[CINÉMA] 5 bonnes raisons d’aller voir « Le Grand Tout »

octobre 8, 2015 dans Culture, En vrac

« Le Grand Tout », c’est un film de hard SF français fait par des passionnés. C’est surtout une oeuvre qui mérite d’être diffusée dans un maximum de salles en France et c’est malheureusement loin d’être le cas. Voici donc 5 bonnes raisons d’en parler au gérant ou à la gérante de votre salle de cinéma préférée, si vous avez la chance de le/la connaître – et je ne plaisante pas, si vous en avez la possibilité, faites-le !

1. De la hard SF française, on n’en voit pas beaucoup
Certes, on a « Le 5ème élément » (qui est un putain de bon film, allez cracher votre venin anti-Besson ailleurs, merci) mais c’est plus de la space fantasy que de la SF (tout comme « Star Wars », d’ailleurs). On a aussi « Un ticket pour l’espace » dans le 43ème degré, les cultissimes « La Soupe au choux » et « Les Gendarmes et les Extraterrestres » et quelques autres également qui montrent que la France ne traite de la SF qu’avec humour et légèreté. S’il y a quelques exceptions à cette règle, aucun en tout cas ne prend pour base scénaristique des théories physiques.
C’est le cas du « Grand Tout » qui confronte un groupe d’humains à la réalité de la relativité générale d’Einstein.

2. Le site
Malgré un budget très serré, l’équipe fait les choses bien jusqu’au bout : le site est une mine d’informations sur le film, tout ce qu’il y a autour, et tout ce qu’il y a dedans. Excellent boulot sur la page Facebook également.

3. Les personnages
C’est un huis clos à 5 personnages et les co-scénaristes, les frères Nicolas et Yann Bazz, ont donné deux rôles de scientifiques à des femmes pour un équipage mixte et équilibré. Eh ben ça fait plaisir.
En plus, le casting est réussi et l’alchimie entre les comédiens fonctionne, ce qui ne gâche rien.

4. Le voyage
Jamais de la hard SF au cinéma ne nous avait fait voyager aussi loin (cela dit je n’ai pas tout vu, donc si vous avez des références à me proposer, je prends !!)
Fort de 4 ans de post-prod, on est complètement embarqué dans le voyage avec les personnages et un soin tout particulier a été pris pour que les images soient les plus proches de la réalité possible. C’est grandiose, et la bande-son est à la hauteur des images.

5. Le voir pour ne pas mourir dans d’atroces souffrances
Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Muradin.

Il est diffusé en ce moment au Saint-André des Arts à Paris, avec une rencontre avec le réalisateur après chaque séance. Si ça, c’est pas la classe (et une chance !!) je ne vois pas ce que c’est.
Dans tous les cas, j’ai pu l’interviewer – avec Pierre-Alain de Garrigues qui joue Harry – et j’y reviendrai longuement dans « La folle histoire de l’Univers » 52 qui est en cours d’écriture.

Bon film, et parlez-en autour de vous ! :-)

[ITW] Virginie Spies : « Chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse »

juillet 25, 2014 dans Culture, En vrac, Interviews

Salut Terrien(ne)s ! C’est la planète Mars. Récemment, l’une d’entre vous a publié un roman en ligne chapitre par chapitre qui s’appelle « Mars Océan« . On me l’a raconté, j’ai kiffé, j’ai voulu en savoir plus.

Qui es-tu, Virginie ?
Je suis une terrienne, Maître de conférences à l’Université d’Avignon et sémiologue, spécialiste de la télévision et je travaille aussi sur les liens entre télévision et réseaux sociaux. J’ai écrit deux livres scientifiques sur la télévision. Ce qui m’intéresse, dans mon métier, c’est d’analyser pourquoi les programmes populaires plaisent. J’essaye de comprendre et décoder les pratiques et le succès des émissions. Je suis aussi auteur et metteur en scène de théâtre, j’ai écrit une trilogie sur la télévision et la célébrité, et mes pièces ont été jouées à Avignon entre 2011 et 2013.

Peux-tu nous présenter le projet de Mars Ocean ?
Avec plaisir ! Quand j’ai entendu parler du projet Mars One, au printemps 2013, j’ai trouvé ce projet fou pour deux raisons : d’abord on allait pouvoir partir sur Mars mais sans possibilité de retour sur Terre et ensuite, l’expérience serait filmée « à la manière » d’une émission de télé-réalité. Ce sont ces deux choses qui m’ont vraiment interpellée. La télé-réalité parce que c’est l’un de mes objets de recherche, et le non-retour parce que la question de la disparition me taraude depuis longtemps.
D’ailleurs, ma dernière pièce « L’île aux célébrités » est l’histoire de célébrités qui se retrouvent sur une île après avoir fait croire au monde entier qu’elles étaient mortes. Cette histoire se base sur la « rumeur de survie » qui raconte qu’Elvis ou encore Marylin ne seraient pas morts mais qu’ils couleraient des jours heureux sur une île.

Ce qui m’intéresse, avec le projet Mars One, c’est que des personnes vont accepter en quelque sorte de disparaître, tout en devenant des célébrités mondiales. Pour moi, c’est le degré ultime de notre société du spectacle. Enfin, je travaille depuis quelques années sur la question du bonheur. J’imagine que les personnes qui veulent partir sur Mars partiront certes à la conquête d’une nouvelle planète, mais ce sera d’abord une quête d’eux-mêmes : ils cherchent quelque chose de l’ordre du bonheur ultime, ce serait la réalisation d’une vie.

Avec le projet Mars One, j’avais donc tous les ingrédients pour un roman qui toucherait à tout ce qui m’intéresse. Le sujet est devenu comme une évidence.

Pourquoi n’avoir pas utilisé le vrai projet Mars One, alors ?
Parce que je préfère utiliser un bout du réel que le réel dans sa totalité pour partir dans la fiction. Ce qui m’intéresse dans Mars One, c’est son projet de départ et comment, à partir de cela, je peux emmener le lecteur quelque part. En tant qu’auteur, le projet Mars One est un point de départ, c’est lui qui m’a donné l’idée du roman.

Par ailleurs, je n’avais pas envie d’être « attaquable » par les concepteurs du projet lui-même, je ne voulais pas leur faire du tort, ni peiner ceux qui ne veulent pas que l’histoire de Mars One se déroule comme je l’ai imaginé, en tant qu’auteur de fiction ;-)

Le spatial utilise beaucoup Internet pour être relayé : les comptes Twitter des sondes et robots qui partagent des infos et des photos venues de loin (de chez moi particulièrement :p), la vie des astronautes 24h/24 dans l’iSS, la Terre filmée en direct et en HD, la retransmission des lancements de fusée, les astronautes qui tweetent et qui bloguent, des Hangout avec l’ISS… Es-tu sûre que l’avenir de la communication de l’exploration spatiale, dont la mienne, soit à la télévision ?
Oui et non. Je m’explique : D’une part, ce que je constate dans mes recherches, c’est que l’univers médiatique n’est plus cloisonné. Nous sommes dans un univers transmédia : il n’y a plus la télé d’un côté, la radio de l’autre, puis Internet quelque part, la presse écrite ailleurs, etc. Les médias sont connectés les uns aux autres, le téléspectateur regarde la télé partout, tout comme le lecteur utilise plusieurs supports.

D’autre part, si en effet le spatial utilise beaucoup Internet, ce qui compte encore et qui comptera pendant de nombreuses années, c’est la télévision car elle génère de forts revenus et qu’elle est capable de rassembler un large public au même moment. Elle s’appuie beaucoup sur le web mais, à l’inverse de certains analystes, je pense que la télévision n’est pas morte. Elle se sert du web pour étendre son pouvoir et les réseaux sociaux lui ont même donné une nouvelle jeunesse. Et puis, aucun média n’a jamais tué l’autre. Par exemple, quand la télé est arrivée, le cinéma a cru qu’il allait en mourir. Aujourd’hui, c’est la télé qui finance en grande partie le cinéma !

Donc je suis désolée, chère Mars, mais ton avenir passe en partie par la télévision ;-)

Dans quelle mesure t’es-tu inspirée (ou pas !) des émissions de télé-réalité existantes dans Mars Ocean, notamment pour traiter l’enfermement et le côté psychologique d’une telle aventure ?
Je me suis vraiment inspirée des émissions de télé-réalité existantes. Je suis allée puiser dans mes connaissances et mes analyses de ce genre télévisuel. D’ailleurs, l’un des héros de Mars Ocean dit que cette forme de télé-réalité est une expérience ultime, qui rassemble à peu près tous les traits de cette télévision si populaire.

As-tu entendu parler de l’expérience Mars500 ?
Oui, mais je ne m’en suis pas inspiré pour écrire. Une fois que les personnages et la situation étaient posés, l’histoire s’est déroulée presque d’elle-même. C’est ce que j’aime dans l’écriture de la fiction !

Pourquoi une séparation physique entre les scientifiques et les autres, alors qu’ici, les Humains auront sans doute besoin d’être tous en relation les uns avec les autres ?
J’ai voulu qu’ils soient dans deux lieux différents pour l’intrigue, et aussi parce que, même si ce n’est pas comme cela que c’est envisagé pour l’instant par Mars One, il est possible que cela se passe comme ça si on veut créer du buzz avec des personnages « intéressants » en terme de télé-réalité. Après, cela pose en effet des problèmes, je les développe d’ailleurs dans le roman mais je n’ose pas en dire plus ici pour les personnes qui n’auraient pas encore découvert l’histoire ;-)

En tant que sémiologue, que penses-tu de la recrudescence de la présence d’astronautes en ce moment, notamment dans les publicités et au cinéma, alors qu’aucun être humain n’a posé le pied sur la Lune depuis 1972 ? Tu crois que c’est grâce à moi, ou en tout cas à l’espoir de venir m’explorer dans pas longtemps ? :p
Je crois que ce succès est dû en partie à l’espoir d’un monde meilleur, d’un ailleurs ou d’autres choses seraient possible. Depuis que je suis née, je n’ai entendu parler que de la crise. Or nous avons tous besoin de rêver, d’imaginer qu’ailleurs, il existe quelque chose de mieux. Et puis bien sûr, c’est certainement un peu grâce à toi chère Mars, tu as quelque chose de sexy car tu es mystérieuse. Tu as vu toute la littérature sur toi ? L’imaginaire du « martien », c’est pas rien tout de même !

Oui mais c’est aussi beaucoup de n’importe quoi… Est-ce que tu aimerais venir me voir, d’ailleurs ?
Je n’imagine pas aller sur Mars un jour, je vais déjà essayer de bien voyager sur Terre. Pour l’instant, je préfère imaginer ce qui pourrait se passer sur Mars et j’espère regarder l’émission lorsqu’elle se réalisera « en vrai ». A ce moment, crois-moi, je serai ta plus fidèle téléspectatrice !

Mars One vient d’annoncer qu’ils ont signé un contrat d’exclusivité avec Darlow Smithson Production pour la retransmission télévisée de la sélection des futurs marsonautes (dans un premier temps). Etant donné leurs productions, ils ont l’air très sérieux et spécialisés dans les sciences, l’environnement et les technologies. Mais c’est aussi une filiale du groupe Endemol dont j’ai de mauvais écho. Ton avis sur ce partenariat ?…
Pour tout te dire, cela ne m’étonne pas. Que faut-il pour que Mars One se réalise ? De l’argent. Donc des futurs annonceurs. Pour avoir des annonceurs, il faut une émission qui cartonne, et qui a été le précurseur de la télé-réalité ? Endemol bien sûr. Il va donc falloir inventer un programme qui fonctionne en terme d’audience, et pour une saison qui ne se terminera jamais. C’est complètement fou, c’est ça, dans le fond, le sujet de mon roman. Je pense que tout cela peut arriver car l’imagination des êtres humains n’a pas de limites, et franchement, cela peut être dangereux car le projet Mars One, c’est tout de même autre chose que de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola.

Y a-t-il une actualité pour le projet Mars Ocean ?
Le roman a démarré sur un blog, que je continue d’animer, et maintenant il est disponible sur Amazon en téléchargement. Et pour tout te dire, je suis à la recherche d’un éditeur, car je n’ai pas envie d’arrêter là. Si ça marche, je t’en envoie un exemplaire ?

Oh oui ! Ça me fera de la (re)lecture en attendant les premiers êtres humains, merci Virginie ! :D

[PODCAST] La folle histoire de l’Univers 9

novembre 18, 2012 dans La folle histoire de l’Univers, Vidéos

Cette semaine, je repasse sous la barre des dix minutes ! Mais avec une jolie surprise : des titres et intertitres animés concoctés par mon ami Pascal Mabille, que je remercie chaudement… Ajoutez le fait que je commence à me sentir à l’aise avec iMovie, et tout ça prend forme !

Merci encore à ceux qui notent et laissent des commentaire. C’est la meilleure façon pour vous de me dire que vous avez apprécié mon travail ! :-)

Éclipse australienne

Google, Chrome, et la Voie Lactée

http://workshop.chromeexperiments.com/stars/

http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/11/16/01008-20121116ARTFIG00416-100000-etoiles-de-la-galaxie-cartographiees-par-google.php

CFBDSIR2149 (à vos souhaits), exoplanète errante

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/une-exoplanete-errante-dans-la-banlieue-du-systeme-solaire_42666/#xtor=AL-27-1[ACTU]-42666[une_exoplanete_errante_dans_la_banlieue_du_systeme_solaire

Uwingu, livre de prénoms de planètes suggérés par les internautes

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/espace/20121113.OBS9162/nommer-des-planetes-pour-financer-la-recherche-spatiale.html

http://betaclone.uwingu.com/nominate-planet-names/#.UKewqOMSXdM

Fibre Tigre a la fibre acide

https://twitter.com/FibreTigre/status/267221152114565120

Podcastscience, lauréat du Golden Blog Award catégories Sciences soutenu par le CNES

http://www.podcastscience.fm/

[PODCAST] La folle histoire de l’Univers 6

octobre 28, 2012 dans La folle histoire de l’Univers, Vidéos

Et de 6 ! C’est fou comme ça passe vite. Cette semaine, j’ai eu un peu de mal à remplir mes 8 catégories – c’était pas folichon niveau actu et nouveautés. Mais j’espère que vous passerez un bon moment !

Merci encore à tous ceux qui mettent une note et un commentaire sur iTunes (accessible ici). Ce n’est pas grand-chose mais c’est la plus belle récompense que vous puissiez m’offrir – avec votre téléchargement et votre écoute.

L’Univers vu par Chloé, 9 ans

https://twitter.com/AudeNectar/status/259996683990077440

Dessin de Chloé, 9 ans

Le bulbe de la Voie Lactée en 9 milliards de pixels

http://www.gurumed.org/2012/10/25/vrifiez-quil-y-a-bien-84-millions-dtoiles-dans-cette-image-au-9-000-milliards-de-pixels/

http://www.skymania.com/wp/2012/10/nine-billion-pixel-photo-shows-84-million-stars.html/7138/?utm_source=feedburner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+skymania%2FNZCJ+%28Skymania+News+%7C+Space+headlines%29

http://www.eso.org/public/images/eso1242a/zoomable/

La photo aux 9 milliards de pixels et aux 84 millions d'étoiles

Valles Marineris : le plus grand canyon du système solaire

http://webodysseum.com/videos/valles-marineris-the-grand-canyon-of-mars/

http://www.esa.int/images/valles_3d_H.jpg

Thomas Pesquet : le premier homme sur Mars sera-t-il français ?

http://www.esa.int/esaCP/SEMPKJMFL8H_France_0.html

Les jeunes européens, la science et le CNRS

http://www.science.gouv.fr/fr/agenda/bdd/res/4762/22emes-rencontres-cnrs-jeunes-ldquo-sciences-et-citoyens-rdquo-/

http://www.cnrs.fr/sciencesetcitoyens/spip.php?article4

https://twitter.com/search/realtime?q=%23jeunesCNRS&src=hash

La BD du LHC

http://www.lhc-france.fr/l-aventure-humaine/la-bd-du-lhc/

Intrication quantique et téléportation d’information

https://twitter.com/FlorencePorcel/status/262117834023399424

https://twitter.com/PhysQuant_VL/status/262117967595175936

http://www.rtflash.fr/nouveau-record-teleportation-quantique-sur-grande-distance/article

Découverte de Japet par Cassini

https://twitter.com/Saturne_VL/status/261738941131137025

Une tempête saturnienne gigantesque

Roman de SF : « Janus », d’Alastair Reynolds

[PERSO] Je suis née geek… et je m’en suis rendu compte hier

juin 23, 2012 dans Culture, En vrac, Personnel

On ne devient pas geek. On l’est, ou on ne l’est pas. Et c’est non sans émotion que je livre aujourd’hui mon coming-out sur la toile des Internets mondiaux en France : Papa, Maman, votre fille est geek (mais c’est pas grave).

Je soupçonnais bien quelques accointances avec la communauté, me sentant irrésistiblement attirée, mais me tenant toujours à l’écart, persuadée de ne pas y avoir ma place. Et ce n’est pas faux, dans un certain sens.

Mais c’est hier, à l’occasion d’une conversation avec ma coupine, à qui j’expliquais que je me refusais depuis des années de me mettre aux jeux vidéos parce que je savais que j’allais devenir accro et que je n’avais pas de temps pour une énième drogue chronophage, que l’évidence m’a un petit peu sauté à la gueule quand même.

Récapitulons… (Attention, risque de chute de gros clichés, on pourra pas dire que vous n’avez pas été prévenus – ce n’est pas une thèse mais un article de blog pour se divertir – merci, bisous.) (Attention, c’est aussi du 3615MyLife  !)

Si l’on part du principe qu’un geek est une personne qui se divertit par son imaginaire en se passionnant pour des domaines précis (source : Wikipédia, hein) et que ces domaines sont (en vrac) : le jeu vidéo, l’informatique, les sciences, la SF ou le fantastique en littérature ou au cinéma, les séries télévisées, les jeux de rôle, la BD, les mangas, etc…, alors :

- Depuis que j’ai réussi toute seule à déplacer ma petite chaise en bois à l’assise en osier devant la fenêtre de ma chambre, que j’ai grimpé dessus sans l’aide d’une grande personne et que, mes menottes plaquées contre les carreaux, j’ai pu regarder la Lune de tous mes yeux et la bouche ouverte de fascination, je m’intéresse aux sciences de l’Univers.

Mais alors attention, hein : pas juste comme ça en passant, non. Il faut que je sache tout, que je comprenne tout, que j’assimile tout, des notions les plus courantes et les plus intuitives à celles qui dépassent l’entendement humain. Je ne sais pas si on peut appeler ça « se passionner pour un domaine précis (…) dont les sciences (…) » – à ce stade j’appellerais plutôt ça une monomanie ou une obsession, mais, bon, passons.

Et puis ça fera sans doute l’objet d’un autre coming-out (ouais, j’aime bien coming-outer, c’est amusant, tiens.)

- Evidemment, du coup, mon domaine de prédilection au cinéma comme en littérature est la science-fiction (j’y reviendrai). Et le fantastique, aussi, même si c’est dans une moindre mesure.

- J’étais une petite fille très sage. Trop sage, même, puisque je n’ai aucun souvenir de connerie que j’ai pu faire. Sauf… une. J’ai menti une seule fois à mes parents, une seule, et c’était parce que j’avais séché le cathéchisme pour aller jouer à un jeu vidéo sur l’ordinateur de ma copine. (Je vous parle de ça, j’étais en CM1, donc ça devait être en 1991, hein.) Fascinée et attirée de manière irrationnelle par l’informatique et le jeu vidéo, déjà. A un point tel que j’avais osé désobéir et mentir…

- Par la suite, grâce à mes tous jeunes oncles et à mon papa (que je soupçonne d’être un peu geek aussi), j’ai pu manipuler les premiers ordinateurs mainstream (je me comprends). Entourée d’Atari, j’étais irrémédiablement attirée par cet écran bombé, cet univers gris et vert, les touches du clavier que j’adorais enfoncer, le joystick qui me fascinait, et tous les jeux que ça permettait…

(Pour l’anecdote, avant les Atari, je passais déjà pas mal de temps à jouer sur le Minitel. J’adorais le bruit et la sensation du clavier – et que je retrouve un peu sur mon MacBook Air, d’ailleurs… – et j’adorais écrire des lignes et des lignes de lettres ou de mots et de les voir défiler. Et cet underscore qui clignotait… Aaaaaah !! Hum. Bref.)

Modèle sur lequel j'ai fait mes armes. (Trouvé sur Google Images.)

- Mais les jeux d’ordinateur et les consoles (comme la télé, d’ailleurs) étaient interdits à la maison (à part quelques rares jeux éducatifs). Du coup, quand j’allais jouer chez mes copines, je restais rivée sur leur Tetris et leur Game Boy sans réussir à m’en défaire. Et le manque, déjà, quand il fallait rentrer. (Pour l’anecdote, le tout premier jeu payant que je me suis offert sur mon iPad a été un Tetris.)

Du coup, une année, j’ai demandé un jeu vidéo à Noël – sans trop d’espoir. Et je l’ai eu ! (J’ai cru au Père Noël, ce jour-là, j’avoue.)

Pas réussi à trouver de visuel plus net, mais larmichette quand même. (Si vous avez ça dans votre grenier et que vous ne savez pas quoi en faire, hein...)

Forcément, j’étais toujours dessus. Et quand il a fallu le partager avec PtiteSoeur et PtiFrère, ce fut le drame. J’étais tellement accro, déjà… Et surtout, ce n’était pas juste : c’était MON jeu et je n’y avais droit qu’un tiers du temps ! Qu’on me le laisse au moins la moitié, et que l’autre moitié soit partagée entre eux… Mais non. Folle de rage et pour le garder pour moi toute seule, j’ai décidé de le cacher là où PtiteSoeur et PtiFrère ne le trouveraient jamais. Ce fut réussi.

Tellement réussi que je n’ai jamais réussi à le retrouver non plus… Appartement retourné de fond en comble, déménagement des années plus tard… Vingt ans après, Donkey Kong II reste disparu corps et biens.

Et croyez bien que le manque a été long à se dissiper…

- Quelques années plus tard, adolescente, j’ai découvert Tomb Raider lors d’un court séjour chez ma tante. Impossible de m’en défaire. J’étais fascinée. Mais du côté de mes parents, c’était toujours un « non » massif : pas de jeu vidéo à la maison. Ils avaient sûrement raison, vu l’état dans lequel ça me mettait…

Du coup, quand j’ai été assez grande pour prendre mon envol et être raisonnable, je me suis toujours tenue prudemment éloignée de toute sorte de jeux vidéo. Mais ça devient de plus en plus difficile à tenir… Surtout depuis que j’ai découvert ça dans la boîte de la Freebox TV.

AAAAAAAAAAAH !!!!! Vade retro !!!

- Si j’ai toujours dû refouler mon goût pour les jeux vidéo, on m’a en revanche toujours laissée libre de rester collée à un ordinateur. Pour mes 16 ans, j’ai demandé un modem pour qu’on puisse avoir Internet. Je me rappellerai toujours du chèque de 1000 francs que m’avait envoyé mon parrain, avec la carte de visite qui indiquait « Bon pour un modem ». J’étais comme une ouf. (Mon papa aussi, je crois, hihihi.) On allait avoir Internet avec ça…

Mon premier modem <3

Et je peux vous dire que j’utilisais chaque seconde de chaque minute qui m’était allouée. Je ne pouvais déjà plus m’en passer…

Plus tard (beaucoup plus tard), j’ai découvert le code et j’ai adoré apprendre les notions de base. Un jour, quand j’aurai le temps, je me formerai vraiment. En attendant, j’adore « bidouiller » et trouver des trucs toute seule. Ca a quelque chose de magique…

Les sciences, l’informatique et les jeux vidéo… C’est fait. Passons au reste…

- Je ne suis pas spécialement fan de bandes-dessinées, à part les Astérix, Lucky Luke, Ducobu, Boule et Bill, Cédric, et autres Tintin sur la Lune (même s’il y a des chefs d’oeuvre du genre et que j’ai dû lire 12 000 fois la série des Charly quand j’étais jeune).

- Je ne connais pas l’univers des jeux de rôle (mais je sens que si on m’y avait initiée, j’aurais adoré). Cela dit, j’ai ça dans ma dévédéthèque et j’assume, SI SI. (Comment ça, c’est parce que y a Jeremy Irons dedans ??)

- L’accès à la télévision m’ayant toujours été refusé, je n’ai donc pas pu m’habituer à la regarder – et encore moins concernant des programmes réguliers et qui s’étirent dans le temps comme des séries. Cela dit, mon père acceptait souvent de m’enregistrer « Au-delà du réel, l’aventure continue » que nous regardions ensuite ensemble et qui reste pour moi une série culte, et la meilleure (de loin) (comment ça je peux pas savoir puisque je n’en connais pas beaucoup ??) Rien que le générique est un concentré de pur bonheur…

Il y a 3-4 ans, je me suis mise à « X-files » et j’ai tout vu d’un coup. En même temps, je devenais accro à « Lost », que j’ai depuis acquis en DVD. Terrifiant, ça, « Lost ». Le manque était horrible quand je devais attendre plus de 8 jours l’épisode suivant. Flippant… « Kaamelott », aussi, mais je ne sais pas si ça fait vraiment partie de l’univers geek. Quant au reste, jamais vraiment accroché à celles que j’ai tenté de suivre…

(Faudrait que je me mette à « Star Trek », quand même. Jamais vu. Ouais, je sais. Je sais.) (Et à « Docteur Who ». Et à… Ouais, bon. Ok.)

- Côté de films, j’étais tellement fan de « Retour vers le futur » que c’est le tout premier coffret DVD que je me suis offert (avant même n’importe quel film avec Jeremy Irons, c’est dire !!) Ce truc est cultissime. Je connais les trois par coeur depuis ma plus tendre enfance.

Je n’ai jamais réussi à lire « Le Seigneur des Anneaux » malgré les encouragements de mon père qui a tenté de m’y coller plusieurs fois. (Le style de Tolkien que je trouve imbitable, sans doute…) Mais c’était une de mes plus grandes claques de cinéma.

Et surtout, last but not least« Star Wars ». Je suis de la génération dont les parents ont fait découvrir la trilogie en VHS avant de la redécouvrir au cinéma. J’étais dingue. J’en avais des posters partout dans ma chambre. Je me prenais pour la Princesse Leia, je me coiffais comme elle. Je voulais épouser Dark Vador. (Je veux toujours épouser les méchants, cherchez pas, c’est comme ça.)

Lors d’un séjour en Angleterre en classe de 4ème, je me suis acheté un t-shirt Star Wars à Londres. La crétine de vendeuse avait oublié de retirer l’anti-vol plein d’une encre bleue indélébile. Ca l’a donc taché d’abord, puis troué ensuite quand il a fallu découper autour pour l’enlever. Je ne le quittais pas. Et un jour, il n’y a pas si longtemps, j’ai dû me résoudre à le jeter. Il était tellement usé jusqu’à la corde que même en chiffons il n’aurait servi à rien.

Je fais partie de la team déçu-par-la-trilogie-des-I-II-III et je suis comme une ouf à l’idée que les vrais de vrais vont ressortir en 3D au cinéma. CAN’T WAIT.

- En parlant de t-shirt… J’adore les t-shirts à l’effigie de trucs et de machins qui me bottent ou qui me font marrer. Le problème, c’est qu’il n’y a rien de moins glamour qu’un t-shirt, pour une fille. Et comme j’aime bien montrer mes nichons mon décolleté, j’achèterai des hauts de geek quand ils feront vraiment des trucs féminins. A bon entendeur…

(Bon, ok, j'ai récemment fait une exception pour celui-là...)

Et les gadgets… J’adore les gadgets de trucs de geeks. Mais ça, c’est comme les jeux vidéo : je refuse de tomber dedans. Sinon, on me perd ! Et je n’irai pas à Disneyland au Comic’Con de juillet prochain même si j’en ai l’occasion rêvée, NON NON NON. Bref…

Voilà. Je crois que le doute n’est plus permis. Avec le recul, je crois que c’est clair. A l’aube de mon trentième anniversaire (29 ans, les gars, je vais passer à 29 années à arpenter notre jolie planète), je le dis, l’assume, et le revendique : je suis une bonne grosse geek qui tache. Eh ben ça va mieux en le disant !

[LIVRE] Mes lectures d’août

septembre 6, 2011 dans Culture, En vrac

L’étranger, d’Albert Camus

Folio (première édition : Gallimard, 1957), 186 pages.
Littérature XXème siècle

Pourquoi ce livre
J’ai passé quelques jours chez un ami, et il travaillait ce soir-là. C’est le premier livre que j’ai vu dans sa bilbiothèque. Je suis d’origine pied-noir, ma grand-mère déteste Camus, mais je me suis dit qu’il serait peut-être temps, à mon âge, de m’émanciper… (N’allez surtout pas cafter, hein !!)
Résumé
Un mec tue un autre mec et il est condamné pour ça.
Mon avis
Ok. Euh… Pas compris l’intérêt littéraire/philosophique/historique/autre. Vide de sens. Ou s’il en a eu un, alors il a très mal vieilli. Mais bon pour la culture générale, alors… Me voilà instruite de ce-qu’il-faut-absolument-avoir-lu et de ce-qu’il-faut-absolument-avoir-âââdôré. Super.
Personnellement, ça m’a choquée plus qu’autre chose : tout part du fait (un détail dans ce roman !!) qu’un mec (pas l’assassin ni l’assassiné d’ailleurs…) maltraite et bat sa maîtresse. Et tout le monde trouve ça normal. Et c’est au programme dans les écoles. Euh… O_o
Anecdote
Après un débat sur Twitter, il s’est avéré que soit ce livre était encensé, soit il avait rendu complètement indifférent. Personne entre les deux. Personnellement, une heure après, je l’avais déjà oublié. Mais intriguée par ces personnes pour qui il compte et par le fait qu’il tienne une si grande place dans la littérature du 20ème siècle, j’ai demandé à ma grand-mère (l’autre, malheureux !!) de le lire pour avoir l’avis de quelqu’un de sa génération. (Je pense sincèrement qu’il s’inscrit dans une époque et un contexte géo-politique bien trop ciblé et trop spécial – j’en sais quelque chose – pour avoir d’écho aujourd’hui et ici.) À suivre…
Pirates, de Michael Crichton
Pocket (première édition en France : Robert Laffont, 2010), 348 pages.
Aventure

Pourquoi ce livre
Je suis une fan inconditionnelle de Michael Crichton, et je ne connaissais pas celui-là. Les histoires de pirates ne me passionnent pas en général, mais j’avais envie de légèreté et de quelque chose qui me sorte de mon quotidien.
(Hein ? Ouais, chui trop trop fière de la photo, ouais. Prise avec le livre posé sur une double page d’Horizons lointains, de Patrick Poivre d’Arvor.)
Résumé
17ème siècle, Caraïbes. Un corsaire anglais et son équipage partent récupérer un trésor dans une île espagnole ennemie.
Mon avis
Aventure, suspense, action, un peu de sexe. Je l’ai dévoré. D’autant plus intéressant que très documenté : le vocabulaire est très riche, et on apprend à la dernière page, sur une note, que les personnages ont réellement existé. C’est passionnant, distrayant, et bien écrit (par contre, certains dialogues auraient pu être retravaillés…)
Y a des auteurs comme Michael Crichton qui devraient éviter de mourir.
À lire avec la BO de Pirates des Caraïbes en boucle !
Titan, de Stephen Baxter
J’ai lu, 2001 (pour la première édition en France), 695 pages.
Hard SF

Pourquoi ce livre
J’ai découvert Stephen Baxter avec sa trilogie des Univers Multiples, devenant mon auteur de hard SF favori. Titan ne m’a pas déçu : c’est fascinant et il est impossible de le lâcher avant la dernière ligne.
Résumé
2008. Cinq êtres humains décident de s’envoler vers Titan, une des lunes de Saturne, où la sonde Cassini-Huyghens a découvert des traces de vies en 2004.
(La sonde est réellement allée là-bas en 2004, mais le roman a été publié en 1997.)
Mon avis
Basé sur des faits scientifiques réels, très technique (trop concernant les détails des navettes et la biochimie, peut-être ?) Fait réfléchir sur la NASA et sur la politique américaine, sur la conquête spatiale, sur la science, sur la place et la responsabilité de l’être humain dans l’univers en général.
Alternance mission Titan / partie d’anticipation sur le futur très proche (2015/2016) sur Terre qui fait froid dans le dos car presque bien vue pour le moment… Ecrit en 1997, il se trompe par contre parfois sur la place d’Internet – amusant à lire en 2011, du coup.
La citation qui m’a fait rire
(… et qui ne reflète pas vraiment l’ensemble du roman) : « Je sens mes couilles, donc je suis. » (p. 644)
Evolution, de Stephen Baxter
Presses de la Cité, 2005. 727 pages.
SF/Histoire

Pourquoi ce livre
C’était l’autre seul livre de Stephen Baxter à côté de Titan sur le rayon de la bibliothèque. Je n’allais quand même pas l’y laisser tout seul !!
Résumé
65 millions d’années avant notre ère. Purga, un petit primate, lutte pour trouver à manger et à boire, pour protéger ses petits, et pour échapper aux prédateurs. C’est notre ancêtre commun. Pourtant, au-dessus d’elle, une comète approche…
Mon avis
Stephen Baxter raconte magistralement l’histoire de l’évolution, de la disparition des dinosaures à l’an 2031, en passant par toutes les étapes qui transformeront Purga, petit mammifère ressemblant à un écureuil, à… nous. Basé sur des faits scientifiques, cela reste un roman et non une thèse, comme l’auteur le signale à la fin. D’autant plus qu’il poursuit l’histoire de l’évolution jusqu’à 30, puis 500 millions d’années après notre ère et au-delà…
D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? S’il ne faut pas oublier que c’est un roman, la rigueur de Baxter concernant la science permet de s’approcher de ce qui a pu réellement se passer. Je conseille vivement : c’est notre histoire à tous. Fascinant de toucher un peu mieux du doigt nos origines communes. Permet aussi de réfléchir à l’inné et à l’acquis, à ce qui nous reste de Purga et de ses descendants, à la nature de l’être humain, etc…
La citation qui m’a fait rire
« Une sorte de gros rhinocéros, l’elasmotherium, parcourait le nord de l’Eurasie. Il était équipé de grandes pattes et d’une corne de deux mètres de long : une licorne bodybuildée. » (p. 294)
(Le mec qui réussit à placer « licorne bodybuildée » dans un roman sur l’évolution, je veux bien l’épouser, ouais.)
Le fauteuil hanté, de Gaston Leroux
E-book, 324 pages
Fantastique

Pourquoi ce livre
Il fait partie des nombreux e-books gratuits que j’ai téléchargés dans la bibliothèque de mon iPad (merveilleuse petite machine, gnnn ♥). C’est le titre qui m’a donné envie de commencer par celui-ci plutôt que par un autre.
Résumé
A l’Académie française, les prétendants à un fauteuil laissé vaquant meurent les uns après les autres…
Mon avis
Style de l’époque, ton enjoué, suspense… Ça se lit tout seul, c’est à la fois drôle et prenant. Dommage qu’il soit si peu connu, j’aurais adoré le découvrir avant !
La citation qui m’a fait rire
« A quoi M. le secrétaire perpétuel répliqua qu’il était trop tard pour revenir en arrière et que lorsqu’on était Immortel, c’était jusqu’à la mort. » (p. 274)
La princesse de Clèves, de Madame de la Fayette
Folio, 160 pages
Roman XVIIème siècle

Pourquoi ce livre
Je ne l’avais encore jamais lu, j’avais réussi à passer à travers tous les spoils, et je me souvenais vaguement de cette polémique qu’avait lancée Nicolas Sarkozy. Je me suis dit qu’il fallait peut-être faire quelque chose pour ma culture générale…
(Je ne me rappelle plus l’objet de la polémique, et je m’en fous ! Si elle revient un jour, je pourrai au moins me faire ma propre opinion.)
Résumé
XVIème siècle, sous Henri II. Une jouvencelle est présentée à la Cour par sa mère, qui lui a enseigné les vertus de l’honnêteté et de la fidélité, pour la marier. C’est le prince de Clèves, tombé amoureux de la jeune fille, qui aura sa main. Mais celle-ci, peu après leur mariage, se prend de passion pour le duc de Nemours, et réciproquement…
Mon avis
J’adore le langage de cette époque. Mais j’avoue que, écriture délicieuse ou pas, j’ai été ennuyée par la première partie du roman. J’ironisais intérieurement sur le fait que c’était les Feux de l’Amour (ou les dessous de Twitter…) version cour royale à la Renaissance : les babillages et les histoires de qui-couche-avec-qui me gonflent. Même bien écrites, ça m’emmerde prodigieusement… J’ai failli lâcher.
Et puis on en arrive au noeud de l’intrigue qui m’a retourné les tripes. Être passionnément amoureux, ne pas pouvoir le (et se) montrer, ni le dire, et encore moins le vivre (?) est une des pires choses qui puisse arriver dans une vie. Dans un style dépourvu d’envolée lyrique (et donc presque clinique…), les bonheurs purs, les merveilles absolues, et les souffrances ineffables sont décrits avec une justesse rarement égalée. Et ça fait mal…
La passion amoureuse est à la fois la chose la plus intensément merveilleuse et la plus grande putain de saloperie qui puisse exister. Et 350 ans après, Madame de La Fayette nous en livre un exemple qui fera douloureusement écho à tous ceux qui l’ont connue, dans un style tellement détaché que l’horreur en est décuplée. Et c’est encore en-deçà de la réalité…
Intemporel et universel, ce chef d’oeuvre est plus que jamais d’actualité et ne prendra jamais une ride. (Contrairement à L’Etranger, donc, qui a dû n’avoir de sens que les quelques années suivant sa publication.)
Il permet de réfléchir sur le sens de la vertu et de la fidélité, sur quoi dire ou taire au sein d’un couple, et comment se comporter lorsque la passion survient… On se rend compte que, finalement, même si les moeurs ont changé et que le divorce est affaire courante, les problématiques sont exactement les mêmes aujourd’hui qu’au temps d’Henri II.
Personne ne sait comment réagir face à la passion amoureuse. La réaction de la princesse de Clèves en est une parmi d’autres. Mais finalement, on en vient à conclure que quoi qu’on fasse, personne ne sort jamais indemne de ce sentiment.
Je vais passer ma nuit à pleurer, hein, et je reviens avec le prochain ouvrage juste après.
Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates,
de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
Editions du Nil, 2009, 395 pages
Roman épistolaire

Pourquoi ce livre
J’avais envie de lire quelque chose d’un peu nouveau, mais je ne savais pas quoi. J’ai demandé conseil auprès de ma Môman qui m’a mis ce volume entre les mains avec ordre de le lire !!
Résumé
Londres, 1946. Juliet, écrivain fantasque, se remet doucement de la guerre et cherche un sujet pour son nouveau roman. Une lettre d’un habitant de l’île de Guernesey et membre du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates (club littéraire créé pour tromper les Allemands qui occupaient l’île) va bouleverser sa vie.
Mon avis
Enorme coup de coeur pour ce roman. Pourtant, j’ai eu du mal à rentrer dedans : j’ai failli lâcher après 40 pages, pour finalement tenter d’insister quelques semaines après. Ensuite, impossible de le lâcher.
Le personnage principal a un style et un humour à pouffer de rire régulièrement sans crier gare, et l’histoire nous fait passer d’une joyeuse légèreté à des larmes poignantes. On se prend d’affection pour les habitants de cette île comme si c’était nous, lecteurs, qui correspondions avec eux. Leurs peines sont les nôtres, leurs joies aussi, et si les faits ne sont pas réels, on imagine que les deux auteures ont dû fournir un gros travail de recherches pour flirter au plus près de l’Occupation nazie sur cette petite île. Il est difficile, après la dernière page, de s’extraire de cette ville, de ces vies, de cette Histoire…
L’exploit de ce roman réside dans le fait de rendre absolument lumineuse la reconstruction d’une communauté meurtrie par la Seconde Guerre Mondiale, sans jugement manichéen ni pathos. Bien au contraire.
Si vous ne deviez lire qu’un livre sur tous ceux présentés dans ce billet, ce serait celui-là.
Citations…
… qui m’ont fait rire
« Cher Mr. Reynolds, J’ai surpris votre coursier en flagrant délit de dépôt d’oeillets roses sur mon palier. Je l’ai attrapé au col et je l’ai menacé jusqu’à ce qu’il me révèle votre adresse. Vous voyez, Mr. Reynolds, vous n’êtes pas le seul à user de la tactique de l’intimidation sur d’innocents employés. J’espère que vous ne le renverrez pas, il avait l’air d’un gentil garçon, et il n’a guère eu le choix : je l’ai menacé deLa Recherche du temps perdu. » (p. 52) 

… qui font réfléchir sur les relations virtuelles que nous entretenons avec des inconnus. Les thématiques des réseaux sociaux ne sont pas différentes de celles des anciennes correspondances épistolaires…   
« La navette s’est approchée du port poussivement, et j’ai vu St. Peter Port s’élever de la mer, en une suc­cession de terrasses dominées par une église posée au sommet, telle une décoration de sucre sur un gâteau. Mon coeur tambourinait dans ma poitrine. J’ai essayé de me persuader que c’était à cause de la splendeur de la scène, en vain. Toutes ces personnes que j’en étais venue à connaître, et même à aimer, étaient là. Elles m’attendaient. Je ne pouvais plus me retrancher der­rière une feuille de papier. Tu sais, Sidney, au cours de ces deux ou trois dernières années, je suis devenue plus douée pour écrire que pour vivre (pense à ce que tu fais de ce que j’écris). Sur le papier, je suis absolument charmante, mais c’est juste une astuce que j’ai trouvée pour me protéger. Ce n’est pas moi. Ça n’a rien à voir avec moi. Du moins, c’est ce que je pensais au moment où la navette postale est arrivée à quai. Dans un accès de lâcheté, j’ai failli jeter ma cape rouge par-dessus bord pour passer inaperçue. » (pp. 240-241)
L’Ange de Florence, de Patrick Weber
Labyrinthes, 2000, 181 pages
Policier/Historique

Pourquoi ce livre
J’ai trouvé le titre bon pour mon ego. Et surtout, quand je l’ai ouvert au pif pour en lire deux-trois lignes, le premier mot sur lequel je suis tombée était « sodomie ».
Résumé
Florence, XVème siècle. Leonard de Vinci n’est encore qu’un jeune homme. Et voilà qu’il est accusé des meurtres mystérieux de jeunes éphèbes.
Mon avis
Passez votre chemin ! C’est écrit en Oui-Oui (ce n’est d’ailleurs pas un critère de mauvaise qualité en soi), c’est surtout mal écrit, les personnages et les situations ne sont pas crédibles, et ce serait à peine adaptable en mauvaise série B historique.
Heureusement, le mot « sodomie » apparaît deux fois. (Hein ? Ouais, il me faut pas grand-chose.)
Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, de Stefan Zweig
Livre de Poche (première publication en 1927), 127 pages
Littérature autrichienne

Pourquoi ce livre
Alors que je passais la nuit chez une amie dont je gardais le chat pendant ses vacances, je me suis dit qu’il serait bien de lire enfin ce classique que je ne connaissais pas…
Résumé
Côte d’Azur, début du XXème siècle. Dans une pension pour la haute société, une des clientes, mariée, s’enfuit avec un jeune homme dont elle n’avait fait la connaissance que quelques heures auparavant. Scandale. Sauf pour une vieille femme, qui accepte de raconter son histoire – similaire – au narrateur, seul défenseur de la désertrice, lui expliquant ainsi comment une vie peut basculer en l’espace d’une journée.
Mon avis
Mouais. Je n’ai pas été très convaincue, ni très emballée, par cette histoire, qui m’a plus ennuyée qu’autre chose. Il s’agit encore de tenter d’expliquer la passion amoureuse, mais c’est moins convaincant que laPrincesse de Clèves, par exemple. Ca ne m’a pas du tout touchée.
Pourtant, j’aime beaucoup Stefan Zweig. Je reste une inconditionnelle du Joueur d’échecs, et si vous deviez ne lire qu’un seul livre de lui, ce serait son témoignage intitulé Le Monde d’hier, que j’ai lu et relu, et que je relirai encore. Dans ce livre, il raconte l’Europe d’avant la Première Guerre Mondiale, et les transformations que les deux guerres ont engendrées, dans son style si agréable à lire.
C »est à la fois un document historique et une réflexion presque philosophique sur la société et la psychologie humaine. C’est passionnant et ça permet de comprendre qui nous sommes, et d’où nous venons. Et ça éclaire pas mal de choses sur le monde (l’Europe !) d’aujourd’hui, du coup…
Le vaisseau des Voyageurs, de Robert Charles Wilson
Folio SF (première publication en 1992), 561 pages
Science-Fiction

Pourquoi ce livre
J’ai lu un roman de Wilson il y a quelques mois, intitulé Spin, que j’avais adoré et prêté à Pôpa. Il s’est souvenu avoir déjà lu un roman de cet auteur, et me l’a donc offert… ♥♥♥
Résumé
Un vaisseau extraterrestre est arrivé un jour et a stationné au-dessus de la Terre pendant un an, sans bouger, sans communiquer. Et un jour – ou plutôt une nuit – toute l’humanité s’endort et fait le même rêve, où les Voyageurs leur expliquent qui ils sont. Ils leur posent également la même question : souhaitez-vous devenir des entités immortelles ? Un être humain sur dix-mille refusera la transformation. Dont Matt Wheeler, médecin généraliste, (anti-)héros du roman…
Mon avis
C’est une histoire très prenante, et très troublante, du genre à faire rater sa station de métro ou à faire des rêves vraiment déstabilisants, voire désagréables. Ce n’est pas assez étrange pour qu’on s’imagine que ça ne sera jamais que de la science-fiction, mais ça l’est assez pour être presque mal à l’aise face à des questions comme : finalement, ça veut dire quoi, être « humain » ? et si cela arrivait vraiment, quelle serait ma réponse ?
Ces Voyageurs arrivent parce qu’ils ont vu que les Humains détruisaient leur planète, et qu’ils seraient notre seul salut. Entités dénués d’enveloppes physiques, ils sont des individualités, mais les connaissances et les souvenirs de chacun sont accessibles à tous. Ecrit au début des années 90, ça fait droit dans le dos : Wilson anticipait déjà les problèmes environnementaux auxquels nous faisons face, et le fonctionnement de ces Voyageurs décrit exactement le concept du web…
Lire ce roman, c’est être pris de vertiges. Mais paradoxalement assez grisants…
Extrait (pris au hasard)
« - Les choses continueront comme maintenant, dit-elle enfin. Du moins pour un temps. Peut-être jusqu’à l’hiver. Après… les gens commenceront à disparaître.
- A disparaître ?
- A abandonner leur corps physique. Oh, je sais que ça doit te sembler épouvantable… Mais ça ne l’est pas. Je t’assure que ça ne l’est pas.
- Si tu le dis, Rachel… Et qu’est-ce qui arrivera à ces gens ?
- Dans un premier temps, ils iront dans le vaisseau.
- Pourquoi « dans un premier temps » ? Ils n’y resteront pas ?
- Nous aurons un endroit à nous avant longtemps.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Un vaisseau pour humains ?
- En quelque sorte.
- Mais… dans quel but ? Pour quitter la Terre ?
- Peut-être. Papa, ces décisions n’ont pas encore été arrêtées. Mais la Terre fait l’objet de sérieuses études. On l’a vraiment martyrisée. Les Voyageurs ont déjà commencé à la nettoyer. A refermer certaines blessures que nous lui avons infligées. Ils purifient l’air de son excès de gaz carbonique…
- Parce qu’ils peuvent faire une chose pareille ?
- Oui.
- Admettons.
Il soupira.
- Donc les gens disparaissent. Donc Buchanan est vide.
- Nous ne disparaîtrons pas tous. Du moins pas tous en même temps… Comment appelle-t-on un jour comme aujourd’hui ? L’été indien ? Le dernier beau jour de l’année. La dernière occasion d’aller se baigner, peut-être, ou de se promener. Eh bien, je crois que les quatre ou cinq mois à venir seront comme un été indien pour beaucoup d’entre nous. Notre dernière chance de porter un corps humain et de profiter de la Terre.
- Une dernière chance avant l’hiver.
- Une dernière chance avant quelque chose de mieux. Mais même si tu quittais une vieille cabane pour un palais des Mille et Une Nuits, tu aurais tout de même envie de jeter un dernier coup d’oeil sur ta cabane avant d’en fermer définitivement la porte.
Son regard était devenu vague, sa voix toute faible.
- C’est le berceau du genre humain. Et il n’est pas toujours facile de quitter le berceau.
Etrange, songea Matt, comme un jour si ensoleillé pouvait être aussi froid. »
(pp. 236-237)
L’Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón
Livre de Poche (première édition en 2001), 637 pages
Littérature espagnole


Pourquoi ce livre
C’est mon amie Virginie qui m’a prêté ce livre en m’en disant le plus grand bien. Des mois qu’il traîne sur mon lit dans l’attente que je l’ouvre…
Résumé
Barcelone, 1945. Daniel, un petit garçon de 10 ans, suit son père qui l’emmène vers un endroit secret : le Cimetière des Livres Oubliés. Il doit y choisir un livre – à moins que ce ne soit le livre qui choisisse l’enfant : l’heureux élu est un roman d’un certain Julian Carax. Chose étrange, un homme au visage brûlé détruit systématiquement depuis des années tous les livres de cet auteur méconnu. Cela intrigue Daniel, qui va vouloir en savoir plus sur ce mystérieux écrivain…
Mon avis
Ce livre qui commence comme un roman pour enfant se transforme rapidement, et sans que l’on ne se rende compte de rien, en un roman policier aussi rythmé qu’enjoué, puis en un récit finalement assez sombre, qui mêle drames familiaux sur décor de guerre.
C’est rondement mené, le choix de Daniel comme narrateur donne une dimension très intéressante à l’histoire, puisqu’elle s’étale sur plusieurs années, suivant donc la fin de l’enfance, l’adolescence, puis le début de la vie d’adulte du garçon.
Ses tracas quotidiens, ses expériences et son apprentissage de la vie se déroulent en parallèle avec les histoires qu’il retrace avec son fantasque ami et collègue. Histoires qui se transforment d’ailleurs en une unique histoire dans l’Histoire…
Même si les lecteurs les plus perspicaces (dont moi, j’avoue) devineront les coups de théâtre à l’avance, on est littéralement happé par ce récit et il est très, très difficile de s’arrêter en cours de route. D’ailleurs, sur la couverture, est recopiée cette critique de Lire : « Si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n’avez plus aucune chance de lui échapper ».
Mon conseil : commencez par la quatrième. Déconnez pas putain, j’y ai passé une nuit blanche, moi.
Citations
« Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu, et rêvé avec lui. Chaque fois qu’un livre change de main, que quelqu’un promène son regard sur ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. » (pp. 12-13)
« Je ne connaissais pas encore le plaisir de lire, d’ouvrir des portes et d’explorer son âme, de s’abandonner à l’imagination, à la beauté et au mystère de la fiction et du langage. (…) Mais c’est la même sensation, cette étincelle de l’inoubliable première fois. Ce monde est un monde de ténèbres, Daniel, et la magie est une chose rare. Ce livre m’a appris que lire pouvait me faire vivre plus intensément » (p. 39)
Pour ne pas disparaître, de Wade Davis
Albin Michel, 230 pages
Essai


Pourquoi ce livre
Il semblait intéressant de lire cet essai anthropologique, qu’on nous avait présenté comme positif et optimiste, pour NewZitiv. Je l’ai donc lu…
Résumé
« Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale » : c’est le sous-titre, dès la couverture. Wade Davis nous raconte ce qu’il connaît de tribus et de peuples en voie de disparition (voire disparus !) à cause de la mainmise de la culture occidentale et capitaliste sur l’ensemble de planète et de ses ressources. Puis il réfléchit sur les conséquences de la non-préservation de ces peuples et de leurs cultures.
Mon avis
L’ouvrage souffre d’un manque de rigueur dans la construction. Il est certes divisé en chapitres, mais à l’intérieur desquels les descriptions et les avis s’enchaînent sans logique ni cohérence.
Au-delà de la pauvreté formelle, le fond est passionnant. J’ai découvert des tas de choses fascinantes sur des tribus de tous les continents, et plus excitant encore, je me suis rendue compte que ce que j’avais lu dans Evolution y ressemblait vraiment de très, très près. J’ai eu l’impression, finalement, que la description de ces tribus aujourd’hui était la suite, ou plutôt la continuation, du roman de Stephen Baxter – et là, je me suis rendue compte que malgré sa mise en garde, son texte se rapprochait peut-être plus de l’essai scientifique que du roman…
Wade Davis m’a rappelé également quelque chose que j’avais entendue à la fac pendant un cours d’anthropologie : certaines langues n’ont pas de mot pour désigner le temps. Ceux qui me connaissent savent ma passion pour la physique, et en ce moment plus particulièrement pour la question du temps, et je me suis souvenue que cette notion qui semble si humainement universelle à nos yeux d’occidentaux ne l’est vraiment pas.
Ce livre m’a également renforcé dans la conviction que cette volonté malsaine de vouloir nous faire croire que notre modèle occidental/blanc/capitaliste est le meilleur nous appauvrit et nous lobotomise, et que ce qu’on nous fait croire à renforts de livres et d’articles est une propagande monstrueuse. Non, toutes les sociétés humaines n’ont pas de hiérarchie, et non, toutes les sociétés humaines ne sont pas belliqueuses. Non, tout le monde n’a pas besoin de croire en un dieu unique et omniscient, et des milliers de tribus ne croient qu’en Mère Nature – peu importe les noms qu’ils lui donnent – ce qui fait d’eux des sociétés bien plus civilisées que nous (monothéistes pratiquantes ou de tradition) ne le serons sûrement jamais.
Non, ce que nous pensons être universel ne l’est pas : le temps n’existe pas dans certaines tribus, les enfants sont élevés uniquement par des hommes dans d’autres, ou bien encore la notion de remerciement n’a aucun sens dans une troisième parce que tout ce qui est chassé et cueilli appartient à toute la communauté et que le partage est obligatoire. D’ailleurs, non, la notion de partage n’a pas de sens non plus, puisque qui dit partage implique d’abord une individualité qui voudrait tout garder pour elle, et que cette notion d’individualité n’existe même pas. (Exemple qui prouve que notre langue échoue à rendre compte de ces sociétés si différentes que la nôtre.)
A partir de là, qui sont les plus humains ? Il serait bien évidemment dangereux de faire un classement selon le degré d’humanité de chaque peuple, mais ce livre concourt à faire détester notre société, celle-là même qui s’est mis martel en tête d’aller « civiliser ces sauvages » au cours des siècles derniers sous des absurdes et débiles prétextes religieux et/ou géopolitiques, à force de massacres, de négations des cultures, et de maladies bien occidentales. Qui sont les sauvages, exactement ?
Cet ouvrage, qui nous avait été présenté comme positif, termine sur des chiffres qui font froid dans le dos. Des milliers de cultures, de tribus, et de langues disparues, d’autres en voie de disparition à cause de nos conneries (déforestation, réchauffement climatique, plantation de drogues, etc…). Wade Davis a beau essayer de nous expliquer qu’on commence à prendre conscience que ces peuples doivent être préservés, les faits scientifiques qu’il étale sur plusieurs pages et qu’on l’on voit passer tous les jours dans l’actualité ne permettent aucun optimisme. On va perdre toutes ces richesses, et ne restera que les livres pour nous souvenir que tous ces autres êtres humains ont existé.
Oui, je suis sortie de la lecture de ce libre déprimée et en colère. Je me suis souvenue d’Evolution. Et je me suis dit… Tous ces efforts pour survivre… Tous ces coups de chance… Tout ça pour… ça ??…
Citations
« L’être humain n’avait pas pour obligation d’améliorer la nature, mais d’entretenir le monde. (…) A l’évidence, si l’humanité tout entière avait suivi intellectuellement la voie tracée par ces descendants des premiers humains à avoir quitté l’Afrique, l’homme ne serait pas allé sur la Lune. Mais d’un autre côté, si nous avions agi dans le respect du Rêve, nous ne serions pas en train d’observer les conséquences de processus industriels qui, en tout état de cause, menacent les supports de vie mêmes sur notre planète. »(p. 147)
« Avant de mourir, l’anthropologue Margaret Mead a exprimé la crainte qu’en glissant vers un monde plus homogène, nous ne soyons en train de jeter les bases d’une culture moderne générique et informe, qui n’aurait pas de concurrente. Elle redoutait que toute l’imagination humaine ne soit contenue à l’intérieur des limites d’une modalité intellectuelle et spirituelle unique. Son pire cauchemar, c’était que nous nous réveillions un jour sans même nous souvenir de ce que nous avions perdu. » (p. 175)
« Si je devais faire passer un seul message, ce serait que la culture n’a rien d’insignifiant. Il ne s’agit pas de décoration ou d’artifice, des chansons que nous chantons, des prières que nous psalmodions. C’est un élément de réconfort qui nous enveloppe et donne sens à la vie, un ensemble de connaissances permettant de tirer une logique des infinies sensations de la conscience et de mettre de l’ordre dans un univers qui, finalement, en manque. La culture, ce sont des lois et des traditions, un code éthique et moral qui isole un peuple du coeur barbare dont l’histoire nous enseigne qu’il bat sous la surface de toutes les sociétés humaines et de tous les êtres humains. (p. 180)
« Faire d’une croissance infinie sur une planète finie l’unique mesure de la santé économique revient à se lancer dans une forme de lent suicide collectif. Refuser d’inclure dans les calculs de la gouvernance et de l’économie le prix des violations des systèmes biologiques supports de vie, c’est être dans la logique du délire.
(…) Il ne s’agit pas de suggérer naïvement que nous devons tout laisser tomber pour essayer d’imiter les moeurs des sociétés non industrielles, ou qu’une culture renonce à son droit à bénéficier du génie technologique. Il s’agit de trouver une inspiration et un confort dans l’idée qu’il existe des chemins différents du nôtre et que notre destinée n’est donc pas écrite à l’encre indélébile sur un ensemble de choix dont il est prouvé scientifiquement et de manière démontrable qu’ils ne sont pas les bons. » (p. 197)
(Ce passage m’a particulièrement touchée puisqu’il résume en gros les craintes que j’ai expliquées dans ce billet, écrit quelques jours avant…)
Indignez-vous !, de Stéphane Hessel
Indigène Editions, 28 pages
Manifeste


Pourquoi ce livre ?
On en a parlé partout. Et ce mouvement des Indignés non violent et non politisé me plaît assez. Avant de savoir si j’aimerais vraiment m’y impliquer, je voulais savoir de quoi ça parlait exactement.
Résumé
Stéphane Hessel, 93 ans, ancien résistant, ancien déporté, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, demande aux jeunes d’aujourd’hui de s’indigner de toutes les injustices de notre époque.
Mon avis
Mais M. Hessel… Nous sommes indignés !!… Que croyez-vous ? Un exemple parmi tant d’autres, le mien, avec ce billet sur la situation des jeunes sur le marché de l’emploi aujourd’hui.
Ce manifeste n’est pas un appel : il ne fait que mettre en mots ce que beaucoup ressentent déjà depuis des années. Il prône l’insurrection pacifique – certes, mais comment ? Comme dirait Renaud, « si les élections changeait vraiment la vie, y a un bout de temps mon colon, que voter serait interdit » ; s’engager dans des associations (tout le monde ne le peut pas) ; donner de l’argent à des causes (tout le monde ne le peut pas non plus), etc… Donc : comment ?
Il le dit d’ailleurs clairement à un moment (je paraphrase) : pendant la guerre, ils avaient un ennemi concret contre lequel se battre (les Nazis), aujourd’hui, l’ennemi est invisible et immatériel (l’injustice). Certes. Et on se bat (pacifiquement) comment, contre ça ? Faire une Déclaration des Droits de l’Homme ? Déjà fait. Vivre en démocratie ? Déjà fait. S’engager, aider, dénoncer les problèmes ? Déjà fait. Créer des organisations non-gouvernementales ? Déjà fait.
Alors quoi ?
Citation
« C’est vrai, les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. Qui commande, qui décide ? (…) C’est un vaste monde, dont nous sentons bien qu’il est interdépendant. Nous vivons dans une interconnectivité comme jamais encore il n’en a existé. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire « je n’y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence. » (p. 14)
Monsieur Hessel,  malgré tout le respect que je vous dois, je trouve que vous méconnaissez les conditions d’existence desdits « jeunes » (ou alors, vous êtes très optimiste – ce qui n’est pas un défaut). Ces jeunes ne sont plus les jeunes de votre jeunesse : il sont surdiplômés, ils ne trouvent pas de boulot, ou bien au Smic, et survivent dans des logements minuscules qu’ils arrivent à peine à payer – quand ils ne sont pas obligés de rester chez leurs parents jusqu’à des âges avancés parce qu’ils cumulent stages, interim, et jobs à temps partiel.
Alors oui, bien sûr qu’on est indigné de voir la multiplication des gens qui sont dans le besoin dans le métro ! Ainsi que de tous ceux qui sont victimes des marchands de sommeil ! Et de tous ces sans-papiers victimes de nos lourdeurs administratives et de la frilosité de nos gouvernements ! Mais que voulez-vous qu’on fasse ? La plupart des jeunes ne peuvent pas donner, ne peuvent pas aider, parce qu’ils doivent eux-mêmes se « débrouiller » comme ils le peuvent pour se loger et manger à leur faim.
Monsieur Hessel, je pense que vous vous trompez de cible. Les jeunes sont indignés. C’est un fait. Mais je ne pense pas que ce soit eux qui puissent faire quoi que ce soit pour changer les choses. Les décisions se prennent bien plus haut, et c’est dans les sphères politiques et dans les organisations non-gouvernementales que tout peut se jouer. Les jeunes, eux, s’en sortent comme ils peuvent – et parfois ils agissent. Mais je pense malheureusement que tout ceci est dérisoire. Même si nous faisions pression avec des initiatives comme les « Indignés », on ne nous écoute pas. Regardez donc ce qui s’est passé à la Bastille il y a quelques semaines…
Le meilleur des mondes, de Aldous Huxley
Pocket (première édition en 1932), 285 pages
Roman d’anticipation


Pourquoi ce livre
Un classique que je n’avais pas encore lu. Et beaucoup de gens m’en ont dit grand bien.
Résumé
Les êtres humains sont désormais conçus dans des matrices artificielles, et faits pour être parfaits, avec une caste supérieure et une caste inférieure. Ils sont programmés via des exercices psychologiques et inconscients. Mais il existe encore des « vrais » humains dans une réserve, que l’on appelle « sauvages ». L’un d’eux peut rejoindre le monde aseptisé.
Mon avis
Je n’ai pas du tout aimé. Stylistiquement parlant, déjà, ce n’est pas très accessible. On ne rentre jamais vraiment dedans – j’ai eu une impression de brouillon.Vraiment pas facile à lire, donc. Presque ennuyeux.
Je n’ai pas été emballée par le fond non plus. Alors bien sûr, en 1932, il avait certainement du sens – ainsi qu’après la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, je pense qu’on sait tous que l’eugénisme poussé à son extrême, saylemal, hein.
J’ai été particulièrement mal à l’aise par le fait que le Sauvage (donc le « vrai » humain) était encore moins sympathique que les humains modernes. Une espèce d’illuminé qui passe son temps à se flageller (ce n’est pas une métaphore) pour d’obscures raisons pseudo-religieuses. Euh… Ouais. Si c’est ça un véritable humain, alors je préfère être une loutre.
Bon, et je ne vous cache pas que l’image de la femme dans ce roman n’a pas été tout à fait à mon goût non plus…
Et puis finalement, le but de cette société est certes d’être parfaite biologiquement parlant (mais en gardant les différences ethniques il me semble, donc bien loin de l’eugénisme nazi), mais surtout de ne plus souffrir et d’être heureux. Où est le problème, euh ?… Je situe pas trop bien, en fait.
Evidemment, les méthodes pour y arriver sont fascistes. Mais au fond, le soma ressemble fort à nos anti-dépresseurs (et ce serait vachement mieux si on pouvait s’en passer, hein !!), mais je défie quiconque de me dire qu’il n’a pas envie d’être heureux dans la vie et d’avoir un minimum de confort.
Alors certes, un être humain ne doit jamais être programmé comme un ordinateur. Il ne doit pas être dénué de sentiments indivuels et ne doit pas être destitué de son sens critique. Encore moins de ses libertés. Mais j’ai l’impression que ce « meilleur des mondes » décrit avant tout une humanité qui cherche la paix, l’absence de maladie, et le bonheur.
Je ne vois pas trop en quoi c’est choquant (je répète, donc, si l’on fait abstraction des méthodes pour y arriver, qui sont évidemment plus que condamnables et à combattre absolument)… Je ne comprends pas vraiment pourquoi ce livre est autant cité en exemple. Peut-être parce que mon interprétation n’est pas la même, certainement…
Je pensais qu’il allait me marquer – finalement, je vais l’oublier très vite en me demandant pourquoi on en fait tout un plat.
Oh, et un exemple, puisque l’auteur construit toute son argumentation en citant Shakespeare (un petit peu aurait été bien, mais ça revient vraiment trop souvent pour ne pas être lourd).
Son roman implique des matrices artificielles, ce qui nous laisse sous-entendre que les gens nés dedans ne sont pas tout à fait humains quand même – disons des humains améliorés, donc saylemal. Bon. Mais sait-il qu’à l’époque de Shakespeare justement, on ne considérait pas comme « humaine » une personne née par césarienne ? C’est dans Macbeth.
La notion n’humanité diffère selon les époques. Aldoux Huxley ne considérerait pas comme « humaines » les personnes conçues par FIV aujourd’hui, j’imagine ? Aujourd’hui, on ne meurt plus de tas de maladies, on peut prendre des anti-dépresseurs, et on est dans une société de loisirs et non plus de survie. Sommes-nous moins ou plus « humains » que nos ancêtres du Moyen-Âge, ou ceux d’avant ?… On est différent. Point barre.
Non, vraiment. Je ne vois pas bien ce qu’on trouve à ce livre… L’humanité ainsi que sa nature intrinsèque évoluent. Le tout est de faire attention aux dérives liées aux privations de libertés. Le reste, ma foi… Cela s’appelle le progrès, voire l’évolution.
Le facteur temps ne sonne jamais deux fois, d’Etienne Klein
Champs Sciences (Flammarion), 257 pages
Essai

Pourquoi ce livre
Je suis passionnée de physique, et en ce moment je m’intéresse plus particulièrement à la question du temps. Ce livre est le deuxième sur le sujet écrit par Etienne Klein – qui est un peu mon idole de toute ma vie.
Résumé
Difficile de résumer un essai scientifico-philosophique… Etienne Klein, docteur en philosophie des sciences et directeur de recherches au CEA, tente de donner une définition scientifique, physique – sinon philosophique – de ce qu’est le temps.
Mon avis
(J’ai triché. Je l’ai commencé en août, mais je l’ai fini début septembre, J’AVOUE.)
C’est évidemment fascinant. Mais il est sans doute moins accessible que le premier (Les tactiques de Chronos), parce que plus pointu et balayant moins largement la question en se concentrant surtout sur les questions du changement et du devenir.
Mais ça reste passionnant et assez facile à lire, malgré une absence d’humour par rapport à l’autre. De quoi réfléchir et se poser des milliards de question existentielles… J’adore !!
Pour résumer, je dirais que ce mois d’août a été particulièrement agréable ! Et c’est amusant de voir que la question de la définition de l’humanité est revenue régulièrement… Je recommande vraiment à chacun de lire Evolution : c’est notre histoire (romancée), c’est à la fois troublant et merveilleux.