[SCIENCE-FICTION] Les rôles féminins dans les films de SF

novembre 20, 2013 dans Culture, En vrac, Société

Depuis le mois dernier, la Suède donne un label aux films qui sortent pour indiquer leur degré de sexisme (ou non). Il est basé sur le test de Bechdel, créé en 1985 par Alison Bechdel, une dessinatrice féministe américaine, qui évalue la présence des femmes dans un film à base de 3 questions :
- Y a-t-il au moins 2 personnages féminins portant des noms ?
- Ces deux femmes se parlent-elles ?
- Leur conversation porte-t-elle sur un sujet autre qu’un personnage masculin ?
Si les réponses sont oui, alors le film se verra attribuer d’un « label A ».

Si la démarche est honorable, je ne suis pas convaincue que ce test soit le plus à même de juger du sexisme d’un film – soit parce que même si les réponses sont oui, ça n’empêche pas de véhiculer des clichés grotesques ou une vision patriarcale de la société, soit parce que si la réponse est non, ce film peut quand même contrer ces clichés et cette vision.

Preuve en est, par exemple, que Star Wars échoue au test alors que la Princesse Leia est pour moi l’exemple parfait du rôle féminin réussi – mais il n’y en a pas vraiment d’autre dans la trilogie historique (épisodes IV-V-VI) et la réponses aux 2 premières questions est non.
Alors que dans Love Actually (que j’aime beaucoup beaucoup) qui passe le test avec succès (enfin je crois…), les rôles féminins sont cantonnés à femme de, secrétaire de, femme de ménage de, etc. Ce qui, personnellement, m’agace parce qu’on reste dans la femme-définie-uniquement-par-rapport-à-un-homme.

Mais bien avant que je ne prenne conscience de tout ça et que j’analyse tout ce que je vois, j’ai toujours été frustrée, enfant et adolescente, mais sans forcément mettre de mot dessus, de me sentir un peu exclue des films que je voyais.
Particulièrement attirée par la science-fiction, je n’ai jamais vraiment pu m’identifier à des rôles féminins forts (à quelques exceptions près sur lesquelles je vais revenir) comme les petits garçons le faisaient pour à peu près tous ce qu’ils voyaient. Moi, j’en étais réduite à « vouloir » épouser les personnages… C’est un peu triste (et réducteur, donc).

La Princesse Leia, rare personnage féminin fort de la science-fiction

Mais j’ai grandi. Et à l’heure où la Suède instaure donc son label avec lequel je ne suis pas tout à fait d’accord, je me suis dit qu’une petite analyse des personnages féminins dans les films de science-fiction serait sans doute instructive…
Voici donc ma grille de lecture tout à fait personnelle (avec un choix de films tout à fait subjectif) : j’ai classé en 5 catégories les différents statuts des rôles féminins rencontrés dans la SF de ces dernières années.
(Attention, il se peut qu’il y ait parfois des spoilers pour ceux qui n’auraient pas vu les films mentionnés.)

[Ce n'est ni une étude sociologique, ni un jugement de qualité des films, ni un article journalistique, ni un pamphlet pour éliminer les êtres masculins ou assimilés de la surface de la planète, juste un billet personnel sur un blog personnel, merci de vous en souvenir avant de faire des commentaires hors-sujet.]

LES FEMMES QUI NE SERVENT À RIEN

Partie du visuel du DVD français

Irène, interprétée par Uma Thurman, est… Irène, une collègue du héros Jérôme Morrow (Ethan Hawke), astronaute de son état. On ne sait pas quel est son métier, son statut, sa mission. On ne connaît pas son nom de famille. On se demande à quoi sert son personnage à part d’être la caution sexy du film (ce qui n’est pas un vrai rôle, hein)… jusqu’à ce qu’elle ait enfin une utilité dans le scénario.
Et je vous le donne en mille : elle sert d’alibi au héros lors d’un contrôle de salive, qui le refuse en disant au policier « vous ne voudriez quand même pas que le résultat soit faussé, si vous voyez ce que je veux dire… » avec un gros clin d’oeil. No comment.
À la fin, elle deviendra sa petite amie, sans que son personnage n’ait rien apporté de plus à l’intrigue.
Par contre, pour une raison qui m’échappe – enfin non, ça confirme que c’est donc bien la caution sexy du film – elle est très présente sur toutes les versions de l’affiche du film.

Dans Planète Rouge, Carrie-Ann Moss interprète un rôle que l’on pense fort et qui en fait ne sert à rien. C’est elle la chef de la mission martienne, mais… elle a droit au tiercé gagnant : conflit avec l’équipage qui a bien du mal à obéir aux ordres d’une femme ; scène graveleuse où l’un des hommes la regarde en train de se changer ; et finalement, bisou à la fin au seul rescapé de la mission – dont elle devient alors la petite-amie.

C’est bien, parce qu’elle n’est pas du tout hyper-sexualisée, en plus.

Sans compter que finalement dans le film, son rôle s’arrête bien vite puisqu’après un problème technique, elle ne peut pas descendre sur Mars et reste en orbite. (On l’oublie jusqu’à la fin où elle récupère donc le héros pour lui faire un bisou.)

Perséphone dans Matrix, interprétée par Monica Bellucci, c’est une « femme de », et son rôle se résume à se faire embrasser par le héros. Super intéressant, dis donc. (Je parlerai de Trinity plus tard.)

Dans Matrix, Planète Rouge et Bienvenue à Gattaca, les femmes ne sont donc là que pour faire des bisous au héros et devenir leur petite amie. Jolie transition pour la prochaine catégorie…

LES MÈRES DE / ÉPOUSES DE / FILLES DE

Alors là prenez des RTT parce qu’on en a pour un moment. Je vais essayer de la faire courte et par ordre alphabétique de film.

Dans 2012 (que j’aime beaucoup beaucoup, comme quoi, hein), nous avons l’ex-femme du gentil héros américain, l’épouse bimbo du méchant russe, et la fille du Président qui deviendra par la suite la petite-amie du scientifique de l’histoire (passer du papa au mari, vous imaginez comme j’adore l’idée).

Double combo également dans Armageddon, où Grace (Liv Tyler) est à la fois la fille de Bruce Willis et la fiancée de Ben Affleck. Elle a quand même un métier, mais dans la boîte de papa (et c’est anecdotique dans l’histoire).
À la fin du film, Bruce Willis sauve le monde en se sacrifiant à la place de Ben Affleck juste pour que sa fifille ne soit pas trop perdue. Ben oui la pauvre chérie, si aucun homme n’est là pour veiller sur elle, que va-t-elle devenir, hein ?
Il y a quand même une femme pilote de navette dans la deuxième équipe qui part sur l’astéroïde. Mais c’est un rôle mineur (mais c’est déjà ça).

Pareil pour le personnage d’Amanda Seyfried dans Time Out qui est d’abord la fille de son papa milliardaire avant de se faire kidnapper (devenant une victime) puis de devenir la petite-amie du héros.

Double combo encore pour Avatar (décidément, la femme qui passe du papa au mari, on a du mal à s’en débarrasser, hein), le personnage principal féminin s’appelle Neytiri et elle est la fille du chef du village. Plus tard, elle deviendra la petite-amie du héros. Heureusement, d’autres personnages féminins viennent sauver l’affaire : celui de Sigourney Weaver qui est le médecin responsable de la mission et celui de Michelle Rodriguez qui joue une pilote d’hélicoptère (mais qui, si ma mémoire est bonne, se prend quelques réflexions sexistes au passage, c’est vrai que c’est vachement utile dans le scénario de ce genre de film.)

Sigourney Weaver, femme médecin

Dans Mission to Mars, il y a une femme astronaute dans l’équipage. Hourra !! En fait non. C’est la femme d’un autre astronaute. Ça n’est sûrement pas venu à l’esprit des scénaristes qu’une astronaute pouvait juste être astronaute, et pas en plus la femme de. Parce que si elle avait été « juste » astronaute, ça n’aurait strictement rien changé à l’histoire. Alors ? Une explication ?

Dans Inception, Marion Cotillard est la femme de Leonardo DiCaprio. Heureusement, l’autre rôle féminin du film est plus costaud, j’en parlerai plus tard.

Independence Day, c’est un peu comme 2012 : la petite-amie bimbo du héros, l’ex-femme du scientifique, la femme du Président… Par contre, je ne connais pas le genre des aliens. Quelqu’un pourrait-il m’éclairer là-dessus ?

Dans la trilogie Retour vers le futur, Lorraine est la mère de Marty et Jennifer est sa petite-amie. Un effort à noter du côté du troisième volet où Clara est une institutrice férue d’astronomie. Mais elle devient dès son apparition la petite-amie de Doc… Dommage. C’était bien tenté.

Dans Snowpiercer (toujours en salles, foncez le voir), les 2 personnages féminins du côté des révoltés sont une mère d’un petit garçon disparu et la fille d’un des personnages principaux. Les 3 autres femmes du film ont un rôle un peu moins réducteur… mais… J’y viens tout de suite.

(Mais avant de passer à la catégorie suivante, je viens de me rendre compte de quelque chose d’édifiant : pour chaque film traité jusqu’ici, je peux compter les personnages féminins. Essayez de faire la même chose avec les hommes, pour voir…
Comment ? Non, en effet. Ce n’est pas possible.
Voilà.)

LES RÔLES INTÉRESSANTS… OU PRESQUE 

Snowpiercer, donc, avec unE ministre du train mais qui est complètement sous l’influence du grand gourou Wilford – tout comme l’institutrice enceinte jusqu’aux yeux. Quant au cinquième personnage féminin, peu présent, elle est certes munie d’une arme mais il s’agit d’une sorte d’assistante. En fait, son statut n’est pas très bien défini.

Dans L’armée des 12 singes, Madeleine Stowe interprète Kathryn Railly, une psychiatre, auteure et conférencière, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Malheureusement, elle bascule au milieu du film de médecin à victime en se faisant enlever par Bruce Willis.
Elle n’en reste pas moins psychiatre, mais… mais à partir de là, elle est sans arrêt renvoyée à sa sexualité : d’abord victime d’une tentative de viol où elle se retrouve à quatre pattes devant un homme qui commence à se déshabiller en la traitant d’un délicieux « salope » ; ensuite, lorsqu’elle raccroche d’un coup de fil, son interlocuteur la gratifie d’un condescendant « une psychiatre en dentelles et talons aiguilles » ; enfin, quand elle se réfugie dans un hôtel avec Bruce Willis, le mec à l’accueil la prend pour une prostituée. Ça aurait pu s’arrêter là, sauf que dans la suite, un proxénète vient l’agresser dans sa chambre en lui reprochant d’être sur son territoire…
Rôle important dans l’intrigue, psychiatre reconnue… mais ça reste une p…, quand même.

Même combat dans Blade Runner. Il y a 2 personnages féminins. L’une, Pris, est un robot destiné au plaisir sexuel (des hommes évidemment) – et accessoirement petite-amie d’un autre personnage. Quant à Rachel, elle est l’assistante d’un des personnages.
Vous allez me dire : oui, mais dans Intelligence Artificielle, Jude Law joue un gigolo ! C’est exact. Mais il n’est pas tout le temps à poil, lui.

Pour l’instant, les femmes ont beau avoir des rôles importants, elles sont soit renvoyées (voire réduites) à leur sexualité, soit en position d’infériorité dans leur vie professionnelle.

Trinity, le personnage qu'on croyait indépendant et en fait non

On retrouve Carrie-Ann Moss et la fameuse Trinity. Quand, au début du film, on découvre que c’est une hackeuse, on se dit chouette ! un personnage féminin intéressant. Et puis en fait non.
Parce que Trinity malgré son statut de hackeuse, c’est une sorte d’assistante de Morpheus. Alors d’accord, elle court, elle se bat, elle fait de la moto… mais si ce personnage est une femme, c’est uniquement parce qu’il y a une prophétie qui dit qu’elle tombera amoureuse de l’Élu. Aaaah, ok… Moi qui croyais qu’elle pouvait être autre chose que la-petite-amie-du-héros…
Et il y a ce grand moment où elle sauve la vie de Neo… en l’embrassant. Tandis que plus tard, quand c’est Neo qui lui sauve la vie à son tour, il lui fait un message cardiaque. Elle, non. Une femme, ça ne fait pas de massage cardiaque, ça ressuscite d’un seul baiser, c’est bien connu.

Dans Matrix, il y a aussi l’Oracle, qui est une femme. Choix révolutionnaire dans le casting ? Mmmh… non. L’oracle est dans la droite lignée de la Pythie hystérique, de la sorcière maléfique et de la voyante complètement barrée. On reste quand même pas mal dans le cliché…

J’aurais sincèrement voulu mettre Ariane du fabuleux Inception dans la catégorie « rôle féminin réussi ». Elle est architecte, brillante, intelligente, dégourdie… Tout pour plaire. Vraiment. Mais… mais un détail dans le scénario la rétrograde, à mon plus grand regret.
À un moment, dans un rêve, un des personnages lui demande de l’embrasser pour essayer de détourner l’attention de gens qui semblent leur vouloir du mal. Elle n’a pas trop le choix, elle s’exécute. Voici la suite :
- Ça a fonctionné ?
- Non.
- …
- Ça valait la peine de tenter le coup, répond l’homme qui lui a volé un baiser d’un air taquin.
Ariane, comprenant qu’elle vient de se faire avoir, sourit du genre « ah ah ah, quelle bonne blague, on m’a forcée à embrasser quelqu’un, c’est tellement drôle d’être victime d’une agression sexuelle ! » (Oui, un baiser obtenu par contrainte est une agression sexuelle.)
Si le scénariste (Christopher Nolan en l’occurrence) avait été une femme, voici ce qu’elle aurait sans doute écrit :
(… bla bla bla…)
- Ça valait la peine de tenter le coup, répond l’homme qui lui a volé un baiser d’un air taquin.
Ariane le gifle, puis lui sourit d’un air taquin à son tour.
- C’est qu’un rêve, au fond !
L’homme sourit du genre « bien joué, je l’ai bien mérité ».

Voilà. Vous allez me dire – bien entendu… – que ce n’est qu’un détail, que ce n’est pas si grave, que c’est rien qu’un baiser, volé certes, mais qu’il ne l’a pas menacée, etc, etc, etc…
Alors… 1) SI, c’est grave, puisqu’il y a contrainte et que c’est donc puni par la loi. Point.
2) Ça l’est d’autant plus à mon sens que cette scène NE SERT À RIEN. Faites le test : imaginez qu’elle ait été coupée au montage, ça ne change strictement rien à l’intrigue (le personnage l’avoue lui-même) ni aux relations qu’il y a entre les personnages (Ariane n’est plus jamais renvoyée à son statut de femme en potentielle position de faiblesse parmi tous ces hommes). Cette scène est juste là parce que le scénariste n’a pas pu s’empêcher (et peut-être pas forcément de manière consciente, un comble pour un film sur les rêves) de rappeler à ce personnage sa condition de femme potentiellement violable.
Ce sont ces petites choses, ce genre de « détails » qui s’instillent dans nos cerveaux et qui font croire aux garçons que c’est amusant et aux filles que c’est normal. Alors que ce n’est ni l’un, ni l’autre, et que cette scène est strictement inutile.
Et ça m’embête beaucoup parce qu’à part ça, le film et ce personnage sont parfaits.

Dans Minority Report, il y a 2 rôles féminins notables : Lisa, la femme de Tom Cruise et mère de leur enfant disparu, et Agatha la precog. Oui, sauf que… sauf qu’Agatha est un personnage volontairement androgyne. Donc je ne suis pas sûre que ce soit un rôle féminin fort…

LES PREMIERS RÔLES QUI S’EXCUSENT D’ÊTRE FÉMININS

… ce qui nous amène à cette catégorie. Avant toute chose, que ce soit bien clair et qu’on ne m’accuse pas de tout et de n’importe quoi : une femme est une femme, quand bien même elle serait plus musclée qu’un Van Damme, avec les cheveux courts ou rasés (comme Agatha), amputée de son utérus ou de ses seins, née homme mais de genre féminin, ou je ne sais pas quoi encore. Ça, c’est pour la vraie vie, le quotidien, le monde dans lequel on vit. Bon.

Mais au cinéma, c’est différent : chaque détail est un symbole qui a une signification, c’est à dire qu’un personnage ressemble physiquement à tout ce qu’on veut faire passer comme symbolique (et/ou clichés) à travers lui.
Par exemple… Je ne retrouve pas le lien et c’est dommage, mais j’avais lu un article à propos de la préparation du tournage de Ghost. Quand les deux comédiens principaux étaient arrivés le premier jour sur le plateau, le réalisateur avait failli avoir une attaque parce que Demi Moore avait coupé ses cheveux tout court et que Patrick Swayze, en plus, les avait longs (mais ça a pu s’arranger) – ce qui inversait les rôles « sexués ». Vous allez me dire : on s’en fout. Oui, en effet, mais pas au cinéma, donc. Ce sont des détails qui comptent et ça a été une vraie problématique à gérer pour l’équipe du film. Finalement ils les ont gardés tels qu’ils sont et personne n’y a fait attention, parce que les gens ne sont pas débiles et qu’on allait pas confondre ou croire que les rôles étaient inversés.

Tout ça pour dire, donc, que ce qui paraît être un détail ne l’est pas : c’est soigneusement pensé et réfléchi. Un film dure environ 2 heures, il n’y a pas tellement de place pour les fioritures, tous les détails comptent et ont une signification.

Karen Nyberg, ingénieur et astronaute. COMME QUOI. HEIN.

Ce qui m’amène donc à Gravity où la beauté des images est inversement proportionnelle à la subtilité du personnage principal. Sandra Bullock joue Ryan Stone. Eh oui, Ryan, un prénom masculin. On aurait pu passer outre, mais non, c’est appuyé par un échange entre elle et son collègue : « C’est quoi ça Ryan comme prénom pour une femme ? » « Mon père voulait un garçon. » No comment.

Et je ne sais pas vous, mais moi j’ai été frappée quand elle retire son casque pour la première fois : je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle ait les cheveux courts. Ça m’a énervée, je crois, oui.
Comme chaque détail compte au cinéma, surtout dans ce film bourré de symboles, c’est comme si le scénariste s’excusait d’avoir choisi une femme en rôle principal. C’est agaçant. « Bon ok, c’est une femme, mais… elle s’appelle Ryan et elle a les cheveux courts, hein, ne vous inquiétez pas, c’est un peu un homme quand même ! » Ben oui, des fois qu’on ne la prenne pas au sérieux si elle s’était appelée Karen et qu’elle avait eu de longs cheveux blonds, doux et soyeux, hein.
Pourquoi ne pas avoir choisi un homme pour ce rôle, me direz-vous ? La réponse du réalisateur est très claire : il voulait du symbole, que tout soit attiré vers la « Mother Earth », la renaissance, toussa toussa. Donc d’un côté, Ryan Stone est un garçon manqué, mais de l’autre quand même, elle réunit tous les clichés de la maman, du foetus, de la naissance, etc. Parce que si elle se retrouve dans l’espace, c’est parce que Ryan est une « mère de » qui n’a pas fait le deuil de sa fille disparue – rien de plus. Vous avez dit réducteur ?

Vous avez dit symbole ?

Il y aurait encore tant de choses à dire si ce personnage féminin… Je ne le ferai pas ici, mais sachez que tout ce que j’en pense a été écrit dans ce billet. Le fait qu’il ait été écrit par un homme me rassure, oui, ça me permet d’avoir un argument de poids quand on me reproche (évidemment) d’être parano sur ces histoires de vision de la femme dans le cinéma : on peut être un homme et être gêné par tous les clichés archaïques ou grotesques que véhicule ce personnage, eh oui.

Suivante dans la catégorie des femmes qui s’excusent d’être des femmes parce qu’elles ont le premier rôle : Ripley, dans Alien. On est d’accord : dans une moindre mesure par rapport à Gravity. C’est à peine comparable. Mais…
Mais Sigourney Weaver a été choisie parce qu’elle est grande (1m82) et qu’elle a un physique qui se rapproche de l’androgynie. Hop ! on gomme tout ce qui peut se rapporter aux symboles d’une « vraie » femme de cinéma (longs cheveux, coquetterie, sexytude, etc…) Imaginez, par exemple, une Reese Witherspoon dans le rôle de Ripley. Alors ? Erreur de casting, ça ne fonctionnerait pas ? Voilà. CQFD.
Sans compter qu’elle devient « mère de » un alien, qu’elle a des sentiments pour « son bébé » et qu’il y en a pour l’appeler « Maman »… On ne s’en débarrasse pas, hein. Une femme est forcément une mère. Dommage, parce que Ripley a effectivement une fille, mais ça ne change absolument rien au rôle qu’elle a : si elle n’avait pas été mère, le personnage aurait été le même.

LES RÔLES FÉMININS RÉUSSIS

Mais oui ! Il y en a !! C’est possible !!! :D

Quels sont les critères qui me le font dire ? Eh ben il faut que le personnage ne soit pas affublé de tous les clichés ou symboles que j’ai dénoncés jusque-là. Il faut que ce soit une femme qui ne soit pas définie par rapport à un homme, que son personnage ne soit pas une victime, qu’elle ne soit pas renvoyée ou réduite à sa sexualité, qu’elle ne soit pas privée d’attributs physiques dits « de vraie femme de cinéma », qu’elle peut être mère mais sans que ça ne la définisse de A à Z…

Première à jamais gravée dans mon coeur de geek : la princesse Leia de la trilogie Star Wars. Leia est une femme politique, une meneuse, une résistante, un soldat, une femme qui ne s’en laisse pas compter, qui envoie bouler régulièrement ce relou d’Han Solo, qui sauve Luke qui était venu la sauver mais sans plan pour repartir, etc, etc… La princesse Leia ressemble à une femme sans être hyper-sexualisée (même les scènes en bikini sont soft parce que la caméra ne s’y attarde pas inutilement), elle est volontaire, drôle, avec un caractère fort… Elle est parfaite. PARFAITE.

Autre femme de science-fiction parfaite, et c’est d’ailleurs la principale caractéristique de son personnage, c’est Leeloo dans Le cinquième élément. Dotée d’une intelligence supérieure, imbattable au combat, être suprême… C’est elle qui sauve le monde, et ce n’est pas en faisant un bisou à Bruce Willis, mais l’inverse. Comme quoi, hein.

Un peu moins tape à l’oeil mais tout aussi juste : Jenny Lerner dans Deep Impact, interprétée par Tea Leoni. La personne qui a réalisé ce film est une femme, tiens donc, ça peut avoir joué. Jenny est journaliste, déterminée, pugnace, c’est le personnage principal du film à travers lequel on avance dans l’histoire.

Enfin, last but not least, Ellie Arroway (Jodie Foster) dans Contact. Inspirée de Jill Tarter, qui a été la directrice de l’Institut SETI pendant des années, c’est une scientifique qui se bat pour avoir des subventions pour son projet d’écoute de signaux radio venus de l’espace. Et quand elle capte un signal qui s’avère être extraterrestre, elle devient l’experte absolue dans ce domaine et finit même par être une toute nouvelle sorte d’astronaute.

(Et un petit bonus, même si je ne range pas Thor 2 dans la catégorie Science-Fiction, il est intéressant de voir le traitement des personnages féminins dans ce film encore à l’affiche. Natalie Portman y joue une astrophysicienne, elle a une assistante… qui a elle-même un assistant ! Et quand ces deux-là se découvrent des sentiments amoureux l’un pour l’autre, c’est elle qui prend l’initiative de l’embrasser dans une parodie de scène de baiser cinématographique où un homme embrasse une femme en la tordant vers l’arrière et vers le bas. C’est là qu’on se rend compte que cette chorégraphie est tout à fait ridicule (et qu’en plus, c’est inconfortable et ça doit faire mal.)

Par contre… il est intéressant de constater que pour ceux deux dernières catégories où une femme a le rôle principal ou un rôle fort, aucune des affiches de ces films ne la montrent. Sauf pour Contact, mais Jodie Foster, assise (passive, rêveuse), est accompagnée de Matthew McConaughey, debout (actif, dans l’action) – rappelez-vous, la symbolique… ; et pour Star Wars où tous les héros sont présentés.
Alors… une femme à l’affiche, d’accord – une femme sur l’affiche, c’est pas encore ça.

Et c’est bien joli de râler et de ne pas être d’accord avec le test de Bechdel, mais si on ne propose pas de solution pour améliorer les choses, ça sert à rien. Alors je propose un autre test, celui-ci composé de 5 questions. Et à la quantité prônée par Bechdel, puisqu’il faut encore choisir entre les deux, je préfère la qualité des personnages. Le voici :

1) Y a-t-il au moins un personnage féminin en premier ou second rôle ?
2) Ces femmes sont-elles définies autrement que par rapport à un homme ?
3) Ces femmes sont-elles exemptes de remarques concernant leur sexualité ?
4) Ces femmes sont-elles exemptes de caractéristiques physiques dites « masculines » ?
5) Pour les femmes qui sont mères, leur personnage existerait-il si elles ne l’étaient pas ?

Faites passer ce test à n’importe quel film. Vous verrez qu’on est très loin d’avoir une représentation saine des femmes dans le cinéma.

[HUMEUR] Ma réponse à David Abiker

décembre 18, 2012 dans En vrac, Personnel, Société

Monsieur Abiker,

Votre billet sur la « France détestable » m’a fait sourire. Voyez-vous, je me suis exclamé il y a encore quelques jours : « Mais quelle chance on a de vivre en France ! », et je le pense sincèrement. J’avalai alors gloutonnement quelques tranches d’un excellent saucisson dans l’attente d’une tartine copieuse d’une bonne baguette et d’un fromage bien fait.

J’aime mon pays et là où je vous rejoins, c’est que ça n’a rien à voir avec le football (dont je me contre-carre) ni avec sa défense au prix de ma vie (je l’aime plus qu’une patrie). J’aime la France parce qu’elle est riche de montagnes, de côtes océaniques ou d’une mer qu’on nous envie, de forêts girondines et d’étendues labourées, de villages classés et de monuments historiques d’autres âges, d’hectares de vignes dont vous appréciez sans doute le vin chaque jour.

J’aime la France parce qu’elle est riche de festivals, de patrimoine, d’universités, de musées, de bibliothèques, d’associations ; de toutes ces choses qui lient ses habitants, qui les rassemblent autour de rires, d’émotions, de connaissances, de savoir, de divertissement.

J’aime la France parce qu’elle m’a offert les plus belles conditions dans lesquelles une petite fille peut être élevée ; j’aime la France parce qu’elle m’a offert une éducation à l’école publique, un diplôme d’université, des emplois pour subvenir à mes besoins d’étudiantes venant d’une ville non-universitaire ; j’aime la France parce qu’elle m’offre la chance inouïe de m’exprimer sans avoir peur pour ma vie, de choisir ou non d’aller voter, de circuler librement, et de me laisser le temps d’être créative.

Je suis loin d’être riche, monsieur Abiker, je viens de passer dix années parisiennes sous le seuil de pauvreté, et je doute que vous ayez cette expérience, parce qu’avoir eu 20 ans en 2003 était une toute autre paire de manche qu’avoir eu 20 ans en 1989. Je ne paye pas encore d’impôts mais malgré le fait qu’une fois toutes mes factures réglées, mon ventre rassasié et mes économies mises de côté pour en payer l’année prochaine, il ne me reste que de quoi m’offrir Science&Vie et éventuellement une limonade ou deux avec mes amis, j’ai hâte de les payer, ces impôts.

Parce que c’est la France, cette France « détestable », qui m’a sauvé la vie grâce à cet hôpital public payé par l’argent des contribuables. J’aime la France pour ça, monsieur Abiker. Parce que c’est cette même France qui a formé, dans ses universités, le neuro-chirurgien qui m’a opérée.

J’estime être « en bonne santé mentale », monsieur Abiker, et je n’ai pourtant aucun rêve d’ailleurs. J’ai du sang espagnol et j’y vois des policiers violents contre des manifestants, un taux de chômage épouvantable et des côtes méditerranéennes défigurées par le béton touristique. Les nôtres sont (encore) protégées par des lois. J’ai du sang belge et je n’envie pas un pays où le vote est un devoir et non un droit, où le clivage entre Wallons et Flamands est un vrai problème et où le gouvernement a longtemps été fantôme. J’ai de la famille en Angleterre qui rapporte des réalités concernant le système de santé qui font froid dans le dos, où l’alcool est un épouvantable problème de santé publique, où les adolescentes deviennent maman à tour de bras et où la privatisation de beaucoup de services publics devient dramatique.

J’aime la France parce que la corruption n’y est pas (encore) proverbiale comme en Italie ; j’aime la France parce qu’on n’y massacre pas des enfants dans des écoles à coups d’armes à feu en libre circulation ; j’aime la France parce que notre justice n’exécute plus personne ; j’aime la France parce que je suis sûre qu’elle va enfin permettre à tous d’avoir des Powerpoint pourris à leur mariage.

Bien sûr que tout n’est pas rose, monsieur Abiker. Mais je ne suis pas certaine que vous soyez gagnant au Brésil. Iriez-vous en Russie, pays connu pour son fabuleux exemple démocratique ? En Chine ? Au Togo, alors ? Et pour avoir vécu trois mois au Canada, je n’irai m’y installer pour rien au monde. Ils n’ont plus droit d’y faire grève, ni de lire 1984 dans le métro, ils ont des problèmes écologiques terrifiants et ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Voyez-vous, à la lecture de votre billet, je n’y ai pas vu une détestation de la France mais un rejet de ce que vous, oui vous, monsieur Abiker, en avez fait. Tous les problèmes que vous soulevez existent, malheureusement, mais ils n’existent que parce que votre génération a fait les mauvais choix. Bien avant d’avoir l’âge de posséder une carte d’électeur, je pensais déjà que voter à gauche ou à droite (et assimilés) n’avait désormais plus aucun sens. Je l’ai répété le matin du dernier tour de l’élection présidentielle. Le présent me donne, hélas, raison.

Je pense aussi que vous êtes enfermé depuis trop longtemps dans le milieu politico-médiatique et que vous n’arrivez plus à sortir la tête de cet océan de cynisme que vous dénoncez. Pour vous, la France n’est que politique et économie. Bien sûr que vous la trouvez détestable. Mais ce sera la même chose dans un pays portant un autre nom.

Je ne suis ni « frappadingue » ni un « immense pervers ». Pourtant, je n’ai pas envie de partir, parce que malgré ses défauts, ses mauvais penchants et ses ratés, la France a bien plus de richesse, de luminosité et de vie que vous ne le décrivez. Ce n’est pas elle que vous souhaitez fuir. C’est ce que vous en avez fait. Ce n’est pas elle qui vous dégoûte. C’est votre culpabilité.

Permettez-moi d’y rester et de m’y sentir bien, monsieur Abiker, sans me sentir visée par vos accusations de folie ou de perversité. Permettez-moi de continuer à voter de manière à dégager tous ces cons que vous, oui vous, gardez au pouvoir depuis tant d’années. Permettez-moi d’y payer mes impôts avec plaisir, d’y fréquenter ses transports publics, de jouir de cette exception culturelle qu’on nous envie dans le monde entier, d’y travailler sereinement grâce aux lois sociales acquises grâce à des Français qui se sont battus, d’y savourer les trésors de notre terroir désormais inscrit au patrimoine de l’Humanité et d’y côtoyer des personnes issues de l’immigration qui ont conscience, eux, de la chance qu’ils ont d’y vivre.

Et d’ailleurs, monsieur Abiker, même si vous ne me permettez pas tout ça, nous vivons tous deux dans un pays qui m’autorise à le faire.

[HUMEUR] 10 voeux pieux pour la Journée de la Femme

mars 7, 2012 dans En vrac, Société

1. Je voudrais que ce genre de Journée n’existe plus parce que les mentalités auront changé, parce que la misogynie de nos sociétés aura disparu, parce que les écarts de salaire entre les hommes et les femmes ne seront plus qu’un mauvais souvenir, parce qu’on pourra s’habiller comme on voudra et avorter quand on le voudra sans nous culpabiliser, parce que toutes les femmes du monde pourront voter, circuler, s’exprimer et être libres, etc etc.

(Et je voudrais également que les guerres cessent TOUSSUITE et adopter un petit chaton extraterrestre, aussi, oui oui.)

Attention, ce chat est bien Terrien.

2. Je voudrais que ELLE cesse de se revendiquer comme magazine féministe ou bien change radicalement de ligne éditoriale. Parce que dans le genre clichés et stéréotypes, ça se pose là : des polémiques à répétition concernant le poids et les courbes de ces dames (dernier bad buzz en date : Kate Winslet), de la mode à toutes les pages (sans déconner, à part les professionnels qui gravitent autour de ce milieu, ça intéresse qui ?), des horoscopes à n’en plus finir, des « Spécial régime » en veux-tu en voilà, des conseils pour être belle pour séduire Jules (et Juliette, elle peut crever ?) et les dernières techniques pour faire son brushing en 5 minutes top chrono le matin.

Voyez ? Je n'invente rien. Anorexique à moitié à poil en couv, mode, leçon de brushing, mode, t'es une meuf donc t'es FORCEMENT en (it-)couple, mode, etc...

Résumons donc : ce magazine féministe revendique donc le « Sois belle et ta gueule, et pis achète-moi pour que je puisse vendre des pages de pub où une fille anorexique à poil vante une marque de montre de luxe derrière un encart sur les femmes sénégalaises qui luttent pour avoir de l’eau potable et ne pas finir comme esclaves sexuelles ».

3. Je voudrais que certains mouvements et associations de féministes se détendent un peu du string, réhabilitent le sens de l’humour et l’auto-dérision. Parce que je veux pas cafter, mais elles desservent souvent leurs causes (et ça me fait chier). Alors voilà, amies Chiennes de Garde, OUI il est possible d’écrire ce genre de pamphlet contre les dérives de notre société actuelle tout en se pavanant en mini-short en cuir comme offrande sexuelle pour de rire.


Le Grand Webze piège le Palmashow par LeGrandWebze

4. Je voudrais que l’égalité en matière de vie sexuelle soit enfin respectée. Qu’on arrête de traiter une femme d’un méprisant « salope » et  qualifier un mec d’un affectueux « coureur de jupons » à comportement égal. Merci. Bisou.

5. Je voudrais imposer aux mecs un toucher rectal annuel pour qu’ils sachent bien quel effet ça fait d’être à la merci d’autrui en ce qui concerne son intégrité physique.

Oh, et tant qu’on y est, une épilation intégrale (et je ne parle pas que du maillot, hein) une fois par an aussi pour qu’ils sentent bien passer dans tout leur corps ce qu’on subit plus souvent qu’à notre tour.

6. Je voudrais que le mot « célibataire » arrête d’être connoté pour les femmes de « cherche Prince Charmant viiiiite ». Parce qu’on peut être célibataire, ne vouloir personne dans sa vie, être très heureuse comme ça et s’y épanouir. Donc, monsieur (forcément) des agences de voyage, de com’, ou de je ne sais quoi encore, arrête de proposer des trucs « pour célibataires » et de me faire des fausses joies à chaque fois parce que tu impliques systématiquement dans ce mot « donc on va t’aider, pauvre petite, à trouver un mec et être enfin complète et comblée ».

ON T’EMMERDE, en fait.

Si tu fais un truc pour célibataires, ben organise quelque chose qui ait de la gueule. Genre on nous laisse tranquille, chiards interdits, et si j’ai envie de m’envoyer mon voisin de transat, ben j’ai pas besoin que tu m’organises des ateliers à la con pour qu’on puisse conclure. Je suis une grande fille, merci bien, et je veux surtout pas me le coltiner jusqu’à la fin de mes jours.

Pour résumer : femme célibataire N’EST PAS SYNONYME DE femme romantique désespérée qui cherche quelqu’un.

Ouais, non mais… laissez tomber. Je crois qu’on va pas y arriver. Faut trouver un autre mot.

7. Je voudrais qu’on arrête de nous prendre pour des gamines de 8 ans quand on dit que tomber amoureuse ne nous intéresse pas et/ou que vivre en couple n’est pas fait pour nous et/ou qu’avoir des enfants n’est pas envisageable (du tout, genre jamais). On prend au sérieux et on respecte un mec qui tient ce discours, alors en quoi serait-ce différent si c’est une femme ?

Surtout quand la femme en question n’a plus 8 ans depuis une bonne vingtaine d’années, qu’elle se connaît, qu’elle est parfaitement à même de faire des choix qui la concernent, qu’elle est libre de faire ce qu’elle veut de sa vie et que, stop, oubliez tout ça, elle n’a pas besoin de se justifier, en fait. Tu respectes et c’est marre. Et tu gardes ton ton paternaliste (vaut aussi pour les meufs) pour toi, ça lui fera des vacances.

Et le premier (ou la première) qui lui parle de son horloge biologique (qui existe autant que l’instinct maternel, la preuve), je viens cordialement lui défoncer ses outils de mastication avec de vieilles tatanes qui puent.

Illustration de Clio de Frégon.

(Oh, et pendant qu’on y est, j’aimerais que les jeunes mères arrêtent de nous parler du dernier popo de leur chiard sur Facebook : ON S’EN FOUT et ça ne nous aide pas à faire avancer notre cause, hein, merci bien.)

8. J’aimerais que les livres pour enfants, les dessins animés, les publicités, les jouets et le marketing en général arrêtent de véhiculer sans cesse des stéréotypes et clichés grotesques et d’une autre époque. Qu’ils arrêtent de tout sexualiser et genrer. Cela vaut évidemment pour les petites filles comme pour les petits garçons.

9. Je voudrais un monde plus juste et plus équilibré sur cette question du genre. Il y a toutes sortes de femmes, et chacune d’entre elle mérite d’être appelée une femme, à part entière, quand bien même elle serait née homme, elle ne serait pas mère, elle serait chauffeur routier, ou amputée de ses attributs féminins après un cancer.

10. La première exoplanète qui passe (et y en aura pour tout le monde, n’allez pas me faire chier), j’y fonde une société où les hommes auront juste le droit de fermer leur gueule le temps de rééquilibrer le karma de tous ces millénaires passés à considérer les femmes comme inférieures. Une société où on n’aura plus peur de prendre un RER après la tombée de la nuit, aussi. Une société où, si un viol était commis, on ne penserait même pas à se taire. Etc etc etc.

Ouais mais non, en fait. Au fond, je n’ai pas du tout envie de traiter les hommes comme les femmes ont été – et sont toujours selon les causes et les pays – traitées. Et je l’aime bien, la Terre, et si je ne suis pas sûre qu’Elle soit récupérable avec nos conneries, je garde encore l’espoir que notre société française s’améliore.

Mais c’est pas gagné, la preuve en est de cette illustration où la femme… est à poil. Hey, pourton.info, tu te fous de la gueule de qui exactement  ?

Pourquoi est-elle à poil ? EST-CE QUE QUELQU'UN PEUT M'EXPLIQUER POURQUOI ELLE EST DESSINEE A POIL ??

Alors pour la Journée de la Femme, messieurs, c’est à vous de jouer. Ce sont vos mentalités qu’il faut changer, pour qu’enfin ce genre d’opération de matraquage qui soûle tout le monde (moi la première) n’ait plus lieu d’être.

[HUMEUR] A ceux… qui s’offusquent comme s’ils découvraient le monde

septembre 22, 2011 dans En vrac, Société

C’est parti de ce tweet de @chandleyr que j’ai retweeté ce matin : « Twitter et ses sujets d’indignations chroniques… C’est mignon autant d’adultes découvrant le monde réel en même temps… »

Ce twitto parlait de l’exécution de Troy Davis après une lutte acharnée pour que la peine capitale ne s’applique pas à ce condamné qui a toujours nié les faits qu’on lui reprochait, et dont le dossier comportait visiblement de nombreuses failles.

Mais voilà. On a tué Troy Davis par injection létale cette nuit. Il est mort.

Hier soir, environ deux heures avant le moment de l’exécution, j’ai jeté un dernier regard à ma TL avant de m’endormir. Et le même sentiment de malaise m’a envahie en lisant les tweets sur ce sujet que depuis que Troy Davis a fait son entrée sur le microcosme de Twitter. Même sentiment de malaise ce matin en voyant la surenchère de paroles et de citations déjà tweetées cent fois.

Je suis gênée, depuis quelques jours, par toute cette « indignation chronique » qui remplit mon flux de tweets. Parce qu’elle sonne faux. Parce que les gens se prennent de passion, soudain, pour une cause qui fait l’actualité, comme s’il n’en avait jamais eu vent avant, et qu’ils semblent l’oublier sitôt que le sujet s’éloigne dans le temps.

La condamnation à mort est une action innommable. Elle me met en colère. Elle me révolte à un point tel qu’il n’existe pas de mots pour pouvoir la décrire. Peut-être parce que je sais ce qu’est être seule face à un mur blanc et de connaître l’heure exacte à laquelle on va mourir. Peut-être pas. Peut-être parce qu’en tant qu’être humain je trouve ça inqualifiable, et qu’en tant qu’ex-malade ça me retourne les tripes en plus de trouver ça inqualifiable.

Mais je trouve que cet engouement régulier sur Twitter pour des faits d’actualité révoltants a quelque chose de malsain. J’ai le sentiment qu’il s’agit plus d’une manière de soulager sa conscience que de vouloir réellement dénoncer des atrocités.

Peut-être que je me trompe. Peut-être que chacune de ces individualités est de bonne foi, et que c’est l’ensemble qui donne cette impression d’hypocrisie. Mais ce n’est pas la première fois que ces prises de position enflammées sur un sujet difficile me mettent mal à l’aise.

Evidemment que chacun a le droit, et encore heureux !, de s’exprimer librement sur un sujet donné. C’est la manière de le faire qui est sans doute maladroite. S’offusquer violemment, du jour au lendemain, de quelque chose dont on a connaissance depuis des années, est indécent à mon sens. J’ai l’impression, comme le soulignait @Chandleyr, que des adultes responsables, instruits, informés, ne se souviennent comme par hasard des injustices de ce monde que lorsque c’est sur le devant de l’actualité, et qu’il est du coup bien vu d’y aller de son indignation bien-pensante et de son tweet révolté.

J’ai fait le choix de ne pas m’exprimer sur la question. Peut-être ai-je eu tort. Mais mon sentiment a été celui-ci : publier un tweet pour dire que la-peine-de-mort-c’est-vraiment-pas-très-très-bien est inutile, enfonce des portes ouvertes, et ne change rien.

Je préfère, personnellement, agir à mon échelle en signant des pétitions, par exemple. Et ne pas avoir l’indécence d’annoncer publiquement sur Twitter, sur Facebook, et ce à plusieurs reprises : « Vous avez vu, je m’engage contre la peine de mort, je viens de signer la pétition, je suis une fille bien, prenez-moi en exemple ! »

Le silence est ma position face à ces horreurs ineffables. C’est mon choix. C’est ma réaction face aux logorrhées de plus en plus fréquentes qui m’apparaissent comme ne pas avoir de sens.

Parce que oui, je le pense, la manière dont beaucoup se sont « engagés » via quelques tweets me paraît absurde, et obscène. Parce qu’avant d’éteindre la lumière hier soir, en sachant avec mes tripes ce que Troy Davis était en train de ressentir et en ayant une grosse boule dans la gorge, j’ai vu passer dans ma TL qu’un adolescent de 17 ans avait été pendu publiquement en Iran le matin-même.

Et ce que je voyais passer dans ma TL m’a paru grandguignolesque : une surenchère de tweets outrés, de cris d’orfraie, de phrases scandalisées qui me paraissaient fausses, hypocrites, mues par le dessein plus ou moins conscient de vouloir mettre sa gueule en avant en prenant la vie et la mort d’un homme comme prétexte.

Parce que je n’ai vu personne être totalement indigné de l’exécution de ce jeune iranien. Alors que je l’étais tout autant que pour celle de Troy Davis. Parce que je n’entends jamais personne se révolter ou se souvenir de situations atroces qui ne sont pas sur le devant de la scène. Alors qu’il m’arrive très régulièrement de me demander ce que devient Sakineh. Que je me tiens au courant régulièrement de la situation des Tunisiens à Botzaris. Que je pense souvent aux victimes des  tsunamis de 2004, de celui d’Haïti, ou du Japon, et que je me demande comment ils s’en sortent, à l’heure où je me pose la question. Que j’espère que la fille d’Aurélie Fouquet, policière tuée à Villiers-le-Bel en 2010, grandit paisiblement sans trop souffrir de l’absence de sa maman. Et ainsi de suite.

La compassion et l’engagement s’inscrivent dans la durée. Pas dans l’explosion d’une colère ponctuelle pour faire comme tout le monde. C’est ça qui me gêne de plus en plus sur Twitter concernant des faits graves.

Je trouve que, parfois, le silence, ou au moins la retenue, est souhaitable. Je ne pourrai jamais regarder les images de DSK au 20 Heures, par exemple. Je trouve ça trop obscène. Je pense qu’il vaut mieux être raisonnable dans son envie de communiquer à tout prix. Qu’il est des situations où la retenue est préférable. Je pense sincèrement par exemple que le LT de l’exécution est condamnable. Il y a des choses qu’on ne devrait pas faire. C’est proprement scandaleux et irrespectueux de Troy Davis.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas parler et dénoncer les injustices de ce monde. Je dis juste que parfois, selon la façon de faire, cela sonne faux.

Je ne dis pas que j’ai raison. J’ai d’ailleurs certainement tort de penser que tous ces tweets sont vains (même s’ils l’ont malheureusement été en ce qui concerne Troy Davis). Mais je suis de ces personnes qui se cachent quand elles vont mal. Et qui se taisent quand elles souffrent. Cette facette de ma personnalité explique le fait que je préfère le silence sur des sujets graves. Ce qui ne m’empêche pas d’agir à mon échelle, quand je le peux.

Ceci était moins une prise de position que mon sentiment face au malaise que je ressens encore ce matin à la lecture de ma TL. J’aimerais voir, parfois, un peu plus d’humilité et de réserve.

(Image : ©Hyphen 1999 Bretécher)

[HUMEUR] Fille = jolie ; garçon = fort (Petit Bateau). DANGER.

août 3, 2011 dans En vrac, Société

Peut-être avez-vous entendu parler de cette polémique sur les derniers bodys de la marque Petit Bateau pour les nourrissons. Sur fond gris clair, on peut y voir différents adjectifs danser en rose pour les filles, et en bleu pour les garçons. Ces deux pièces ont fait l’objet il y a quelques semaines d’un bad buzz assez conséquent, puisqu’on a accusé la célèbre marque de vêtements pour enfants d’être sexiste. « On » ? Des milliers de personnes, ne serait-ce que sur la page Facebook de Petit Bateau, et pas seulement des féministes – loin de là.

Même si mon premier réflexe a été aussi de crier au scandale – ou tout du moins de râler encore contre des stéréotypes grossiers qui décidément ont la vie dure en 2011 malgré les récents progrès – j’ai pris le temps de réfléchir. Hurler à tout bout de champ n’est pas forcément productif et dessert souvent les causes – souvenez-vous de Pierre et le Loup. Mais après réflexion, j’en suis arrivée à la conclusion suivante (qui n’engage que moi) : si l’on peut difficilement accuser Petit Bateau d’avoir sciemment créé des vêtements sexistes, il ne fait aucun doute que ce genre de pièce met à mal les avancées de ces dernières années en matière d’égalité homme-femme.

Et le fait que ce ne soit pas volontaire est peut-être encore plus inquiétant. Les luttes de ces dernières années n’auront donc servi à rien ? Les marques n’ont-elles toujours pas conscience de l’impact qu’elles ont sur l’évolution (ou la régression) des mentalités sur des sujets de société ? Le côté positif des choses est que justement les consommateurs se soient exprimés aussi nombreux sur la question. Et si l’affaire a fait tant de bruit, c’est la preuve qu’il y a un souci.

Alors intéressons-nous de près à ces fameux bodys… Il se trouve qu’il ne s’agit pas d’un problème « d’image fausse de la femme » comme l’a annoncé Petit Bateau dans un communiqué, démentant les accusations de misogynie. Il s’agit d’un problème de clichés grossiers et de stéréotypes douteux concernant à la fois la femme et l’homme, et non seulement de sexisme ordinaire en défaveur des femmes.

Les bodys Petit Bateau

- La couleur

Rose pour les filles, bleu pour les garçons. Même si ça m’agace, après tout – réfléchissons –  pourquoi pas ? Chaque culture a ses codes ; ce sont les nôtres. Là où ça devient inquiétant, c’est quand des femmes intelligentes, cultivées, ayant fait des études et occupant des postes à responsabilité me disent (c’est véridique) qu’il n’est « pas possible de mettre du rose à des garçons et du bleu à des filles« . Et du vert ?, demandé-je. Même problème. Je cite : « Comme ça, on n’a pas besoin d’aller voir dans la couche du bébé pour connaître son sexe.« 

Certes. Mais je trouve ça quand même un petit dérangeant. Que des codes existent, admettons. Mais que ce soit systématique et qu’ils soient indispensables pour connaître le sexe d’un bébé, ça devient un peu grave. Ne peut-on tout simplement pas demander le prénom dudit nourrisson ?… Quid d’un bébé habillé de blanc, de jaune, de rouge… de tout ce qui n’est pas bleu ou rose ?… Lorsqu’on a un doute, va-t-on réellement lui retirer son body et aller regarder dans sa couche ? Non. On demande aux parents.

N’oublions pas que les codes couleur sont culturels. Dans notre culture, la couleur du deuil est le noir. Dans d’autres, c’est le blanc. Donc non, les petites filles ne doivent pas être réduites au rose et les petits garçons au bleu.

Surtout que ces raccourcis commencent à avoir des effets négatifs : la systématisation de ce code, notamment le rose pour les petites filles, pose désormais problème aux femmes, qui inconsciemment, le rejettent. La preuve en est de cette étude dont Slate parle et qui prouve que dans une situation de menace ou de danger (le cancer du sein par exemple, dont le symbole est le même que celui du Sida… mais en rose), les femmes sont repoussées par cette couleur qui est… trop connotée.

Après réflexion, j’ai pris conscience que c’était effectivement mon cas. Du rose dans une pub ou dans une affiche de prévention ? Je détourne le regard. Pourquoi ? Parce qu’inconsciemment pour moi, le rose est pour les petites filles, c’est sûrement un truc mignon mièvre dégoulinant, donc je ne peux pas prendre ces affiches au sérieux.

Pourquoi ai-je ces clichés dans la tête ? Parce que justement depuis ma tendre enfance, les marques associent le rose aux « petites filles mignonnes » qui sont l’exact opposé de ce que l’on peut prendre au sérieux. Comme ces fameux bodys Petit Bateau, donc, qui en plus de la couleur, en rajoutent une couche en nommant des adjectifs qui détruisent toutes les avancées faites dans le conditionnement péjoratif des genres.

- Les adjectifs

                Analyse chiffrée

Intéressons-nous d’abord aux mots inscrits sur les mignons bedons des nourrissons de sexe masculin : courageux, fort, fier, robuste, vaillant, rusé, habile, déterminé, espiègle, et cool.

Et ceux des petites filles : jolie, têtue, rigolote, douce, gourmande, coquette, amoureuse, mignonne, élégante, belle.

Maintenant, chiffrons ce que Petit Bateau nous impose comme des états de fait : 20% des adjectifs qui qualifient les garçons se rapportent à leur physique (fort et robuste), contre 60% de ceux des filles (jolie, douce, coquette, mignonne, élégante, belle). Mais 0% des premiers et 100% des seconds se rapportent à la beauté (connotée superficielle), quand 100% des premiers et 0% des seconds se rapportent à la force physique (connotée très sérieuse).

Conclusion : « Ma fille, sois belle et superficielle, espèce d’idiote évaporée », et « Mon fils, sois fort, mon brave, mon bon petit gars ! » (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Après le physique, voyons du côté des capacités intellectuelles. Chez les garçons, 20% des adjectifs s’y réfèrent (rusé, habile), contre… 0% chez les filles. Suis-je bête (normal en même temps, je suis une fille), les filles ne sont pas faites pour penser et encore moins pour réfléchir ! Elles ne sont pas intelligentes, ni rusées, ni habiles. (Ou quand elles le sont, ce n’est pas du tout de manière positive comme pour les garçons puisqu’elles utilisent ces capacités intellectuelles – non-sens absolu avec « elles » en sujet – pour être mauvaises, mesquines et manipulatrices.)

Conclusion : les garçons sont intelligents et malins et toujours à bon escient et si les filles montrent de telles capacités, c’est forcément parce qu’elles sont toutes un peu sorcières. (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Assez parlé des capacités intellectuelles, parlons désormais du comportement. 60% des adjectifs masculins s’y réfèrent (courageux, fier, vaillant, déterminé, espiègle, cool), contre 30% des adjectifs féminins (têtue, rigolote, gourmande). Déjà, c’est bien connu, les filles se comportent deux fois moins que les hommes puisque plus de la moitié de leur temps est pris à se faire belle. Allons plus loin. Il y a l’idée de rire dans deux des qualificatifs : espiègle pour les garçons, rigolote pour les filles. Victoire pour l’égalité ? Ahahah. Êtes-vous naïfs… naïves, pardon – forcément. Je cesse d’interpréter subjectivement pour vous fournir une preuve scientifique en images.

Analysons maintenant ces captures d’écran de définitions qui ne sont pas de mon fait (on ne peut plus m’accuser de mauvaise foi), puisqu’elles sont tirées de l’honorable dictionnaire Le Robert (pensez ! avec un nom pareil, il ne peut être que très sérieux). (Une question : combien d’Académiciens par rapport aux Académiciennes, déjà ?)

Bref. Espiègle : c’est un adjectif, c’est marqué à côté. Et puis bon, c’est quand même un adjectif qui en jette, vu qu’on ne l’entend pas beaucoup dans la vie courante. D’ailleurs, y a une explication vachement savante en-dessous comme quoi ça vient du néerlandais, ou bien de la littérature allemande. Un truc sérieux, quoi, l’espièglerie. Forcément pour les garçons, du coup.

Rigolo, ote, par contre… Ben à côté, déjà, y a rien. C’est quoi ? Un adjectif ? Un verbe ? Un poney ? On ne sait pas. Après, pas d’explications scientifiques façon culture gé néerlandaise, non. Juste un « (de rigoler) » au goût un peu âpre. Ça ne rigole plus. Et puis juste ensuite : familier. Mais oui mais c’est bien sûr !… Espiègle, c’est assez rare au quotidien, c’est sérieux pour un garçon ; par contre pour les filles, on peut les qualifier avec du vocabulaire familier, parce que faudrait voir à pas déconner quand même.

Espiègle, pour un enfant, c’est donc être vif et malicieux, sans méchanceté. Ben oui. Faut suivre, hein. Un garçon ne peut pas être méchant, seulement rusé et habile. (C’est d’ailleurs avec ces deux derniers adjectifs que je qualifierais Henri VIII, Ivan le Terrible, Hitler, Mussolini, Ben Laden, Kadhafi, ou Anders Breivik ; mais je n’utiliserais pas méchant, nooooon, voyons, quelle idée tordue sortie de mon cerveau féminin !)

Poursuivons. Un enfant espiègle, nous dit Robert, c’est un petit polisson coquin et turbulent : rusé et plein d’énergie, quoi ! Normal. Ah mais… attendez… Espiègle peut aussi être un nom, alors ! Mais oui ! Exemple : C’est une petite espiègle –> DIABLOTIN. Eh ouais. CQFD. C’est Bob qui l’a dit (via Petit Bateau) : les filles, SAYLEMAL. Nous sommes le diable, nous sommes des sorcières, nous sommes de viles pécheresses.

(Je vous avoue humblement que si j’avais voulu le faire exprès, j’aurais quand même pas pu, hein. C’est quand même assez énorme.)

Poursuivons. Revenons à notre rigolote, dont on ne connaît pas la nature. Ah, ben c’est aussi un adjectif et un nom (comme espiègle mais… passons.) Ca amuse, ça fait rire – ouais, ça ne mange pas de pain et ça n’a pas inventé le fil à couper le beurre quoi, on n’en est pas à se rouler par terre et à penser au prix Nobel du calembour, c’est mignonnet, juste. D’ailleurs, en exemple, on a donc : Elle est rigolote. Sinon, on est curieuse et étrange – un peu chelou, quoi, normal. Une fille, faut s’en méfier – toujours. Mais alors le pompon, c’est qu’il s’agit aussi d’une personne à qui l’on ne peut pas faire confiance. Je venais tout juste de le dire !!

(Alors oui, pour le coup, l’exemple est masculin. Mais c’est l’unique Académicienne, qui devait forcément être avoir ses règles ce jour-là, qui a dit à ses collègues de ne pas la faire chier et de mettre un exemple testostéroné.)

Poursuivons. Après le couple espiègle/rigolote, on a celui de déterminé/têtue. Je traduis : un mec, ça sait ce que ça veut et où ça va ; une fille, ça emmerde le monde avec ses idées à la con dont elle ne démordra pas. Comprenez : un mec, c’est posé carré réfléchi ; une fille, c’est une chieuse avec des lubies. Et puis un mec, c’est « cool », aussi, hein.

Et pour finir avec le comportement, pendant qu’une fille c’est gourmande (ça s’enfile des plaquettes de chocolat et du cheesecake avec ses copines pendant que son mec « sait apprécier les bonnes choses » comme un bon vin accompagné d’un bon fromage), un garçon sera courageux, fier et vaillant. Vachement plus important et positif quand même que de s’empiffrer du dernier cookie de chez Starbucks et de pleurer ensuite quand on monte sur la balance pendant qu’on passe la moitié de notre temps à se faire belle. Hein.

Conclusion : un garçon, c’est espiègle, ça sait ce que ça veut, c’est carré, et c’est courageux ; pendant qu’une fille, c’est rigolote donc pas vraiment sérieuse, ça fait chier le monde avec sa tête de mule à la con, et ça sert qu’à bouffer des sucreries. (Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Et enfin, Petit Bateau parle des sentiments : là où 0% des adjectifs masculins y font référence, 10% de ceux des filles s’y rapportent (amoureuse). Amoureuse, putain… Coucou, tu veux voir mon gros cliché avec des cœurs (roses !) ? Parce que c’est bien connu : toutes les filles sont toujours amoureuses en permanence. Tou-jours. D’ailleurs, elles ne vivent que pour ça : mesdemoiselles sont des princesses (belles, chieuses et toutes de rose vêtues, donc) qui attendent leur prince charmant (fort, vaillant, courageux et déterminé, donc).

(Oui, j’analyse des vêtements vendus en France en 2011.)

Si ce genre de stéréotype me rend ouf, là où c’est grave, c’est que visiblement les garçons n’ont pas le droit d’avoir des sentiments. Hey, Petit Bateau ! Les émotions, c’est pas sale, hein ! C’est ce qui fait de nous des êtres humains !

                  Analyse générale

 Le problème, voyez-vous, c’est non seulement que ces bodys sont effectivement très misogynes, mais c’est aussi qu’ils véhiculent des clichés et des stéréotypes soit complètement faux, soit d’une autre époque, concernant les garçons et les filles.

Si l’on en croit Petit Bateau, les hommes n’ont donc pas de sentiments ni d’émotions, puisqu’aucune référence n’y est faite. Un homme, ça agit, et ça ne ressent pas ?… Les émotions, c’est un truc de gonzesse ?… Non mais… sans déconner… Un homme aime ou déteste, il éprouve de l’affection ou du mépris, il peut être joyeux ou triste, il se sent confiant ou mal à l’aise, etc… Et je vous assure, Petit Bateau, il lui arrive même d’être amoureux.

Un homme se soucie même de son apparence (et ça ne date pas d’hier, donc si on pouvait cesser avec ce stéréotype du Cro-Magnon, ce serait bien. Merci. Bisous.) Souvent, il aime être élégant et bien habillé. Il fait attention à sa coupe de cheveux et passe parfois quelques minutes le matin à mettre du gel pour la sculpter (et non, ça n’en fait pas un métrosexuel). Il taille un bouc consciencieusement ou entretient une barbe de trois jours parce qu’il se trouve mieux comme ça que rasé de près. Et il lui arrive même d’épiler un mono-sourcil par souci d’esthétisme.

Mieux encore, il fait du sport pour entretenir une silhouette, faire fondre des poignées d’amour, récupérer quelques abdos ou bien gonfler des biceps. Et non, Petit Bateau, ce n’est pas juste pour ressembler à ton cliché de l’homme fort, mais pour être bien avec lui-même et pour plaire aux filles – ou à la femme dont il est amoureux. Tout comme une fille ne se maquille pas parce qu’elle doit absolument être belle dans ton monde de clichés grotesques, mais pour se sentir mieux avec elle-même et pour plaire aux garçons – ou à l’homme dont elle est amoureuse.

Autre chose. Il y a des filles chiantes, mais il existe la même version côté garçon – tout comme être déterminé, têtu, rusé, habile, vaillant, rigolo, élégant, coquet, etc. Tous ces adjectifs correspondent, dans la vraie vie de la réalité, à des tas de personnes tous sexes, genres, et sexualités confondus. Arrêtons de vouloir mettre dans des cases et en tirer des généralités dangereuses. Car oui, il y a danger – mais j’y reviendrai.

Ce qui me dérange aussi, Petit Bateau, tu vois, c’est le caractère définitif de tes affirmations. Par exemple, si on prend mon cas personnel, je ne suis ni belle ni jolie. Donc je ne suis pas une fille ? Je ne suis pas douce trois semaines par mois. Donc trois semaines par mois, je ne suis pas une fille ? Je ne suis pas amoureuse. Donc je ne suis pas une fille ? En revanche, je suis déterminée, courageuse, fière, espiègle, et cool. Je suis donc un garçon ? Je ne suis pas coquette, mais je suis forte. Je suis donc un garçon ?

Par pitié, putain. Mesdames et messieurs du marketing, arrêtez ce genre d’agissements débiles, infondés, absurdes, d’un autre temps, et dangereux.

Les effets nocifs de tels clichés dans la société 

- De la propagande

Pour Petit Bateau, aucun adjectif ne fait référence aux capacités intellectuelles des filles. Sauf qu’en 2008, selon les données de l’Insee, plus de la moitié des filles (51%) sont diplômées de l’enseignement supérieur, contre un gros tiers de garçons (37%). Je ne suis pas en train de dire que les garçons ne sont pas intelligents – loin de là – je dis juste que la vision des femmes de Petit Bateau est erronée et qu’elle ressemble à de la propagande : « Sois belle, tais-toi, surtout n’étudie pas, on pourrait voir que tu as intelligence, culture, esprit, et analyse. » (Je rappelle que je suis toujours en train d’analyser des vêtements vendus en France en 2011.)

Au-delà de cet exemple ciblé concernant l’éducation et le niveau d’études, la commercialisation de ce type de vêtement contribue à entretenir une vision des deux sexes qui n’a plus lieu d’être dans nos sociétés occidentales, mais qui malheureusement résiste encore aux volontés de progrès en matière d’égalité, de parité, et tout simplement de respect de chacun des sexes et de leurs différences.

Bien sûr que nous sommes différents. Bien sûr qu’un homme est physiologiquement plus fort qu’une femme. Mais il y a des hommes gras et des femmes musclées. Il y a des forces de la nature chez les femmes, comme il existe des hommes chétifs. Il existe des hommes aux traits fins, qui sont coquets et élégants, et des femmes qui se soucient peu de leur apparence vestimentaire et qui ont des traits épais et une mâchoire carrée. En quoi ces hommes ne seraient pas des hommes au même titre qu’un sportif bodybuildé ? En quoi ces femmes ne seraient pas des femmes au même titre qu’une mannequin jolie et élancée ?

L’opération Petit Bateau est un cas d’école. Dans les forums, j’ai souvent lu ce commentaire : « Non mais arrêtez, comme si les bébés entendaient et comprenaient ce que ça veut dire… » Ben oui. Ils comprennent. Ils comprennent dans le sens où ils grandissent dans un environnement conditionné par ce genre de message. C’est tout un processus inconscient qui se met en place, et qui s’insinue dans la façon de modeler notre pensée, d’appréhender le monde, et les personnes genrées qui le peuple. Même les familles les plus cultivées et/ou les plus attentives à ce genre de choses n’y échappent pas.

Ça s’appelle l’inconscient collectif, et tant que ce sera entretenu par les médias, les dessins animés, les pubs, les jouets, etc, les hommes ne résoudront pas leur crise actuelle d’identité (oui, tu es un homme dans ta définition la plus noble même si tu aimes changer les couches du petit dernier, prendre soin de ta peau, et être à l’écoute de tes émotions), et les femmes continueront à ne pas être prises au sérieux (que ce soit dans le monde du travail où elles sont sous-payées, ou dans le domaine juridique où elles sont forcément coupables quelque part de s’être fait violer – entre autres exemples.)

Autre exemple concret du danger de ces clichés : le monde politique. Met-on en doute les capacités intellectuelles ou le mérite d’un homme politique d’être arrivé là où il est ? Et même plus loin : met-on en doute tout ceci sur la seule base de son apparence ?

On n’accuse pas Dominique Strauss-Kahn d’être une femme parce qu’il est petit et gras. Par contre, on accuse Martine Aubry d’être lesbienne (donc, si l’on continue dans le cliché grossier, d’être un peu mec quand même) parce qu’elle a les cheveux courts, qu’elle ne se soucie pas de son apparence, et que les traits de son visage sont épais et « peu féminins ».

D’un autre côté, on accuse Ségolène Royal (qui a soigné son look lors des dernières élections présidentielles) ou Rachida Dati (femme toujours très élégante) de tous les maux : la première est une idiote, et la deuxième a forcément couché pour réussir.

Conclusion : quand une femme politique ressemble au cliché de la femme diffusé par Petit Bateau, on ne la prend pas au sérieux. Quand elle ne ressemble pas à ce cliché, ce n’est plus vraiment une femme, mais on lui reproche quand même. D’ici à ce que Martine Aubry se lance dans un relooking pour ne plus qu’on lui reproche de ressembler à un mec, on lui reprochera d’être comme toutes les autres : obsédée par son apparence, donc superficielle.

Pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, et François Hollande sont des hommes courageux, forts, vaillants, habiles, et déterminés à faire voter des lois justes pour faire de la France un meilleur endroit pour vivre (c’est bien connu.)

Vous avez dit propagande ?

- Les effets nocifs de tels clichés dans le monde du travail

Je ne prendrai qu’un seul exemple – et il sera rapide. L’écart de salaire entre les hommes et les femmes à formation, ancienneté, et compétences égales est de 9% (en défaveur des femmes). Pourquoi ? L’une des principales raisons (on parle toujours de formation, ancienneté, et compétences égales pour un même poste) est qu’une grande majorité des femmes ne négocient pas leur salaire.

Pourquoi ? Parce que la propagande des « petites fille mignonnes » fait en sorte qu’elles sont inconsciemment persuadées que gagner de l’argent pour une fille, c’est mal, qu’avoir de l’ambition pour une fille, c’est mal, et qu’être déterminé, c’est pour les garçons. En gros, elle reste bien sage, mignonne, rigolote, douce, et pas sérieuse, et dit merci monsieur au gentil patron qui a bien voulu l’embaucher.

Merci, Petit Bateau, de contribuer au rappel de ces belles vérités, qui aident notre société à avancer dans le bon sens et à être plus juste.

Mais merci l’Education Nationale aussi, pour avoir subtilement expliqué lors de ta campagne de recrutement que les femmes ont des rêves et les hommes de l’ambition.

 

- Du cliché de la femme mignonne et douce à la réalité d’une agression

L’affaire DSK « aidant », une amie m’a récemment avoué qu’il lui était arrivé sensiblement la même chose que le viol présumé de Nafissatou Diallo. Le choc d’une telle révélation passée, mon premier réflexe, à l’écoute de son témoignage, a été de lui demander pourquoi elle ne l’avait pas mordu. « Facile à dire », m’a-t-elle répondu, « j’y ai bien pensé l’espace d’une demi-seconde, mais dans ma tête, ce qui s’est passé plus vite encore, c’est la peur qu’il me frappe à la tête pour se dégager, coup qui aurait pu me provoquer des dégâts importants étant donné sa stature par rapport à la mienne, ou bien me faire valser sur le coin de la table basse située à côté et me tuer sur le coup en cas de mauvaise chute, contre un coin par exemple. Alors non, je ne l’ai pas mordu, j’ai préféré me laisser faire. »

Après l’avoir rassurée sur le fait que même si elle avait « préféré » se laisser faire, il ne s’agissait pas d’un choix et qu’elle ne devait pas culpabiliser ni avoir honte, elle m’a avoué quelque chose dont le cheminement nous a choquées toutes les deux.

Après avoir réussi à se dégager et à s’éloigner de son agresseur, celui-ci est revenu vers elle. Folle de rage à cause de ce qui venait de se passer et terrifiée à l’idée que ça pouvait recommencer, elle s’est mise à le repousser violemment et à lui donner des coups. Il a fini par se reculer et à lui dire qu’ok, ok, il la respectait, il ne la toucherait plus. Outre le caractère effectivement choquant et criminel du viol, elle s’est sentie coupable d’utiliser la violence à ce moment-là, alors qu’elle ne faisait que se défendre d’une éventuelle autre agression.

Voici ce qu’elle m’a dit : « Pendant que je le frappais, j’étais en train de me dire que ce n’était pas digne de ma condition de femme de me battre comme une chiffonnière ; qu’une fille, ça ne se bat pas, et que je devais avoir honte de me comporter comme ça. »

En disant ces mots à voix haute, elle a compris à quel point c’était choquant – ce dont elle n’avait pas réellement pris conscience avant de m’en parler. « Une fille, ça ne se bat pas », parce qu’une fille, c’est « mignonne » et « douce » et « amoureuse ».

Voilà le danger de la diffusion de tels clichés telle que celle de Petit Bateau. Au lieu de rentrer dans le crâne des petites filles des affirmations définitives du genre « une fille, ça ne se bat pas », apprenons-leur qu’elles doivent absolument user de la violence quand elle est nécessaire et que, si, elles peuvent avoir une certaine force dans des cas précis.

La preuve, dans l’histoire de mon amie, c’est que, surpris par son accès de violence inattendu, l’agresseur a eu l’air d’avoir du respect et de l’admiration quand il l’a vue se battre. Peut-être parce que lui non plus ne s’y attendait pas, partant du principe que « une fille, ça ne se bat pas », et que celle qui se bat est plus digne d’être respectée que celle qui est mignonne et douce et amoureuse.

C’est très grave. C’est très grave de continuer à nous marteler ce genre de conneries jusqu’à ce que des femmes modernes et libérées, comme ma copine, arrivent à y croire, et qu’on devienne victime à cause d’une propagande dont on a du mal à trouver un but.

Je ne dis pas que le fait « d’autoriser » les filles à se défendre violemment (et Dieu sait si j’abhorre la violence) empêchera toutes les agressions ou tous les viols. Mais s’il peut en empêcher quelques-uns par l’effet de surprise que ça peut provoquer, alors ce serait déjà une grande victoire.

Petit Bateau et les autres, arrêtez de répéter que les garçons doivent absolument n’être que forts, courageux, et déterminés, et que les filles doivent absolument n’être que jolies, douces, et amoureuses.

Non seulement c’est souvent faux et toujours réducteur, mais en plus c’est dangereux. Halte aux clichés hasardeux et aux stéréotypes périlleux. Louons également (et pas seulement, car je refuse d’aller vers l’excès inverse) les hommes sensibles et les femmes fortes.

[SECRET STORY 4] Polygame ? Pas d’amalgame !

août 4, 2010 dans En vrac, Société

Je m’insurgeais la dernière fois contre le sort réservé aux femmes croqueuses d’hommes. Notre société étant celle de la parité, il se trouve que les hommes ne sont finalement pas en reste. En effet, notre ami Senna, tombeur de ces dames, a été qualifié cette semaine dans la presse de « polygame ». Ben voyons. Si le terme « salope » n’est pas vraiment le plus gentil qui soit pour qualifier celles qui ne se privent d’aucun plaisir, le mot « polygame » n’est pas non plus vraiment adapté à la situation de Senna.

Assez d’amalgames. Ça va bien, hein, ça suffit maintenant.

Soyons rigoureux. La définition exacte de la polygamie est le fait d’avoir plusieurs épouses légales en même temps. Ce qui, aux dernières nouvelles, n’est pas le cas de Senna. Est-ce le cas de son père et de son grand-père, comme le suggère son frère Ludovic dans une interview accordée à Closer ? A vrai dire, peu importe. C’est de Senna dont il s’agit ici, et Ludovic sous-entendrait que ce serait héréditaire.

De deux choses l’une : un homme qui multiplie les conquêtes est un séducteur, un homme à femmes, un Don Juan (donc), un coureur de jupons, un homme tout simplement – ce que vous voulez – mais il n’est pas polygame tant qu’il n’épouse pas plusieurs femmes simultanément. Faudrait peut-être penser à arrêter d’utiliser des grands mots pour tout et n’importe quoi. Et d’autre part, penser que ce serait héréditaire est la chose la plus stupide et la plus intelligente que j’ai jamais entendue.

Je m’explique. La plus stupide, parce que cela voudrait dire qu’il existerait un gène du Don Juanisme. La plus intelligente parce que… boudiou de boudiou, mais… c’est dans la nature humaine de ne pas avoir un seul et unique partenaire au cours d’une existence !!!

Je suis une fille gentille, hein. Calme, ouverte, empathique, curieuse, pas chiante. Mais à un moment, bordel à cul de bite, va peut-être falloir penser à arrêter de nous prendre pour des cons.

L’ETRE HUMAIN, DANS SA NATURE INTRINSEQUE, NE SE CANTONNE PAS, ET NE S’EST JAMAIS CANTONNE A UN SEUL PARTENAIRE SEXUEL.

Je ne hurle pas ; j’explique. Alors bien sûr, vous allez me dire, mais et ma grand-mère alors, elle qui n’a connu que le loup de grand-papy, toussa toussa… Oui. Bien évidemment que ça existe aussi. Mais ce n’est pas la norme.

Je n’ai pas le temps de faire des recherches extrêmement poussées sur les espèces animales monogames (qui n’ont qu’un seul partenaire). Wikipédia me souffle dans l’oreillette que c’est le cas pour les cygnes, les hippocampes, et les manchots notamment. Mais elles sont très rares.

Et l’espèce humaine, mesdames messieurs, n’est pas, et n’a jamais été monogame, et cela concerne aussi bien les hommes que les femmes (parce qu’il n’y a pas une Super-Salope qui s’occupe de tous nos mâles, hein).

Alors arrêtons, PAR PITIE, de nous insurger contre ces hommes et ces femmes qui multiplient les partenaires. Ça n’a rien d’anormal, d’extraordinaire, ou de choquant, c’est juste… nous. Voilà tout.

La preuve : être fidèle, ou choisir de n’avoir qu’un seul partenaire sexuel dans une vie est un choix. Si ç’avait été naturel, la question n’aurait aucun sens.

Rappelons encore que le mariage, qui dicte la fidélité entre époux, est une construction socialeinventée à une époque où les hommes voulaient être sûrs d’être les pères de leurs enfants (pour des questions d’héritage, de succession au trône, de transmission de terres, de titres ou de biens, etc). Il y a évidemment d’autres raisons, notamment politiques et religieuses, mais le mariage n’a rien de naturel. Il était surtout destiné à emprisonner les femmes dans le rôle d’épouse et de mère de famille.

Mais de tout temps, en tous lieux, dans toutes les civilisations présentes et passées, les femmes et les hommes ont multiplié les partenaires (les Grecs étaient ouverts à toutes sortes de sexualités, les Romains sont célèbres pour leurs orgies, les Rois de France ne sont pas en reste, et je ne parle même pas des libertins du 18ème siècle). C’est comme ça ! Et ça n’a rien de sale ! Ce n’est pas mal ! L’infidélité, tout comme le mariage, est une construction sociale, politique et religieuse, encore une fois, destinée à surveiller les femmes… Les hommes pouvaient bien faire ce qu’ils voulaient. S’ils allaient voir ailleurs, on ne leur en voulait pas trop. Si c’était une femme en revanche…

Bref. Vous connaissez la chanson. Je ne suis pas en train de faire l’apologie de la polygamie, je voulais juste rappeler certaines vérités. Non, le mariage et la fidélité n’ont rien de naturels, et je trouve (ça n’engage que moi) que c’est stupide de vouloir à tout prix se frustrer et s’enfermer dans une relation exclusive, alors que toute expérience est enrichissante. Mais il y a des personnes pour qui ce n’est pas envisageable, ou que ça n’intéresse pas – je les respecte  totalement. Qu’ils n’oublient pas, juste, que ce n’est pas naturel, et que ce qu’ils s’infligent (choisissent) est dicté par des règles sociales dictées en des temps qui n’avaient rien à voir avec notre époque.

Tout ça pour dire que Senna n’est pas polygame, il est juste normal. Mais pourquoi au fait, à notre époque, prône-t-on encore tellement la sacro-sainte fidélité ? Voilà une question qui se pose !

Parce que si elle disparaît des mœurs, la téléréalité n’aurait plus de saveur. Bon nombre de films et de livres ne seraient plus produits. Les vaudevilles seraient obsolètes. Et les magazines à scandales se vendraient beaucoup moins bien.

Encore une histoire de fric, quoi.

[HUMEUR] A ceux… qui veulent tout pardonner à Roman Polanski

novembre 21, 2009 dans En vrac, Société

Les artistes se distinguent des politiques et des héritières de par leur capital-sympathie non négligeable dans une société donnée. Celle-ci sera alors plus clémente envers ses créateurs qu’envers un citoyen lambda. Ils jouissent donc de libertés de ton et d’action plus larges ; mais sont-elles infinies pour autant ?

Toute madame Michu qui se respecte claironnera la même chose : « Ah !… Ces artistes… », avec cette tendresse dans le regard comme on rouspète – pour la forme – un enfant aux boucles d’ange qui aurait fait une grosse bêtise. Georg Baselitz (peintre allemand), lui, a déclaré : « L’artiste n’a de responsabilité envers personne. Son rôle social est asocial. » Tout est dit. Si l’essence même du créateur est d’être outre-société, alors pourquoi lui imposerait-on les règles et les lois inhérentes à tout citoyen ? Après tout, la scène publique a besoin de ces artistes non-conformistes : qui d’autre remplirait ce rôle ? Le Manifeste des 343 salopes, symbole de la désobéissance civile, n’aurait pas réussi à faire voter le droit à l’avortement si une majorité d’artistes ne l’avait pas signé.

Au-delà des faits de société lourds de sens et de conséquences, l’artiste revêt une fonction beaucoup plus triviale – mais non moins importante : la catharsis d’un peuple, la bouffée d’oxygène de la bien-pensance de tout-un-chacun. Johnny Halliday est un coureur de jupons invétéré ? Les femmes sourient et pardonnent, les hommes l’envient. Lady Gaga porte des tenues toujours plus improbables ? Les femmes se rêvent aussi libres qu’elle, les hommes sont sous le charme. Pete Doherty entame l’hymne nazi ? S’il n’était pas aussi sulfureux, il n’aurait aucun intérêt… Les artistes, au-delà de leurs œuvres, se doivent donc de ne pas avoir nos valeurs et notre morale : un peu de folie dans ce monde de brute est salutaire. Leur liberté de ton, plus grande que celle d’un citoyen lambda, est même nécessaire à une démocratie digne de ce nom.

« Un artiste est quelqu’un qui a réussi à transformer des défauts caractériels en qualités professionnelles », disait Philippe Bouvard. Libérons donc sur le champ Roman Polanski. Il a certes plaidé coupable de relation sexuelle sur mineure de 13 ans. Mais un homme si talentueux, qui a tant apporté au 7ème art !… Kate Moss consomme de la drogue et fait l’éloge de la maigreur ? On ne peut décidément pas mettre au ban une telle figure de la mode. Tom Cruise fait l’éloge de la Scientologie ? Mais il a un sourire si bankable… Serge Gainsbourg prend Vanessa Paradis adolescente sur ses genoux et lui susurre des chansons qui feraient rougir Humbert Humbert ? Oui ; mais c’était (paraît-il, je ne suis pas convaincue…) un génie.

Adolf Hitler était artiste peintre. Gardons-le tout de même à l’esprit.

[HUMEUR] La semaine des guignols

novembre 2, 2009 dans Culture, En vrac, Société, Travaux universitaires

Consigne :
Ecrivez un billet de 800 signes.

Correction :
Vous avez oublié mademoiselle Bové dans ce hit-parade de la « reproduction ». Votre billet m’a beaucoup amusé. 

Frédéric Mitterrand, neveu de François Mitterrand, a été pris pour cible à cause de son livre Mauvaise viepar Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen.

Le même jour sort Rose et Noir, film de Gérard Jugnot, avec aussi Arthur Jugnot, fils de Gérard Jugnot.

Charlotte Gainsbourg, fille de Serge Gainsbourg, fait la promotion de son prochain album tandis que Benjamin Castaldi, fils de Jean-Pierre Castaldi, explique qu’il est contre un Secret Story people.

Jean Sarkozy, fils de Nicolas Sarkozy, s’explique sur l’affaire EPAD auprès de Marie Drucker, nièce de Michel Drucker, pendant que Jacques Dutronc, père de Thomas Dutronc, évoque sa tournée.

Monsieur Allouche, veuillez transmettre ma copie à votre fils. Qu’il soit indulgent, ma fille a écrit ce billet.