur la couverture, est recopiée cette critique de Lire : « Si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n’avez plus aucune chance de lui échapper ».
Mon conseil : commencez par la quatrième. Déconnez pas putain, j’y ai passé une nuit blanche, moi.
Citations
« Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu, et rêvé avec lui. Chaque fois qu’un livre change de main, que quelqu’un promène son regard sur ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. » (pp. 12-13)
« Je ne connaissais pas encore le plaisir de lire, d’ouvrir des portes et d’explorer son âme, de s’abandonner à l’imagination, à la beauté et au mystère de la fiction et du langage. (…) Mais c’est la même sensation, cette étincelle de l’inoubliable première fois. Ce monde est un monde de ténèbres, Daniel, et la magie est une chose rare. Ce livre m’a appris que lire pouvait me faire vivre plus intensément » (p. 39)
Pour ne pas disparaître, de Wade Davis
Albin Michel, 230 pages
Essai


Pourquoi ce livre
Il semblait intéressant de lire cet essai anthropologique, qu’on nous avait présenté comme positif et optimiste, pour NewZitiv. Je l’ai donc lu…
Résumé
« Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale » : c’est le sous-titre, dès la couverture. Wade Davis nous raconte ce qu’il connaît de tribus et de peuples en voie de disparition (voire disparus !) à cause de la mainmise de la culture occidentale et capitaliste sur l’ensemble de planète et de ses ressources. Puis il réfléchit sur les conséquences de la non-préservation de ces peuples et de leurs cultures.
Mon avis
L’ouvrage souffre d’un manque de rigueur dans la construction. Il est certes divisé en chapitres, mais à l’intérieur desquels les descriptions et les avis s’enchaînent sans logique ni cohérence.
Au-delà de la pauvreté formelle, le fond est passionnant. J’ai découvert des tas de choses fascinantes sur des tribus de tous les continents, et plus excitant encore, je me suis rendue compte que ce que j’avais lu dans Evolution y ressemblait vraiment de très, très près. J’ai eu l’impression, finalement, que la description de ces tribus aujourd’hui était la suite, ou plutôt la continuation, du roman de Stephen Baxter – et là, je me suis rendue compte que malgré sa mise en garde, son texte se rapprochait peut-être plus de l’essai scientifique que du roman…
Wade Davis m’a rappelé également quelque chose que j’avais entendue à la fac pendant un cours d’anthropologie : certaines langues n’ont pas de mot pour désigner le temps. Ceux qui me connaissent savent ma passion pour la physique, et en ce moment plus particulièrement pour la question du temps, et je me suis souvenue que cette notion qui semble si humainement universelle à nos yeux d’occidentaux ne l’est vraiment pas.
Ce livre m’a également renforcé dans la conviction que cette volonté malsaine de vouloir nous faire croire que notre modèle occidental/blanc/capitaliste est le meilleur nous appauvrit et nous lobotomise, et que ce qu’on nous fait croire à renforts de livres et d’articles est une propagande monstrueuse. Non, toutes les sociétés humaines n’ont pas de hiérarchie, et non, toutes les sociétés humaines ne sont pas belliqueuses. Non, tout le monde n’a pas besoin de croire en un dieu unique et omniscient, et des milliers de tribus ne croient qu’en Mère Nature – peu importe les noms qu’ils lui donnent – ce qui fait d’eux des sociétés bien plus civilisées que nous (monothéistes pratiquantes ou de tradition) ne le serons sûrement jamais.
Non, ce que nous pensons être universel ne l’est pas : le temps n’existe pas dans certaines tribus, les enfants sont élevés uniquement par des hommes dans d’autres, ou bien encore la notion de remerciement n’a aucun sens dans une troisième parce que tout ce qui est chassé et cueilli appartient à toute la communauté et que le partage est obligatoire. D’ailleurs, non, la notion de partage n’a pas de sens non plus, puisque qui dit partage implique d’abord une individualité qui voudrait tout garder pour elle, et que cette notion d’individualité n’existe même pas. (Exemple qui prouve que notre langue échoue à rendre compte de ces sociétés si différentes que la nôtre.)
A partir de là, qui sont les plus humains ? Il serait bien évidemment dangereux de faire un classement selon le degré d’humanité de chaque peuple, mais ce livre concourt à faire détester notre société, celle-là même qui s’est mis martel en tête d’aller « civiliser ces sauvages » au cours des siècles derniers sous des absurdes et débiles prétextes religieux et/ou géopolitiques, à force de massacres, de négations des cultures, et de maladies bien occidentales. Qui sont les sauvages, exactement ?
Cet ouvrage, qui nous avait été présenté comme positif, termine sur des chiffres qui font froid dans le dos. Des milliers de cultures, de tribus, et de langues disparues, d’autres en voie de disparition à cause de nos conneries (déforestation, réchauffement climatique, plantation de drogues, etc…). Wade Davis a beau essayer de nous expliquer qu’on commence à prendre conscience que ces peuples doivent être préservés, les faits scientifiques qu’il étale sur plusieurs pages et qu’on l’on voit passer tous les jours dans l’actualité ne permettent aucun optimisme. On va perdre toutes ces richesses, et ne restera que les livres pour nous souvenir que tous ces autres êtres humains ont existé.
Oui, je suis sortie de la lecture de ce libre déprimée et en colère. Je me suis souvenue d’Evolution. Et je me suis dit… Tous ces efforts pour survivre… Tous ces coups de chance… Tout ça pour… ça ??…
Citations
« L’être humain n’avait pas pour obligation d’améliorer la nature, mais d’entretenir le monde. (…) A l’évidence, si l’humanité tout entière avait suivi intellectuellement la voie tracée par ces descendants des premiers humains à avoir quitté l’Afrique, l’homme ne serait pas allé sur la Lune. Mais d’un autre côté, si nous avions agi dans le respect du Rêve, nous ne serions pas en train d’observer les conséquences de processus industriels qui, en tout état de cause, menacent les supports de vie mêmes sur notre planète. »(p. 147)
« Avant de mourir, l’anthropologue Margaret Mead a exprimé la crainte qu’en glissant vers un monde plus homogène, nous ne soyons en train de jeter les bases d’une culture moderne générique et informe, qui n’aurait pas de concurrente. Elle redoutait que toute l’imagination humaine ne soit contenue à l’intérieur des limites d’une modalité intellectuelle et spirituelle unique. Son pire cauchemar, c’était que nous nous réveillions un jour sans même nous souvenir de ce que nous avions perdu. » (p. 175)
« Si je devais faire passer un seul message, ce serait que la culture n’a rien d’insignifiant. Il ne s’agit pas de décoration ou d’artifice, des chansons que nous chantons, des prières que nous psalmodions. C’est un élément de réconfort qui nous enveloppe et donne sens à la vie, un ensemble de connaissances permettant de tirer une logique des infinies sensations de la conscience et de mettre de l’ordre dans un univers qui, finalement, en manque. La culture, ce sont des lois et des traditions, un code éthique et moral qui isole un peuple du coeur barbare dont l’histoire nous enseigne qu’il bat sous la surface de toutes les sociétés humaines et de tous les êtres humains. (p. 180)
« Faire d’une croissance infinie sur une planète finie l’unique mesure de la santé économique revient à se lancer dans une forme de lent suicide collectif. Refuser d’inclure dans les calculs de la gouvernance et de l’économie le prix des violations des systèmes biologiques supports de vie, c’est être dans la logique du délire.
(…) Il ne s’agit pas de suggérer naïvement que nous devons tout laisser tomber pour essayer d’imiter les moeurs des sociétés non industrielles, ou qu’une culture renonce à son droit à bénéficier du génie technologique. Il s’agit de trouver une inspiration et un confort dans l’idée qu’il existe des chemins différents du nôtre et que notre destinée n’est donc pas écrite à l’encre indélébile sur un ensemble de choix dont il est prouvé scientifiquement et de manière démontrable qu’ils ne sont pas les bons. » (p. 197)
(Ce passage m’a particulièrement touchée puisqu’il résume en gros les craintes que j’ai expliquées dans ce billet, écrit quelques jours avant…)
Indignez-vous !, de Stéphane Hessel
Indigène Editions, 28 pages
Manifeste


Pourquoi ce livre ?
On en a parlé partout. Et ce mouvement des Indignés non violent et non politisé me plaît assez. Avant de savoir si j’aimerais vraiment m’y impliquer, je voulais savoir de quoi ça parlait exactement.
Résumé
Stéphane Hessel, 93 ans, ancien résistant, ancien déporté, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, demande aux jeunes d’aujourd’hui de s’indigner de toutes les injustices de notre époque.
Mon avis
Mais M. Hessel… Nous sommes indignés !!… Que croyez-vous ? Un exemple parmi tant d’autres, le mien, avec ce billet sur la situation des jeunes sur le marché de l’emploi aujourd’hui.
Ce manifeste n’est pas un appel : il ne fait que mettre en mots ce que beaucoup ressentent déjà depuis des années. Il prône l’insurrection pacifique – certes, mais comment ? Comme dirait Renaud, « si les élections changeait vraiment la vie, y a un bout de temps mon colon, que voter serait interdit » ; s’engager dans des associations (tout le monde ne le peut pas) ; donner de l’argent à des causes (tout le monde ne le peut pas non plus), etc… Donc : comment ?
Il le dit d’ailleurs clairement à un moment (je paraphrase) : pendant la guerre, ils avaient un ennemi concret contre lequel se battre (les Nazis), aujourd’hui, l’ennemi est invisible et immatériel (l’injustice). Certes. Et on se bat (pacifiquement) comment, contre ça ? Faire une Déclaration des Droits de l’Homme ? Déjà fait. Vivre en démocratie ? Déjà fait. S’engager, aider, dénoncer les problèmes ? Déjà fait. Créer des organisations non-gouvernementales ? Déjà fait.
Alors quoi ?
Citation
« C’est vrai, les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. Qui commande, qui décide ? (…) C’est un vaste monde, dont nous sentons bien qu’il est interdépendant. Nous vivons dans une interconnectivité comme jamais encore il n’en a existé. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire « je n’y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence. » (p. 14)
Monsieur Hessel,  malgré tout le respect que je vous dois, je trouve que vous méconnaissez les conditions d’existence desdits « jeunes » (ou alors, vous êtes très optimiste – ce qui n’est pas un défaut). Ces jeunes ne sont plus les jeunes de votre jeunesse : il sont surdiplômés, ils ne trouvent pas de boulot, ou bien au Smic, et survivent dans des logements minuscules qu’ils arrivent à peine à payer – quand ils ne sont pas obligés de rester chez leurs parents jusqu’à des âges avancés parce qu’ils cumulent stages, interim, et jobs à temps partiel.
Alors oui, bien sûr qu’on est indigné de voir la multiplication des gens qui sont dans le besoin dans le métro ! Ainsi que de tous ceux qui sont victimes des marchands de sommeil ! Et de tous ces sans-papiers victimes de nos lourdeurs administratives et de la frilosité de nos gouvernements ! Mais que voulez-vous qu’on fasse ? La plupart des jeunes ne peuvent pas donner, ne peuvent pas aider, parce qu’ils doivent eux-mêmes se « débrouiller » comme ils le peuvent pour se loger et manger à leur faim.
Monsieur Hessel, je pense que vous vous trompez de cible. Les jeunes sont indignés. C’est un fait. Mais je ne pense pas que ce soit eux qui puissent faire quoi que ce soit pour changer les choses. Les décisions se prennent bien plus haut, et c’est dans les sphères politiques et dans les organisations non-gouvernementales que tout peut se jouer. Les jeunes, eux, s’en sortent comme ils peuvent – et parfois ils agissent. Mais je pense malheureusement que tout ceci est dérisoire. Même si nous faisions pression avec des initiatives comme les « Indignés », on ne nous écoute pas. Regardez donc ce qui s’est passé à la Bastille il y a quelques semaines…
Le meilleur des mondes, de Aldous Huxley
Pocket (première édition en 1932), 285 pages
Roman d’anticipation


Pourquoi ce livre
Un classique que je n’avais pas encore lu. Et beaucoup de gens m’en ont dit grand bien.
Résumé
Les êtres humains sont désormais conçus dans des matrices artificielles, et faits pour être parfaits, avec une caste supérieure et une caste inférieure. Ils sont programmés via des exercices psychologiques et inconscients. Mais il existe encore des « vrais » humains dans une réserve, que l’on appelle « sauvages ». L’un d’eux peut rejoindre le monde aseptisé.
Mon avis
Je n’ai pas du tout aimé. Stylistiquement parlant, déjà, ce n’est pas très accessible. On ne rentre jamais vraiment dedans – j’ai eu une impression de brouillon.Vraiment pas facile à lire, donc. Presque ennuyeux.
Je n’ai pas été emballée par le fond non plus. Alors bien sûr, en 1932, il avait certainement du sens – ainsi qu’après la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, je pense qu’on sait tous que l’eugénisme poussé à son extrême, saylemal, hein.
J’ai été particulièrement mal à l’aise par le fait que le Sauvage (donc le « vrai » humain) était encore moins sympathique que les humains modernes. Une espèce d’illuminé qui passe son temps à se flageller (ce n’est pas une métaphore) pour d’obscures raisons pseudo-religieuses. Euh… Ouais. Si c’est ça un véritable humain, alors je préfère être une loutre.
Bon, et je ne vous cache pas que l’image de la femme dans ce roman n’a pas été tout à fait à mon goût non plus…
Et puis finalement, le but de cette société est certes d’être parfaite biologiquement parlant (mais en gardant les différences ethniques il me semble, donc bien loin de l’eugénisme nazi), mais surtout de ne plus souffrir et d’être heureux. Où est le problème, euh ?… Je situe pas trop bien, en fait.
Evidemment, les méthodes pour y arriver sont fascistes. Mais au fond, le soma ressemble fort à nos anti-dépresseurs (et ce serait vachement mieux si on pouvait s’en passer, hein !!), mais je défie quiconque de me dire qu’il n’a pas envie d’être heureux dans la vie et d’avoir un minimum de confort.
Alors certes, un être humain ne doit jamais être programmé comme un ordinateur. Il ne doit pas être dénué de sentiments indivuels et ne doit pas être destitué de son sens critique. Encore moins de ses libertés. Mais j’ai l’impression que ce « meilleur des mondes » décrit avant tout une humanité qui cherche la paix, l’absence de maladie, et le bonheur.
Je ne vois pas trop en quoi c’est choquant (je répète, donc, si l’on fait abstraction des méthodes pour y arriver, qui sont évidemment plus que condamnables et à combattre absolument)… Je ne comprends pas vraiment pourquoi ce livre est autant cité en exemple. Peut-être parce que mon interprétation n’est pas la même, certainement…
Je pensais qu’il allait me marquer – finalement, je vais l’oublier très vite en me demandant pourquoi on en fait tout un plat.
Oh, et un exemple, puisque l’auteur construit toute son argumentation en citant Shakespeare (un petit peu aurait été bien, mais ça revient vraiment trop souvent pour ne pas être lourd).
Son roman implique des matrices artificielles, ce qui nous laisse sous-entendre que les gens nés dedans ne sont pas tout à fait humains quand même – disons des humains améliorés, donc saylemal. Bon. Mais sait-il qu’à l’époque de Shakespeare justement, on ne considérait pas comme « humaine » une personne née par césarienne ? C’est dans Macbeth.
La notion n’humanité diffère selon les époques. Aldoux Huxley ne considérerait pas comme « humaines » les personnes conçues par FIV aujourd’hui, j’imagine ? Aujourd’hui, on ne meurt plus de tas de maladies, on peut prendre des anti-dépresseurs, et on est dans une société de loisirs et non plus de survie. Sommes-nous moins ou plus « humains » que nos ancêtres du Moyen-Âge, ou ceux d’avant ?… On est différent. Point barre.
Non, vraiment. Je ne vois pas bien ce qu’on trouve à ce livre… L’humanité ainsi que sa nature intrinsèque évoluent. Le tout est de faire attention aux dérives liées aux privations de libertés. Le reste, ma foi… Cela s’appelle le progrès, voire l’évolution.
Le facteur temps ne sonne jamais deux fois, d’Etienne Klein
Champs Sciences (Flammarion), 257 pages
Essai

Pourquoi ce livre
Je suis passionnée de physique, et en ce moment je m’intéresse plus particulièrement à la question du temps. Ce livre est le deuxième sur le sujet écrit par Etienne Klein – qui est un peu mon idole de toute ma vie.
Résumé
Difficile de résumer un essai scientifico-philosophique… Etienne Klein, docteur en philosophie des sciences et directeur de recherches au CEA, tente de donner une définition scientifique, physique – sinon philosophique – de ce qu’est le temps.
Mon avis
(J’ai triché. Je l’ai commencé en août, mais je l’ai fini début septembre, J’AVOUE.)
C’est évidemment fascinant. Mais il est sans doute moins accessible que le premier (Les tactiques de Chronos), parce que plus pointu et balayant moins largement la question en se concentrant surtout sur les questions du changement et du devenir.
Mais ça reste passionnant et assez facile à lire, malgré une absence d’humour par rapport à l’autre. De quoi réfléchir et se poser des milliards de question existentielles… J’adore !!
Pour résumer, je dirais que ce mois d’août a été particulièrement agréable ! Et c’est amusant de voir que la question de la définition de l’humanité est revenue régulièrement… Je recommande vraiment à chacun de lire Evolution : c’est notre histoire (romancée), c’est à la fois troublant et merveilleux.

[LIVRE] La Centrale : un premier roman brouillon et ennuyeux

mai 6, 2010 dans Culture, En vrac

La Centrale, paru chez P.O.L, est le premier roman d’Elisabeth Filhol. Il traite avec maladresse la question des employés des centrales nucléaires, de leur solitude, et de leur précarité. Froid et indigeste.

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La Centrale, premier roman d’Elisabeth Filhol, raconte l’histoire d’un homme qui… En fait non. Ce n’est pas une histoire, et il n’y a pas un personnage, mais deux. En fait non. Un seul. Ou beaucoup. En fait on ne sait pas trop. On ne sait pas trop, parce que le style est aussi lourd qu’obscur, transformant la lecture de ces 140 pages en un ennui laborieux. C’est bien simple : pas une phrase ne donne envie de lire la suivante.

On comprend qu’il est question de centrales nucléaires et de ses employés précaires, soumis au danger permanent d’une exposition trop forte et à la peur de la contamination. Les descriptions s’enchaînent mécaniquement pour faire comprendre le statut de machine humaine des employés, seule cohérence de l’ensemble : les suicides, la visite médicale, la cohabitation en camping-car, les formations aux gestes de sécurité, l’arrivée à la centrale suivante, la route, les entretiens d’embauche, le déroulement de la catastrophe de Tchernobyl, le copain qui ne peut pas y aller, le diplôme qu’on n’a pas eu, les conversations entre employés. Oui, dans cet ordre. Autrement dit, en plus d’être ennuyeux, ce texte n’a aucune logique – on ne s’y retrouve pas.

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Cela dit, c’est bien documenté. Mais pourquoi faire un roman avec des détails si précis livrés dans un style plus froid (et moins bon) qu’un premier exercice d’étudiant en première année de journalisme ?… Un reportage de trois minutes dans un journal télévisé nous en apprend tout autant. Avec des images. Et il y en a régulièrement. Elisabeth Filhol, dans une interview accordée à evene.fr, l’avoue elle-même : « Ils ont abordé différents aspects du problème, de l’extraction de l’uranium au démantèlement des centrales, en passant par la maintenance des réacteurs et le traitement des déchets. On peut dire que la télévision a pleinement joué son rôle. »

Paru chez P.O.L lors de la rentrée littéraire de janvier, il a été encensé par la critique et a reçu le prixFrance Culture-Télérama 2010. Sans cesse perçu comme engagé et politique (alors que l’auteure s’en défend !), il est surtout la preuve éclatante que la médiocrité littéraire doublé d’un sujet sur la « France d’en bas » fascine l’intelligentsia parisianiste, toujours avide de cette précarité qu’elle se délecte de mépriser, et qu’elle met régulièrement en avant sous des formes nobles (la littérature, pensez donc !) afin de satisfaire ses besoins faussement citoyens et se donner bonne conscience.

Finalement, ce premier roman vaut peut-être mieux que ce (mé)prix.

FILHOL Elisabeth, La Centrale, POL, 140 pages. 14.50 €

[LIVRE] « La théorie des cordes » : un polar scientifique aux frontières de l’horreur et de la métaphysique

décembre 8, 2009 dans Culture, Culture scientifique, En vrac

José Carlos Somoza livre avec ce sixième roman un polar glaçant qui se base sur la théorie de la physique la plus excitante de ces dernières années : la théorie des cordes. Sa technique de narration sans faille est au service d’une histoire oppressante, mais qui finalement amène des réflexions salutaires.

Il est des romans dont on voudrait qu’ils ne finissent jamais. La théorie des cordes de José Carlos Somoza est de ceux-là. L’auteur cubain joue avec nos nerfs : chaque page que l’on tourne nous précipite un peu plus vers la fin d’un plaisir de lecture absolument divin, et ce n’est pas concevable. Mais ce qui l’est encore moins, c’est d’attendre une autre interminable nanoseconde pour découvrir ce qui se cache sur cette « page d’après » tant redoutée. Et c’est justement de temps, d’infimes portions de temps qui peuvent s’allonger à l’infini, dont il est question dans ce roman. Le fond, la forme, tout est lié.

Une théorie complexe mais fascinante

Que les non-spécialistes se rassurent : la théorie des cordes n’est qu’un prétexte à l’intrigue. José Carlos Somoza vulgarise à merveille cette théorie complexe de la physique qui part du principe que tout dans l’univers (la matière, les forces, la lumière et… le temps) est composé de cordes de taille infinitésimale et non de particules – réalisant par là même le rêve d’Einstein en englobant dans une seule théorie sa fameuse relativité générale (pour l’infiniment grand) et la physique quantique (pour l’infiniment petit).

Une expérience qui tourne mal

Des procédés révolutionnaires de recherche sont donc mis en œuvre dans ce livre. Une équipe de scientifiques est recrutée pour participer à un projet classé secret-défense. Il consiste à ouvrir des cordes de temps et à fixer sur un support physique les photons qui s’en échappent… pour obtenir ainsi une image du passé. Malheureusement, un accident se produit lors d’une expérience et le projet est abandonné. Mais dix ans après, une série de meurtres survient, ne touchant que les personnes qui y ont participé. S’engage alors une course contre la montre pour les survivants qui doivent faire face à des assassinats de plus en plus nombreux et de moins en moins explicables scientifiquement…

Un polar haletant

José Carlos Somoza livre avec ce roman un polar d’une efficacité redoutable. Le rythme est soutenu, le suspense insupportable, la narration chiadée ; les personnages sont incarnés, l’horreur est à son comble et l’atmosphère se fait de plus en plus étouffante. L’auteur réussit l’exploit de ne jamais tomber dans les clichés du genre tout en les effleurant quand même pour ne pas perdre son lecteur. Mais son talent culmine à des sommets rarement atteints dans les toutes dernières lignes, nous offrant une chute prenant de court les lecteurs les plus perspicaces.

De la physique à la métaphysique

Au-delà de son génie littéraire, José Carlos Somoza, un ancien psychiatre, pose avec ce roman se basant sur la physique un certain nombre de questions métaphysiques universelles. Rabelais et son « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » prend ici toute son importance dans des considérations qui pourraient sembler manichéennes à première vue, mais qui finalement évitent cet écueil. Plus profonde encore, la réflexion sur la nature humaine et ses zones d’ombre fait écho à toutes les questions que chacun s’est posées un jour, en les mettant en lumière sous un angle différent – et d’autant plus enivrant.

SOMOZA José Carlos, La théorie des cordes, Actes Sud, 2008, 600 pages – 11,50€

[CULTURE/TECH] Livres, web, NTIC : débuts poussifs d’un ménage à trois qui promet

novembre 17, 2009 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

Les livres, le web, et le Kindle : trois faces d’une même révolution économique et numérique à réussir à tout prix, dans l’idéal d’un nouveau modèle satisfaisant pour tous.

A l’instar de l’industrie du disque, le monde de la littérature entre dans une phase délicate de son histoire : la transition entre l’ère du papier et celle du numérique. Si l’invention de l’imprimerie a révolutionné l’accès à la connaissance, la démocratisation du média Internet et des nouvelles technologies permet à tout un chacun d’être non plus un simple spectateur de la vie culturelle, mais d’en devenir un acteur à part entière. Les internautes, non contents de proposer leurs propres contenus littéraires, pourraient commencer à faire de l’ombre aux écrivains des grandes maisons. D’un autre côté, l’arrivée du Kindle d’Amazon risque fort de peser dans la balance économique de l’édition classique. Ces deux évènements quasi-simultanés pourraient donner le top départ d’un rapport au livre totalement nouveau.

Un premier salon réel tiré du monde virtuel

Un évènement récent symbolise l’entrée dans cette nouvelle ère : le premier« Salon facebouquins des grands auteurs de la petite édition » qui s’est tenu les 17 et 18 octobre 2009 au restaurant Le Mélange des Genres à Paris. Organisé à distance par deux membres de Facebook qui ne se connaissaient pas (Edith le Dico et Al LU-SINON), le principe était d’organiser des rencontres réelles entre auteurs et lecteurs qui n’étaient entrés en contact auparavant que sur le réseau social Facebook. Les 26 auteurs participants sont issus de la petite édition ou de l’édition à compte d’auteur : aucun d’entre eux n’a donc de visibilité dans les médias dits classiques (presse écrite, télévision, radio). Pourtant, cette première édition a été un succès : plus de 200 visiteurs, mais aussi et surtout une couverture médiatique non-négligeable. Outre les partenaires (BSC News Magazine et Overblog), la presse – et pas la moindre – s’est fait l’écho de l’évènement : LCI, Canal +, ActuaLittéCosmopolitan,ArtéMédia, etc… Pas assez pour faire de l’ombre aux différentes polémiques, discussions, et autres pronostics concernant l’attribution des prix littéraires dans l’édition classique, mais de quoi enclencher tout de même une petite révolution dans le monde de la littérature. L’industrie du livre devra désormais compter avec ces nouvelles pratiques et ces salons « off ».

Un Salon facebouquin sans auteur du web

On peut cependant reprocher au premier Salon facebouquin son manque d’intérêt pour les auteurs qui ne publient qu’en ligne. C’est d’ailleurs leur grand paradoxe : s’autoproclamer premier salon né du web et promouvoir des auteurs qui publient… sur papier uniquement. Certes, l’idée de ce salon est partie de Facebook, d’auteurs qui – par choix ou par défaut – font la promotion de leurs ouvrages via Facebook. Mais le lien avec le média Internet s’arrête là. Or, l’avenir de la littérature est désormais au support virtuel. De nombreux évènements sont emblématiques de la période trouble dans laquelle le monde de l’édition se trouve : la numérisation de contenus par Google, la démocratisation des supports techniques (iPhone, PDA), et bien sûr l’arrivée du Kindle d’Amazon qui tentera de s’imposer comme le lecteur de référence de livres électroniques (ou e-books). Autant de facteurs qui ont l’air d’échapper au co-fondateur du Salon facebouquin, Al LU-SINON, qui semble ne pas connaître l’existence du Kindle : « Lire un livre complet (…) n’est pas faisable, surtout qu’on ne peut pas mettre son ordinateur, portable ou non, dans son sac, dans sa poche, et que ça fait vite mal aux yeux » . Etonnant, pour un auteur qui se revendique du web… La révolution numérique de la littérature, malgré leur initiative originale et louable, ne passera pas par eux.

De l’e-book à l’e-écrivain

Et pourtant, les batailles concernant les livres virtuels n’en sont qu’à leurs débuts, à commencer par les (re)définitions des termes : qu’est-ce au juste qu’un « livre virtuel », par exemple ? Au-delà de la dimension philosophico-linguistique, c’est toute une juridiction qui est à revoir, aussi bien au niveau des formats qu’au niveau des contenus et de leurs protections. Quand contenus il y aura, car la pauvreté en la matièreest la principale critique qui est faite en ce moment à ce sujet. Mais la solution ne viendrait-elle pas des internautes eux-mêmes ? Contrairement aux 26 écrivains du premier Salon facebouquin, des centaines d’autres auteurs publient leurs œuvres sur le web (le plus souvent gratuitement), que les internautes peuvent soit lire en ligne, soit télécharger au format voulu (.rtf, PDF, e-book, MP3). Et la plupart également (Vanessa du Frat et Anna Galore, pour ne citer qu’elles) revendique le fait de ne pas vouloir de publication papier. Le livre trouverait donc via le web et grâce au Kindle et ses dérivés une existence virtuelle qui pourrait fortement peser dans la balance de l’édition classique. Car même si les éditeurs commencent à proposer leurs nouveautés sous format e-book, le prix de revient d’un ouvrage papier et de son homologue virtuel est sensiblement le même. Les aficionados des nouvelles technologies – et notamment les jeunes – se tourneront donc naturellement vers les productions littéraires directement virtuelles, et totalement gratuites. Sans même parler du piratage…

Dans cette nouvelle configuration, l’ensemble de la production et de l’édition littéraire est à revoir. Les professionnels de l’écriture, que ce soit les écrivains ou les éditeurs, doivent absolument prendre en compte les changements qui se produisent depuis quelques mois, et qui n’auront de cesse de s’accélérer. Les erreurs commises par l’industrie du disque, aujourd’hui dans une crise majeure, doivent servir de leçon. Un nouveau modèle économique, fiable et juste, doit absolument être mis en place, afin que tout le monde puisse y trouver son compte : les éditeurs, les auteurs, et les lecteurs. Les pronostics sont lancés quant à la date du premier e-best-seller…

[MEMOIRE] Le journalisme littéraire : une profession-passion

juin 30, 2008 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

« Le journalisme littéraire : une profession-passion » n’est pas vraiment un mémoire dans la définition universitaire du terme. Il s’agit plutôt d’un dossier complet sur un métier et d’une réflexion ancrée dans le contexte de mes études.

Afin d’avoir un aperçu le plus complet sur cette profession, j’ai interrogé trois journalistes : Patrick Poivre d’Arvor pour la télévision et la presse écrite, Karine Papillaud pour le web et Bernard Lehut pour la radio.

J’ai effectué ce travail dans le cadre de ma troisième année de Licence d’Information et de Communication à l’Université Paris-3 Sorbonne Nouvelle en 2008. J’ai obtenu la note de 16/20.

Le journalisme littéraire : une profession-passion (PDF)