[POESIE] Le Vicomte de Valmont (Concours Vol de Nuit 2008)

août 29, 2011 dans Culture, En vrac

Voici le texte qui m’a permis de faire partie des lauréats du concours « Vol de Nuit – Spéciale 20 ans », en juin 2008. La consigne était : « Quel est le personnage littéraire qui vous a fasciné, ou qui vous a provisoirement éloigné de la littérature ? » Mon choix s’est porté sur le Vicomte de Valmont…

 

LE VICOMTE DE VALMONT

C’est un homme méchant et manipulateur,
Un prédateur malin aux grandes ambitions,
Un séducteur habile à déchirer les cœurs
Un vil galant nommé : Vicomte de Valmont.

C’est une libertine emplie de perfidie,
Une maîtresse femme aux toujours bons accueils
Mais ne vous fiez point à sa grande courtoisie
C’est la tant redoutée Marquise de Merteuil.

Ce duo infernal et si machiavélique
Multiplie les conquêtes et les trahisons
Pour déshonorer les figures angéliques
Soumises à leurs jeux d’amour et de passion.

Leurs victimes choisies, Cécile et de Tourvel,
Prises dans les filets de leurs plans démoniaques,
Sont ou bien mariée, ou jeune jouvencelle,
En tout cas cibles pures à leurs plans d’attaque.

Si je fus tant touchée par les desseins cruels
De ces anciens amants aux mœurs affriolantes
C’est parce que je fus Cécile et de Tourvel,
Passionnée, abusée, mais toujours consentante,

Une proie si facile et à la fois sauvage
Pour un Valmont moderne au regard de velours
Pour un vicomte âgé de quelques fois mon âge
Sans contexte serti de merveilleux atours,

A ce point ambigu, dénué de manières,
Et uniquement mû par ses envies ardentes
Qui me fascinaient tant et me laissaient naguère
Bien plus morte que vive et si souvent tremblante…

Je me demandais lors où était de Merteuil,
La complice cachée, la fière entremetteuse,
La sorcière engagée aux multiples écueils,
Ce personnage odieux aux lettres si flatteuses

Je ne l’ai pas trouvée au-delà de moi-même,
Moi, complice avouée de mon propre bourreau,
J’étais aussi marquise et portais le diadème
D’une étonnante aisance accordée au berceau.

Ce livre épistolaire et ces deux personnages
M’ont d’autant plus émue qu’à travers leur histoire
Une leçon de vie donnée page après page
Se révélait à moi et comblait mes espoirs

De comprendre les lois des relations humaines
Dans leurs plus noirs desseins et leurs plus vils contours
En espérant bien sûr que cela ne me mène
A aucun des malheurs provoqués par leurs tours !

L’ineffable Magie, la fée Littérature,
D’un coup de baguette nous explique le monde,
Les rancœurs et les cœurs, les espoirs qui perdurent,
Les passions éperdues auxquelles on succombe ;

Elle anticipe tant mes erreurs d’ici-bas
Que jamais sans roman je n’oserais sortir
Ni trop m’aventurer dans de délicieux bras
Sans prendre de leçon qui pourrait m’avertir

D’une éventuelle dangereuse liaison
Qui pourrait m’arriver du jour au lendemain.
Ne pas s’entourer de toutes les précautions
Serait creuser le nid de problèmes sans fin…

Aimer les livres et leurs bons enseignements
Est la clef d’une vie heureuse et réussie,
Ils nous offrent toujours d’abréger nos tourments,
D’améliorer nos cœurs, et nos sens en sursis

Et malgré mon envie de brûler les étapes,
D’accumuler amants, amantes et désirs,
Je freine mes ardeurs avant que ne me happe
L’insatiable appétit qui me fera souffrir

Car la vie toute entière en ses multiples dons
Est tellement prospère en cadeaux de tout style
Que profiter de tous est impossible, au fond,
Alors la frustration me laissera fébrile.

Je me laisse bercer par ces phrases chiadées
Que nous offre le grand Choderlos de Laclos
En rêvant d’un Valmont, contente d’avoir joué
Dans la cour des plus grands, et attendant bientôt

D’enfin vivre moi-même un autre de ces rôles
Que les livres nous offrent pour nous rendre heureux,
Et de croquer mes rêves comme sans contrôle
Pour jouir sans hésiter car la vie est un jeu…

[SECRET STORY 4] Polygame ? Pas d’amalgame !

août 4, 2010 dans En vrac, Société

Je m’insurgeais la dernière fois contre le sort réservé aux femmes croqueuses d’hommes. Notre société étant celle de la parité, il se trouve que les hommes ne sont finalement pas en reste. En effet, notre ami Senna, tombeur de ces dames, a été qualifié cette semaine dans la presse de « polygame ». Ben voyons. Si le terme « salope » n’est pas vraiment le plus gentil qui soit pour qualifier celles qui ne se privent d’aucun plaisir, le mot « polygame » n’est pas non plus vraiment adapté à la situation de Senna.

Assez d’amalgames. Ça va bien, hein, ça suffit maintenant.

Soyons rigoureux. La définition exacte de la polygamie est le fait d’avoir plusieurs épouses légales en même temps. Ce qui, aux dernières nouvelles, n’est pas le cas de Senna. Est-ce le cas de son père et de son grand-père, comme le suggère son frère Ludovic dans une interview accordée à Closer ? A vrai dire, peu importe. C’est de Senna dont il s’agit ici, et Ludovic sous-entendrait que ce serait héréditaire.

De deux choses l’une : un homme qui multiplie les conquêtes est un séducteur, un homme à femmes, un Don Juan (donc), un coureur de jupons, un homme tout simplement – ce que vous voulez – mais il n’est pas polygame tant qu’il n’épouse pas plusieurs femmes simultanément. Faudrait peut-être penser à arrêter d’utiliser des grands mots pour tout et n’importe quoi. Et d’autre part, penser que ce serait héréditaire est la chose la plus stupide et la plus intelligente que j’ai jamais entendue.

Je m’explique. La plus stupide, parce que cela voudrait dire qu’il existerait un gène du Don Juanisme. La plus intelligente parce que… boudiou de boudiou, mais… c’est dans la nature humaine de ne pas avoir un seul et unique partenaire au cours d’une existence !!!

Je suis une fille gentille, hein. Calme, ouverte, empathique, curieuse, pas chiante. Mais à un moment, bordel à cul de bite, va peut-être falloir penser à arrêter de nous prendre pour des cons.

L’ETRE HUMAIN, DANS SA NATURE INTRINSEQUE, NE SE CANTONNE PAS, ET NE S’EST JAMAIS CANTONNE A UN SEUL PARTENAIRE SEXUEL.

Je ne hurle pas ; j’explique. Alors bien sûr, vous allez me dire, mais et ma grand-mère alors, elle qui n’a connu que le loup de grand-papy, toussa toussa… Oui. Bien évidemment que ça existe aussi. Mais ce n’est pas la norme.

Je n’ai pas le temps de faire des recherches extrêmement poussées sur les espèces animales monogames (qui n’ont qu’un seul partenaire). Wikipédia me souffle dans l’oreillette que c’est le cas pour les cygnes, les hippocampes, et les manchots notamment. Mais elles sont très rares.

Et l’espèce humaine, mesdames messieurs, n’est pas, et n’a jamais été monogame, et cela concerne aussi bien les hommes que les femmes (parce qu’il n’y a pas une Super-Salope qui s’occupe de tous nos mâles, hein).

Alors arrêtons, PAR PITIE, de nous insurger contre ces hommes et ces femmes qui multiplient les partenaires. Ça n’a rien d’anormal, d’extraordinaire, ou de choquant, c’est juste… nous. Voilà tout.

La preuve : être fidèle, ou choisir de n’avoir qu’un seul partenaire sexuel dans une vie est un choix. Si ç’avait été naturel, la question n’aurait aucun sens.

Rappelons encore que le mariage, qui dicte la fidélité entre époux, est une construction socialeinventée à une époque où les hommes voulaient être sûrs d’être les pères de leurs enfants (pour des questions d’héritage, de succession au trône, de transmission de terres, de titres ou de biens, etc). Il y a évidemment d’autres raisons, notamment politiques et religieuses, mais le mariage n’a rien de naturel. Il était surtout destiné à emprisonner les femmes dans le rôle d’épouse et de mère de famille.

Mais de tout temps, en tous lieux, dans toutes les civilisations présentes et passées, les femmes et les hommes ont multiplié les partenaires (les Grecs étaient ouverts à toutes sortes de sexualités, les Romains sont célèbres pour leurs orgies, les Rois de France ne sont pas en reste, et je ne parle même pas des libertins du 18ème siècle). C’est comme ça ! Et ça n’a rien de sale ! Ce n’est pas mal ! L’infidélité, tout comme le mariage, est une construction sociale, politique et religieuse, encore une fois, destinée à surveiller les femmes… Les hommes pouvaient bien faire ce qu’ils voulaient. S’ils allaient voir ailleurs, on ne leur en voulait pas trop. Si c’était une femme en revanche…

Bref. Vous connaissez la chanson. Je ne suis pas en train de faire l’apologie de la polygamie, je voulais juste rappeler certaines vérités. Non, le mariage et la fidélité n’ont rien de naturels, et je trouve (ça n’engage que moi) que c’est stupide de vouloir à tout prix se frustrer et s’enfermer dans une relation exclusive, alors que toute expérience est enrichissante. Mais il y a des personnes pour qui ce n’est pas envisageable, ou que ça n’intéresse pas – je les respecte  totalement. Qu’ils n’oublient pas, juste, que ce n’est pas naturel, et que ce qu’ils s’infligent (choisissent) est dicté par des règles sociales dictées en des temps qui n’avaient rien à voir avec notre époque.

Tout ça pour dire que Senna n’est pas polygame, il est juste normal. Mais pourquoi au fait, à notre époque, prône-t-on encore tellement la sacro-sainte fidélité ? Voilà une question qui se pose !

Parce que si elle disparaît des mœurs, la téléréalité n’aurait plus de saveur. Bon nombre de films et de livres ne seraient plus produits. Les vaudevilles seraient obsolètes. Et les magazines à scandales se vendraient beaucoup moins bien.

Encore une histoire de fric, quoi.

[SECRET STORY 4] Dons Juans au féminin et salopes 2.0

juillet 25, 2010 dans En vrac, Société

C’est fou comme c’est complexe, les liaisons entre le langage et l’évolution de la société. Quand on invente des mots pour des catégories de personnes qui entrent enfin dans la mode du moment puis dans les mœurs (gay, lesbienne, MILF, cougar, etc…), ces mêmes catégories de personnes ne souhaitent pas être enfermées dans des appellations qui sont toujours, en début de vie, péjoratives et réductrices. Plus complexes encore sont les catégories de personnes qui n’ont pas de vocable à eux. Et c’est encore pire.

Prenons Julie et Amélie, par exemple. La première, dans sa présentation, nous apprend qu’elle gère les garçons comme une femme d’affaire (vidéo). Très bien, bon, d’accord. La deuxième a dévoilé son secret hier : c’est elle, la « don Juan au féminin ». Et nous voilà bien. Ces deux jeunes femmes ont visiblement une manière de considérer leur vie privée de la même manière. Et une seule appellation a été trouvée pour les qualifier : ce sont tout bonnement (sans mauvais jeu de mot) des salopes.

Un peu violent, non ? M’est avis que si. On n’est pas « qualifiée » de salope, on est « traitée » de salope. C’est injurieux, méprisant, et violent. Mais d’ailleurs, qu’en dit le dictionnaire ? Quand j’interroge mon Hachette 2008, il me répond ceci : « salope nf vulg 1 Femme malfaisante, méprisante 2 Individu infâme, abject ». Pas vraiment sympathique, en somme. Et voyez comme aucune référence à la sexualité n’est faite dans cette définition. Voilà qui est tout à fait intéressant.

Quand on traite une femme de « salope » dans notre société d’aujourd’hui, une connotation sexuelle très forte est sous-entendue. On pourrait presque dire que c’est un synonyme de « pute », de femme dite de mauvaise vie. C’est amusant de voir à quel point un mot qui, à la base, implique l’idée de la malfaisance soit repris pour évoquer des femmes à la sexualité active et assumée. Comme si les femmes avec ce type de sexualité étaient forcément mauvaises et infâmes… On retrouve ici le schéma judéo-chrétien de la femme-putain, de la pécheresse, de la Marie-Madeleine – en opposition avec la « maman », la Sainte Vierge.

C’est usant. Honnêtement, hein. Ça me fatigue. Je ne vais pas revenir sur l’égalité des sexes, sur le combat des femmes à pouvoir choisir librement leur comportement sexuel sans être sans cesse jugées, sur la parité, etc… D’un homme, on dit qu’il est « coureur de jupons », « bon vivant », « don Juan »… Essayez de trouver le pendant féminin de ces qualificatifs, et vous n’aurez que « salope » dans votre vocabulaire.

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Et pour quelle raison obscure, hein ? Pourquoi sourit-on tendrement lorsque c’est d’un homme qu’il s’agit (« Oh bah vous savez ma p’tite demoiselle, les hommes, hein… »), pourquoi sommes-nous méprisants à l’égard d’une femme qui a strictement le même comportement ? De nos jours, cela n’a plus aucun sens. Les femmes ont la pilule, elles ont des hormones, un métier, le permis de conduire, le droit de vote, et même un cerveau. Non, elles n’ont pas besoin d’être amoureuses pour coucher, et oui elles ont aussi besoin de sexe juste pour soulager des pulsions. Comme les hommes. Mais parce que c’est une femme, c’est mal ?…

FLÛTE.

Julie, Amélie, continuez à vivre votre sexualité comme vous l’entendez. Eclatez-vous. Malheureusement, Endemol et TF1 n’ont pas trouvé d’autres appellations que « don Juan au féminin ». Mais j’espère qu’un jour, on trouvera. En attendant, essayez de ne pas tomber dans les clichés, s’il vous plaît. Même si la prod vous a choisies pour ça. Non, une don Juan au féminin n’est pas mauvaise. Non, elle n’est pas infâme, abjecte, méprisante. Elle vit juste sa vie comme elle l’entend, avec d’autres adultes consentants. Et elle peut aussi – eh oui – être une femme bien, une professionnelle talentueuse et fiable, une amie fidèle, une maman aimante, etc.

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© Dessin de Lili la Baleine

Détracteurs, vieux (ou jeunes) cons, machos, coincées, rassurez-vous tout de même. Ce n’est pas demain la veille que les mentalités changeront. Pas plus tard que la semaine dernière, une de ces femmes tout à fait respectables nous a traitées, moi et quelques autres, de « salopes 2.0 ». Notre crime ? Avoir osé montrer sur Twitter ce qu’on exhibe impunément (quel scandale !!!) sur notre lieu de travail, et dans la rue. Notre décolleté. (Je passe sur le fait que cette même demoiselle tout à fait respectable avait montré, elle, sa culotte quelques temps auparavant – culotte que je ne montrerais personnellement ni sur mon lieu de travail ni dans la rue soit dit en passant. Donc pas sur Twitter non plus.)

Cette expérience a cependant été plutôt instructive. J’ai appris que mettre un débardeur en plein été faisait forcément de moi une femme dépravée et méprisable.

Julie et Amélie, chères amies, surtout veillez à avoir sans cesse la gorge couverte. Plus de maillots de bain, plus de hauts décolletés, plus de petits tops un temps soit peu féminins ! Malheureuses. On pourrait vous prendre pour ce que vous êtes.

Libres. Et libérées.

Petites effrontées !

[SECRET STORY 4] Trouble dans le genre

juillet 15, 2010 dans En vrac, Société

J’ai la faiblesse de penser que la télé-réalité représente au moins une belle expérience sociologique. Ce genre de programme, de plus en plus prisé par les chercheurs, est un véritable laboratoire grandeur nature.

Si le panel des candidats ne représente en rien l’ensemble de la population d’un pays (ou de plusieurs, si l’on en croit cette quatrième édition internationale), il semble en tout cas être le miroir de ce que seront les mœurs dans plusieurs années.

(Je m’explique : la télévision a toujours un temps d’avance sur la société. L’homosexualité, par exemple, y est totalement intégrée – que ce soit dans la pub, dans les séries, dans les talks-shows, etc… Par contre, elle n’est pas encore entrée dans les mœurs de la société française. Elle reste tabou, hélas, dans certaines familles, dans certains villages, dans certaines communautés, etc…)

Ce Secret Story 2010 est formidablement intéressant du point du vue du genre et des orientations sexuelles. Prenons le cas de Stéphanie et Coralie, pour commencer. Ces deux jeunes belges sont tellement proches et inséparables qu’elles vivent ensemble, qu’elles partagent le même lit, et qu’elles nous ont présenté leur « bébé » (un petit chien). Interrogées sur leur relation, elles sont restées très floues sur le sujet – à dessein, j’imagine. Bref, on ne sait toujours pas si elles sont hétérosexuelles ou bisexuelles. Car leur ex en commun (de sexe masculin) se trouve également dans la Maison…

Un des secrets de cette année est qu’un(e) candidat(e) est hermaphrodite. Si ça, ce n’est pas un genre trouble, je ne m’y connais pas. Les pronostics annoncent Thomas comme étant cette personne : alors, né ni fille ni garçon (en fait un peu des deux), portant un prénom masculin, maquillé légèrement, sourcils épilés, les pommettes hautes et saillantes, une coupe de cheveux asexuée, et se présentant lui-même comme « différent »… qui est-il ? Et d’ailleurs, doit-il absolument être classé dans un genre bien défini ? Est-il obligé de choisir un genre ou un autre ? Âgé de 17 ans, il a bien le temps de réfléchir à ces questions – pourvu qu’il se sente en accord avec lui-même.

Et jamais deux sans trois. Le magazine Oops nous apprend que le papa de Chrismaëlle s’appelle désormais… Isabelle. Il aurait changé officiellement d’identité il y a cinq ans, et se serait fait opérer pour devenir physiquement une femme il y a deux ans. Apparemment, il était prévu qu’il participe à l’aventure… Voilà donc un autre exemple, totalement différent des autres, qui illustre bel et bien les changements de mœurs de notre société.

Si la télévision (et la presse en général) a intégré la bisexualité (avec Coralie et Stéphanie), elle commence à se faire l’écho d’une prise de conscience plus globale concernant le genre (l’hermaphrodisme avec Thomas, la transsexualité avec Isabelle).

J’ai la faiblesse de croire que ces émissions – quoi qu’on puisse en penser – pourront faire évoluer les mentalités de tous et de toutes à l’intérieur de notre société. Ça prendra du temps – l’homosexualité pose encore problème – mais si Secret Story peut servir au moins à ça, alors ça vaut le coup que ça existe.

En tout cas, ce thème du genre arrive à la télévision 20 ans précisément après la sortie du livre Trouble dans le genre de Judith Butler. Les candidats sont à peine plus vieux. Et j’espère qu’il ne faudra pas attendre 20 ans de plus pour qu’ils soient acceptés tels qu’ils sont : homme, femme, ou entre les deux.

En attendant, bienvenue à eux.

[SECRET STORY 4] Du vocabulaire : la « libérance »

juillet 14, 2010 dans En vrac, Société

C’est un complot, je ne vois que ça. J’accuserais bien les journalistes à moustache trotskystes et leurs méthodes fascistes, mais il se trouve que ça semble être un complot contre les journalistes eux-mêmes. Si si.

Tout a commencé le 15 avril dernier. Ce jour-là, la confrérie journalistique est chargée d’annoncer au monde que le volcan Eyjafjallajökull est entré en éruption.

Dur.

En presse écrite et sur le web, on oublie la langue tirée d’une application toute écolière, on privilégie très vite le copié-collé. En radio et à la télévision, c’est plus compliqué. S’agit pas de se tromper. Sueur au front, mains moites, nos malheureux répètent toute la nuit pour ne pas devenir la risée de millions d’auditeurs, de téléspectateurs, d’internautes, et de confrères un brin moqueurs.

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A peine le volcan calmé, la Palme d’Or du Festival de Cannes tombe, le 23 mai. Apichatpong Weerasethakul.

Dur.

Pour nos confrères qui doivent l’annoncer à voix haute et sans fiche ni prompteur, le défi est de dénicher un moyen mnémotechnique sans déraper. Je ne vous donne pas d’exemples. Vous trouverez tout seul.

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Nous pensions avoir payé le prix de vies antérieures entières à violer la déontologie – mais non. Jamais deux sans trois : le vendredi 9 juillet, le couperet tombe, là où s’y attendait le moins. La Maison des Secrets abritera, c’est désormais officiel, un hexakosioihexekontahexaphobe.

Dur.

D’autant plus que même Benjamin Castaldi réussit à le prononcer (mais pas dès le premier prime, hein, faut pas pousser quand même). Là, plus de droit à l’erreur. Il en va de l’honneur de la profession, tout de même.

Etre journaliste devient tout de même de plus en plus difficile. Ces derniers mois, nous n’avons pas été épargnés. La profession est en proie à une profonde remise en question. Les écoles ne préparent pas à faire face à ce genre d’épreuve. Moi-même, je me suis demandé si je n’allais pas laisser tomber. Si mêmeSecret Story 4 nous oblige à réfléchir…

Dur.

Et puis Robin est arrivé. Hier, au confessionnal. Tel son homonyme des Bois, défenseur de la veuve et de l’orphelin, voleur de riches pour donner aux pauvres, la bourse ou la vie, le neurone ou l’apparence.

« Libérance. »

Merci Robin. Après un début 2010 extrêmement pénible pour la profession, tu nous offres un repos bien mérité. « Libérance ».

Souhaitons en tout cas à Hervé et Stéphane, nos confrères retenus en otage en Afghanistan depuis 197 jours, d’être « libérancés » rapidement.

[SECRET STORY 4] Un casting calqué sur le modèle 2.0

juillet 13, 2010 dans En vrac, Société

Je n’arrive pas à me passionner pour les candidats et leur petite vie à l’intérieur de la Maison des Secrets. Non seulement ce qui s’y passe ne m’intéresse pas, mais en plus je me sens très mal à l’aise quand je visionne des images. Question de génération, de tempérament… Finalement peu importe.

Je vais donc rendre un autre hommage à la production. Non mais parce que, il faut bien l’avouer une fois encore, hein, ils m’épatent. Vraiment. Aujourd’hui, plus question de réalisation, de moyens techniques, de design ou de montage, je vais vous parler des candidats. Des secrets. Du casting, quoi. Ils m’épatent, je vous dis. Ils m’épatent.

D’aucuns se demandent comment ils choisissent les candidats. Outre les grilles préétablies classiques (il faut une bimbo, une peste, une grande gueule, un tombeur, un homosexuel, une lesbienne, un excentrique, etc…), il semble qu’Endemol ait trouvé une stratégie finement intelligente (mais oui) : se baser sur tout ce qui a fait le buzz sur le web ces derniers mois.

Et c’est cohérent. Ils l’ont bien compris, la télévision désormais ne peut plus se passer du web. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé cette année de faire commencer l’émission sur Internet avec le « Before Secret » dans un but participatif très 2.0 : un des secrets de la saison sera directement le résultat des votes des internautes (« Nous sommes le faux couple des internautes », Benoît et Robin).

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Avec 70 millions de vidéos vues par mois sur leur site, TF1 aurait fait une erreur de ne pas en tenir compte. Du coup, ils ont certainement suggéré à Endemol d’embaucher des stratèges spécialisés dans le web pour définir leur nouvelle grille de casting. Et ça marche.

Qu’est-ce qui a fait le plus de ramdam ces derniers mois ? En première position, je diraisTwilight. Impossible d’avoir échappé au phénomène vampirique pour adolescents. Du coup… bingo ! Endemol nous dégotte Alexandre, vampire de son état (mais si, puisqu’on vous le dit). Et en face, rien que pour rigoler, on met un hexakosioihexekontahexaphobe, c’est-à-dire quelqu’un qui a peur du nombre 666 et des forces surnaturelles. HIN HIN HIN !!!!… (Bon, et pour les plus accros, il suffit donc de trouver celui ou celle qui se tient le plus éloigné(e) d’Alexandre pour démasquer ce fameux hexakosioihexekontahexaphobe, hein).

Ensuite, nous avons la Belgique. Le plat pays a fait beaucoup parler de lui ces derniers temps sur le plan politique. Un rattachement de la Wallonie à la France a même été envisagé (plus ou moins sérieusement). Et il ne faut pas oublier que Secret Story est diffusé également chez nos amis belges. Et boum !!! Comme par hasard, six candidats (sur dix-neuf, ce qui fait presque un tiers quand même) sont belges (Amélie, Stéphanie, Coralie, Senna, Chrismaëlle, et John).

Ce n’est pas fini… Quel buzz de mauvais goût a tenu les internautes en haleine ces derniers temps ? Les roux, chers amis, les roux. Et v’là t’y pas qu’on nous sort deux rousses de derrière les fagots (Coralie et Chrismaëlle).

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Les séries télévisées, ensuite. Non contents de s’inspirer de Desperate Housewives lors des quotidiennes avec la voix-off féminine et les plans vus du ciel de la Maison, nos petits malins préposés au casting ont su surfer sur le succès de Mentalist. Plus question de voyante cette année, pouf pouf, voici Bastien, vrai mentaliste s’il en est (et pour preuve, il a relevé le pari de deviner un secret en 24 heures. Bravo. Je suis impressionnée.)

Bon, et puis on a beaucoup parlé de Caster Semenya, cette sprinteuse prétendument hermaphrodite. Ça a fait les choux gras de la presse et du web pendant un petit moment, et ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Du coup, on a droit nous aussi à un(e) hermaphrodite dans la Maison des Secrets (Thomas ?).

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Et puis toutes les polémiques Miss France, Geneviève de Fontenay, etc… Echaudés par l’échec de Rachel Legrain-Trapani, ils n’ont certainement pas voulu retenter l’expérience, mais ils ont quand même fait rentrer Mister France dans le jeu. Pas tout à fait ça, mais ça s’en rapproche.

Et je pourrais continuer… (Mais y a un moment, hein, faut savoir s’arrêter.) Ce que j’en conclus, c’est qu’Endemol a eu l’intelligence de vivre avec son temps et de composer un casting classique (bimbo, bellâtre, quotas de minorités visibles, etc…) doublé d’un casting basé sur le web (buzz et sujets les mieux référencés) et sur les nouvelles technologies (Secret Story ne se regarde pas seulement à la télévision, mais aussi – et surtout ? – sur internet via les smartphones et les tablettes).

Voilà un bel exemple d’entreprise qui sait s’adapter aux mœurs de son temps. J’aimerais pouvoir en dire autant de Rémy Pfimlin, nouveau directeur de France Télévisions. Il veut certes nommer un responsable chargé du numérique, mais n’est-ce pas un peu tard, comme l’ont suggéré les membres du CSA lors de son audition ?

S’il n’est jamais trop tard pour bien faire, un grand travail sera nécessaire – et vite – pour pouvoir concurrencer les redoutables TF1 et Endemol qui nous offrent un bien bel exemple de ce que la question du numérique et des nouvelles technologies peut apporter à un programme de télévision.

[SECRET STORY 4] Du cul !

juillet 12, 2010 dans En vrac, Société

Sexe. C’était le premier mot du premier secret, lâché dès les premiers instants de la première de Secret Story 4, vendredi soir en première partie de soirée sur la première chaîne. Ce sont donc près de 4,3 millions de téléspectateurs qui ont tout de suite été mis dans le bain de cette édition placée sous les signaux sexuels à outrance. Parmi ces millions de paires d’yeux, certainement celles d’enfants et d’adolescents.

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Outre les tenues vestimentaires et les situations amoureuses plus que suggestives, le vocabulaire des candidats n’est pas en reste. Stéphanie et Coralie, meilleures-amies-du-monde-sans-doute-couple-lesbien-qui-aiment-les-hommes-aussi, ont gratifié nos oreilles d’une salve de « Oh pu… ! » dès leur entrée dans la maison. Le lendemain, c’est au tour de Benoît (la « coiffeuse », comme il aime à se qualifier lui-même), qui semble n’avoir que le verbe « enc… » à son vocabulaire. Je m’arrête là pour les exemples.

Mais au fait… N’était-ce pas Angela Lorente elle-même, directrice de la télé-réalité de TF1, qui avait déclaré à France-Soir dans l’édition du vendredi 9 juillet : « Les téléspectateurs ne verront jamais de candidats nus et n’entendront pas de gros mots à l’antenne » ?… Ah ben… si. Si si.

Bon, heureusement, pas encore de candidat nus à déplorer. Ah, pardon ? Attendez… Hein ??? Bon, au temps pour moi, je suis confuse. On me signale que John, le (petit-)fils à (grand-)papa collectionneur de belles voitures, s’est douché hier matin dans le plus simple appareil. En prenant la pose devant les caméras. Un joli fessier qui a fait le tour du web hier, puis de la presse aujourd’hui ou la semaine prochaine.

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Je conseillerais vivement à Angela Lorente, en tout cas, de s’offrir les services de Paul le Poulpe. Visiblement, elle a besoin de conseils en clairvoyance. A moins que tout cela ne soit qu’un dérapage non-contrôlé – une nouvelle saison a toujours besoin de quelques ajustements avant de prendre sa vitesse de croisière.

Dans ce cas, attendons au moins que la première semaine se passe avant d’être médisant. Après tout, l’inénarrable madame Lorente a annoncée sur le site officiel de l’émission : « Secret Story est un programme familial ».  Son vœu de ne pas faire parvenir des « gros mots » à des oreilles non averties, ni de « candidats nus » à des yeux innocents prend donc tout son sens. Et c’est tout à son honneur, vraiment.

Au fait, juste comme ça en passant, pour son information (et la vôtre), je rappelle que ce « programme familial » est sponsorisé par Manix.

C’est tout. Pour le moment…

[SECRET STORY 4] L’œil de TF1, du KGB au cagibi

juillet 10, 2010 dans En vrac, Société

Il faut bien l’avouer, ce premier prime de Secret Story 4 reçoit la palme de la meilleure réalisation et du meilleur montage. Techniquement, c’était parfait : allers-retours équilibrés entre Benjamin Castaldi, présentation des candidats et Maison des Secrets, images colorées et bling-bling à souhait, rythme énergique sans être fatiguant… Rien à redire.

Quant au design, de la piscine à la Maison en passant par les hologrammes et les décors du plateau, ils sont dignes d’un Spielberg du meilleur effet. Je ne sais pas combien de personnes ont travaillé sur tous ces aspects (voilà une idée d’enquête qu’elle est bonne !), mais chapeau bas, vraiment.

Cela dit… logiquement, ça doit coûter un fric fou. Parce qu’un prime aussi riche visuellement que celui-ci mobilise plusieurs équipes, des concepteurs aux techniciens, des infographistes aux monteurs. TF1 a fait le choix de ne pas lésiner sur les moyens – après tout, c’est leur choix stratégique, ils proposent aux téléspectateurs un packaging impeccable pour essayer de limiter la fuite vers la TNT, pourquoi pas. Le show était là.

Mais le jour-même, Libération annonçait que la première chaîne fermerait son bureau permanent de Moscou, début 2011 au plus tard. Trop cher, selon Catherine Nayl, directrice de l’information. Je me demande si les 700 000 euros par an économisés seront injectés dans le budget du cagibi des Secrets de la Plaine-Saint-Denis. Parce que, comme Benjamin Castaldi le disait hier à France-Soir  : « Penser que la téléréalité pourrait s’arrêter, c’est absurde. »

Question de priorités.

[HUMEUR] Le 20-Heures de TF1 : de la nourriture pour nos sens

novembre 12, 2009 dans En vrac, Société, Travaux universitaires

Consigne :
Faites une analyse sémiologique d’un programme télévisé.

Correction :
Bon travail de décryptage, avec la pointe d’humour nécessaire.

Le JT est un cérémonial. Toute la famille en profite, en général à l’heure du dîner. Celui de TF1 est le plus regardé de France. Analyse.

Roulements de tambours, avalanche de cordes dont le volume va crescendo, jusqu’au climax. Ce sont les trois premières secondes de la musique des « infos », qui tient en respect les familles les plus récalcitrantes.

Et pour cause. Le thème est celui des Dents de la mer, à peine remasterisé (voir vidéo ci-dessous). Si, du temps de nos aïeux, le bénédicité rappelait chaque jour notre humble situation de mortel, le générique instille les mêmes sentiments universels : la peur de ce qui pourrait arriver, et la joie soulagée et voyeuriste d’être devant le poste, et non dedans.

Une fois l’attention captée, Laurence Ferrari présente le menu. La femme-tronc, assise et les jambes sous la table, prend place à nos côtés. Devant un fond dont les tons bleus rassurent et apaisent, la voix se veut lénifiante pour faire passer en douceur une volée d’horreurs. Mais ne murmure pas à l’oreille des ménagères qui veut. Si deux générations de Français aimeraient appeler PPDA « Papa », la nouvelle papesse de la grand-messe n’a pas une once d’empathie maternelle. Les audiences braillent – mais redoublent de risettes à la vue de Claire Chazal, plus convaincante dans notre rapport freudien à l’information.

Puis le repas se déroule : en entrée, que des mets habituels, presque banals. Une tomate pour un marronnier, une grève dans la salade, assaisonnée quand même de vinaigrette et d’une catastrophe naturelle.

Et le ton se fait plus grave : « C’est l’enquête, de ce 20-Heures ». Le rôti se découpe avec respect. Les petits pois, dégustés avant et après, sont autant de faits divers sordides, âpres mais enivrants comme du bon vin. L’estomac, craignant un ulcère, refuse un deuxième service, l’actualité internationale prend donc la suite. Comme le fromage, certains l’aiment forte, d’autres fade.

Enfin, le dessert réjouira petits et grands. Le sport et la culture, sucrés à souhait, prouvent que la vie est belle, malgré tout ce qu’on a avalé avant. Plus d’inquiétude, on peut se laisser aller à un petit digestif pendant qu’Evelyne Dhéliat nous annonce ce qu’elle va nous redire après la pub. En terrain connu, nous revoilà disponibles pour la suite des programmes.

Que Patrick Le Lay se rassure. Beaucoup de familles françaises ont du Coca-Cola sur la table.

VideoGenerique du JT de TF1 et les dents de la mer

[ITW] Patrick Poivre d’Arvor : « Un journaliste littéraire doit avoir envie de tout découvrir »

avril 23, 2008 dans Culture, En vrac, Interviews, Travaux universitaires

Dix jours après avoir interviewé une femme journaliste de TF1, me voilà de retour. Décidément… Je dois avoir un bon karma avec cette tour. Un karma excellent, même, puisque aujourd’hui j’ai rendez-vous avec Patrick Poivre d’Arvor. Excusez du peu. J’appréhende, bien sûr, je suis un brin nerveuse : la secrétaire m’avait prévenue – j’ai quinze minutes, pas une de plus. Bigre.

Les ascenseurs aux écrans de télévision encastrés m’emmènent jusqu’au deuxième étage. Le calme règne. Il est 12:30, ce n’est pas la ruche que j’attendais. La moquette feutre mes pas, j’arrive en silence dans le bureau de ses deux secrétaires, qui me laissent patienter sur une chaise à quelques centimètres de la porte de son bureau. Alors comme ça, c’est derrière ce portrait de la Vierge que se cache l’antre de l’homme le plus regardé d’Europe ?

Voilà qui me laisse songeuse… Mais n’ayant pas la télé, je connais moins le présentateur-vedette que l’écrivain. Et ça tombe bien, puisque je viens l’interviewer sur sa fonction de journaliste littéraire dans le cadre de l’écriture d’un mémoire.

La secrétaire m’invite à entrer. Le cœur battant, je franchis la porte et entre dans son bureau. Et le voilà, qui vient vers moi, cet homme-tronc tout en jambe… Il me serre la main, me souhaite la bienvenue, et me propose de m’asseoir. Je ne me laisse pas impressionner par l’aura puissante qu’il dégage, je reste concentrée, et je dépose délicatement le dictaphone sur son bureau.

Entretien avec l’intervieweur interviewé.


FP – Vous avez une licence de droit, vous avez fait Sciences-Po, Langues Orientales, et enfin le CFJ. Parmi toutes ces formations, avez-vous eu une quelconque spécialisation en journalisme culturel ?

Patrick Poivre d’Arvor – Non, je n’ai pas eu de spécialisation particulière. C’est juste mon propre goût, le fait d’avoir aimé les livres depuis la préadolescence, qui m’a mené au journalisme littéraire.

FP – Vous présentez Vol de Nuit et Place aux Livres… Vous y êtes arrivé par passion, alors ?

PPDA – Oui par passion, parce que comme les livres m’ont beaucoup appris, j’ai eu à mon tour envie d’apprendre aux autres et de leur dire : « Lisez, vous allez voir comment vous allez vous enrichir, comment vous allez découvrir d’autres mondes… »

FP – Ces émissions viennent de vous, alors ?

PPDA – Oui. C’est moi qui les ai proposées dans les deux cas, aussi bien à TF1 il y a 20 ans qu’à LCI il y a maintenant 14 ans. Et depuis, ça dure.

FP – Vous présentez donc ces émissions, mais est-ce que c’est votre seul rôle ?

PPDA – Je ne suis pas producteur : il y a quelqu’un qui fait ça très bien, qui s’appelle Anne Barrère. Elle s’occupe des problèmes techniques, de matériel, de toute nature. Mais en revanche la programmation, c’est moi qui la dirige, oui. Il y a juste deux personnes qui travaillent sur l’émission : il y a Anne, donc, et Jessica Nelson, qui m’aide pour la programmation, qui me donne deux ou trois pistes sur les livres intéressants. Et je fais le choix définitif à chaque fois de qui je prends, ou de qui je ne prends pas, parce que malheureusement il y a des choix à faire. Il y a tellement de livres… J’en reçois 40 par jour, des livres, vous vous rendez compte ? Et il y a deux émissions par mois, donc il faut faire des choix.

FP – Et quand ce sont des émissions à thème, c’est vous qui choisissez le thème ?

PPDA – Ca démarre parfois par un thème, puis très vite j’agrège d’autres sujets qui ne sont pas forcément dans le thème direct. C’est difficile de réussir à trouver un thème à chaque fois.

FP – Vous êtes chroniqueur, aussi, à Nice Matin et à Marie-France. Quelle différence faites-vous entre un journaliste littéraire, un chroniqueur, et un critique ?

PPDA – Alors d’abord j’essaye toujours, aussi bien à Marie-France qu’à Nice Matin, d’évoquer des livres que je n’ai pas évoqués dans les émissions de télévision. Je trouve qu’il y a tellement peu de place pour parler des livres qu’il faut éviter de parler toujours des mêmes. J’essaye de donner leur chance à beaucoup de livres. Alors un critique c’est bien simple, c’est quelqu’un qui décortique et qui dit ce qu’il a aimé ou pas aimé de tel livre. Il se trouve que mon choix à moi c’est plutôt de parler des livres que j’ai aimés. Les livres que je n’ai pas aimés je les mets de côté, ou je les offre. Mais la place étant très réduite, tellement réduite…

FP – Oui c’est court, c’est quelques lignes…

PPDA – Oui, mais même plus généralement, je parle de la place pour parler des livres ! Ce serait trop bête d’utiliser cette place pour en dire du mal. Sauf si vraiment c’est des escroqueries majeures et qu’il y a quelques statues qui ont besoin d’être déboulonnées.

FP – Vous avez dit critique, mais en fait vous êtes présenté comme chroniqueur. Où se trouve la différence, alors ?

PPDA – Oh je ne sais pas… je chronique, c’est-à-dire que je raconte… Normalement un chroniqueur raconte la chronique de la vie littéraire, voilà la différence… Sinon, ça ne change pas grand-chose…

FP – Qu’est-ce qu’un bon journaliste littéraire ?

PPDA – C’est quelqu’un qui n’a aucun a priori, pour moi c’est la base. Il faut vraiment surtout avoir envie de tout découvrir – et après il arrive ce qu’il arrive. Mais surtout ne pas avoir d’a priori, aussi bien positif que négatif. C’est vrai qu’il y a des livres, des collections, des éditions, des auteurs dont a priori on pense le meilleur bien. Il faut les regarder comme les autres. Il faut éviter d’aller dans le panurgisme, aussi bien d’un côté que de l’autre. Et c’est aussi quelqu’un qui est didactique, qui donne envie – ça c’est très important. Donner envie.

FP – La plupart des journalistes littéraires sont aussi écrivains. C’est votre cas… Faut-il être écrivain pour avoir une émission littéraire ?

PPDA – Non, je ne crois pas. Il y a peu d’exemples du contraire, c’est vrai, mais c’est tout à fait possible de faire du journalisme littéraire sans être auteur.

FP – Votre fonction principale au sein de la chaîne est d’être présentateur du 20-Heures… En mettant de côté votre statut d’auteur, et par choix, auriez-vous pu vivre seulement de la littérature ?

PPDA – Par choix, oui. Par choix j’aurais pu, mais c’est vrai que je me suis embarqué dans les deux aventures… Mais j’ai d’abord commencé par la littérature, puisque j’ai écrit mon premier livre à 17 ans. Et après, assez vite, je suis arrivé dans le journalisme. C’est vrai que ce sont deux passions, que j’ai voulu essayer de mener de pair.

FP – Et vous y arrivez bien…

PPDA – Pour l’instant, mais je suis parfois un peu fatigué… Je viens de terminer un livre qui va sortir la semaine prochaine, qui s’appelle Horizons lointains[1], sur les écrivains voyageurs.

FP – Quels conseils donneriez-vous à un journaliste qui voudrait se spécialiser dans lalittérature ?

PPDA – C’est essentiellement de penser que ce n’est pas acquis. C’est bien de le vouloir, mais comme l’espace est assez réduit, il est préférable d’avoir une autre spécialité, par ailleurs. Mais si c’est possible…

FP – Ou bien multiplier les contrats dans les différents médias…

PPDA – Oui bien sûr, voilà c’est ça. Exactement. Parce que c’est assez difficile de pouvoir vraiment vivre de cela. C’est assez difficile.

FP – Merci beaucoup…

PPDA – Bonne chance à vous.

J’arrête le dictaphone, et je me détends enfin. Je suis sous le charme. Tout s’est très bien passé. Il prend le temps de papoter un peu, avec sa voix reconnaissable entre mille. Joue le jeu pour la photo. Accepte un Haribo que je lui tends.

Et les quinze minutes sont écoulées. Plus question de poignée de main, la bise est de rigueur. Dans son bureau, le temps semble s’arrêter.

Aurais-je percé le secret de son extraordinaire longévité ?…


[1] Horizons lointains, aventures d’écrivains, Editions du Toucan, 2008