[POESIE] Le Vicomte de Valmont (Concours Vol de Nuit 2008)

août 29, 2011 dans Culture, En vrac

Voici le texte qui m’a permis de faire partie des lauréats du concours « Vol de Nuit – Spéciale 20 ans », en juin 2008. La consigne était : « Quel est le personnage littéraire qui vous a fasciné, ou qui vous a provisoirement éloigné de la littérature ? » Mon choix s’est porté sur le Vicomte de Valmont…

 

LE VICOMTE DE VALMONT

C’est un homme méchant et manipulateur,
Un prédateur malin aux grandes ambitions,
Un séducteur habile à déchirer les cœurs
Un vil galant nommé : Vicomte de Valmont.

C’est une libertine emplie de perfidie,
Une maîtresse femme aux toujours bons accueils
Mais ne vous fiez point à sa grande courtoisie
C’est la tant redoutée Marquise de Merteuil.

Ce duo infernal et si machiavélique
Multiplie les conquêtes et les trahisons
Pour déshonorer les figures angéliques
Soumises à leurs jeux d’amour et de passion.

Leurs victimes choisies, Cécile et de Tourvel,
Prises dans les filets de leurs plans démoniaques,
Sont ou bien mariée, ou jeune jouvencelle,
En tout cas cibles pures à leurs plans d’attaque.

Si je fus tant touchée par les desseins cruels
De ces anciens amants aux mœurs affriolantes
C’est parce que je fus Cécile et de Tourvel,
Passionnée, abusée, mais toujours consentante,

Une proie si facile et à la fois sauvage
Pour un Valmont moderne au regard de velours
Pour un vicomte âgé de quelques fois mon âge
Sans contexte serti de merveilleux atours,

A ce point ambigu, dénué de manières,
Et uniquement mû par ses envies ardentes
Qui me fascinaient tant et me laissaient naguère
Bien plus morte que vive et si souvent tremblante…

Je me demandais lors où était de Merteuil,
La complice cachée, la fière entremetteuse,
La sorcière engagée aux multiples écueils,
Ce personnage odieux aux lettres si flatteuses

Je ne l’ai pas trouvée au-delà de moi-même,
Moi, complice avouée de mon propre bourreau,
J’étais aussi marquise et portais le diadème
D’une étonnante aisance accordée au berceau.

Ce livre épistolaire et ces deux personnages
M’ont d’autant plus émue qu’à travers leur histoire
Une leçon de vie donnée page après page
Se révélait à moi et comblait mes espoirs

De comprendre les lois des relations humaines
Dans leurs plus noirs desseins et leurs plus vils contours
En espérant bien sûr que cela ne me mène
A aucun des malheurs provoqués par leurs tours !

L’ineffable Magie, la fée Littérature,
D’un coup de baguette nous explique le monde,
Les rancœurs et les cœurs, les espoirs qui perdurent,
Les passions éperdues auxquelles on succombe ;

Elle anticipe tant mes erreurs d’ici-bas
Que jamais sans roman je n’oserais sortir
Ni trop m’aventurer dans de délicieux bras
Sans prendre de leçon qui pourrait m’avertir

D’une éventuelle dangereuse liaison
Qui pourrait m’arriver du jour au lendemain.
Ne pas s’entourer de toutes les précautions
Serait creuser le nid de problèmes sans fin…

Aimer les livres et leurs bons enseignements
Est la clef d’une vie heureuse et réussie,
Ils nous offrent toujours d’abréger nos tourments,
D’améliorer nos cœurs, et nos sens en sursis

Et malgré mon envie de brûler les étapes,
D’accumuler amants, amantes et désirs,
Je freine mes ardeurs avant que ne me happe
L’insatiable appétit qui me fera souffrir

Car la vie toute entière en ses multiples dons
Est tellement prospère en cadeaux de tout style
Que profiter de tous est impossible, au fond,
Alors la frustration me laissera fébrile.

Je me laisse bercer par ces phrases chiadées
Que nous offre le grand Choderlos de Laclos
En rêvant d’un Valmont, contente d’avoir joué
Dans la cour des plus grands, et attendant bientôt

D’enfin vivre moi-même un autre de ces rôles
Que les livres nous offrent pour nous rendre heureux,
Et de croquer mes rêves comme sans contrôle
Pour jouir sans hésiter car la vie est un jeu…

[ITW] PPDA : « Ecrire, produire, créer, c’est magnifique. »

juillet 20, 2010 dans En vrac, Interviews

Patrick Poivre d’Arvor soigne son grand retour sur France 2 : le lundi 12 juillet à 22h40, il présentera « L’autre prince », un documentaire exclusif sur le prince Albert II de Monaco. Entretien.

NEWS-SHOW

Est-ce vous qui avez proposé ce documentaire ?

Oui, absolument. J’ai croisé le prince Albert en avril au moment de l’open de tennis de Monte-Carlo, et comme il a parlé du cinquième anniversaire de son accession au trône, je me suis dit que c’était une bonne façon d’essayer de l’interviewer – parce qu’il donne très peu d’interviews, finalement – et de faire le point sur sa vie de nouveau souverain.

Quand vous avez eu l’idée de faire ce documentaire, saviez-vous déjà qu’il allait se fiancer ?

Non, pas du tout ! Je l’ai appris un peu avant qu’il demande, mais je l’ai appris fin juin.

Pourquoi ce titre, « l’autre prince » ? C’est déjà le titre du livre de Christiane Stahl, sortie fin 2009, sur le prince Albert…

Exactement. Je trouve que le titre de son livre retranscrit assez bien ce personnage finalement mal connu, qu’on croit très bien connaître. On a envie d’avoir un autre regard sur cet homme – vous allez voir, il est assez surprenant. Il y aura des aspects de sa personnalité que les gens ne connaissent pas forcément.

Quels sont les sujets abordés dans le documentaire ?

Je parle de toutes les accusations sur Monaco, tout ce qui fait tourner la principauté, et puis il y a les aspects sur l’environnement, sur le sport, sur l’humanitaire, sur la relation avec la France… C’est une longue interview de 70 minutes avec des reportages, des enquêtes, faite le 29 juin, au terme de laquelle il me présente sa fiancée avec laquelle j’échange lors d’une petite interview. Je ne l’avais jamais vue.

Vous revenez sur France 2 après 26 ans d’absence. Ca vous plaisir, vous en aviez envie ?

Ça fait maintenant deux ans que je suis sur France Télévisions avec l’émission La traversée du miroir sur France 5, mais quand on m’a rappelé, ça m’a fait drôle…

Y a-t-il d’autres documentaires de prévus ?

Oui, il y a d’autres documentaires, mais pour France 5 sur les maisons d’écrivain. Je vais tourner ça cet été, sur ce que les maisons racontent sur ces écrivains. Et puis un autre documentaire que je vais tourner lundi prochain à Colombey-les-Deux-Eglises pour France 3, qui sera diffusé le soir du quarantième anniversaire de la mort du général, donc en novembre prochain.

Votre actualité en ce moment est assez surprenante : d’un côté vous avez un documentaire sur un prince, et de l’autre vous mettez en scène un opéra sur une bohémienne. Dans le fond comme dans la forme, c’est un grand-écart ! Ca vous amuse de faire des grand-écarts depuis vous n’êtes plus à TF1 ?

Je suis parti il y a  deux ans jour pour jour puisque je suis parti le 8 juillet 2008, et depuis ça me permet de faire des choses qui me passionnent, des enquêtes où je peux vraiment prendre du temps. Pour moi c’est vraiment important. Là, j’ai fait une interview de 70 minutes, je préfère ça à une interview de trois minutes. Les interviews que je fais pour La traversée du miroir, là aussi je prends du temps. Les enquêtes sur Arte, là aussi… Voilà, j’aime bien les choses en profondeur, ça me plaît beaucoup, ça m’intéresse beaucoup.

Dans un peu plus de deux ans vous aurez 65 ans. L’âge de la retraite ?

Non non non non, pour l’instant j’ai 62, c’est pas du tout au programme. Je pense que je continuerai à écrire, à produire, et à créer, parce que je trouve ça magnifique. Quand on a la chance de faire un travail voulu et non pas un travail subi, on n’a pas envie d’accélérer le cours de choses.

Revenons au mariage d’Albert II… Toutes les petites filles rêvent d’être une princesse ; est-ce que quand vous étiez un petit garçon, vous rêviez de devenir un prince charmant ?

[Il rit.] Je suis un prince charmant… Non, je ne sais pas, je ne rêvais pas à ça… Je rêvais à l’idée d’être un aventurier, plutôt, d’être un écrivain… Et d’ailleurs je vais raconter dans un livre qui sortira en octobre prochain, avec mon frère, les aventuriers qui sont allés jusqu’au bout de leurs rêves. Et ce sera le titre, d’ailleurs, Jusqu’au bout de leurs rêves.

Est-ce que vous êtes invité au mariage d’Albert II ?

C’est dans un an, on a le temps…

Propos recueillis le 09/07/2010.

[HUMEUR] Le 20-Heures de TF1 : de la nourriture pour nos sens

novembre 12, 2009 dans En vrac, Société, Travaux universitaires

Consigne :
Faites une analyse sémiologique d’un programme télévisé.

Correction :
Bon travail de décryptage, avec la pointe d’humour nécessaire.

Le JT est un cérémonial. Toute la famille en profite, en général à l’heure du dîner. Celui de TF1 est le plus regardé de France. Analyse.

Roulements de tambours, avalanche de cordes dont le volume va crescendo, jusqu’au climax. Ce sont les trois premières secondes de la musique des « infos », qui tient en respect les familles les plus récalcitrantes.

Et pour cause. Le thème est celui des Dents de la mer, à peine remasterisé (voir vidéo ci-dessous). Si, du temps de nos aïeux, le bénédicité rappelait chaque jour notre humble situation de mortel, le générique instille les mêmes sentiments universels : la peur de ce qui pourrait arriver, et la joie soulagée et voyeuriste d’être devant le poste, et non dedans.

Une fois l’attention captée, Laurence Ferrari présente le menu. La femme-tronc, assise et les jambes sous la table, prend place à nos côtés. Devant un fond dont les tons bleus rassurent et apaisent, la voix se veut lénifiante pour faire passer en douceur une volée d’horreurs. Mais ne murmure pas à l’oreille des ménagères qui veut. Si deux générations de Français aimeraient appeler PPDA « Papa », la nouvelle papesse de la grand-messe n’a pas une once d’empathie maternelle. Les audiences braillent – mais redoublent de risettes à la vue de Claire Chazal, plus convaincante dans notre rapport freudien à l’information.

Puis le repas se déroule : en entrée, que des mets habituels, presque banals. Une tomate pour un marronnier, une grève dans la salade, assaisonnée quand même de vinaigrette et d’une catastrophe naturelle.

Et le ton se fait plus grave : « C’est l’enquête, de ce 20-Heures ». Le rôti se découpe avec respect. Les petits pois, dégustés avant et après, sont autant de faits divers sordides, âpres mais enivrants comme du bon vin. L’estomac, craignant un ulcère, refuse un deuxième service, l’actualité internationale prend donc la suite. Comme le fromage, certains l’aiment forte, d’autres fade.

Enfin, le dessert réjouira petits et grands. Le sport et la culture, sucrés à souhait, prouvent que la vie est belle, malgré tout ce qu’on a avalé avant. Plus d’inquiétude, on peut se laisser aller à un petit digestif pendant qu’Evelyne Dhéliat nous annonce ce qu’elle va nous redire après la pub. En terrain connu, nous revoilà disponibles pour la suite des programmes.

Que Patrick Le Lay se rassure. Beaucoup de familles françaises ont du Coca-Cola sur la table.

VideoGenerique du JT de TF1 et les dents de la mer

[HUMEUR] Honni soit qui bien y pense

novembre 2, 2009 dans Culture, En vrac, Société, Travaux universitaires

Consigne :
Ecrivez une chronique de 1500 signes.

Correction :
Aucune chance qu’il vous épouse après une telle volée de bois vert. Eh oui, le monde est injuste. Mais vous trouverez votre place avec une telle énergie. Bien.

Jean Sarkozy aurait pu être nommé à la tête de l’EPAD. 23 ans, bac +1. J’aurais pu participer à une émission de téléréalité pour pouvoir peut-être décrocher un stage à Gala. 26 ans, bac +7.

Loin de moi l’idée d’interpréter ces faits en poussant des hauts cris d’orfraie. Laissez-moi juste donner quelques conseils…

Mademoiselle, suez sang et eau au McDo du coin pour financer vos trois années de cours Florent. Lou Doillon prendra le rôle que votre talent (pas le sien, rassurez-vous) aurait mérité.

Jeune homme, dépensez vos émoluments de barman dans une maquette de vos chansons. Vincent Delerm fera déprimer les gens que vous auriez fait rêver.

Jeune fille, offre-toi des implants mammaires. Etre candidate à Secret Story t’ouvrira plus facilement les portes de la jet-set que des études dans l’évènementiel.

Jeune collégien rêveur, ne travaille plus tes alexandrins. Plus tard, tu seras arnaqueur de stars et tu signeras chez Michel Lafon.

Les jeunes, surtout quittez l’école tôt. Le Pôle Emploi ne vous aidera que si vous avez bac+2 ou moins.

Etudiants en journalisme, vous n’avez pas écouté ce que je viens de dire. Bon, mais puisque vous y êtes, surtout soyez médiocres. Vous faites peur à vos employeurs potentiels.

Moralité : avoir un emploi et du talent tout en étant dépourvu de nom célèbre et/ou de 95C est impossible. Meghan McCain ne dira pas le contraire. Et moi, je ne vois plus qu’une issue à mon triste sort.

Voulez-vous m’épouser, monsieur Poivre d’Arvor ?

[MEMOIRE] Le journalisme littéraire : une profession-passion

juin 30, 2008 dans Culture, En vrac, Travaux universitaires

« Le journalisme littéraire : une profession-passion » n’est pas vraiment un mémoire dans la définition universitaire du terme. Il s’agit plutôt d’un dossier complet sur un métier et d’une réflexion ancrée dans le contexte de mes études.

Afin d’avoir un aperçu le plus complet sur cette profession, j’ai interrogé trois journalistes : Patrick Poivre d’Arvor pour la télévision et la presse écrite, Karine Papillaud pour le web et Bernard Lehut pour la radio.

J’ai effectué ce travail dans le cadre de ma troisième année de Licence d’Information et de Communication à l’Université Paris-3 Sorbonne Nouvelle en 2008. J’ai obtenu la note de 16/20.

Le journalisme littéraire : une profession-passion (PDF)

[ITW] Patrick Poivre d’Arvor : « Un journaliste littéraire doit avoir envie de tout découvrir »

avril 23, 2008 dans Culture, En vrac, Interviews, Travaux universitaires

Dix jours après avoir interviewé une femme journaliste de TF1, me voilà de retour. Décidément… Je dois avoir un bon karma avec cette tour. Un karma excellent, même, puisque aujourd’hui j’ai rendez-vous avec Patrick Poivre d’Arvor. Excusez du peu. J’appréhende, bien sûr, je suis un brin nerveuse : la secrétaire m’avait prévenue – j’ai quinze minutes, pas une de plus. Bigre.

Les ascenseurs aux écrans de télévision encastrés m’emmènent jusqu’au deuxième étage. Le calme règne. Il est 12:30, ce n’est pas la ruche que j’attendais. La moquette feutre mes pas, j’arrive en silence dans le bureau de ses deux secrétaires, qui me laissent patienter sur une chaise à quelques centimètres de la porte de son bureau. Alors comme ça, c’est derrière ce portrait de la Vierge que se cache l’antre de l’homme le plus regardé d’Europe ?

Voilà qui me laisse songeuse… Mais n’ayant pas la télé, je connais moins le présentateur-vedette que l’écrivain. Et ça tombe bien, puisque je viens l’interviewer sur sa fonction de journaliste littéraire dans le cadre de l’écriture d’un mémoire.

La secrétaire m’invite à entrer. Le cœur battant, je franchis la porte et entre dans son bureau. Et le voilà, qui vient vers moi, cet homme-tronc tout en jambe… Il me serre la main, me souhaite la bienvenue, et me propose de m’asseoir. Je ne me laisse pas impressionner par l’aura puissante qu’il dégage, je reste concentrée, et je dépose délicatement le dictaphone sur son bureau.

Entretien avec l’intervieweur interviewé.


FP – Vous avez une licence de droit, vous avez fait Sciences-Po, Langues Orientales, et enfin le CFJ. Parmi toutes ces formations, avez-vous eu une quelconque spécialisation en journalisme culturel ?

Patrick Poivre d’Arvor – Non, je n’ai pas eu de spécialisation particulière. C’est juste mon propre goût, le fait d’avoir aimé les livres depuis la préadolescence, qui m’a mené au journalisme littéraire.

FP – Vous présentez Vol de Nuit et Place aux Livres… Vous y êtes arrivé par passion, alors ?

PPDA – Oui par passion, parce que comme les livres m’ont beaucoup appris, j’ai eu à mon tour envie d’apprendre aux autres et de leur dire : « Lisez, vous allez voir comment vous allez vous enrichir, comment vous allez découvrir d’autres mondes… »

FP – Ces émissions viennent de vous, alors ?

PPDA – Oui. C’est moi qui les ai proposées dans les deux cas, aussi bien à TF1 il y a 20 ans qu’à LCI il y a maintenant 14 ans. Et depuis, ça dure.

FP – Vous présentez donc ces émissions, mais est-ce que c’est votre seul rôle ?

PPDA – Je ne suis pas producteur : il y a quelqu’un qui fait ça très bien, qui s’appelle Anne Barrère. Elle s’occupe des problèmes techniques, de matériel, de toute nature. Mais en revanche la programmation, c’est moi qui la dirige, oui. Il y a juste deux personnes qui travaillent sur l’émission : il y a Anne, donc, et Jessica Nelson, qui m’aide pour la programmation, qui me donne deux ou trois pistes sur les livres intéressants. Et je fais le choix définitif à chaque fois de qui je prends, ou de qui je ne prends pas, parce que malheureusement il y a des choix à faire. Il y a tellement de livres… J’en reçois 40 par jour, des livres, vous vous rendez compte ? Et il y a deux émissions par mois, donc il faut faire des choix.

FP – Et quand ce sont des émissions à thème, c’est vous qui choisissez le thème ?

PPDA – Ca démarre parfois par un thème, puis très vite j’agrège d’autres sujets qui ne sont pas forcément dans le thème direct. C’est difficile de réussir à trouver un thème à chaque fois.

FP – Vous êtes chroniqueur, aussi, à Nice Matin et à Marie-France. Quelle différence faites-vous entre un journaliste littéraire, un chroniqueur, et un critique ?

PPDA – Alors d’abord j’essaye toujours, aussi bien à Marie-France qu’à Nice Matin, d’évoquer des livres que je n’ai pas évoqués dans les émissions de télévision. Je trouve qu’il y a tellement peu de place pour parler des livres qu’il faut éviter de parler toujours des mêmes. J’essaye de donner leur chance à beaucoup de livres. Alors un critique c’est bien simple, c’est quelqu’un qui décortique et qui dit ce qu’il a aimé ou pas aimé de tel livre. Il se trouve que mon choix à moi c’est plutôt de parler des livres que j’ai aimés. Les livres que je n’ai pas aimés je les mets de côté, ou je les offre. Mais la place étant très réduite, tellement réduite…

FP – Oui c’est court, c’est quelques lignes…

PPDA – Oui, mais même plus généralement, je parle de la place pour parler des livres ! Ce serait trop bête d’utiliser cette place pour en dire du mal. Sauf si vraiment c’est des escroqueries majeures et qu’il y a quelques statues qui ont besoin d’être déboulonnées.

FP – Vous avez dit critique, mais en fait vous êtes présenté comme chroniqueur. Où se trouve la différence, alors ?

PPDA – Oh je ne sais pas… je chronique, c’est-à-dire que je raconte… Normalement un chroniqueur raconte la chronique de la vie littéraire, voilà la différence… Sinon, ça ne change pas grand-chose…

FP – Qu’est-ce qu’un bon journaliste littéraire ?

PPDA – C’est quelqu’un qui n’a aucun a priori, pour moi c’est la base. Il faut vraiment surtout avoir envie de tout découvrir – et après il arrive ce qu’il arrive. Mais surtout ne pas avoir d’a priori, aussi bien positif que négatif. C’est vrai qu’il y a des livres, des collections, des éditions, des auteurs dont a priori on pense le meilleur bien. Il faut les regarder comme les autres. Il faut éviter d’aller dans le panurgisme, aussi bien d’un côté que de l’autre. Et c’est aussi quelqu’un qui est didactique, qui donne envie – ça c’est très important. Donner envie.

FP – La plupart des journalistes littéraires sont aussi écrivains. C’est votre cas… Faut-il être écrivain pour avoir une émission littéraire ?

PPDA – Non, je ne crois pas. Il y a peu d’exemples du contraire, c’est vrai, mais c’est tout à fait possible de faire du journalisme littéraire sans être auteur.

FP – Votre fonction principale au sein de la chaîne est d’être présentateur du 20-Heures… En mettant de côté votre statut d’auteur, et par choix, auriez-vous pu vivre seulement de la littérature ?

PPDA – Par choix, oui. Par choix j’aurais pu, mais c’est vrai que je me suis embarqué dans les deux aventures… Mais j’ai d’abord commencé par la littérature, puisque j’ai écrit mon premier livre à 17 ans. Et après, assez vite, je suis arrivé dans le journalisme. C’est vrai que ce sont deux passions, que j’ai voulu essayer de mener de pair.

FP – Et vous y arrivez bien…

PPDA – Pour l’instant, mais je suis parfois un peu fatigué… Je viens de terminer un livre qui va sortir la semaine prochaine, qui s’appelle Horizons lointains[1], sur les écrivains voyageurs.

FP – Quels conseils donneriez-vous à un journaliste qui voudrait se spécialiser dans lalittérature ?

PPDA – C’est essentiellement de penser que ce n’est pas acquis. C’est bien de le vouloir, mais comme l’espace est assez réduit, il est préférable d’avoir une autre spécialité, par ailleurs. Mais si c’est possible…

FP – Ou bien multiplier les contrats dans les différents médias…

PPDA – Oui bien sûr, voilà c’est ça. Exactement. Parce que c’est assez difficile de pouvoir vraiment vivre de cela. C’est assez difficile.

FP – Merci beaucoup…

PPDA – Bonne chance à vous.

J’arrête le dictaphone, et je me détends enfin. Je suis sous le charme. Tout s’est très bien passé. Il prend le temps de papoter un peu, avec sa voix reconnaissable entre mille. Joue le jeu pour la photo. Accepte un Haribo que je lui tends.

Et les quinze minutes sont écoulées. Plus question de poignée de main, la bise est de rigueur. Dans son bureau, le temps semble s’arrêter.

Aurais-je percé le secret de son extraordinaire longévité ?…


[1] Horizons lointains, aventures d’écrivains, Editions du Toucan, 2008