[VÉCU] Mon vol Zéro-G : le bonheur en impesanteur (1/3)

21 octobre 2013 dans Culture scientifique, Vers l'exploration spatiale, Vers la science

9 octobre 2013

Je suis bouleversée au-delà des mots. Retournée. Comme hier matin, lorsque, en impesanteur, il n’y avait plus ni bas ni haut. Mes larmes tombent, sans discontinuer, depuis deux heures, vers la Terre, selon la dure loi de la pesanteur. Je suis bouleversée au-delà des mots, je comprends à peine ce qui m’arrive. Mon corps ne s’est jamais senti aussi bien, d’aussi loin que je me souvienne. Il est comme… encore empli de l’euphorie de la liberté que procure l’impesanteur : se mouvoir en trois dimensions, ne plus avoir de limites, aller où bon lui semble sans se frotter ni être ralenti par quoi que ce soit… Sans poids, sans gravité, sans contraintes, sans tensions… Non, ce n’est pas de l’euphorie. C’est de la béatitude physique…

Je crois… je crois que c’est la même sensation que quand on tombe amoureux, quand on flotte au-dessus du sol sur son petit nuage, quand il nous pousse des ailes. Être en apesanteur, c’est également tomber, flotter, avoir des ailes… Mais puissance mille. Il n’y a réellement plus de limite physique, c’est la liberté dans toute sa puissance.

C’était hier matin, et mon corps est… tellement… bien. Comme purifié… C’est… étrange, troublant, perturbant… Cet état de grâce va-t-il durer ? Y aura-t-il une chute, difficile comme dans l’avion, où l’on supportait presque deux fois son poids après n’avoir rien pesé pendant une vingtaine de secondes ? Ou bien va-t-il se réhabituer à vivre dans la pesanteur terrestre, comme depuis 30 ans, avec tout le poids, les limites, et les contraintes que cela implique ?

Une chose est sûre : cette expérience de la gravité zéro ne peut pas être la dernière. Je la revivrai, d’une manière ou d’une autre. C’est là-haut que je suis bien.

Quelques semaines plus tôt… 27 août 2013

En mode groupie à côté de Mathieu Vidard juste après ma 1ère chronique

Je fais ma première chronique pour « La tête au carré« , le magazine scientifique de France Inter, animé par Mathieu Vidard. Je suis folle de joie, folle d’angoisse, mais ça se passe bien. Et je suis folle d’excitation de savoir que, si tout se passe bien, ça va durer toute la saison. Sur le moment, j’ai l’impression que rien d’autre ne pourrait me rendre plus heureuse. Comme je me trompais… :-)

28 août 2013

« Vols paraboliques : tentée ? » : c’est l’objet du mail qui vient d’arriver. Je n’en crois pas mes yeux et je hurle de joie. Je réponds frénétiquement oui, oui ! OUI OUI OUI !!!! Un rêve va devenir réalité et c’est Séverine Klein, chef du service Grand Public du CNES, qui est la messagère de cette incroyable nouvelle. C’est elle, déjà, qui m’avait conviée à l’atterrissage de Curiosity sur Mars en direct de la Cité de l’Espace de Toulouse un an plus tôt et dont je garde un souvenir ébloui. Je ne sais pas si j’aurai assez de temps pour la remercier d’avoir pensé à moi…

30 août 2013

Visite chez le médecin pour le certificat d’aptitude au vol zéro-g. J’ai un peu peur que mes mésaventures médicales passées ne soient rédhibitoires. Mais non.

Mon électrocardiogramme est « probablement normal ». Les machines se mettent à faire de l’humour, maintenant… Ce satané truc a repéré mon stress de ne pas passer le test. Mais si.

Me voilà officiellement apte :-) (En même temps, vu que Stephen Hawking l’était, ça m’aurait un peu fait chier de ne pas l’être, voyez-vous…)

Stephen Hawking en impesanteur

6 septembre 2013

Déjeuner avec Séverine Klein et Julien Watelet, du CNES. Je suis partagée entre poser les milliards de questions qui me viennent à l’esprit et l’envie de garder de la surprise – et donc certainement un peu de magie. Je sais que les bédé-blogueurs Boulet et Marion Montaigne ont vécu ce vol, j’avais survolé leurs posts mais sans trop m’y arrêter. Je voudrais découvrir les détails sur place, par moi-même…

Et puis, il faut bien l’avouer, c’est aussi à cause de mon trouillomètre qui commençait sérieusement à grimper vers le rouge. Étant la plus grande angoissée du système solaire, à peu près, moins j’en saurais, moins j’aurais l’occasion de m’affoler toute seule.

« Ah non mais comme ils coupent les moteurs de l’avion quand il pique du nez vers l’océan… » C’est la première phrase de ce déjeuner dont j’ai souvenir. AHEM. Comment ça, ils coupent les moteurs ?? En fait, pas tout à fait : c’est juste que la poussée des moteurs est réduite. Bon… Pas d’affolement, pas d’affolement. Une fois de plus, la peur se mêle à l’excitation. J’ai tellement envie de vivre ça…

On discute de choses et d’autres : des différents types de profils (les anxieux, les exaltés, les anxiogènes, les excités… tout un tas de gens avec des x dedans), des anecdotes, des expériences scientifiques qui seront conduites à bord, de l’avion qui a très peu d’heures de vol au compteur et qui jouit d’un entretien unique au monde…

Aaaaaaaaaaaaah.

L'A300 Zéro-G, sagement garé près de Novespace, à l'aéroport de Bordeaux, le 7 octobre 2013

Et puis on passe des paraboles à l’espace, on cause de l’actualité du spatial français et européen, Gaïa qui va bientôt être lancée, Curiosity à moitié gérée depuis Toulouse, ce que personne en France ne sait, la future mission ExoMars, et puis Mars One

Par association d’idées, une interview d’Alexandre Astier par Canal+ me revient en tête : il y disait qu’il rêverait d’aller dans l’espace. Ayant eu l’immense chance de le rencontrer sur le plateau du Grand Webze et connaissant sa passion pour les sciences et le spatial, j’en parle à Séverine et Julien, qui l’ignoraient. Me vient alors l’idée de lui faire un petit clin d’oeil pendant une parabole, pour lui offrir un petit morceau d’espace en attendant qu’il ait la chance de le vivre lui-même.

Le déjeuner se termine, et je suis plus que jamais impatiente, et angoissée, de goûter aux merveilles de l’impesanteur.

12 septembre 2013

Je prends mon courage et mes DM à deux mains (j’ai la chance de pouvoir lui en envoyer…) et j’annonce donc à Alexandre Astier que je vais faire un vol parabolique, et que je penserai très fort à lui quand je serai en apesanteur. Que s’il m’arrive quelque chose, je lui lèguerais tous mes Lego de l’espace, et qu’il n’oublie pas de dédicacer mon intégrale de Kaamelott pour consoler mes parents.

17 septembre 2013

Je potasse les descriptions des expériences scientifiques qui seront menées dans l’avion. Comportement d’une flamme, atomes refroidis au presque zéro absolu… Euh… c’est pas un peu dangereux, ça, dans un avion qui va faire des cabrioles ?…

Détail d'un dispositif dans lequel des atomes de masses différentes sont refroidis au quasi zéro absolu pour vérifier le principe d'équivalence

Bon. Sinon, il y a des étudiants qui vont expérimenter des réactions chimiques de l’atmosphère de Titan, des taïkonautes qui vont venir s’entraîner, une maquette de vaisseau martien censé créer de la gravité artificielle qui va être testée, la perception de son propre corps via uniquement des signaux auditifs qui va être étudiée, etc etc… De quoi causer dans « La tête au carré » !!

25 septembre 2013

Je flippe. L’échéance approche. J’ai peur. J’ai hâte. J’ai peur. Je commence à prendre de l’homéopathie pour calmer mon angoisse. À ma grande surprise, et n’en déplaise aux sceptiques/je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde/énervés-du-bulbe, ça fonctionne plutôt très bien. Le thé me manque, mais que voulez-vous ma bonne dame, il faut ce qu’il faut, hein.

Le Cri, de Munch

J’ai du mal à m’endormir… En fait, j’ai peur. Mais j’ai toujours peur. Il y a toujours quelque chose qui m’angoisse, qui me tend, qui me stresse. J’ai peur, sans arrêt, pour moi, pour mes proches, pour le monde. J’ai peur de ne pas être à la hauteur, j’ai peur que l’avion ait un problème, j’ai peur d’avoir des migraines, j’ai peur de faire une crise d’angoisse, j’ai peur de…

La peur entraînent les doutes, les doutes entraînent les angoisses, les angoisses entraînent les questions, les questions entraînent la peur… Je me fatigue moi-même. J’en ai ras-le-bol d’être née angoissée et d’avoir peur de mon ombre. Je voudrais m’alléger de toutes ces craintes qui sont parfois un peu lourdes à vivre. Qu’on me soulage de la gravité, vite !

28 septembre 2013

Je reçois tous les e-billets concernant mon séjour. Départ de Paris-Orly le 7 octobre à 8h50. Nuit dans un hôtel à proximité de l’aéroport de Mérignac où se trouve Novespace et l’A300 Zéro-G. Et le retour Bordeaux-Paris est prévu à 14h50 le lendemain. Outch. Sachant que le vol parabolique se terminera aux environs de 12-13h, ça ne me laissera pas beaucoup de temps pour m’en remettre avant de remonter dans un avion normal…

Mais ça devient sacrément concret. Je trépigne d’impatience…

1er octobre 2013

Je passe à Storycircus emprunter la GoPro pour pouvoir filmer. C’est celle, dernier modèle, qu’a utilisé Vinvin dans le Vinvinteur ces derniers mois… Je suis contente de l’avoir avec moi :-) Merci Storycircus ! Je suis sûre qu’elle se plaira autant dans l’avion que sur le front de Cyrille…

La GoPro du Vinvinteur confortablement installée dans son éphémère maison volante !

3 octobre 2013

Je rentre de France Inter après avoir fait ma chronique. Tout le monde m’a souhaité bonne chance. Violaine Ballet, la réalisatrice de l’émission, m’a répété en riant : « T’es tarée… » et je me suis exclamée : « Ouais !! » dans un grand sourire fier. Je la fais moins à l’intérieure…

J’alterne depuis 15 jours entre excitation, euphorie et angoisse. Là, j’angoisse. Assise sur mon canapé, je me demande si je dois laisser une lettre. Au cas où. Ou les mots de passe de mes trucs en ligne. Le choix se fait en une fraction de seconde, quasiment de manière inconsciente. Il vaudrait mieux que je laisse mes mots de passe. Mais non.

NOM DE NOM C’EST STUPIDE.

Je me traite de tous les noms. Il ne m’arrivera rien, et puis c’est tout. C’est vraiment débile et je suis en colère contre moi. Mais, mentalement, je note ce qui est sociologiquement intéressant : préférer laisser ses mots de passe plutôt qu’une lettre quand on n’est pas sûr de revenir…

Je fais des tests avec le Nagra, l’appareil qui me servira à enregistrer du son pour France Inter, je checke la GoPro et tout ce qui va avec… Techniquement, je suis prête ! J’ai hâte… Ça y est, j’ai chassé l’angoisse et c’est l’excitation qui revient.

J’AI HÂTE, BON SANG, J’AI HÂTE !!!

Suite au prochain épisode !